Star Wars
Un Nouvel Espoir

Star Wars : Un Nouvel Espoir
L'affiche du film
Titre original :
Star Wars : A New Hope
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 25 mai 1977
Distribution :
20th Century Fox
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Georges Lucas
Musique :
John Williams
Durée :
119 minutes

Le synopsis

Dans une galaxie lointaine, très lointaine, une mission diplomatique est arraisonnée par les troupes du maléfique Empire galactique. Son commandant, Dark Vador accuse la diplomate et princesse Leïa Organa d’avoir pactisé avec l’Alliance Rebelle, dernier rempart contre la domination suprême de l’Empire et de détenir des plans de l’Étoile Noire, une base sidérale ayant la puissance de détruire une planète. Juste en dessous de cette bataille spatiale, sur la planète Tatooine, un jeune fermier nommé Luke Skywalker entre en possession de deux droïdes : C3PO et R2D2. Un achat qui va le mettre sur le chemin de sa destinée et d’une puissance mystique : La Force.

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 07 décembre 2015

« Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine très lointaine ».
Une formule rendue historique grâce à un simple film de science-fiction qui, dès sa première projection au cinéma, est devenu un mythe. Un film ne se résume pas à des effets visuels, comme c'est le cas aujourd'hui, ou à un bon scénario, c'est un équilibre entre une histoire et sa transcription audiovisuelle. Ce qui va différencier La Guerre des Étoiles, des autres films à gros budget faits à l'époque, réside dans la réactualisation par Lucas d'un concept depuis longtemps oublié : le héros mythologique. Une figure dont les États-Unis de 1977 avaient grand besoin !

 

De 1964 à 1973, l'armée américaine est au cœur d'un conflit aussi meurtrier qu'insoluble : la guerre du Vietnam. Basant leur stratégie sur une technologie de pointe, le gouvernement américain ne réalise pas que l'ennemi mène en plus d'une guérilla contre eux, une guerre politique. Le 21 octobre 1965, un barrage militaire du Pentagone sera forcé par des manifestants et deux mille jeunes américains escaladeront le Pentagone. Cet exemple de contestation, qui ne cesse de grandir, démontre la perte de confiance des civils et de la jeunesse dans leurs dirigeants et dans l'omnipotence de leur pays. Ce tragique épisode, se soldant par le retrait des troupes américaines, fragilisera le mythe américain et marquera une rupture générationnelle.

Une descente aux enfers qui continuera avec l'affaire du Watergate et la démission du président Richard Nixon le 8 août 1974. Le 17 juin 1972, une équipe de faux plombiers est prise en flagrant délit alors qu'ils placent des micros au siège du comité national du Parti Démocrate. Rapidement étouffé par l'équipe de Nixon, qui dément son implication, la vérité éclatera finalement sous la plume des reporters du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein ; le film Les Hommes du Président d’Alan Pakula décrivant l'affaire avec brio. C'est donc un gouvernement corrompu, menteur et criminel qui apparaît au peuple américain, la désillusion est totale : le pays est vaincu, les politiciens n'inspirent plus confiance et les projets comme la conquête spatiale ont perdu la popularité des premières heures.

Dans cette période de trouble identitaire, le jeune cinéaste Georges Lucas fait ses premières armes. Si le public n'a pas été réceptif à ses deux précédents films, THX 1138, critique de la société américaine des années 60 et American Graffiti, réflexion sur l'incertitude de la jeunesse face à son avenir, elles restent de très bonnes œuvres qui permettent à Lucas de mettre en place son grand projet : La Guerre des Étoiles. Avec ce film, il réussira trois choses. D’abord réadapter le concept du héros mythique, en parlant de son sujet de prédilection : « comment devenir un homme dans une société qu'on ne connaît et ne reconnaît pas ? ». Ensuite, redonner espoir à toute une génération de jeunes américains. Enfin contribuer, malheureusement, à la chute du Nouvel Hollywood.

À l'université de Californie du Sud, où Lucas étudie, il lit l'essai de mythologies comparées : Le Héros aux Mille et un Visages de Joseph Campbell. L'auteur y développe la théorie du monomythe, tous les mythes du monde racontant la même histoire : celle du voyage du héros. Il le divise en cinq étapes :

  1. « L’appel à l'aventure que le héros doit accepter ou décliner »
  2. « Le cheminement d'épreuves, ou le héros réussit, ou il échoue »
  3. « La réalisation du but, qui lui apporte une meilleure connaissance de lui-même »
  4. « Le retour vers le monde ordinaire, ou le héros réussit, ou il échoue »
  5. « L'utilisation du gain, qui peut permettre d'améliorer le monde ».

Reprocher à l'écriture de La Guerre des Étoiles de suivre les étapes établies par Campbell est légitime mais il n’empêche que le long-métrage de Lucas reste avant tout le travail d'un auteur. Un argument qui se retrouve dès les premières minutes du film avec le texte bleu sur fond noir : « Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine... ». Avec cette formule rappelant le traditionnel : « Il était une fois » des contes de fée, Lucas inscrit, dès le début, son film dans l'univers du mythe. Si sa passion d'enfance pour les séries Flash Gordon et Buck Rodgers ne l'ont jamais quitté, il a vite réalisé que le western et le fantastique n'ont plus l'attention des publics juvéniles, désireux d'une mythologie plus actuelle. Lucas n'hésite donc pas à créer son propre space opera où cohabiteront les icônes de sa jeunesse et des personnages issus d'un cinéma moderne.

Apparaît ensuite le titre de la saga : La Guerre des Étoiles qui s'éloigne de l'écran, instant magique pour le spectateur. Ce sortilège, Lucas le doit au thème musical composé par John Williams. Influencé par Kubrick et son 2001, l'Odyssée de l'Espace (1968), le tout premier montage du film est fait entièrement avec des musiques classiques : « La première fois que j'ai vu La Guerre des Étoiles sur écran, la bande originale comportait encore le Boléro de Ravel.» révèle Anthony Daniels (C-3PO). Sous les conseils de son ami Steven Spielberg, Lucas engage John Williams, qui vient de produire le thème des (Les) Dents de la Mer, pour composer la musique originale de son film. Ce choix va permettre la renaissance des thèmes symphoniques dans le cinéma des années 70. Inspirés par le romantisme de Strauss, Holst ou Stravinski, Williams et l'orchestre symphonique de Londres vont utiliser la technique du leitmotiv pour toute la saga : chaque personnage, lieu, entité aura sa propre identité musicale.

Réduire l'introduction de son film à un long texte défilant, inspiré de la série Buck Rodgers, et l'accompagner d'une musique symphonique est donc un pari risqué car Lucas mise la première impression sur la concentration de son public. Si beaucoup considèrent cette transmission d'information comme maladroite, il faut garder à l'esprit que Lucas a compris les écrits de Campbell et prend le parti de faire de La Guerre des Étoiles la relecture moderne des mythes classiques. D’ailleurs, dès la fin du défilant le spectateur est projeté en plein cœur d'une bataille spatiale entre un croiseur impérial et une navette diplomatique. Renforcée par l'utilisation d'un son surround, la salle de cinéma est transportée dans une autre galaxie car l'image n'est pas la seule à bouger, le son s'y est mis aussi. Et si les différentes étapes de l'histoire sont un jeu fléché pour l'averti, la saga de Lucas n'est que le produit d'idées et de partis pris risqués.

Tout se retrouve dans cet état d’esprit : innover avec des concepts anciens, avec les différents protagonistes. Et voilà déjà un couple mythique du cinéma : C-3PO et R2-D2. A la fois messager et écuyers du chevalier, ils sont indispensable au héros : R2D2 fait connaître à Luke la détresse de la princesse et C-3PO, doté du verbe, présage les évènements à venir. Moteurs initiaux de l'histoire, ils permettent au héros d'accéder à la première étape de son voyage. Si dans THX 1138 des robots à l'effigie humaine étaient utilisés pour représenter la froideur et la violence, Lucas choisit cette fois d'en faire les compagnons du héros, en dépit des difficultés cinématographiques de l'époque pour humaniser les machines. C'est grâce au talent respectif des acteurs anglais : Anthony Daniels (C-3PO) et Kenny Baker (R2-D2) qui ont imprimé leur personnalité dans des costumes qu'a pris vie le duo le plus emblématique du cinéma de science-fiction.

Comme dans tout mythe, particulièrement ceux choisis par Lucas, le héros affronte une série d'épreuves pour sauver une demoiselle en détresse. Incarnée par Carrie Fisher, fille de Debbie Reynolds (Chantons Sous la Pluie), celle-ci offre une prestation qui peut sembler, de prime abord, caricaturale : vêtue de blanc, cachée dans le vaisseau et en espérant échapper au combat : « Cette fois la princesse Leïa ne pourra pas s'échapper. » Mais dès que le vaisseau est investi par les troupes impériales, Leïa Organa devient une guerrière et fait face à Vador sans hésitations. Ce retournement de situation, Lucas l'utilise pour réaffirmer sa capacité d'adaptation : le temps de la jeune fille faible et en détresse est révolu. Un processus d'inversion des rôles hommes / femmes qui était déjà présent dans THX 1138.

La consécration du film, au niveau psychologique, est atteinte avec le cynique et séduisant contrebandier : Han Solo. Second héros de la saga, il se caractérise par le regard qu'il porte sur le concept du mythe. Les forces spirituelles et les valeurs véhiculées par Obi Wan Kenobi et Dark Vador lui sont révolues et peu fiables : « P'tit gars j'ai piloté cet appareil d'un coin de la galaxie à l'autre, j'ai vu des tas de choses étranges dans ma vie, mais j'ai encore rien vu qui me permette de croire qu'il y a un pouvoir capable de diriger l'univers tout entier. En tout cas, c'est pas une force mystique qui dirigera ma vie à moi. Tout ça, c'est des trucs minables, c'est du flan... ».

Il incarne un univers moins manichéen que la vision qu'en a Luke : il y a les bons, les mauvais et il y a ceux qui oscillent des deux côtés de cette frontière. La mort de Greedo en est le parfait exemple car sous la pression de son rival, il le menace de son pistolet, il tire le premier. Ce qui apparaîtrait comme un meurtre n'est en réalité qu'une question de survie, la galaxie est un endroit dangereux et bien plus complexe qu'une simple lutte entre le bien et le mal. Avec l'apparition de ce personnage, le spectateur peut choisir de suivre soit Luke dans sa quête identitaire ou Han Solo et son copilote Chewbaca à travers leurs aventures, un double récit approfondi dans l'épisode V. Si l'écriture était de qualité, le rôle est surtout devenu mythique grâce à l'interprétation d'Harrison Ford. Apparu dans : American Graffiti, il tenait le rôle de Bob Falfa, Lucas l'engage pour donner la réplique aux postulants. Face à Christopher Walken, Kurt Russel et bien d'autres, l’irritation de l'acteur d'être privé de candidature convaincra le réalisateur qu'il est le meilleur candidat pour interpréter le cynique mercenaire. Si ces quatre personnages constituent la part d'originalité scénaristique de La Guerre des Étoiles, les autres protagonistes comme Luke, Obi Wan Kenobi ou Dark Vador forment un univers plus classique.

Luke Skywalker est jeune, intrépide et rêveur, c'est l'archétype du héros en devenir. Malheureusement il n'existe, dans ce film, que de cette manière car sa construction psychologique manque de profondeur. Principal défaut du personnage qui n'offre rien de touchant car il suit un chemin tracé, malheureusement trop prévisible. Néanmoins, ce fait est largement compensé par les personnages secondaires qui graviteront, au cours de toute la saga, autour de lui.

L'ignorance du jeune homme permet l'introduction de la figure du mentor, ici l'ancien chevalier jedi : Obi Wan Kenobi. Selon Campbell, ce guide peut être : « une petite créature de la forêt, un magicien, un ermite, un berger ou un artisan qui apparaît pour fournir amulettes et conseils dont le héros pourrait avoir besoin ». L'exemple le plus connu est celui de l'enchanteur Merlin, détenteur de grands pouvoirs magiques et ayant connaissance du futur du roi Arthur. Le cas de Kenobi ne déroge pas à la règle car il maîtrise une force mystique, connaît l'avenir et protégera Luke jusqu'à ce qu'il puisse progresser seul dans sa quête. Incarnation des valeurs et d'un univers à présent disparu, Lucas pense d'abord confier le rôle à l'acteur Toshirô Mifune, le héros de La Forteresse Cachée. Le choix se portera finalement sur Sir Alec Guiness, le prince Faycal dans Lawrence d'Arabie, qui ayant reçu une copie du scénario se dit être conquis par ce réalisateur d'un nouveau genre. Le héros, refusant souvent l'aventure proposée par le mentor et les messagers, doit vivre un évènement traumatisant pour motiver le début de son périple. Il est donc nécessaire de faire apparaître le grand méchant de l'histoire : le Seigneur Noir des Sith : Dark Vador.

Représentant des forces obscures et ancien disciple de Kenobi, il est l'assassin de la famille de Luke et ravisseur de la princesse. Figure classique du mal, il incombe à Lucas d’en concevoir, comme pour les droïdes, une représentation moderne. S'inspirant de l'esthétique nipponne, le casque de Vador devient le mélange d'un kabuto féodal japonais et d'un mempo de samouraïs conçu pour protéger le visage et effrayer l’ennemi. Son visage n'apparaissant pas dans le film, Lucas pense toute sa mise en scène autours d'une silhouette. Imaginer les apparitions de Vador à visage découvert... C'est bien moins impressionnant ! En revanche, ignorer qui se cache derrière ce masque, diabolise le personnage et l'entoure de mystères : qui est-il ? Pourquoi est-il ainsi ? Des questions que Ben Kenobi attisera en contant à Luke la « mort de son père ». Si l'aspect visuel du seigneur noir est inspiré, il ne serait rien sans la respiration de Ben Burtt, concepteur sonore, à travers un régulateur de son réservoir de plongée.

Tous différents, chacun des protagonistes s'adresse à un type de public : des enfants aux parents en passant par les jeunes américains en quête d'idéal. A nouveau, c'est un pari risqué pour le jeune réalisateur car si son mythe moderne ne conquiert pas, il aura perdu trois ans de sa vie, en comptant seulement l'écriture. Il ne faut pas oublier que la Fox, bien qu'ayant accepté de produire le film sous l'influence d'Allan Ladd Jr, n'en espère pas un gros succès. Le tournage coûte beaucoup et prend du retard, un processus qui aboutira à un ultimatum car peu importe si de l'argent doit être à nouveau dépensé, Lucas doit finir son film dans le temps imparti. Mais il ne compte pas que sur son histoire et ses personnages attachants pour conquérir le cœur du public, il a des décors et des effets spéciaux.

Chaque personnage, en plus d'avoir son thème musical, bénéficiera d'un environnement dont il est le seul maître. Luke dispose d'une connaissance du désert, Leïa et son convoi diplomatique font valoir la bureaucratie impériale, Han évolue dans un monde étrange ou tout n'est que compromis, Vador impose sa volonté par la force et la peur qu'il inspire aux autres impériaux, et Obi Wan Kenobi est au-dessus de toute possession : « Je ne me souviens pas avoir jamais possédé un droïde », sa maison vide témoignant d'une appartenance à un monde immatériel. Une volonté qui permettra à Lucas deux choses : d'abord, faciliter la caractérisation de ses protagonistes par le décor et approfondir son univers avec des esthétiques construites. L'une des scènes les plus emblématique du film est sans conteste la cantina de Mos Eisley. Considérée comme un hommage au saloon des westerns, cette séquence au rythme efficace, grâce à la musique de Williams, et aux créatures variées n'est pourtant pas à la hauteur de ce que le public pouvait en attendre. Si Lucas s'est entouré d'une équipe artistique de talent, sa technique montre ses premières limites. Comme l'est Luke, les spectateurs sont émerveillés par le monde qui s'offre à eux mais un découpage, trop posé, limite l'immersion du public. Jusqu'à présent, le film se basait sur un rythme rapide et orienté vers l'action : abordage du vaisseau de Leïa par les troupes impériales, voyage des droïdes dans le désert, rencontre de Ben, mort de l'oncle et de la tante de Luke... Ce ralentissement involontaire ne se retrouvera pas dans le reste du film : les combats spatiaux s'inspirant des films d’aviation de la seconde guerre pour les cadres et le montage sont immersifs, et les différentes étapes de l'apprentissage de Luke, instant de repos et de réflexion, loin de briser le rythme, l'accélèrent. Cette séquence, Lucas continuera à la considérer comme « à refaire », même si elle reste pour beaucoup le vrai visage de La Guerre des Étoiles.

Alors que la cantina marque l'entrée du héros dans l'inconnu, l’Étoile Noire constitue à la fois le dragon et le labyrinthe mortel qui garde le trésor convoité par le chevalier. Poursuivant son idée de réadaptation d'un univers classique, Lucas conçoit son maléfique empire galactique comme une référence au régime fasciste d'Allemagne. Au-delà de costumes et d'une politique intergalactique similaire à notre histoire, Palpatine est élu légalement avant d'éliminer tous ses opposants comme l'annonce le Grand Moff Tarkin aux officiers de l'étoile noir : « le Sénat vient d’être dissout, les derniers vestiges de l'Ancienne République ont enfin disparu !" L'Empire de Lucas est aseptisé, déshumanisé et oppressant. Cette vision, le réalisateur l'a déjà mise en scène dans THX 1138 et utiliser L'Étoile Noire comme principal lieu d'action et d'aventure est un choix stratégique. Ses longs couloirs identiques où des hommes en uniformes marchent au pas sont parfaits pour son découpage académique. Contrairement à la cantina, qui se définissait par son rythme et son abondance de personnages variés, la base sidérale de l'empire est réduite, organisée et identique « de bords à bords ». Là où Lucas hésitait à filmer son univers, il retrouve vite ses marques et offre un labyrinthe de couloirs. De chaque coin peut survenir une escouade de choc, Han en faisant lui-même l'expérience. A l'aise dans cet environnement, il prend le temps d’offrir une leçon de cinéma avec la séquence du broyeur à ordures. Même si des mises en scène plus mémorables de ce genre de situation existent, elle reste un très bon exemple de «  l'ironie dramatique ». Cette technique scénaristique consiste à limiter les informations détenues par un personnage, au profit de celle du spectateur afin de créer un suspens. Connaître les déboires de C-3PO qui tente d'échapper aux soldats impériaux alors que les protagonistes sont sur le point d'être broyés génère une tension qui augmente à chaque avancée des parois. Et si de nombreuses scènes d'action se sont déjà produites, c'est au cours de l'évasion de la princesse que le héros et ses compagnons se construiront et apprendront les uns des autres.

Mais que serait La Guerre des Étoiles sans les effets spéciaux de la société Industrial Light & Magic (ILM). Malgré de nombreux déboires (la moitié du budget a été englouti pour la création et l'équipement du studio !), les plans filmés ne sont pas satisfaisants. Et c'est à nouveau l’acharnement du réalisateur qui va permettre à son film de voir le jour. Supervisant personnellement les prises de vue des effets spéciaux, les équipes d'ILM vont produire un an de travail en moins de six mois. Cette détermination portera ses fruits lors de l'attaque de L’Étoile Noire par les troupes rebelles. Les secrets de fabrications étant réservés à des passionnés, il suffit d'ouvrir les yeux et de vibrer devant les talents de pilote du jeune Skywalker. Comme dans le film, le héros courageux est récompensé pour son courage et sa ténacité.

Le 25 mai 1977, La Guerre des Étoiles provoque la cohue vers les cinémas à tel point que la police régule la longueur des foules pour éviter les accidents. Cette population, qui a perdu foi dans le monde moderne, se reconnaît dans cette épopée fantastique et la considère comme un message d'espoir pour l'avenir. Le Nouvel Hollywood et ses réalisateurs ont dépeint le monde tel qu'il était : sombre, perdu et démystifié. En dépit des grands réalisateurs qui ont pu émerger durant cette période, le public a toujours gardé en lui cette part de magie et demandait, vu l'état du pays à cette époque, à ce qu'elle soit ravivée.

En une journée d’exploitation le film rapporte plus de 250 000 dollars, un score inattendu qui place La Guerre des Étoiles comme le film au meilleur démarrage de toute l’année 1977. Avec seulement trente-deux salles actives, pour une question de copies, le film va engranger en une semaine d’exploitation : trois millions de dollars. En tête du box-office durant trois semaines, les résultats croissants du film vont faire réaliser à la production le potentiel de La Guerre des Étoiles et l’erreur qu’ils ont faite. Pour un investissement de seulement 11 millions, le film rapportera au mois d’août 1977 environ 100 millions de dollars, bien plus que les 16 sur lesquels comptait Lucas.

Le plus gros profit généré par la Fox à l’époque était de 37 millions pour 2001, l'Odyssée de l'Espace en l’espace de 5 ans, date du premier bénéfice. Face à l’inattendu, la Fox s’adapte : de nouvelles copies sont distribuées, la communication pour les marchés étrangers s’active et, au bout d’un mois d’exploitation, une séance en présence de la presse est organisée au Grauman’s Chinese Theater d’Hollywood. Ce qui ne devait être qu’une séance photographique pour les médias s’est rapidement transformé en une assemblée de milliers de personnes venue saluer deux droïdes, un seigneur noir asthmatique et deux jeunes acteurs : Hamill et Fisher. Mais ce qui est qualifié de phénomène La Guerre des Étoiles, ne se limite pas à un pays et contamine rapidement le monde entier récoltant sur son passage plus de 775 millions de dollars. Avec son film, Lucas a remis sur pied le mythe du grand spectacle et les studios ont repris confiance en ce genre : les actions de la Fox s’arrachent, les profits quadruplent. Grâce au jeune réalisateur, qui prévoyait déjà de revenir au cinéma d'auteur, les studios sont sortis de la morosité des sixties et ceux qui étaient jadis déçus par ses projets changent d’idée : la Warner ressort THX 1138 et Universal, American Graffiti.

« Ainsi s'éteint la liberté sous une pluie d'applaudissements » dira plus tard la mère de Leïa, dans l’épisode trois de la saga, une formule qui illustre aussi bien la chute de la démocratie dans l’univers de La Guerre des Étoiles que celui du Nouvel Hollywood. Historiquement, c’est à Steven Spielberg avec Les Dents de la Mer (1975) que se doit la fin de cette période artistique. Premier film à dépasser le seuil des 100 millions, le pouvoir qu’avaient acquis les réalisateurs s’effacent devant une machine économique bien huilée qui s’organise autour de deux choses : les vacances et les produits dérivés. Il s’agit à présent de sortir un blockbuster pour les vacances en misant sur les enfants et les jeunes qui vont trainer leurs amis dans les salles obscures pour « le film de l’été ». Ce qui n’aurait pu rester qu’un cas d’école avec une légère fluctuation dans le système de production d’un long-métrage, (les producteurs n’ont pas réalisé le potentiel du film de Lucas) va devenir la règle. Le succès de La Guerre des Étoiles marque définitivement la rupture entre le réalisateur, son film et la production. A présent, les studios reprennent le pouvoir et comptent faire des bénéfices toute l’année. Une démarche que Lucas sentit et agit en créant Lucasfilm, une manière de conserver son emprise sur le reste de la saga qui l’a mise si longtemps à concrétiser. Un phénomène qui se répercute aujourd’hui avec la quantité de films à grand spectacle qui sort sur les écrans. Il faut offrir le plus de divertissement au public tout en misant sur ce qui le définit le mieux : la pop culture. Avant, il s’agissait de faire vibrer, rêver et voyager ; à présent, il s’agit de maximiser chaque élément afin de monter une franchise. Peu importe si le film n’atteint pas les espérances financières, le coût de production sur l’ensemble des projets du studio est insignifiant par rapport à ce qu’il peut rapporter.

Devant les nombreuses critiques concernant son mélange de genre et sa faiblesse scénaristique, Lucas décidera de prouver une nouvelle fois qu'il est un auteur en ressortant en 1997 son film sous l'appellation « Édition Spéciale ». Considérant qu'il n'a exploité que 30% de son histoire originale, Lucas souhaite terminer son œuvre inachevée en utilisant les technologies modernes. En plus d'une restauration complète du film, les négatifs originaux étant endommagés, les équipes d'ILM et de la Twentieth Century Fox vont pouvoir ajouter six nouvelles scènes au contenu original. C’est un travail d’orfèvre qui est présenté dans cette nouvelle édition et chaque détail compte : du ciel nuageux à l’onde de choc de l’explosion de l’Étoile Noire en passant par l’intégration de nouveaux personnages, rien n’est laissé au hasard. Ce qui constituait jadis des défauts techniques par le manque de moyens techniques et financiers est recadré. Les décors s’enrichissent de nouveaux designs et des mouvements de caméra sont créés numériquement pour parfaire le montage du film. De nouvelles formes de vie s’invitent même à la fête : le bestiaire de la cantina se diversifie en intégrant deux nouvelles créatures intégralement numérique, les soldats de l’empire sont dotés de montures pour se déplacer dans le désert et de robots pour assurer la sécurité et le dianoga de l’Étoile Noire obtient même une amélioration optique : il peut cligner des yeux. L’univers de La Guerre des Étoiles s’enrichit et permet la fameuse immersion dont Lucas avait toujours rêvé. Justice est même rendue au pauvre Greedo qui finit par tirer au même moment que Han. Cette « erreur de montage », selon Lucas, qui a fait de Han un tueur de sang-froid est à présent corrigé. Mais la modification la plus notable de cette édition reste la confrontation entre Jabba et Han Solo. Incarné à l’origine par Declan Mulholland, l’idée était de remplacer le comédien par une créature animée. Pour des contraintes budgétaires et artistiques, Lucas dû abandonner l’idée et transféra les informations du dialogue dans les sous-titres de Greedo. Il est d'ailleurs utile de rappeler que la limace gangster ne prit réellement forme qu’à l’Épisode 6 où son apparence physique fut définitive et dévoilée au public. Mais au-delà d’une simple créature numérique, cette scène donne aussi lieu à l’apparition du chasseur de prime Boba Fett parmi les hommes de Jabba, clin d’œil fait aux fans de la saga car le personnage à l’époque du tournage n’existait pas encore.

Il est certes possible de considérer cette démarche comme stérile, ayant pour seul objectif de capitaliser sur une saga déjà intégrée au près du public. Mais voilà, Lucas disposait de moyens financiers quasi illimités grâce à une aventure qu’il a construite et conduite presque tout seul. Prendre le temps et investir des fonds pour parfaire une œuvre de jeunesse ressemble plus à une volonté de lier deux générations qui n’ont plus grand-chose en commun. D’un côté les ainés qui vécurent l’année 1977 en découvrant un univers visuel et sonore inédit et les nouveaux venus, élevé à l’ère numérique, dopés à l’after effect. Ainsi, la nostalgie et la passion pour ce film se transmettent de l’un à l’autre et permettent une meilleure compréhension de ce qu’est le blockbuster et lui offrent un avenir décent. « La chance sourit aux audacieux » dit la formule et cette saga est la preuve que les rêves, même les plus fous, ont leur place dans ce monde. Une idée qui accompagnera beaucoup de jeunes réalisateurs contemporains : James Cameron et Peter Jackson pour ne citer qu'eux. La Guerre des Étoiles est donc bien plus qu'un film qui a marqué notre enfance, c'est un tournant de l'histoire du cinéma qui a changé à jamais, pour le meilleur comme pour le pire, la façon de raconter une histoire.

À noter :
À partir de l'an 2000, La Guerre des Étoiles est exploité sous le nom Star Wars - Épisode IV : Un Nouvel Espoir avant d'être renommé par en avril 2015 par Lucasfilm, Ltd. suite au rachat de Disney en Star Wars : Un Nouvel Espoir, faisant disparaitre la référence au numéro de l'épisode pour coller avec Star Wars : Le Réveil de la Force.

L'édition vidéo

Jaquette Star Wars : Un Nouvel Espoir
Jaquette Star Wars : Un Nouvel Espoir
Editions DVD Video
Zone 1 Collector 2004
Zone 2 Simple 2004
Zone 2 Collector 2004
Editions Blu-ray Disc
Zone A Prestige 2011
Zone B Prestige 2011