L’intelligentsia française a toujours ignoré -
pour ne pas dire méprisé - l'œuvre de Walt Disney. Refusant au Maître de
l'animation le rang d'artiste, elle a toujours présomptueusement prétendu
que ses oeuvres n'avaient pas leurs places dans les salles de musées mais
uniquement sur les étales des magasins.
Le prestigieux
Grand Palais répare l'effroyable affront fait par la République au Papa de
Mickey en ouvrant ses galeries, du 16 septembre 2006 au 15 janvier
2007, à une superbe exposition consacrée à l'inspiration des oeuvres des
studios Disney du vivant de leur créateur. Elle retrace ainsi toutes les influences
artistiques de la production des tout premiers
Mickey Mouse
jusqu'au Livre de la jungle. Surprise pour les uns, évidence pour
les autres : les oeuvres du grand Walt apparaissent bien vite beaucoup plus
complexes et riches qu'il n'y parait au premier abord. Et tant pis pour les
"cultureux" chagrins lamentablement tombés dans la critique aussi expéditive
que vide.
Pour chacune de ses productions, Walt Disney s'est inspiré, avec minutie et
respect, de peintures,
d'illustrations, d'architectures, de sculptures, de littératures et de cinémas.
Tous les arts l'ont assurément inspiré. Mais sa vraie force repose, sans
aucun doute, sur sa capacité unique à digérer les influences pour obtenir un
résultat ayant élevé la simple technique du dessin animé au rang d'art.
Les décors et les celluloïds des artistes Disney sont en effet exposés, pour la
première fois, à côté de leurs sources d'inspiration. Cette présentation
fort habile permet de prendre conscience, en un instant, de l'incroyable
richesse des longs métrages d'animation tels
Blanche Neige
et les sept nains,
Pinocchio
ou Fantasia. Walt Disney a réussi le tour de force de
réaliser des oeuvres populaires, accessibles au plus grand nombre tout en
étant terriblement exigeantes.

Parvenir à attirer les foules sans tomber dans la facilité n'est pas chose
aisée. La culture de masse a, en effet, des travers qui peuvent assurément
faire basculer la meilleure des intentions artistiques dans la pire démarche
commerciale. Walt Disney, remarquable conteur, en a parfaitement compris le
mécanisme, ses risques et dangers mais aussi ses formidables potentiels
et ouvertures. Ainsi, très vite, il a pris conscience de ses limites
artistiques et notamment de ses talents de dessinateur. Soucieux de toujours
toucher du doigt la perfection dans toutes ses entreprises, il s'entoure
ainsi des meilleurs collaborateurs, dont beaucoup viennent du vieux
continent. Il s'attache à les fédérer autour d'un seul et unique but : faire
mieux ! Il estime d'ailleurs, fort à propos, que leurs cultures européennes,
très différentes des connaissances et sensibilités américaines, apportera
une incroyable force à ses oeuvres. Et quand la technique ne suit plus, il
en
invente une nouvelle à l'exemple de la caméra multiplane. Walt Disney a
constamment une image précise de ce qu'il recherche. Il sait exactement ce
qu'il veut et n'accepte pas de ne pas l'obtenir. Il s'en donne les moyens
jusque dans sa vie personnelle. Issu d'un milieu modeste où la culture est
quasi absente, il a soif de connaissance et fait preuve d'une curiosité sans
faille. Il se rattrape ainsi, avec bonheur, à l'age adulte, et dévore, avec
un appétit jamais rassasié, livres, ouvrages, romans et contes. Lors d'un
voyage en Europe dans le milieu des années 30, il en profite, par exemple,
pour ramener une véritable bibliothèque qu'il met à la disposition de ses
collaborateurs pour ses futurs projets. Ces livres, dont une grande partie a
aujourd'hui disparu et dont le reste est précieusement conservé aux Walt
Disney Studios, sont la genèse même de l'œuvre de Walt Disney toute entière.
En 1946, il rencontre Dali. Les deux hommes avouent s'admirer l'un, l'autre.
Ils se lancent alors dans un projet commun,
Destino. Ce court-métrage animé d'inspiration surréaliste, ne
verra pourtant pas le jour du vivant des deux Maîtres. Finalement abandonné,
il est, en fait, terminé en 2003, sous l'impulsion personnelle de Roy Disney. L'exposition offre
au public ce petite bijou qui reste malheureusement absent du menu de son
DVD, se limitant au seul documentaire réalisé par Samuel Doux.
Il était une fois Walt Disney propose donc un survol
de l'exposition consacrée au Papa de Mickey au Grand Palais, à Paris. En
moins d'une heure, il y passe en revue les moments forts sans pouvoir bien
sûr s'arrêter sur tous les
détails. S'il ne démérite pas, il se doit d'être considéré
comme un simple complément de l'exposition, à l'image du magnifique
catalogue
de 350 pages, publié par la Réunion des Musées Nationaux.
Il était une fois Walt Disney consolera les fans qui n'ont pu
se rendre à l'hommage mérité et tant entendu qu'un haut lieu de la culture
française rend - enfin ! - à Walt Disney.