I Am Your Father

I Am Your Father
L'affiche du film
Titre original :
I Am Your Father
Production :
Nova Televisió
Singular Audiovisual
Strange Friends
Date de sortie Espagne :
Le 20 novembre 2015
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Toni Bestard
Marcos Cabotá
Commanditaire :
Star Wars
Musique :
Tolo Prats
Durée :
82 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Personne n’est à l’abri d’une injustice… Pas même Dark Vador ! Lorsqu’en 1983 le plus grand des méchants du cinéma dévoile enfin son visage à la fin de l’Épisode VI, Star Wars : Le Retour du Jedi, ce n’est en effet pas celui de l’acteur originel l'ayant incarné depuis le premier épisode Star Wars : Un Nouvel Espoir ! Dès lors, ce documentaire tente, d’une part, de rétablir la vérité et, d’autre part, de laver l’honneur du Seigneur des Sith en rejouant la célèbre scène en question…

La critique

rédigée par
Publiée le 18 avril 2017

C'est bien connu : les méchants au cinéma crèvent l’écran ! Le public adore les détester et ce sont souvent eux qui restent dans l’inconscient collectif aux côtés de héros tout aussi emblématiques. Pourtant, le revers de la médaille n’est pas aussi reluisant. Lorsqu’un acteur joue un rôle de méchant au visage reconnaissable, il voit, il est vrai, sa renommée souvent suivre le pas pour le hisser au rang de star inconditionnelle. De Anthony Hopkins, jouant un Hannibal Lecter inoubliable dans Le Silence des Agneaux (1991) à Jack Nicholson en Jack Torrance schizophrène dans Shining (1980) en passant par un Ralph Fiennes reptilien dans son rôle de Voldemort dans la saga Harry Potter, aucun n’égale pourtant le plus grand méchant de toute la galaxie, reconnaissable par quelques notes de musique et une silhouette devenue universelle : Dark Vador ! Mais voilà, paradoxe suprême, l’acteur ayant prêté sa carrure au Seigneur galactique n’a jamais pu capitalisé sur son succès…

David Prowse est né le 1er juillet 1935 à Bristol en Angleterre. Body-builder, il devient comédien presque par la force des choses lorsque les réalisateurs lui attribuent des rôles de monstres ou de méchants, grâce à sa grande taille de 1,96 mètre. Ainsi, il se fait d’abord connaître en devenant le super-héros charismatique d’une campagne publicitaire sur la sécurité routière dédiée aux enfants du Royaume-Uni : le Green Cross Code Man aide en effet les bambins à traverser la route en toute sécurité. Il visite plus de sept-cents communes à travers le pays pour sensibiliser le public et divise par deux le nombre de morts sur les routes anglaises. Grâce à ce personnage improbable, il obtient la plus haute distinction du pays en se voyant décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique par la Reine d’Angleterre en personne, Elisabeth II, en 2000. Ce n’est pourtant pas son seul rôle ; il interprétera ensuite deux fois le monstre de Frankenstein d’abord dans Les Horreurs de Frankenstein en 1970 puis dans Frankenstein et le Monstre de l’Enfer en 1974. Avant cela, il fait une brève apparition dans un James Bond, Casino Royale en 1967, encore en Frankenstein mais juste le temps d’un gag.

Il est alors approché par un certain George Lucas qui lui propose de faire un choix entre deux rôles pour son prochain film que beaucoup redoute : l’un est un personnage secondaire nommé Chewbacca, l’autre est le méchant de l’histoire, nommé Dark Vador. David Prowse n’hésite pas un moment et choisit évidemment le personnage central de cet opus galactique. Mais voilà, si son corps a été le catalyseur de son recrutement au sein du casting, sa voix n’est pas celle souhaitée pour le protagoniste, emblème représentatif du Côté Obscur. Son timbre n'est, en effet, pas assez noir et son accent du Sud-Ouest de l’Angleterre anachronique : il se fait donc doubler par l’intonation plus grave de James Earl Jones. De cette façon, il n’apprendra qu’à l’écran que le personnage de Dark Vador est en réalité le père de Luke Skywalker et Leia Organa ! Mais l’affront ne s’arrête pas là… Après deux films où le Seigneur des Sith se cache derrière un masque filtrant sa voix et participant à la noirceur du personnage, le troisième épisode de la saga révèle enfin son visage à la toute fin… Mais ce n’est pas celui de David Prowse ! Comme sa voix, il est jugé encore trop jeune (48 ans à l’époque) et ne convient pas au personnage. Il est là-aussi remplacé par un autre acteur : Sebastian Shaw, alors âgé de 78 ans. Pour la première trilogie, ce n’est donc pas un, ni deux mais bien trois acteurs qui se partagent le rôle du méchant le plus emblématique de l’histoire du cinéma : David Prowse pour son corps, Sebastian Shaw pour son visage et James Earl Jones sa voix. Comme si un seul homme ne pouvait porter sur ses seules épaules un personnage si maléfique…
David Prowse se voit ainsi voler sa renommée au moment-même où le visage de son personnage est révélé. Plus grave encore, il n'est même pas averti du tournage de la scène dans une autre partie du Studio !

Plus de 35 ans plus tard, et même si ce moment de sa vie est bien loin, I Am Your Father présente un David Prowse toujours affecté par cet épisode qui aurait pu changer sa carrière en un coup de masque. Il est d’ailleurs souvent invité lors de conventions de science-fiction mais sa mésentente avec Lucasfilm Ltd. l’a transformé en paria des conventions Star Wars dont il est strictement exclu. Cette décision remonte à de nombreux fâcheux épisodes entre la star et Lucasfilm. L'un d'entre eux concernerait la révélation, par l'acteur, de la filiation entre Dark Vador et Luke Skywalker. En réalité, Prowse émet cette hypothèse à la presse avant même que le deuxième script ne soit écrit ! Il est d'ailleurs invraisemblable de réaliser que l'idée de la parenté du Seigneur Sith avec Luke et Leïa provienne... de Dark Vador lui-même ! Lucasfilm encaisse le coup mais regrette cet acteur qui parle visiblement trop aux médias. Un autre incident laminera définitivement les discussions entre les deux camps. La presse divulgue en effet une certaine information, soi-disant faite par David Prowse, concernant la mort du personnage central, Dark Vador, dans l'Épisode VI, Star Wars : Le Retour du Jedi. Or, cette scène, il ne l'a jamais jouée puisque la vedette lui fut volée par Sebastain Shaw ! Mais il n'en faut pas plus à Lucasfilm pour en déduire que seul Prowse pouvait être le coupable d'organiser cette fuite publique ! Il s'avèrera des années plus tard qu'un membre de l'équipe de production est à l'origine de cette divulgation capitale mais il était déjà trop tard, le coupable est tout trouvé et déjà condamné ; le mal est fait et le divorce consommé. Lucasfilm ne veut pas en entendre plus et dès lors, l’incompréhension fait place aux critiques entre l’acteur et la firme de George Lucas. Malgré tout, I Am Your Father ne montre pas un homme résigné au sentiment d’une carrière gâchée, mais simplement ressentant un goût d’inachevé.

C’est alors que l’idée centrale du documentaire arrive sur un plateau : il faut tout simplement reshooter la scène avec David Prowse en Dark Vador ! Le réalisateur de I Am Your Father, apparemment fan absolu de l’univers de George Lucas, est d’un enthousiasme évident, peut-être trop à l’image de sa présence régulière tout au long de son documentaire. Sa quête de laver l’honneur de son acteur fétiche est louable mais il est inutile de le répéter sans cesse, en long et en travers, pour se donner de fausses raisons d’apparaître à l’écran. Un obstacle cependant leur barre la route et il apparaît douteux qu’il n’y ait pas pensé plus tôt : Lucasfilm ne donne tout simplement pas l’autorisation de rejouer la scène ! Mais le réalisateur obstiné insiste et s’entoure de nombreux artistes et fans avant l’heure pour réaliser un rêve d’enfant. C’est d’ailleurs la seule déception du film. Pour des questions d’interdiction de diffusion par Lucasfilm, la célèbre scène, bien que recréée avec David Prowse derrière le masque du Seigneur Sith n’est pas diffusée dans le documentaire, alors qu’elle aurait pû le clore à merveille. Mais comme le dit Robert Watts, producteur de Star Wars : Le Retour du Jedi, et l’un des intervenants :  « L’industrie du film, c’est du business ! ». D’ailleurs, la galerie de personnes interviewées est impressionnante et donne du poids au propos du réalisateur. Parmi eux : Robert Watts donc (producteur de Star Wars : Le Retour du Jedi et Les Aventuriers de l'Arche Perdue), Gary Kurtz (producteur de Star Wars : Un Nouvel Espoir), Brian Muir (créateur de l'allure et sculpteur de Dark Vador), Lou Ferrigno (acteur ayant joué dans la série L'Incroyable Hulk en 1977), Jeremy Bulloch (acteur ayant incarné Boba Fett) ou encore Kenny Baker, l’acteur de R2-D2. Un seul manque à l’appel et pour lequel le réalisateur aurait sûrement payé très cher pour obtenir son point de vue : George Lucas ! Le créateur de la saga a en effet décliné « gentiment » la proposition de participer à cette production. De ce fait, il manque la version de l'autre camp, tout aussi légitime à témoigner.

Une mention spéciale est à attribuer à la réalisation du film qui distille, ça et là, de belles séquences de transition, présentant les personnages par des ombres, comme sortis d'esquisses à l'encre. Ces scènes sont encore plus louables dès lors que les droits des films n'ont pas été accordés. Le documentaire a pourtant été soumis à Lucasfilm qui n'a jusqu'alors pas encore répondu au réalisateur. Sorti en Espagne le 20 novembre 2015, il bénéficie d'un éclairage supplémentaire grâce à la plateforme de diffusion Netflix dès septembre 2016. 

Hommage d’un réalisateur à l’un de ses plus grands héros, I Am Your Father est un documentaire révélant les coups bas de l'industrie du septième art qui s'avoue avant tout être un business. Soutenu par une pléiade de témoignages sincères et contemporains de l’époque du début de la saga et malgré un réalisateur voulant trop souvent se mettre en scène, ce film présente l’avantage de rendre à David Prowse ce qui appartient à Dark Vador : la scène qu’il mérite, que le monde entier espère voir fuiter un jour sur la toile !

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