Daredevil

Titre original :
Daredevil
Production :
Marvel
20th Century Fox
Date de sortie USA :
Le 14 février 2003
Genre :
Fantastique
Réalisation :
Mark Steven Johnson
Musique :
Graeme Revell
Durée :
104 minutes

Le synopsis

Victime, enfant, d'un accident de la route, Matt Murdock a vu des produits chimiques lui ravager le visage. Devenu aveugle, ses autres sens se trouvent miraculeusement décuplés tandis qu'un tout nouveau sens "radar" fait son apparition. Il décide alors d'apprendre à utiliser ses dons pour rendre la justice à sa façon.

La critique

rédigée par
Publiée le 30 mai 2015

Daredevil est un film produit et distribué par la 20th Century Fox en partenariat avec Marvel Entreprises, une filiale appartenant à 100% à The Walt Disney Company. Il s'agit de la première adaptation live du personnage sur grand écran, juste après les succès d'X-men en 2000 et Spider-Man en 2002. Mais contrairement aux deux autres sagas prolifiques, l'opus est fort mal accueilli et empêche l'Homme sans Peur de connaitre d'autres adaptations, avant que les droits d'exploitations cinématographiques du personnage retournent chez Marvel Studios en 2012.

Daredevil est donc un personnage créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett dans Daredevil #1. Matt Murdock est élevé seul par son père, Jack Murdock, dans le quartier défavorisé Hell's Kitchen de New York. Boxeur, le paternel a sombré peu à peu dans l'alcoolisme et pousse son fils à faire des études et à ne surtout pas suivre son exemple. Pourtant, un soir, après un verre de trop, Jack ne supporte pas d'apprendre que Matt s'est battu avec les autres enfants du quartier et lui administre une correction, le frappant notamment au visage. S'il regrette immédiatement son geste, le mal est fait. Matt ne tolèrera plus que son père puisse lever la main sur lui et plus largement, il étudiera le droit pour faire régner la loi. Mais la vie n'est décidément pas tendre avec le jeune garçon : alors qu'il sauve un non-voyant sur le point de se faire écraser, il reçoit en effet sur le visage des projections de produits chimiques. L'accident le rend aveugle mais les substances ont pour effet collatéral d'améliorer tous ses autres sens en plus de le doter d'un "sens radar". Sa jeunesse prend alors un nouveau tournant : son père est assassiné, il débute un entrainement d'arts martiaux prodigué par Stick un expert lui-même aveugle et continue parallèlement ses études de droit... Son diplôme d'avocat en poche, il ouvre avec son ami Foggy Nelson un cabinet juridique le jour et enfile la nuit un costume de diable dans l'idée de pacifier son quartier d'Hell's Kitchen. 

Daredevil est assurément l'un des personnages les plus appréciés des lecteurs de comics. Torturé, sombre, violent, à la limite de la dépression, mis à terre régulièrement, il est le représentant type des héros urbains : ces héros, ou anti-héros, toujours à la limite de franchir la "ligne"...
Le comics Daredevil est d'autant plus célèbre que des auteurs de prestige ont travaillé sur le titre : Frank Miller, Kevin Smith, Joe Quesada, Brian M. Bendis ou encore Ed Brubaker qui ont su ainsi imprégné dessus leurs pattes, en en faisant une valeur sure de Marvel Comics.
Paradoxe suprême, star en édition, le personnage rate pourtant toutes ses apparitions au cinéma ou à la télévision, et ce, jusqu'à la sortie de la série Daredevil en 2015.
Matt Murdock débarque pour la première fois sur le petit écran en 1981 dans la série d'animation Spider-Man and His Amazing Friend. Grimé en Daredevil et son célèbre costume noir, il fait ensuite sa première interprétation live dans le téléfilm Le Procès de l'Incroyable Hulk en 1989 joué par Rex Smith. Le justicier apparait aussi dans les séries animées Fantastic Four (1994), et Spider-Man, L'Homme Araignée (1994) avant d'avoir droit à son propre film en 2003, incarné par Ben Affleck. Il devait aussi intégrer Elektra, toujours sous les traits de Ben Affleck, mais sa scène est purement et simplement coupée au montage. Daredevil a manifestement raté son incartade au cinéma !
En 2012, les droits du personnage, qui appartenaient à la 20th Century Fox, retournent donc chez Marvel Studios. La filiale de Disney n'a pourtant pas dit son dernier mot et entend bien redorer le blason de toute sa troupe ! Elle lance dans cet esprit la production de cinq séries en partenariat avec ABC Studios, diffusées sur la plateforme Netflix et se passant dans le Marvel Cinematic Universe. Daredevil (Incarné par Charlie Cox) est la première d'entre elles, suivies d'A.K.A. Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist, avant de rassembler les 4 personnages dans The Defenders.
Mais retour en 2003 avec la tentative de la 20th Century Fox d'adapter Daredevil pour la première fois au cinéma : la major fait alors appel à un américain, Mark Steven Johnson. 

Mark Steven Johnson est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 30 octobre 1964 à Hastings, dans le Minnesota, aux États-Unis. Il scénarise en 1993 Les Grincheux puis Les Grincheux 2 en 1995, avant de réaliser son premier long-métrage en 1998, Simon Birch. Il continue son travail de scénariste sur Jack Frost (1998) puis adapte pour la première fois sur grand écran Daredevil en 2003. Sa participation à l'univers Marvel ne s'arrête malheureusement pas là (malgré l'accueil plutôt négatif de son film), puisqu'en plus de produire et scénariser Elektra, il réalise Ghost Rider en 2007, et produit sa suite, Ghost Rider : L'Esprit de Vengeance en 2012 ! C'est donc l'homme qui est à l'origine de quatre des pires films Marvel des années 2000.  Il reste pourtant chez The Walt Disney Company en réalisant le film Touchstone Pictures, C'Était à Rome en 2010, puis s'éloigne enfin de la firme aux grandes oreilles avec Face à Face en 2013.
La 20th Century Fox mise donc sur un réalisateur peu expérimenté pour de donner vie au cinéma à l'Homme sans Peur. Et malheureusement, le pari est raté et le résultat pas fameux. Excepté le sublime premier plan montrant un Daredevil blessé se tenant sur la croix d'une église, et qui rappelle certaines postures de comics, la mise en scène est terriblement brouillonne et difficilement lisible lors des scènes d'actions. Pire encore, le kitsch est omniprésent rendant l'ensemble souvent ridicule. Un beau gâchis tant la photographie assez sombre et le quartier glauque d'Hell's Kitchen avaient véritablement le potentiel d'offrir à Daredevil des scènes d'anthologies. 

Le scénario de Daredevil est, quant à lui, somme toute assez classique. Les origines d'un héros, une histoire d'amour et de vengeance. Rien de bien original certes mais largement de quoi faire un bon film. Mais voilà : toute la construction du récit oscille entre des scènes sérieuses ou laborieuses et des moments ridicules, gênants ou totalement risibles.
Ainsi, alors que la première apparition de Daredevil (bien que filmé avec les pieds) montre un personnage violent, efficace et sans pitié (trop d'ailleurs : une scène allant même à l'encontre de toute la mythologie développée dans les comics), la rencontre avec Elektra est un ratage complet. Elle et Matt Murdock se livrent à une sorte de combat grotesque dans une aire de jeux où l'avocat non-voyant enchaine cascades, sauts périlleux et techniques martiales sans que cela ne questionne la belle par la suite... D'ailleurs, Matt ne fait curieusement aucun effort pour cacher son identité secrète à son entourage. Le film accuse dès lors un problème de cohérence insupportable. Les réactions des personnages sont stupides servies par des dialogues insipides. L'enfance de Matt Murdock ne sonne pas juste, son entrainement après son accident n'est pas crédible et le film passe carrément sous silence son mentor Stick, censé lui apprendre à contrôler ses sens. Le jeune homme devient un expert des arts-martiaux, tout seul ! C'est ridicule au possible !
Alors certes quelques passages sont plus intéressants mais leur nombre est trop faible pour convaincre. Il s'agit presqu'exclusivement des moments plus calmes entre Matt Murdock et Elektra et de l'affrontement de Daredevil et du Caïd. Ainsi, les meilleures idées sont de loin les plus discrètes. Tout au long du film, les noms des grands scénaristes ayant œuvré sur le comics Daredevil sont donnés aux personnages secondaires, certains d'entre eux y tenant même un petit rôle ! Et quelques scènes n'ayant aucun rapport avec l'intrigue font aussi référence à de célèbres moments lus dans les comics. (Peut être y avait-il là des pistes pour une éventuelle suite ?)

Comme de nombreux long-métrage, Daredevil possède une Director's Cut. Une version longue qui se rapproche le plus de la vision qu'avait le réalisateur au moment de faire son film. Avec trente minutes de scènes supplémentaires, certains passages supprimés ou montés différemment, la Director's Cut de Daredevil apporte ainsi un plus considérable à l'adaptation. Elle offre, en effet, une intrigue parallèle à l'histoire principale qui suit Matt Murdock et Foggy Nelson plaider une affaire délicate. Loin de suffire à faire du film un chef d'œuvre (ni même un film juste bon), cette version longue ajoute tout de même un peu plus d'intérêt à l'ensemble. Il est toutefois dommage de ne pas voir dedans toutes les erreurs de la version courte corrigées.

Le casting de Daredevil, quant à lui, divise.
Ben Affleck incarne Matt Murdock, alias Daredevil. L'acteur est principalement connu pour ses rôles dans Armageddon, Will Hunting, Pearl Harbor ou plus récemment, Gone Girl de David Fincher. Mais c'est en tant que réalisateur qu'il connait ses plus beaux succès, grâce à Gone Baby Gone, The Town et Argo, pour lequel il reçoit l'Oscar du Meilleur Film en 2013. Descendu par la critique et moqué par le public, Ben Affleck est pourtant relativement convaincant dans le rôle du justicier aveugle. Le film est certes raté, mais la prestation du comédien n'est pas mauvaise en soi : en fait, il fait le maximum qu'il puisse faire compte tenu de la médiocrité des dialogues et de la réalisation ! Bien injustement, ce rôle lui a créé réputation de mauvais acteur. Il en accepte l'affront et relève même, à la surprise générale, le défi de retenter l'expérience super-héroïque en incarnant Batman en 2016, dans le film de Zack Snyder, Batman V Superman : L'Aube de la Justice. Il est d'ailleurs amusant de remarquer que les fans de comics ont toujours considéré Daredevil comme l'équivalent marvélien de Batman et vice versa. Ben Affleck reste donc en terrain familier en acceptant de jouer Le Chevalier Noir...
Jennifer Garner, célèbre pour la série Alias, mais vue aussi dans Pearl Harbor, La Drôle de Vie de Timothy Green, Washington Square, Mr. MagooAlexander and the Terrible, Horrible, No Good, Very Bad Day chez Disney ou encore Dallas Buyers Club, est une Elektra en demi-teinte. D'un coté, sa relation avec Matt Murdock a un coté romantique bienveillant, l'alchimie entre les deux comédiens (ensemble depuis le tournage) fonctionnant parfaitement. Mais en tant que redoutable tueuse, elle a clairement du mal à convaincre, et n'a pas vraiment le charisme nécessaire pour endosser un rôle aussi emblématique.
Michael Clarke Duncan prête sa carrure à Wilson Fisk, le Caïd (Où Kingpin en version originale). L'acteur, disparu en 2012, célèbre pour La Ligne Verte, donnant déjà la réplique à Ben Affleck dans Armageddon et ayant doublé Tug dans Frère des Ours et Frère des Ours 2, est impressionnant physiquement. Il offre ici et, comme à son habitude, une bien belle interprétation de ce méchant mythique de l'univers Marvel. Il reprendra d'ailleurs son rôle en doublant le personnage dans la série d'animation Spider-Man : Les Nouvelles Aventures. Tout comme dans le film Daredevil, le Caïd y est aussi un afro-américain, et ce, contrairement à sa version papier.
Colin Farrell (Fright Night, Dans l'Ombre de Mary - La Promesse de Walt Dsney) campe pour sa part Bullseye, un tireur d'élite aux tendances psychopathes. Complètement ridicule, il est risible à chacune de ses apparitions, l'acteur cabotinant tout au long du film avec des mimiques insupportables. Plus que Ben Affleck, l'acteur mérite de trainer ce rôle comme un boulet !
Enfin, Jon Favreau, réalisateur d'Iron Man et Iron Man 2, mais aussi acteur dans la trilogie consacrée à Tony Stark (il y incarne le chauffeur Happy Hogan), interprète dans Daredevil, Foggy Nelson, le collègue de Matt Murdock. Un peu gaffeur et peu sûr de lui, la relation qu'il entretient avec son ami avocat est très sympathique tandis que le duo fonctionne à merveille.

Alors que son bilan n'est déjà pas fameux, Daredevil pêche également par ses effets spéciaux datés et globalement ratés ; ses costumes particulièrement ridicules (cuir moulant rouge de Daredevil ou manteau noir de Bullseye : le défilé de mauvais gout y est permanent) et sa musique tout simplement insupportable. Si la bande originale composée par Graeme Revell est déjà en soi insipide, le choix des morceaux accompagnant l'intrigue en rajoute sur le sentiment de rejet qu'elle inspire. Le film se noie littéralement dans un brouhaha permanent avec notamment de la musique hard-rock totalement hors de propos et balancé de temps en temps quand ce n'est pas le groupe Evanescence qui s'incruste et donne la désagréable impression d'assister à la diffusion d'un clip vidéo plutôt qu'un film.

Mais comment est-il possible d'en arriver à un tel point de ratage ? Un début de réponse peut se trouver chez le donneur d'ordre. Comme pour les X-Men, ou les Quatre Fantastiques, les droits d'exploitation cinématographiques de Daredevil, appartiennent en 2003 à la 20th Century Fox. Marvel n'était pas encore au début des années 2000, un studio tout puissant apte à se lancer seul dans la production de films sur ses personnages et d'en maitriser alors toute l'exigence. Il faut, en effet, attendre 2008 et Iron Man, pour que Kevin Feige, président de Marvel Studios, franchisse le pas. La 20th Century Fox a donc fait ce qu'elle voulait et visiblement n'a pas su respecter la matière dont elle disposait.

Mais tout cela n'est bien vite qu'un mauvais souvenir. Dans l'optique du Marvel Cinematic Universe, Marvel Studios s'affaire, il est vrai, à récupérer les droits de tous les personnages qu'il avait cédés avant son rachat par Disney. Le deal originel avec la 20th Century Fox est simple : pour conserver la mainmise sur les personnages dûment acquis auprès de Marvel, elle doit les faire vivre à l'écran. Or, les mauvaises critiques et l'accueil glacial de Daredevil (et de son spin-off Elektra), ont empêché une suite de voir le jour. Que nenni ! La major tente le tout pour le tout et lance donc un reboot quelques semaines avant la date butoir contractuelle qui veut que si la production d'aucun film n'a commencé avant fin 2012, les droits retournent chez Marvel. La 20th Century Fox engage un réalisateur, Joe Carnahan, mais les délais sont décidément trop courts et le projet capote... Le 10 octobre 2012, Daredevil et consœur rentrent définitivement au bercail chez Marvel Studios !

Malgré de bonnes intentions et quelques références bien senties, Daredevil est un film raté, au scénario mal construit et aux personnages trop souvent ridicules. Si L'Homme (est) Sans Peur, sa première escapade au cinéma n'est pas sans reproche.

L'équipe du film

1966 • ....
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