Le docteur Ross Jennings et son épouse Molly quittent San Francisco pour s'installer, avec leurs enfants, Tommy et Shelley, dans la jolie et tranquille bourgade californienne de Canaima. Ils sont alors bien loin de se douter que se trame, à des milliers de kilomètres de là, ce qui deviendra leur pire cauchemar. L'entomologiste James Atherton dirige, en effet, dans la forêt amazonienne, une expédition au cours de laquelle son photographe, Jerry Manley, est mortellement piqué par une araignée d'une espèce inconnue...
Arachnophobie
marque une date dans l'histoire des studios Disney. C'est, en effet, le premier
film du troisième et tout nouveau label de la compagnie de Mickey, Hollywood
Pictures. A la fin des années 80, cette dernière, sous l'impulsion de
Michael Eisner est, il est vrai, prise d'une fièvre de productions. Le label
historique (Walt Disney) et sa récente déclinaison (Touchstone) ne
suffisent plus. Si la signature du grand Walt est réservé à des films familiaux,
Touchstone se consacre, lui, à des productions plus adultes, tout en
restant grand public. L'ogre Mickey ne se satisfait pas de cette panoplie. Il
souhaite occuper un marché supplémentaire : la niche des œuvres pour
adolescents, aux budgets moindres et recettes en conséquence. Hollywood
Pictures est donc né. Deux exceptions viennent toutefois confirmer la règle.
Rock, tout d'abord, sortie en 1996, est l'une des premières
productions de Jerry Bruckheimer pour les studios Disney : film d'action, il
bénéficie de gros moyens. Sixième sens, ensuite, est le succès
surprise de 1999 : long-métrage à petit budget, œuvre d'un jeune réalisateur, il
fait déplacer les foules. Pourtant, déjà à cette époque, Hollywood Pictures
est en perte de vitesse. Signant de moins en moins de films, il devient aphone en
2001 après le fiasco des (Les) visiteurs en Amérique. Il connait
un sursaut, en 2006, avec un "one shot", Stay Alive, qui marque
son entrée dans une quasi hibernation. Il est, en effet, depuis lors, spécialisé
dans des films pour adolescents, une fois l'an, et uniquement quand les projets
sont porteurs.
Arachnophobie voit des grands noms du cinéma se pencher sur son
berceau, à commencer par Frank Marshall qui en signe la réalisation. C'est
d'ailleurs une première pour lui qui se contentait, jusqu'à présent, de produire
avec son ami, Steven Spielberg, des films tels Gremlins, Les
Goonies ou Retour vers le futur. Rien d'étonnant donc de
voir le papa d'E.T. lui rendre la pareille et assumer ici une partie
de la production. Frank Marshall remettra le couvert chez Disney, seize ans plus
tard, avec le long-métrage remarqué de l'année 2006, Antartica, Prisonniers du froid en 2006. Le casting d'Arachnophobie
n'est pas en reste non plus. Jeff Daniels y campe, en effet, avec conviction, le
rôle principal avant de réapparaître dans deux autres productions chez Disney,
Les 101 dalmatiens
en 1996 et Mon
martien favori en 1999. Il convient également de noter la
participation active de John Goodman (Roseanne), drôle à souhait dans le
rôle d'un exterminateur de nuisibles.
Tout semble donc préparer Arachnophobie à intégrer l'envieuse
catégorie des classiques du genre. Il en est pourtant bien loin. Tout dans le film
est en effet caricatural et téléphoné. L'arrivée de l'araignée tueuse dans la
bourgade californienne est d'une banalité consternante. Ses premiers méfaits
sont tout aussi attendus tout comme le comportement des personnages qui ont, en
commun, des traits grossiers : le héros est forcément arachnophobe, le shérif
idiot, le professeur scolaire, l'épouse aimante, les enfants sages,
l'exterminateur repoussant... La scène finale vaut, quant à elle, son pesant
d'or dans la caricature, le summum de l'imbécilité étant atteint quand le héros
et l'araignée échangent des regards ! Le spectateur abasourdi se demande alors
s'il vaut mieux en rire ou en pleurer. Fort curieusement, la critique de
l'époque passe sous silence les approximations du scénario et de la galerie de
personnages. Elle préfère y voir un ton particulier oscillant entre le thriller
horrifique et l'analyse grinçante d'un village de la campagne américaine. Elle
salue en outre la réalisation technique des araignées et le traitement efficace
du suspense. Le public, lui, ne prend pas et réserve au film un succès d'estime.
Supportable au second degré mais risible au premier, Arachnophobie
n'est pas une œuvre à mettre entre toutes les mains tant elle a la capacité de
choquer les plus jeunes... et, fort logiquement, les arachnophobes. Les autres
y verront, tout au plus, une œuvre passable, disposant de quelques rares scènes
inspirées.