La Colline aux Coquelicots

La Colline aux Coquelicots
L'affiche du film
Titre original :
Kokuriko-zaka kara
Production :
Studio Ghibli
Date de sortie Japon :
Le 6 juillet 2011
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Goro Miyazaki
Musique :
Satoshi Takebe
Durée :
91 minutes

Le synopsis

Umi est une jeune lycéenne qui vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis la disparition en mer de son père, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme autant de bouteilles jetées à l ’océan. Son combat est vite remarqué par son entourage jusqu’à faire l’objet, dans le journal de son lycée, d’un article émouvant, peut-être signé de la plume de l’intrépide Shun, un séduisant jeune homme...

La critique

rédigée par
★★★

La Colline aux Coquelicots est un film des studios Ghibli, réalisé par le fils ainé d'Hayao Miyazaki, Gorō Miyazaki. Il s'agit là de son second film, après le médiocre Les Contes de Terremer. C'est aussi la douzième œuvre du label japonais, distribuée par Disney France, au cinéma.

Le père et le fils ont toujours eu des relations conflictuelles. A l’origine, Gorō Miyazaki ne se destinait pas au monde de l’Animation. Diplômé en Agriculture et Sciences de la Forêt, il se prépare même à une toute autre carrière, quand en 1998, sa vie prend un tournant à 180°. Le producteur Toshio Suzuki lui offre, en effet, la possibilité de diriger le Musée Ghibli. Après de nombreux refus, il finit, en 2001, par accepter le poste. Mais il refuse toujours de suivre les strictes traces de son père, jusqu'en juin 2005, où le même Toshio Suzuki le persuade, cette fois-ci, de réaliser quelques planches puis le story-board d’un film pour le studio. Il s’agit des (Les) Contes de Terremer, qu'Hayao Miyazaki lui-même projetait de réaliser depuis plus de vingt ans. Son fils s’en voit finalement confié la direction ! Toshio Suzuki démontre, par cet acte éditorial fort, sa volonté de dénicher des successeurs aux deux réalisateurs piliers du Studio Ghibli : Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Sa quête remonte d’ailleurs à 1995, avec la réalisation de Si Tu Tends l'Oreille pour se poursuivre en 2002, avec Le Royaume des Chats ; le premier est alors bien accueilli par la Critique mais boudé par le public tandis que le second fait choux blanc auprès des professionnels comme des spectateurs ! Hayao Miyazaki, quant à lui, manifeste très vite son opposition à voir son fils participer à cette marche forcée au renouvellement des artistes du studio. Il s’oppose, en effet, fermement à voir son ainé Gorō devenir réalisateur, au motif qu’il manque terriblement d'expérience. Pendant la réalisation des (Les) Contes de Terremer, le fils et le père ne s’adressent ainsi plus la parole. Malgré ce climat douloureux, le jeune Miyazaki tient bon et achève l’opus. Il n’est pourtant pas au bout de ses peines. Lors de la première du film, Hayao Miyazaki ne lui accorde pas un seul regard et quitte la salle au bout d’à peine, une heure. Pire, il déverse ensuite un lot de critiques artistiques plus féroces les unes que les autres, qui, si elles sont toutes justifiées après coup, marquent les esprits par leur dureté...
Cet épisode douloureux dans la carrière du fils sera toutefois digéré par la suite. Sur l’insistance de Toshio Suzuki (encore lui !), il enterre, avec son père, la hache de guerre : La Colline aux Coquelicots sera ainsi écrit par Hayao Miyazaki et réalisé par Gorō Miyazaki qui devient, de la sorte, le premier artiste, en dehors des deux maîtres (Hayao Miyazaki et Isao Takahata), à avoir deux films labélisés Ghibli !

La Colline aux Coquelicots est donc l'adaptation d'un Shôjo (manga pour fille) éponyme en deux tomes. Scénarisé par Tetsurô Sayama et illustré par Chizuru Takahashi, il est publié au début des années 80. Hayao Miyazaki tombe alors sur le livre appartenant à ses nièces et s’interroge tout de go sur son potentiel d’adaptation en anime susceptible de toucher tous les publics. Rien n’est pas évident sur le papier. L'histoire se déroule, en effet dans le Japon du début des années 60, juste avant les Jeux Olympiques organisés dans le pays. Elle met également l'accent sur différents problèmes sociologiques comme les conséquences familiales de la Guerre de Corée survenue une douzaine d'années plus tôt, les fondements de la révolution estudiantine à venir et l'éveil industriel du Japon. Ce réalisme a de quoi étonner l’auditoire traditionnel des films Ghibli. Si ce n'est pas la première fois que le studio se risque au genre réaliste avec, au cinéma, Le Tombeau des Lucioles en 1988, Souvenirs Goutte à Goutte en 1992, Si Tu Tends l'Oreille en 1995 et à la télévision Tu Peux Entendre la Mer en 1993, cela risque de l’être pour la majeure partie du public occidental qui, n’ayant qu’un accès tronqué au catalogue du studio, a du mal à envisager un film Ghibli sans l’once de fantasmagorie et d'imaginaire. Dès lors, La Colline aux Coquelicots apparaitra bien moins abordable que son prédécesseur, Arrietty - Le Petit Monde des Chapardeurs.

La force de l’opus se situe donc avant tout dans son histoire principale, fort bien déroulée. Cette rencontre et cette histoire d'amour impossible entre les deux héros - la jeune Umi et le beau Shun- offre, en effet, bien des ressources. Leur relation est ainsi particulièrement soignée, permettant au public occidental de se délecter des habitudes amoureuses du peuple japonais, différentes car plus feutrées. Il ressort, il est vrai, du récit une pudeur incroyable et une vraie difficulté à livrer ses sentiments. La véritable réussite de la relation décrite se retrouve, de la sorte, dans une série de non-dits et de silences plus révélateurs de l’état d’esprit ambiant que bien des paroles, au point de faire des rarissimes moments où les deux protagonistes s’ouvrent leur cœur, de purs instants de douceur.

Cet état de grâce se trouve d’ailleurs renforcé par la construction du casting. Si, comme bien souvent dans les animes, une ribambelle de personnages passe plus ou moins à l’écran, seuls les deux principaux restent, il est vrai, remarquables.
Umi est ainsi une jeune lycéenne qui vit avec sa grand-mère et l’aide à s'occuper de la pension qu'elle tient. Travailleuse et dévouée, elle hisse tous les matins, deux pavillons maritimes pour marquer la mort de son père, disparu en mer lors de la Guerre de Corée. Sérieuse et timide, elle est touchante dans son envie constante d'assumer des tâches d'adultes, refusant toujours son statut d’enfant. La scène où la pression s’avère trop lourde au point qu'elle tombe dans les bras de sa mère est à ce titre terriblement émouvante. Le personnage apparait de la sorte au proie d’un paradoxe mêlant d’incroyables faiblesses venues de son manque d'assurance (que cela soit en amour ou plus prosaïquement vis à vis des réalités familiales) à une redoutable force quand il s'agit de veiller sur sa petite sœur ou de s'occuper des adultes de la pension.
Shun a lui aussi cette même ambivalence. Garçon adopté, il est à la recherche de ses origines tout en s'impliquant activement dans son école, que cela soit dans le club de journalisme ou dans la défense et la rénovation de la maison étudiante (le Quartier Latin, en français dans le film). Populaire auprès de ses camarades, il ne prend, pour autant, jamais la grosse tête. Il a, de fait, un côté très attachant avec ce mélange d'assurance lui conférant une capacité à faire les quatre cents coups et à se tenir toujours prêt à aider les autres et cette faiblesse tue, tout droit venue des interrogations et manques sur son passé.
Par rapport aux deux protagonistes principaux, les autres personnages, foisonnant tout au long du film, sont, eux, bien plus anecdotiques ; et ce, qu’ils évoluent dans la pension, le lycée ou ailleurs. L'allure de certains élèves est dans ce contexte un peu bâclée, se situant parfois même à la limite de la caricature ou de l’économie digne de certains animes télévisés fabriqués au kilomètre, à l’exemple du seul membre du club de philosophie qui rappelle vaguement un des héros du (Le) Collège, Fou, Fou, Fou. Cette situation dessert assurément le film d’autant qu’il est légitime de s’interroger sur sa justification : économie de production ou choix éditorial ?

Techniquement, La Colline aux Coquelicots est assurément un cran en dessous des autres productions Ghibli, même mineures. Les décors sont assez quelconques et les personnages secondaires bâclés. Ce bilan est somme toute assez surprenant dans la mesure où le long-métrage ne possède pas, par ailleurs, de grands moments de bravoure. Pourquoi un tel résultat ? La raison est sans doute à rechercher dans le temps de production trop court. Le film a été, en effet, réalisé en seulement une année, (lancé juste après la sortie d'Arrietty - Le Petit Monde des Chapardeurs) alors même que les derniers films Ghibli s’en sont tous arrogé au moins deux. Il faut dire également, à sa décharge, que le terrible tremblement de terre du 28 mars 2011 est passé par là : le peuple japonais a été martyrisé par ce séisme, suivi d’un tsunami et d’un désastre nucléaire tandis que l’économie du pays a tourné au ralenti de nombreuses semaines après. C’est donc, en réalité, un petit miracle si le film est parvenu à sortir dans les temps !

L’autre grand sujet d'étonnement de l’opus est à rechercher dans la forte présence de chansons. Certes, les studios Ghibli ont toujours agrémenté leurs œuvres de mélodies mais cette fois-ci, ils mettent visiblement la paquet. Pas moins d’une petite demi-douzaine de titres investit le film ; certains en arrière plan pour souligner les sentiments des personnages et d'autres chantés par les lycéens comme autant d’airs de ralliement. L’ensemble crée finalement un environnement sonore assez inhabituel pour un Ghibli mais - que le spectateur se rassure - tout à fait plaisant.

Enfin, le titre du film, comme d’ailleurs celui de son manga de base, a de quoi, lui aussi, laisser pantois. Nulle part, en effet, dans l’œuvre, le coquelicot n’est jamais cité. Il faut dès lors chercher sa signification dans son symbolisme. Pour germer, la graine du coquelicot n’a que très peu d’exigences : elle a simplement besoin d’une terre remuée ! D’une grande longévité, elle résiste aussi bien au manque d’eau qu’à l’enfouissement, et peut donc rester dormante dans le sol de longues années. C’est seulement dès que la terre est remuée et mise à nue, qu’elle se met à croitre. Elle peut dès lors s’épanouir dans des terres dévastées par la guerre, ses obus et autres tranchées de combats… Son symbolisme est, en réalité, très ancien : dès les batailles napoléoniennes, un écrivain remarque que les champs d'affrontements armés se couvrent de fleurs rouge-sang une fois la paix revenue. Le coquelicot devint alors rapidement un symbole international à la mémoire des victimes de guerre, d’abord militaires puis civiles. La fleur représente ainsi le renouveau, la vie après la mort et la souffrance. Dans La Colline aux Coquelicots, elle est, tout à la fois, le mat avec les fanions qu’Umi hisse chaque jour pour célébrer la mort de son père à la guerre mais également Umi et Shun, eux-mêmes, qui grandissent dans une contexte difficile.

Les critiques japonaises sont nettement plus tendres avec Gorō Miyazaki que lors de la sortie de son premier film. Il faut bien reconnaitre que, depuis le calamiteux (Les) Contes de Terremer, le réalisateur a accompli d'énormes progrès, que cela soit dans la définition de ses personnages ou dans le tempo de son œuvre.
Il n’empêche : La Colline aux Coquelicots n'est pas exempt de défauts. Il lui manque énormément d'ambition dans son approche : assez anecdotique dans son propos, il est, en effet, aussi, bien malgré lui, clairement inférieur, sur le plan de la qualité technique, aux autres films du studio, jusque dans l'apparence de ses personnages secondaires, variables d’un plan à l’autre. Dommage.

La Colline aux Coquelicots est un « petit » Ghibli qui a de quoi dérouter, par son réalisme appuyé, le public occidental. Il doit cependant ne pas être négligé, ne serait-ce que pour ses personnages principaux, terriblement attachants.

L'édition vidéo

Jaquette La Colline aux Coquelicots
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