Titre original :
Omoide no Mânî
Production :
Studio Ghibli
Date de sortie Japon :
Le 19 juillet 2014
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Hiromasa Yonebayashi
Musique :
Takatsugu Muramatsu
Durée :
103 minutes

Le synopsis

Très solitaire et renfermée, Anna, qui a perdu ses parents très jeune, vit en ville chez son père et sa mère adoptifs. Lorsque son asthme s'aggrave, elle part s'installer pour un été chez les Oiwa dans un petit village du littoral situé au nord d'Hokkaïdo. Très vite, Anna commence à explorer les lieux et tombe sur La Maison des Marais, une grande demeure inhabitée depuis bien longtemps. Elle y fait la rencontre d'une étrange et mystérieuse fille, Marnie...

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 05 novembre 2014

Souvenirs de Marnie est le dernier film des Studios Ghibli avant longtemps. Après deux longs-métrages adultes réalisés par les deux grands maîtres de l'animation Hayao Miyazaki (Le Vent se Lève) et Isao Takahata (Le Conte de la Princesse Kaguya), le studio du soleil levant revient donc à une thématique plus simple et plus tendre. C'est également une première puisqu'aucun de ses deux créateurs n'a participé au film. Cette situation lui donne ainsi une fraicheur et une humilité qu'il était difficile de percevoir dans les deux derniers opus. En dépeignant une histoire touchante, véritable ode à l'amitié et à l'amour, Souvenirs de Marnie est assurément l'un des meilleurs films Ghibli depuis longtemps.

Souvenirs de Marnie est écrit et réalisé par Hiromasa Yonebayashi. Né le 10 juillet 1973 dans la ville de Nonoichi dans la préfecture d'Ishikawa, il effectue des études de design à l'Université d'Art de Kanazawa. Il intégre les Studios Ghibli en 1996 en tant qu'intervalliste sur Princesse Mononoké et reste à ce poste sur Mes Voisins les Yamada. Il devient ensuite animateur sur Le Voyage de Chihiro en 2001 puis animateur-clé dans Le Château Ambulant en 2004 avant de décrocher son premier poste à responsabilité sur Les Contes de Terremer, sorti en 2006, où il est alors codirecteur d'animation. Il reprend par la suite son rôle d'animateur-clé dans Ponyo sur la Falaise (2008), La Colline aux Coquelicots (2011) et Le Vent se Lève (2013). Mais son véritable défi se produit lors de la production d'Arrietty - Le Petit Monde des Chapardeurs où il devient réalisateur, aidé par Hayao Miyazaki au scénario. Souvenirs de Marnie constitue donc le film sur lequel il prend le plus de responsabilités puisqu'aucun des créateurs des studios, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, ne sont intervenus dessus. En plus de la réalisation, il est en effet aussi à l'origine du scénario.

En douze mois, les Studios Ghibli n'auront jamais été aussi prolifiques avec pas moins de trois longs-métrages sortis dont deux signés par les créateurs du studio. 2013 voit aussi l'annonce de la retraite d'Hayao Miyazaki après la sortie du (Le) Vent se Lève et surement le même état de fait pour Isao Takahata aprés son film Le Conte de la Princesse Kaguya. Si ce dernier, à la différence de son collègue, n'a pas annoncé sa retraite, à 79 ans et dans la mesure où il a mis 14 ans à sortir un nouveau film, il y a fort à parier qu'il n'aura jamais l'occasion d'en réaliser un autre. Face à cette situation, Toshio Suzuki, le patron des Studios Ghibli, décide donc de confier à Hiromasa Yonebayashi, à sa demande, la réalisation du nouveau film des studios en se basant sur une histoire qu'apprécie beaucoup Hayao Miyazaki. Hiromasa Yonebayashi refuse en effet de se résigner à laisser penser que Ghibli ne peut continuer à vivre sans les deux grands maîtres de l'animation. Ainsi, Souvenirs de Marnie est le tout premier film du label sans que la patte de deux fondateurs ne soit présents. Son réalisateur va en revanche s'associer à Masashi Andô appelé sur le projet en tant que directeur de l'animation et qui a déjà travaillé sur Princesse Mononoké et sur Le Voyage de Chihiro avant de quitter les studios, mais aussi à Yohei Taneda (connu pour son travail sur Kill Bill : Volume 1) en qualité de chef décorateur.

Souvenirs de Marnie est donc une adaptation du roman pour enfant, When Marnie Was There, de l'écrivaine britannique, Joan G. Robinson, publié en 1967. Né en 1910, elle fait des études d'illustratrice puis commence à écrire et dessiner à son compte en 1939. Parmi la trentaine d'histoires qu'elle signe, les plus connues sont Mary-Mary, When Marnie Was There ou Teddy Robinson. Le film des Studios Ghibli reste ainsi fidèle au roman même si le lieu de l'action est déplacé de la région de Norfolk en Angleterre vers celle du nord de l'ïle d'Hokkaïdo au Japon.

Souvenirs de Marnie submerge immédiatement le spectateur par sa fraîcheur. A la différence des deux précédentes œuvres des studios (Le Vent se Lève et Le Conte de la Princesse Kaguya), le film a, en effet, une grande humilité, un côté intimiste et une immense tendresse qui manquaient furieusement aux derniers opus, en particulier celui d'Hayao Miyazaki. Beaucoup moins ambitieux dans sa thématique, il est pourtant celui qui tape le plus au cœur des spectateurs. En racontant cette histoire d'amitié enfantine, le réalisateur offre, il est vrai, un film universel qui parle aux enfants bien-sûr mais également aux parents de par la richesse des thématiques abordées avec beaucoup de subtilité. Ainsi, Souvenirs de Marnie traite de l'adoption, de la différence, de l'éducation et de l'adolescence. Au fur et à mesure qu'Anna découvre Marnie, la jeune fille va ainsi apprendre à aimer de nouveau la vie et prendre plus confiance en elle. Le film livre alors une superbe fresque qui unit le destin de ces deux jeunes filles avec qui la vie n'a pas forcément été tendre.

Souvenirs de Marnie rayonne également par sa capacité à flirter avec le fantastique rendant l'histoire encore plus originale. Marnie semble en effet sortie d'un autre temps et plonge Anna dans un lieu où le passé semble ressurgir ; le plus touchant étant qu'il est réellement difficile de savoir s'il s'agit là d'un rêve, d'une vision fantasmagorique, de souvenirs ou de son inconscient. Une chose est certaine pour Anna : son amitié intangible avec Marnie est une raison de vivre. La force de ce sentiment allié à une narration fort bien menée offre alors au spectateur un récit savoureux à l'ambiance toute à la fois mystérieuse, mélancolique et bienveillante.

Les personnages de Souvenirs de Marnie sont merveilleusement définis.
Anna est ici le personnage principal. Jeune fille de douze ans, souffrant d'asthme, elle est renfermée sur elle-même se méfiant autant de potentiels amies que de ses parents adoptifs, en particulier de sa mère Yoriko. D'ailleurs, elle ne la qualifie jamais de « mère » mais de « dame d'accueil ». Elle se sent ainsi inutile et perdue sans jamais trouver un sens à sa vie. Ne croyant pas au bienfait thérapeutique de son voyage à Hokkaïdo, elle l'accepte par résignation espérant tout juste pouvoir prendre un peu de recul vis à vis de sa mère adoptive qu'elle juge trop étouffante et un peu maladroite.
Marnie est l'opposée parfaite d'Anna. Pleine de vie et de bonne humeur, elle est aussi et surtout bien plus intrépide. Elle force d'ailleurs Anna à s'amuser et développe avec elle une amitié indéfectible alors que les deux adolescentes viennent de se rencontrer dans la Maison de Marais. Mais qui est réellement Marnie ? Si cette question effleure Anna, elle préfère la balayer pour profiter à plein des instants qu'elle passe avec elle.
Anna est recueillie chez un couple d'amis de sa mère adoptive, Setsu et Kiyomasa Oiwa. Déjà parents d'enfants adultes qui ont quitté la maison, ils sont à l'opposé de Yoriko. Beaucoup plus permissifs, ils sont aussi bien moins protecteurs et surtout bien plus joyeux, tout en étant tout aussi attentionnés.
Il y a ensuite une ribambelle de personnages secondaires tout aussi intéressants comme Sayaka, la fille des nouveaux propriétaires du manoir ou encore Hisako, la dame âgée qui peint au bord de mer.

Techniquement, Souvenirs de Marnie est de toute beauté et ne peut souffrir d'aucune critique. Si l'animation s'y développe toute en subtilité, la beauté des décors, comme ceux du manoir ou des marécages, ou encore la palette des couleurs ont de quoi couper le souffle du spectateur. Le ciel par exemple est tout bonnement somptueux. D'une couleur douce à mi-chemin entre le bleu et les nuages, il est voilé et hésitant à l'image de l'humeur de l'héroïne. Chaque plan est alors un ravissement…
En fait, s'il ne fallait trouver qu'un seul un défaut au film, c'est du côté de la musique qu'il faudrait aller le chercher. Composée par Takatsugu Muramatsu, elle constitue pour l'artiste sa première participation aussi bien à un film des Studios Ghibli qu'à un film d'animation tout court. Et force est de constater que la mélodie manque de thèmes ambitieux : les morceaux se situent qualitativement à des années lumières de ceux de Joe Hisaishi qui ont fait la renommée des bandes originales du label. Seule, en réalité, la chanson Fine on the Outside, interprétée par Priscilla Ahn, lors du générique de fin, mélancolique à souhait, s'accorde parfaitement au ton du film. Dommage.

Au Japon, Souvenirs de Marnie était censé constituer la première pierre du renouveau des Studios Ghibli, celui des films sans Hayao Miyazaki ou Isao Takhata. Malheureusement, il marque plutôt la fin d'un cycle, en espérant qu'il ne s'agisse pas là du chant du cygne. Le réalisateur n'a, en effet, pas réitéré l'exploit d'Arrietty - Le Petit Monde des Chapardeurs qui était devenu l'année de sa sortie le plus gros succès pour un film japonais dans son pays. Souvenirs de Marnie n'est, il est vrai, arrivé que troisième le weekend de sa sortie réalisant moins de la moitié du résultat de son premier film, et ce malgré de bien meilleures critiques. Une des raisons du désaveu du public peut d'ailleurs se rechercher auprès de la campagne marketing qui a accès sa publicité vers les jeunes adolescentes alors que l'opus s'adresse à tous les publics, y compris les adultes. Après l'échec du (Le) Conte de la Princesse Kaguya et Souvenirs de Marnie puis la retraite de ses deux fondateurs, les Studios Ghibli se retrouvent donc dans l'impasse. Toshio Suzuki a même finalement annoncé que le studio faisait une pause dans la production de longs-métrages d'animation le temps de repenser son modèle économique. En attendant, les animateurs sous contrats ont tous été renvoyés tandis que le studio se recentre sur une poignée d'employés pour faire vivre son patrimoine. Quel l'avenir dans tout ça ? Difficile à dire. Peut-être les Studios Ghibli sortiront ils des films moins souvent avec des animateurs embauchés sur un projet et non plus sur une durée indéterminée ; une pratique rare dans le monde l'animation au Japon. La qualité et l'identité des Studios Ghibli se perpétueront-ils ? Le studio nippon a-t-il encore les moyens de survivre ? Si de nombreuses questions restent sans réponse, une chose est sure : sans moyens de production, un studio se meurt.

Qu'il marque la fin d'un cycle ou le chant du cygne, Souvenirs de Marnie n'en reste pas moins un superbe long-métrage d'animation qui clôt en beauté trente ans de filmographie des Studios Ghibli. D'une beauté mélancolique, d'une tendresse touchante et d'une poésie subtile, Souvenirs de Marnie est assurément l'un des meilleurs Ghibli depuis des nombreuses années.

L'édition vidéo

Jaquette Souvenirs de Marnie
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