Howard... Une Nouvelle Race de Héros

Titre original :
Howard the Duck
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 1er août 1986
Distribution :
Universal Pictures
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Willard Huyck
Musique :
John Barry
Durée :
110 minutes

Le synopsis

Howard est un canard qui vit en paix sur sa planète jusqu'au soir où une mystérieuse tornade l'arrache à son fauteuil et le projette dans l'espace intersidéral où il finit par atterrir dans l'arrière-salle d'un bar punk de Cleveland, dans l'Ohio. Il est alors recueilli par Beverly Switzler, une jeune chanteuse de rock qu’il secoure de l’agression de deux loubards à la sortie de l’établissement où elle se produit. Sa nouvelle vie ne lui déplaît finalement pas tant que ça, d'autant plus que son sens de la répartie cinglante le protège des sarcasmes des Terriens...

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 04 août 2014

Howard... Une Nouvelle Race de Héros est un OVNI cinématographique au pédigrée impressionnant ! Il est ainsi le premier long-métrage produit pour le cinéma à partir d'une franchise Marvel ; il dispose de George Lucas en tant que producteur via sa filiale Lucasfilm Ltd. ; ses effets spéciaux sont signés d'Industrial Light & Magic et il met à l’affiche la belle Lea Thompson (la maman de Marty McFly dans Retour vers le futur) et le futur acteur oscarisé Tim Robbins qui obtient avec lui l’un de ses premiers grands rôles. La liste de ses atouts sur le papier a, à n'en pas douter, de quoi faire pâlir tous les grands classiques du cinéma fantastique. Mais voilà… Il ne trouvera pas son public et devient vite un échec commercial cinglant sans parler de la réputation indélébile de nanar absolu venu de son titre peu glorieux de « film le plus mauvais de la décennie 80 ».  Mais pourquoi tant de haine contre ce "simulacre de volaille" ? S’il a de vraies lacunes, il n’en reste, il est vrai, pas moins une expérience cinématographique ancrée dans les années 80 avec son zeste de folie débridée et sa bonne humeur communicative faite d'un festival de vannes improbables. L'adolescent de treize ans, qui a eu la chance de le découvrir à l'époque de sa sortie, en garde à coups sûr un souvenir aussi impérissable que bienveillant ! Eh oui, pour un certain nombre de ses contemporains, Howard... Une Nouvelle Race de Héros est devenu un film culte ! Retour donc dans les années 80 avec ce canard-nanar improbable...

Aussi étrange que cela puisse paraître, il faut attendre 1986 pour qu'un personnage Marvel soit enfin adapté directement dans un long-métrage au cinéma. La première tentative de mise sur pellicule de l'univers de Marvel remonte certes à 1944, avec Captain America mais il s’agit là d’un sérial (une série de 15 courts-métrages ayant un fil rouge d’épisode en épisode) produit par Republic Pictures. Bien qu’il soit considéré aujourd’hui comme la première œuvre Marvel à avoir été adaptée au cinéma, il n’a en réalité que très peu à voir avec le comics dont il se revendique. Par la suite, des épisodes de télévision ou des téléfilms sont également montés pour le cinéma. Ainsi, les films suivants sont distribués en salles à l'international : L'Homme-Araignée (1978), La Riposte de l'Homme-Araignée (1979) et Spider-Man : The Dragon's Challenge (1981) par Columbia Pictures ; L'Incroyable Hulk (1979)  et Hulk Revient (1980) par Universal Pictures. Howard... Une Nouvelle Race de Héros est donc le tout premier long-métrage basé sur un personnage Marvel et prévu directement pour le cinéma.

Le film est une adaptation du comics Howard the Duck créé par Steve Gerber et Val Mayerik qui apparait pour la première fois dans le numéro Adventure into Fear #19 de décembre 1973 éditée par Marvel Comics. Elle narre les aventures de Howard T. Duck, un canard humanoïde évoluant dans un monde aussi bizarre qu’absurde et accompagné d’une jeune femme humaine Beverly Switzler. Howard  est en revanche très peu mis à contribution dans les autres histoires de l'univers Marvel, même si, officiellement, il  fait bien partie intégrante de la continuité de l'Univers Marvel au même titre que Spider-Man, Hulk et les X-Men. Il se fait, il est vrai, extrêmement rare, notamment à cause de son aura ridicule le rendant difficilement utilisable avec les autres personnages. L'ambigüité de son appartenance à l'univers de fiction de Marvel est d’ailleurs parfaitement résumée dans Civil War quand Howard souhaite se faire recenser, mais se voit répondre que l'administration préfère déclarer officiellement qu'il n'existe pas !

Howard... Une Nouvelle Race de Héros est réalisé par Willard Huyck. Né le 8 septembre 1945, il a étudié à l'USC School of Cinematic Arts où il rencontre George Lucas. Avec sa femme, Gloria Katz, il va s’attacher à écrire les scénarios d'American Graffiti, d'Indiana Jones et le Temple Maudit ou Radioland Murders. Il travaillera également de façon anonyme sur Star Wars - Épisode IV : Un Nouvel Espoir. Enfin, il réalise également quatre films, tous coécrits là-aussi avec sa épouse, Messiah of Evil, French Postcards, Une Défense Canon et donc, Howard... Une Nouvelle Race de Héros.

L'origine d'Howard... Une Nouvelle Race de Héros remonte à 1973 à la fin de la production d’American Graffiti, film de George Lucas. Ce dernier parle, en effet, à Willard Huyck et Gloria Katz du nouveau comics qu'il vient de lire, sorte de mélange de polar et d'absurde, qu'il a trouvé extrêmement drôle. Il faudra toutefois attendre 1984 pour que le créateur de Star Wars accepte de produire son adaptation au cinéma. C’est en effet l’époque où il vient de quitter la direction opérationnelle de Lucasfilm Ltd. pour se concentrer sur la seule production. Ils rencontrent finalement le créateur du comics, Steve Gerber, pour discuter du film envisagé. Universal Studios, quant à elle, ne se fait pas prier pour mettre une option dessus, sans même avoir lu le script ! En effet, la major est déjà passée trop souvent à côté des propositions de production de George Lucas, en se mordant les doigts après coups à la vue des recettes générées…. De leurs côtés, Huyck et Katz plaident eux pour un film d’animation dans la mesure où ils ont bien conscience de l’incongruité des aventures du fameux Howard. Mais Universal, à la recherche d’un gros blockbuster, ne l’entend pas de cette oreille et veut absolument sortir le film en été. George Lucas estime donc que le problème de timing serait réglé si le film se faisait en prises de vues réelles avec des effets spéciaux confiés à Industrial Light & Magic. Le scénario est quant à lui réorienté pour faire la part belle au divertissement en rendant le personnage plus sympathique et l'histoire moins absurde et moins noire. Il est même envisagé un temps de taire carrément l’origine extraterrestre d'Howard, une option finalement non retenue au fur et à mesure que l’opus s’ancre, au cours de son développement dans le genre du fantastique…

Au final, Howard... Une Nouvelle Race de Héros peut être découpé en deux parties. La première partie prend ainsi des airs de satire sérieuse. Il s'agit, en effet, de transposer la vie d'un canard adulte, esseulé dans un monde d'humains. Il y fait la rencontre de la jeune Beverly qui va l'accueillir sous son toit. Pour vraiment l’apprécier, il faut donc avoir un esprit ouvert à la « Avenue Q », c'est à dire accepter de voir des marionnettes - le symbole de l'enfance - parler de sujets d’adultes comme le sexe ou la drogue. Howard... Une Nouvelle Race de Héros est en quelque sorte le précurseur de Ted, mais en beaucoup plus sage et moins trash ! Le problème principal pour lui est, qu'à l'époque, les adultes et les adolescents trouvent son propos débilitant et les enfants, le ton bien trop adulte. Les pré-adolescents par contre l’adoube et le trouve absolument génial : mine de rien, il aborde des sujets « interdits » avec fun et effets spéciaux à la clé. Un cocktail détonnant et parfait pour cette cible ! Ce constat est d’autant plus vrai que la deuxième partie du film part, elle, dans une course-poursuite emplie d'effets visuels, de vannes à tout va et de moments divertissants. Au final, Howard... Une Nouvelle Race de Héros ne se prend jamais au sérieux (et ne doit surtout par l’être) : il est en ce sens clairement en avance sur son temps, bien trop bizarre pour le public cartésien du cinéma de l’époque. Un mélange de genre improbable à l'exemple de la scène où Beverly trouve un préservatif dans le portefeuille du canard ou encore celle où elle lui fait du charme dans le lit. Si au premier degré, le propos de l’opus est totalement insupportable tant il vire au grand n'importe quoi, affranchi de ses contraintes habituelles, le spectateur peut y trouver une aventure drôle, dingue et rythmée.

Coté casting d'Howard... Une Nouvelle Race de Héros affiche un bilan tout à fait sympathique.
Le héros du film se trouve dans son titre : Howard. Il s'agit d'un canard humanisé vivant dans une grande ville sur sa planète natale. Adulte, il vient tout juste de trouver un poste dans une grande entreprise quand un rayon cosmique le soustrait de son monde et l'envoie sur Terre. Là, complètement paumé, il tente de tout faire pour rentrer chez lui. Sarcastique et moqueur, il n'a pas non plus froid aux yeux et n'hésite jamais à s'attaquer à plus fort que lui. C'est un petit acteur, Ed Gale, qui revêt son costume tandis que sa voix est assurée elle par Chip Zien puis rajoutée en post-production.
Beverly Switzler est, quant à elle, une chanteuse ratée qui se produit avec son groupe dans un bar malfamé de Cleveland. Elle vit dans un appartement miteux et se fait copieusement arnaqué par son manager. Malgré cela, elle conserve toujours une joie de vivre et une gentillesse touchante. L'arrivée d'Howard va ainsi changer sa vie. Le charme de Lea Thompson fonctionne à plein pour le rôle et apporte énormément au personnage. L'actrice est alors connue pour son rôle de Lorraine Baines McFly dans la trilogie Retour vers le Futur.
Phil Blumburtt est un garçon de salle de musée, complètement dingue, qui se prend pour un grand savant. Loufoque, le personnage est complètement timbré mais s'avère terriblement amusant, notamment dans ses réparties avec Howard. C'est le grand acteur en devenir, Tim Robbins, qui tient ici l’un de ses premiers grands rôles. Par la suite, il bouleversera les spectateurs dans Les Évadés ou Mystic River, où il gagnera l'Oscar du Meilleur Second Rôle ; un joli pied de nez pour le comédien qui avait décroché pour Phil Blumburtt une nomination au Razzie Award du pire second rôle.
Jeffrey Jones est le Dr. Walter Jenning. Tout du moins au début. Lors de sa première apparition, il est, en effet, un gentil scientifique qui veut aider Howard tandis qu’au milieu du film, il se fait posséder par le Grand Souverain Noir et devient alors de plus en plus menaçant. L'acteur s'en donne ainsi à cœur joie dans le n'importe quoi notamment dans la scène du restaurant où sa nonchalance et son dialogue de sourd avec Howard et Beverly font des merveilles !

Envisagés pour l'époque, les effets spéciaux sont pour leurs parts absolument superbes. Industrial Light & Magic signe là du bel ouvrage. La créature d'Howard a ainsi été réalisée par les marionnettistes du studio en construisant un costume avec un acteur adossé à une tête animatronique pilotée à distance par un technicien. Ils ont également créé les lumières électriques qui se dégagent de Jenning ou encore l'apparence du Grand Souverain Noir en toute fin de film, et ce, via de l'animation image par image. Enfin, le début de l’opus utilise beaucoup le matte painting, une technique plébiscitée alors. A la pointe à l’époque de la sortie, l’ensemble de ses effets spéciaux a aujourd’hui bien vieilli et date clairement le film tout entier…

Pour sa bande-son, Howard... Une Nouvelle Race de Héros bénéficie d’une musique composée par John Barry tandis que Thomas Dolby en signe les chansons. Fait notable, il a choisi lui-même les membres du groupe de Beverly et confié à Lea Thompson le soin d’interpréter les titres livrés (Hunger City, Howard the Duck, It Don't Come Cheap). La séquence musicale finale mérite également attention dans la mesure où elle a été tournée devant un public en live à l'auditorium de San Francisco.

Howard... Une Nouvelle Race de Héros a été descendu par la Critique de l’époque lui reprochant à peu près tout. Le public n'a, pour sa part, pas plus suivi. Le film ne rapporte ainsi que 16 malheureux millions de dollars aux États-Unis pour un budget de 37 millions. Il reçoit, en outre, pas moins de sept nominations aux Razzie Awards dont Pire Second Rôle pour Tim Robbins ; Pire Réalisateur et Pire Chanson (Howard the Duck). Il en gagne quatre : Pire Scénario, Pire Nouvelle Star (les six personnes dans le costume du canard), Pire Effets Spéciaux et Pire Film. L’opus est raillé pendant des mois après sa sortie et reste encore considéré aujourd'hui comme l’un des grands navets d'Hollywood. Il a d’ailleurs couté sa place au patron des studios d'Universal. Willard Huyck et Gloria Katz, quant à eux, partirent quelques mois à Hawaï en attendant que la tempête autour du film ne retombe tandis que George Lucas n’a plus jamais voulu  en entendre parler... Il faut dire que, pour financer la production, il a dû revendre, le 3 février 1986 quelques mois avant la sortie du film, une partie de son entreprise en se séparant de la section imagerie digitale qu’il cède à un certain Steve Jobs qui la renommera ensuite… Pixar. Il est donc amusant de voir que, 26 ans plus tard, tous les contributeurs du film (Marvel, Lucasfilm et Pixar) se retrouvent uni sous le même toit de The Walt Disney Company.

Et pourtant... Avec le temps, Howard... Une Nouvelle Race de Héros a gagné son statut de film culte ! Car, du peu de public l’ayant vu à l’époque, certains l'ont grandement aimé. La génération d'enfants de 10/13 ans l’ayant découvert alors l’ont ainsi pris d’affection. Le film est certes un nanar absolu, mais il contient toutes les caractéristiques qui plaisent à une catégorie de la population que la sociologie allait par la suite théoriser sous la définition d’adulescents. Ces adultes qui peuvent dans les années 2000 regarder à volonté leurs dessins animés d'enfance, lire un comics ou une BD en rentrant du boulot et rester dans un univers de jeunesse éternelle sans plus passer pour des attardés mentaux. Howard... Une Nouvelle Race de Héros est la quintessence du cinéma qui les représente : un film détesté par les adultes, qui parle adulte mais avec un visuel d'enfant ! Les succès d’opus comme Ted ou de musical comme Avenue Q ont depuis largement démontré la valeur artistique de ce mouvement que les enfants des années 80 ont engagé et qui consiste en l'effacement du temps générationnel ! Les Gardiens de la Galaxie en est également un bel héritier qui n’hésite d’ailleurs pas à lui faire un joli clin d’œil ; rien d’étonnant s’agissant là d’un film Marvel dont l’un des héros est un… Raton-laveur !

Nanar véritable et film assurément bancal, Howard... Une Nouvelle Race de Héros reste aussi très drôle et extrêmement fun dès lors que le spectateur en accepte le postulat de départ délirant. Malgré - ou peut-être grâce à - son rang de flop commercial historique et de film le plus mauvais d’une décennie, il a gagné depuis une réputation et une aura d'oeuvre culte tout à fait méritée. A (re)découvrir avec bienveillance.

L'édition vidéo

Jaquette Howard... Une Nouvelle Race de Héros
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