Apocalypto
L'affiche du film
Titre original :
Apocalypto
Production :
Icon Productions
Date de sortie USA :
Le 8 décembre 2006
Distribution :
Touchstone Pictures
Genre :
Aventure
Réalisation :
Mel Gibson
Musique :
James Horner
Durée :
132 minutes

Le synopsis

Patte de Jaguar est le fils du chef d'une tribu maya qui vit au milieu de la forêt tropicale. Entre chasse et vie de famille, son existence de jeune père est heureuse jusqu’au jour où des guerriers d'une tribu inconnue envahissent le village et raflent une partie des habitants. Captifs, Patte de Jaguar et les siens sont emmenés au cœur d'une majestueuse cité sur le déclin, afin d'y être donnés en sacrifice aux Dieux.

La critique

rédigée par
★★★★

Réalisé par Mel Gibson et produit via sa société, Icon Productions, Apocalypto est un O.V.N.I. cinématographique. Pour les studios Disney d’une part qui distribuent le long-métrage sous le label Touchstone Pictures, mais finalement pour le cinéma américain en général. Le film s’inscrit, en effet, à une époque - l’Amérique précolombienne - finalement peu exploitée sur grand écran, et décrit avec sauvagerie une civilisation qui, loin des images d’El Dorado rutilant ancrées dans l’esprit collectif, décline lentement jusqu’à sa destruction complète.

Le pari est risqué même si Mel Gibson n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà, ses deux films précédents, Braveheart et surtout La Passion du Christ, ont marqué les critiques et le public par un sujet peu commun et un traitement qui l’est encore moins.
Né le 3 janvier 1956 à Peekskill et sixième enfant d’une famille new-yorkaise bientôt installée en Australie, Mel Gibson suit les cours de théâtre de l’Institut National des Arts Dramatiques de Sydney et débute sur les écrans en 1977. Mad Max, réalisé deux ans plus tard par George Miller, lui apporte une renommée telle qu’il enchaîne alors des rôles qui le conduisent bientôt jusqu’à Hollywood. Il apparaît ainsi à l’affiche du film Le Bounty, aux côtés d’Anthony Hopkins, de L’Arme Fatale avec Danny Glover, d’Hamlet de Franco Zeffirelli, ou encore de Forever Young. Créant sa propre société de production, il réalise son premier film, L’Homme sans Visage, en 1993, puis Braveheart en 1995, qui lui vaut les Oscars du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. Continuant en parallèle une carrière d’acteur ponctuée de frasques personnelles surmédiatisées, il joue dans Maverick, La Rançon, Complot, Payback, The Patriot, Nous Étions Soldats, Ce que Veulent les Femmes, Signes… et prête sa voix en 1996 au Capitaine John Smith dans Pocahontas, Une Légende Indienne. En 2003, il défraie la chronique avec sa Passion du Christ, tourné en langues mortes et décrivant les derniers instants de Jésus avec une froideur sanglante qui déconcerte les professionnels, mais qui remporte un certain succès auprès du public. En 2006, se faisant de plus en plus rare devant la caméra, il tourne Apocalypto.

Le projet Apocalypto est dès le départ hors normes. Mel Gibson souhaite, en effet, s’éloigner de toutes formes d’artifices propres aux studios Hollywoodiens et se targue de créer une fresque historiquement parfaite, rejetant toutes formes d’effets spéciaux numériques dont regorgent nombre de films comme 10 000 de Roland Emmerich, sorti quelques années plus tard. Il finance seul le long-métrage ; ses prises de vues ont lieu en décors naturels ; et ses acteurs, tous inconnus, jouent en maya yucatèque, le langage de l’époque, encore parlé par quelques centaines de milliers de personnes dans le Yucatán ! Patte de Jaguar est ainsi endossé par Rudy Youngblood, Amérindien de souche originaire du Texas, dont les ancêtres appartenaient aux tribus Comanche, Cree et Yaqui, et qui servait comme danseur et musicien dans une troupe de Natifs Américains parcourant les États-Unis. Sa jeune femme, Sept, est interprétée par l’actrice mexicaine Dalia Hermández et son père, Ciel de Silex, par le Canadien Morris Birdyellowhead. Parmi les autres comédiens, se remarque l’acteur Raoul Trujillo, apache du Nouveau Mexique, qui interprète le rôle de Zéro Loup, le chef de la tribu ennemie, et qui apparaît à l’affiche de films comme Le Nouveau Monde de Terence Malick et Cowboys et Envahisseurs de Jon Favreau.

Apocalypto est tourné dans le Sud-Est du Mexique, dans les États de Veracruz et de Campeche, dans des décors naturels qui alternent entre forêts vierges intemporelles et luxuriantes et désert sableux et poussiéreux, au milieu duquel s’élève la cité maya. Les spectateurs y découvrent une civilisation postclassique, qui vit ses dernières années avant la conquête espagnole. Divisée, elle oscille entre les tribus nomades qui vivent de la pêche et de la chasse au cœur de la jungle tropicale, et les tribus sédentaires, aux cités majestueuses, et dont la dévotion aux dieux païens est ponctuée de processions et de sacrifices humains. Mel Gibson plonge ainsi son public dans un environnement bien loin de la carte postale précolombienne des Merveilleuses Cités d’Or, de Mission, de 1492, Christophe Colomb et, bien entendu, de Kuzco l’Empereur Mégalo.

Les décors sont des personnages à part entière, qui scindent le film en trois parties. Ainsi, au début, le spectateur est plongé au cœur d’une jungle primitive, dont l’environnement, épais, est un cocon sauvage de tranquillité pour la tribu de Patte de Jaguar, dépeinte avec bonhommie comme une microsociété dans laquelle gravitent la famille unie, l’enfance innocente, la sagesse des anciens, les mauvaises blagues entre amis et même la belle-mère acariâtre… Lorsque les guerriers, partis à la chasse, croisent une tribu de pêcheurs éloignés de leur village, le malaise s’installe durablement, renforcé encore par les cauchemars du héros. L’attaque de Zéro Loup et de ses hommes brise définitivement le calme apparent et met en collision deux tribus aux desseins différents. Les sédentaires ont besoin d’assouvir la soif de sang de leurs dieux en colère. Dès lors, le climat change. La jungle tropicale laisse place à un désert de poussière blanche, la liberté est remplacée par l’esclavage, au rustre village se substitue la splendeur d’une civilisation urbaine resplendissante. Le retour dans la jungle, durant la troisième et dernière partie du film, renvoie le spectateur non plus dans l’ambiance paisible du début, mais au cœur d’une faune et d’une flore dangereuse pour les hommes.

Fresque voulue réaliste par son réalisateur Mel Gibson, le spectateur doit aborder ce film avec une importante réflexion. Il ne s’agit pas d’une peinture de la réalité, mais d’une image de ce que la réalité a pu être. Le long-métrage s’inscrit dans la période précolombienne qui caractérise l’époque des civilisations amérindiennes de leurs origines, au paléolithique supérieur, il y a quelques dizaines de milliers d’années, jusqu’à la disparition de leur culture, liée à l’arrivée des Européens durant l’époque moderne. Elle concerne les anciennes civilisations d’Amérique du Sud (Incas, Cañaris, Chibchas, …) et les civilisations de Mésoamérique (Aztèques, Mayas, Zapotèques…), traitées dans le film. Les historiens travaillent sur elles depuis des siècles, par ambition lucrative au départ, avec le mythe de l’El Dorado, jusqu’aux ambitions humanistes et ethnologiques d’anthropologues tel Claude Levi-Strauss, qui s’est notamment intéressé aux indigènes du Brésil.
Bien que conçu avec l’avis d’autorités scientifiques, notamment l’archéologie Richard D. Hansen, professeur à l’Université de l’Idaho et spécialiste de la civilisation maya, ainsi que de descendants d’autochtones, Apocalypto a soulevé des critiques, la plus redondante étant la vision violente et sanglante de peuples pourtant civilisés et qui sont présentés comme des sauvageons percés d’os et de bijoux. Certains ont même qualifié le film de stigmatisant pour les populations et leurs descendants, voire même de production raciste. D’autres se sont davantage penchés sur les anachronismes, des pointes de lances à la forme des temples, en passant par les peintures, le mélange entre des traditions Mayas et Aztèques et l’impossible rencontre entre des Mayas dont la civilisation a chuté vers les IXe-Xe siècles et les Espagnols du XVe-XVIe siècle. La reconstitution, pourtant saisissante de réalisme, n’est donc pas un documentaire sur les Mayas ! Le spectateur doit ainsi garder toujours en tête qu’il s’agit d’un film de fiction dans un contexte en partie réel, et que le film historique n’existe au final pas, Apocalypto restant bien la vision des scénaristes et de Mel Gibson sur une époque qui, pour beaucoup, est soit obscure, soit parasitée par des images d’Épinal notamment véhiculées par Hollywood depuis des lustres.

Qualifiée de « boucherie » et de « navet » par Télérama, la référence en matière de destruction d’œuvres, Apocalypto est pourtant une vision intéressante d’une civilisation mal connue, dont les mécanismes, l’exotisme mis en exergue, ainsi que l’usage intensif d’une violence crue, rendent le résultat plutôt convaincant. Plus encore, la fiction amène une réflexion sur les civilisations occidentales contemporaines, la parabole pouvant être faite avec des évènements historiques récents. Sans être le film de la décennie, Apocalypto reste et demeure un divertissement au final réussi sur bien des points, dès lors que l’historien ne vient pas avec son bagage de connaissances pointues sur le sujet, et que le spectateur ait l’estomac bien accroché.

L'équipe du film

1953 • 2015
Compositeur

L'édition vidéo

Jaquette Apocalypto
Jaquette Apocalypto
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