Date de sortie France :
Le 13 janvier 2016
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Emilie Thérond
Musique :
Maxim Nucci
Durée :
82 minutes

Le synopsis

Dans un petit village du Gard, Jean-Michel Burel, maitre d’école d’une classe à plusieurs niveaux, entame sa toute dernière année scolaire avant la retraite…

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 16 janvier 2016

Mon Maître d'École est un film sans prétention né de la simple envie d’une élève, devenue réalisatrice, de rendre hommage à son ancien instituteur. Il livre le portrait touchant d’une école qui semble idéale mais n’en reste pas moins une réalité loin de la norme dans la France contemporaine.

La production et distribution française de La Marche de l'Empereur, réalisé par Luc Jacquet, marque, en 2005, la venue de Walt Disney Studios Motion Pictures - France sur le marché, déserté jusqu’à lors, du documentaire à destination des salles obscures. Le succès rencontré par le film animalier tourne alors bien vite au coup de maître. A travers le monde, le public se rue, il est vrai, dans les salles et sur les DVDs tandis que les professionnels décernent à l'œuvre l'Oscar du Meilleur Documentaire. Luc Jacquet tente d'ailleurs, en décembre 2007, de renouveler son exploit en présentant, toujours sous la coupe de la filiale française de distribution de The Walt Disney Company, un nouveau long-métrage, Le Renard et l'Enfant. Entre temps, et bien décidé à surfer sur ses premiers succès, Walt Disney Studios Motion Pictures - France propose le documentaire, Le Premier Cri avant de revenir à un style plus accessible avec le long-métrage, tiré de l’émission télé de France 5, J'irai Dormir à Hollywood. Plus étonnant, le label enchaine alors en investissant - sans grand succès - le genre de la comédie avec King Guillaume. Deux autres tentatives sont ensuite menées, l'une en 2011 dans le genre du docu-fiction avec La Clé des Champs et l'autre au début de l'année 2013 avec la comédie avec Une Chanson pour ma Mère. Les deux films seront accueillis fraichement par la critique et passeront complètement inaperçus en salles... S’en suivront le documentaire Il Était une Forêt, toujours par Luc Jacquet, en 2013 qui aura moins de succès que ses précédents longs-métrages ainsi que la comédie Benoît Brisefer - Les Taxis Rouges en 2014 qui sera un véritable accident industriel et se fera conspué par la critique qui aura eu la chance de le voir. La véritable réussite se fera par contre avec Sur le Chemin de l'École en 2013 qui remporte le César du Meilleur Documentaire et rencontre un joli succès public avec plus d’un million d’entrées conséquence d’un incroyablement puissant bouche-à-oreille. Mon Maître d'École espère donc secrètement renouveler l’exploit même si, de par son sujet moins éducatif et dépaysant, il ne dispose pas exactement des mêmes atouts pour y parvenir.

Le film est réalisé par Emilie Thérond. Née dans le Gard le 1er janvier 1970, elle grandit, auprès de sa mère, dans un mas isolé à Saint-Just-et-Vacquières, petite commune de tout juste 250 habitants nichée aux portes de Cévennes. A l’âge de 15 ans, adolescente, elle « monte » à Paris vivre chez son père et terminer son lycée. Dès le début des années 2000, Emilie Thérond entame une carrière de réalisatrice de télévision pour de nombreux magazines d’information comme 7 à 8 sur TF1 ; Droit d’Inventaire et A Notre Santé sur France 3 ainsi qu’On Aura Tout Lu sur France 5. Emilie Thérond est également l’auteur de documentaires unitaires, toujours pour la télévision, comme Seul Comme un Juge (2007), Les Hommes de l’Ombre (2008) ou Les Héritières (2010).

Petit retour en arrière : à l’âge de 5 ans, Emilie Thérond intègre donc l’école de son village, Saint-Just-et-Vacquières, au sein de la classe unique de Jean-Michel Burel, pour y passer toute sa primaire. La relation qu’établit maître Burel avec ses élèves tout autant que l’atmosphère de joie qui règne dans sa classe la marqueront jusque dans sa vie d’adulte. Un jour, elle décide ainsi d’emmener ses filles voir son ancien village et rencontrer son ancien instituteur, devenu aussi le Maire du bourg. C’est là qu’il lui apprend que la rentrée prochaine sera sa dernière. Elle lui propose alors tout naturellement de le filmer durant toute cette année, sans avoir alors forcément l’idée d’en réaliser un film. Elle ne sait, en effet, pas encore quel format aura ce reportage (un documentaire pour la télévision, un docu-fiction, un film…) ni comment elle le financera. Ce n’est, il est vrai, que par la suite qu’elle rencontre l'acteur François-Xavier Demaison et le producteur Amaury Fournial qui viennent, eux, tout juste de monter leur société de production, B2Films. Ils sont immédiatement emballés par l’idée et décident de produire le film. Ils rencontrent dans cette optique Boualem Lamhene chez Disney France qui se révèle tout aussi enthousiaste par le sujet et donne envie à la filiale française de The Walt Disney Company de distribuer le film au cinéma.

La réalisatrice va ainsi passer un an dans la classe, en qualité d’observatrice, sans jamais se cacher des écoliers. Elle dégage ainsi le portrait touchant d’un homme, passionné par son métier, toujours à l’écoute de ses élèves, qui pendant quarante ans, a tenté d’inculquer non seulement du savoir mais aussi des valeurs. Au-delà de l’instituteur, il s’agit aussi de montrer la dynamique d’une classe, d’un village rural du Sud de la France où l’éducation et la République se mélangent comme jamais dans ce qui fait la spécificité française qu’est la laïcité. Il y a ainsi des moments saisissants comme celui où les jeunes récitent les noms des soldats morts lors de la Première Guerre Mondiale, ceux où ils partent à la découverte de la nature autour du village ou inversement quand ils découvrent Paris lors d'un voyage scolaire. L’émotion envahit ensuite véritablement le spectateur lorsque l’année touche à sa fin et que le professeur pose sa craie une dernière fois ; le village lui rendant alors hommage pendant la dernière kermesse.

Emilie Thérond ne signe pas ici un film sur l’école ou sur l’éducation mais bien sur un homme, ses principes et ses valeurs. Certes, le côté désuet de ce documentaire tournée dans une école loin d’être la norme en France est quelque peu gênant après coups, une fois l’émotion retombée et la réflexion engagée. Certes, Maître Burel est, bien malgré lui, le reflet d’un temps révolu où l’instituteur était un notable du village au même titre que le maire et le curé. Mieux ou moins bien, c’est un peu l’ancienne France qui est montrée ici dans ce qui forme un film éminemment nostalgique. Mais voilà : il n’est pas possible de trouver là un reproche à formuler tant le récit ne prétend jamais que cette école serait meilleure qu’une autre, à commencer par celles des grandes villes. Mon Maître d'École est un témoin qui relate sans prendre parti, le spectateur tirant seul les conclusions qu’il souhaite…

Mon Maître d'École est un film touchant et émouvant dressant le portrait d’un homme passionné par son métier d’instituteur marqué par un vrai respect de ses élèves. Et si cette dernière leçon était en fait la plus belle ?

L'édition vidéo

Jaquette Mon Maître d'École
Jaquette Mon Maître d'École
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Zone 2 Simple 2016