Marvel 14 : Les Super-Héros Contre la Censure est un
court-métrage documentaire français de 26 minutes produit par Mettalina
Productions et réalisé par Philippe Roure et Jean Depelley.
Son propos est scindé en deux parties non identifiées en tant que telle. La
première – la plus intéressante en réalité – s’attache ainsi à expliquer la
genèse de la censure de la presse enfantine en France et de ses conséquences sur
l’importation des bandes dessinées étrangères, et notamment des comics. La
seconde s’attarde, elle, sur le fantasmé (du moins chez les fans) numéro 14 du
journal français de comics, Marvel.

Le documentaire dresse donc, tout d’abord, un état des lieux de la
législation applicable à la presse pour enfants post Seconde Guerre Mondiale. Il
explique non seulement son origine mais également ses conséquences. Le
spectateur apprend ainsi qu’en 1949, quand la question de la censure de la
presse enfantine s’est posée, les parlementaires de l’époque, toutes tendances
confondues, sont tombés d’accord sur un texte particulièrement strict imaginé, à
l’origine, par les fonctionnaires de Vichy. Ainsi, les élus MRP (la Droite Chrétienne Démocrate) et leurs opposants Communistes (le P.C.F. est alors très
puissant) s’allient dans le but d’interdire l’importation de bandes dessinées
venues notamment des USA. La droite, sous influence de l’église, craint, en
effet, pour la moralité des jeunes français tandis que la gauche reproche, elle,
aux récits américains leurs anticommunismes revendiqués. La « Commission sur les
œuvres imprimées destinées aux enfants » prend alors à cœur de faire retirer
tout ce qu’elle estime ne pas correspondre aux bonnes mœurs, en édictant une
somme d’interdits considérable. Ainsi, par exemple, les héros ne peuvent pas
être masqués au motif que seuls les voleurs cachent leur visage : même Zorro
fera les frais de cette directive et tombera le masque ! Les couleurs criardes
sont prohibées car par trop existantes : les éditeurs contournent alors le
problème en publiant les comics en noir-et-blanc majoritaire avec une seule
couleur dominante (le bleu ou le rouge). Les onomatopées sont également
proscrites au prétexte qu’un homme civilisé n’en utilise pas ! Du même
acabit, les super-héros ne doivent pas avoir de pouvoirs (trop) surnaturels pour
ne pas voir le jeune public mystifier des balivernes, les explosions sont
interdites et le sang gommé, etc.

La censure faisant feu de tout bois, les éditeurs sont sous pression. Ils en
arrivent même à s’autocensurer au-delà des exigences légales, histoire
d’échapper à l’interdiction pure et simple de publication. Alors même que leur
équipes réécrivent les histoires et reformatent les dessins pour les expurger de
tout ce qui peut tomber sous le couperet de la loi ou de la commission de
censure, les éditions Lug, spécialisées dans les comics Marvel, en subissent
tout de même les foudres. Ils voient ainsi plusieurs de leurs magazines retirés
des rayonnages, agonisent sous une multiplication par 15 de la T.V.A. applicable
à leurs publications et se résignent même à les éditer avec la mention « BD
réservées au adultes » se privant, à l’époque, de la quasi-totalité de leur
lectorat. De leur côté, les fans, qui ne comprennent pas tous ce qu’ils se
trament sous leurs yeux, pestent contre les éditeurs les accusant de carrément
saboter les œuvres qu’ils sont censés pourtant promouvoir...

Le documentaire enchaine alors sur son deuxième thème, celui-là même qui est
révélé dans le titre. Le mythe du numéro 14 du magazine Marvel. Il prend alors
des airs d’enquêtes judiciaires (allant même jusqu’à flouter un intervenant) et
part à la recherche de tous les indices sur ce fameux numéro. Remontant le fil
des responsabilités au gré des fusions et acquisitions dans le monde de
l’édition, il laisse la conclusion à l’ancienne directrice des éditions Lug qui
explique que la maquette du numéro 14, aujourd’hui perdue, était prête mais n’a
jamais été mise sous presse.
Marvel 14 : Les Super-Héros Contre la Censure est un documentaire
intéressant qui permet de bien comprendre le processus de censure qui s’est
appliqué pendant plus de trois décennies à la presse enfantine en France.
L’histoire du Marvel 14 ne vaut en revanche que pour l’anecdote...