Labyrinthe
L'affiche du film
Titre original :
Labyrinth
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 27 juin 1986
Distribution :
TriStar Pictures
Genre :
Fantastique
Réalisation :
Jim Henson
Musique :
Trevor Jones
David Bowie
Durée :
101 minutes

Le synopsis

Sarah, une jeune adolescente qui a du mal à trouver sa place dans sa famille recomposée s'évade en lisant des contes fantastiques. Alors qu’elle doit garder, Toby, son petit frère le temps d’une soirée, elle assiste impuissante à son enlèvement par des lutins aux ordres du séduisant et cruel Jareth. Ni une, ni deux, elle se lance à sa recherche et pénètre dans le labyrinthe qui mène au palais du ravisseur.

La critique

rédigée par
★★
Publiée le 10 avril 2016

Labyrinthe est ce genre de film qui a, sur le papier, tout pour plaire. Bien des génies se sont en effet penchés sur son berceau : il est réalisé par Jim Henson, produit par George Lucas via Lucasfilm Ltd. et incarné par David Bowie qui assume le rôle du méchant et s’occupe des chansons de l’opus ; l’ensemble repose en outre sur un scénario de Terry Jones, l’un des membres des Monty Python. Mais voilà, le mieux est l’ennemi du bien : le résultat n’est manifestement pas à la hauteur des attentes. Si les décors et les créatures sont manifestement réussis, le récit est trop épisodique et les personnages peu attachants. Paradoxe suprême, le film devient, au fil du temps, culte, ses défauts lui étant peu à peu pardonnés, souvenir nostalgique aidant.

Labyrinthe est donc le tout dernier film cinéma réalisé par le grand Jim Henson, lui-même.
L’artiste est né le 24 septembre 1936 à Greenville dans le Mississippi. En 1954, durant ses études, il déniche un travail pour la chaine WTOP-TV dans la création de marionnettes à destination de l’émission pour enfants du samedi matin. L'année suivante, il crée Sam and Friends, une chronique de cinq minutes pour la concurrente WRC-TV. Sam and Friends voit ainsi la toute première version d'un personnage qui allait devenir par la suite la mascotte de Jim Henson : Kermit la Grenouille. En 1963, il s’installe, avec sa femme Jane, également marionnettiste, à New York et fonde avec elle la société Muppets, Inc.. Un certain Frank Oz est alors embauché et devient vite le meilleur ami du fondateur. De 1964 à 1968, Jim Henson produit de la sorte des films expérimentaux dont le court-métrage, Time Piece, nommé à l'Oscar du Meilleur Court-Métrage. En 1968, Joan Ganz Cooney et l'équipe de Children's Television Workshop commencent à travailler sur 1, Rue Sésame, un programme visionnaire destiné à la jeunesse et diffusé sur une chaine de télévision publique. Une partie de l'émission est ainsi consacrée à des marionnettes colorées et joyeuses vivant comme Grover, Ernest et Bart. Le téléspectateur y voit aussi Kermit en tant que journaliste-reporter. Ce dernier arbore désormais une collerette autour de son cou histoire d’en faire clairement une grenouille. Jim Henson et son équipe de manipulateurs chevronnés (Frank Oz, Jerry Nelson, Richard Hunt, Dave Goelz ou Steve Whitmire...) proposent parallèlement des programmes pour un public plus mature notamment dans des sketchs pour le Saturday Night Live.
Après deux échecs (un show à Broadway et une série de télévision), Jim Henson rencontre le producteur britannique Lew Grade qui va lui permettre de réaliser son plus grand succès. Le réalisateur s'installe alors à Londres avec toute son équipe et crée l'émission : Le Muppet Show. Elle est diffusée entre le 25 septembre 1976 et le 6 août 1981 sur le réseau de télévision privé ITV1 au Royaume-Uni et sur CBS aux États-Unis. Chaque semaine, Kermit la grenouille et ses amis animent le "Muppet Show" dans un théâtre déjanté où une foule de spectateurs, dont certains sont de vrais habitués, assiste à un programme de variétés dont il est permis de se demander s'il va pouvoir être mené à son terme tant le délire est permanent. Les personnages des Muppets sont si populaires qu'ils vivent au delà de leur série. Déjà, ils s'exportent au cinéma à travers trois films Les Muppets, Ça C'est du Cinéma ! (1979), La Grande Aventure des Muppets (1981) et Les Muppets à Manhattan (1984). Ils reviennent ensuite à la télévision pour une deuxième série, animée cette fois-ci (Les Muppets Babies diffusée de 1984 à 1991) ainsi qu'un téléfilm, Le Noël des Muppets, en 1987 et dans des nombreuses émissions spéciales.
Jim Henson va explorer d'autres univers dans des styles visuels complètement différents en réalisant des films de fantasy : Dark Crystal (1982), co-réalisé avec Frank Oz, et Labyrinthe (1986), co-produit par Lucasfilm, Ltd.. Il produit aussi le programme télévisé pour enfants Fraggle Rock (1983-1987) ainsi qu'une série orientée sur le folklore, Monstres et Merveilles (1987).
En 1979, Jim Henson fonde parallèlement Jim Henson's Creature Shop, un atelier de fabrication de marionnettes et de créatures animatroniques pour le cinéma (La Petite Boutique des Horreurs...) ou la télévision (Farscape...).
L’artiste meurt d'une pneumonie bactérienne à l'âge de 53 ans le 16 mai 1990.
Jim Henson et The Walt Disney Company annoncent, en août 1989, le rachat, par cette dernière, de tous les droits et licences couvrant les Muppets. Hélas, un blocage juridique et le décès prématuré de Jim Henson, en mai 1990, rendent, moins d'un an plus tard, l'accord caduc. Il faudra attendre ainsi près de quatorze ans après la mort de leur créateur, en avril 2004, pour voir Disney mettre définitivement la main sur le catalogue des Muppets et sceller à jamais la filiation entre Mickey et Kermit. The Jim Henson Company possède encore les droits sur le Creature Shop, ainsi que sur le reste de ses films et séries télés parmi lesquelles Fraggle Rock, Farscape et Dark Crystal.

Jim Henson décide pour Labyrinthe de s’associer à nouveau avec l’illustrateur Brian Froud avec lequel il avait déjà collaborer avec succès sur son précédent opus de cinéma, Dark Crystal. L’inspiration du film vient ainsi de l’envie qu’ont les deux hommes de travailler sur des Gobelins. Froud réalise dans cette optique des croquis où un bébé se fait encercler puis enlever par des créatures légendaires. Jim Henson sollicite alors Terry Jones pour l’écriture d’un script autour des idées de Froud. Labyrinthe va pourtant bien vite s’éloigner assez grandement de la vision qu’avait le scénariste. Il souhaitait en effet que le personnage de Jareth, le roi des Gobelins, utilise le labyrinthe pour empêcher les gens d’atteindre son cœur et se protéger des intrusions extérieures. Finalement, le méchant s’en sert plus pour manipuler son monde que pour rester inaccessible. Il est important, en réalité, de savoir que, même si le film crédite Terry Jones, l’histoire est plutôt le fruit d’un travail collaboratif entre Henson et Jones d’une part ; avec le producteur George Lucas, le chanteur David Bowie et la scénariste Elaine May, d’autre part. David Bowie notamment a eu beaucoup d’influences sur le récit. A l’origine, le méchant Jareth n’était, il est vrai, censé n’apparaitre qu'à la fin de l’opus et être surtout bien plus méchant qu’il ne l’est finalement. David Bowie a carrément mis dans la balance sa participation au film à la condition expresse que le ton en soit allégé. A partir de là, Jim Henson a exigé de le voir plus souvent à l’écran mais également de profiter de sa présence dans le staff pour qu’il agrémente l’oups de chansons de son cru qu’il interprèterait lui-même.

L’histoire de Labyrinthe est finalement très décevante. Elle réunit certes de nombreux éléments d’inspiration qui auraient pu donner quelque chose de formidable mais ne parvient jamais à réussir le mélange si bien que la formule ne prend pas vraiment. Pourtant, le film s’inspire clairement de classiques comme La Magicien d’Oz, Alice au Pays des Merveilles, Max et les Maximonstres mais aussi Blanche Neige et les sept Nains de Walt Disney. Il le revendique même, au début, lors d’un travelling qui montre ces livres sur une étagère. Et il est vrai qu’il y a un peu de tout ça dans Labyrinthe : une jeune adolescente devient l’ami d’un nain, se lance dans un périple magique, rencontre un certain nombre de personnes atypiques sur le chemin d’un château, s’en fait pour certains des « amis pour la vie » et décroche finalement le graal... Il n’est donc pas étonnant de reprocher à Labyrinthe ce côté épisodique, d’empilage de briques narratives puisque tous les romans pour enfants dont il s’inspire sont tous construits de la sorte. Pire, ici, les rencontres et péripéties qui y sont attachées sont très inégales et souvent franchement poussives. La seule vraie réussite est en fait à rechercher dans les pérégrinations des héros à travers le labyrinthe qui invitent à la visite de cet endroit qui se situe à mi-chemin entre le merveilleux et le bizarre.

Labyrinthe souffre en revanche de sa galerie de personnages dont aucun ne parvient à se rendre attachant, Toby y compris alors même qu’il s’agit d’un bébé ! Personne n’est bien défini, ni sympathique. A partir de là, le récit n’a pas d’accroches pour captiver son auditoire puisque le spectateur se désintéresse tout bonnement du sort des intervenants.
Sarah Williams est donc une adolescente de 15 ans qui vit très mal le remariage de son père et de la naissance de son demi-frère Toby. Se sentant mise à l’écart, elle en est devenue égoïste et même un peu méchante avec son entourage familial. Elle forme même le vœu que le bébé disparaisse. La magie opérant, Toby lui est aussitôt enlevé et ses remords, risibles tant ils sont surjoués, n’y changent rien. L’actrice Jennifer Connelly n’arrive en réalité jamais à rendre son personnage, pourtant central, très attachant. Elle tape d’ailleurs dès les premières minutes sur les nerfs des spectateurs dans ce qu’elle est une adolescente nantie (elle vit dans une maison cossue) qui se plaint de sa condition en étant méchante et injuste avec son bambin de petit frère. Comment croire ensuite à sa volonté de le retrouver ? A sa décharge, il faut néanmoins préciser que Toby est toujours montré en train de pleurer et n’attire, lui non plus, pas franchement la sympathie. Au final donc, l’invitation au voyage initiatique du récit ne convainc pas grand monde…
David Bowie joue, quant à lui, le rôle de Jareth, le roi des Gobelins. Là aussi, le spectateur a un peu de mal à comprendre où il veut en venir. Pourquoi vient-il en aide à Sarah en lui prenant son petit frère puis refuse ensuite de lui rendre ? Pourquoi l’envoie-t-il dans son labyrinthe pour l’empêcher d’arriver à temps mais ne semble pas pour autant véritablement la craindre ? Dès lors, il tire sa méchanceté du fait d’être juste contrarié qu’elle ait changé d’avis et de lui faire payer son revirement comme un enfant gâté qui se vexe facilement le ferait. Si ses intentions sont floues, son apparence, elle, est réussie. D’allure androgyne, il sait, en effet, se rendre attirant et joue à merveille de l’ambigüité de sa relation avec la jeune fille dans un mélange de mentor / soupirant très déstabilisant dans un contexte pareil.
Parmi les créatures rencontrées par Sarah dans le labyrinthe, trois ressortent du lot.
Hoggle est un nain, un peu filou, qui se prend d’affection pour la jeune fille. Un peu froussard, effrayé par son maître, le roi des Gobelins, il fait un pas en arrière, deux pas en avant dans tout ce qu’il entreprend. Ce genre de personnage de peureux héroïque est très présent dans les années 80. Il ressemble d’ailleurs dans son caractère à Gurgi dans Taram et le Chaudron Magique sorti un an plus tôt.
Ludo est, pour sa part, un gros balourd, monstre pas très futé mais au grand cœur. Pour remercier la jeune fille de l’avoir sorti d’un piège, il décide ainsi de la suivre et de la protéger.
Sir Didymus est, enfin, un renard chevalier, un peu bavard mais terriblement courageux. Quand il comprend que la Sarah a des intentions pures et justes, il décide de mettre son esprit chevaleresque à son service.

S’il est un secteur où Labyrinthe ne souffre d’aucune critique, c’est clairement dans la construction de ses décors, ambiances et marionnettes. Tout est simplement magnifique ! L’ensemble est, en effet, à lui-seul une invitation au dépaysement. Tout est beau, extraordinairement bien réalisé et agréable à regarder. Nostalgie aidant, les bâtiments construits en studio et en dur ont à l’heure du tout numérique un charme incroyable. Les marionnettistes de Jim Henson sont, en outre les meilleurs au monde pour rendre toutes les créatures rencontrées crédibles et parfaitement animées. Le rendu visuel du film est beau, tout simplement.
Les effets spéciaux méritent aussi une mention particulière. L’équipe de George Lucas via sa filiale Industrial Light & Magic a, il est vrai, fait des merveilles sur Labyrinthe. Le spectateur d’aujourd’hui s’amusera ainsi à noter la scène des escaliers qui montre à quel point Harry Potter à l’Ecole des Sorciers n’a décidément rien inventé. Autre fait notable, le générique de début montre une chouette en image de synthèse. C’est à l’époque une réelle prouesse historique puisqu’il s’agit de la première fois qu’un animal réaliste est animé par ordinateur dans un film de cinéma !

La musique du film est composée par Trevor Jones tandis que David Bowie se charge tout naturellement des chansons qui sont, elles, typiques du chanteur / compositeur. Ce ne sont pas moins de cinq titres qui sont écrits pour l’opus : Underground, Magic Dance, Chilly Down, As the World Falls Down et Within You. Incroyablement ancrées dans les années 80 en usant et abusant du synthétiseur, ces chansons donnent un sentiment de répétion et sont manifestement interchangeables l’une avec l’autre.

Labyrinthe reçoit un accueil plutôt tiède de la critique félicitant le film pour son visuel mais lui reprochant - à raison - son script et ses personnages. Le public est lui également peu réceptif à l’opus. Il débute ainsi à la huitième place du box-office le weekend de sa sortie et se voit alors dépassé par le film Touchstone Pictures, Y'a-t-il Quelqu'un Pour Tuer ma Femme ?, à l’affiche le même jour : réalisé sur un budget de 9 millions de dollars, il en rapporte 71 au total. Inversement, Labyrinthe en a couté 25 millions et n’en réunit que 12. Un véritable flop commercial !
Cet échec financier et artistique accable durablement Jim Henson : Labyrinthe est ainsi sa dernière réalisation au cinéma avant sa mort en 1990, des suites d’une pneumonie à l’âge de 53 ans.
Pour autant, malgré son échec au cinéma, le film rencontre un grand succès en vidéo et installe peu à peu autour de lui un culte dont le développement se fait parallèlement à celui de Dark Crystal. Juste avant sa mort, Jim Henson explique qu’il a lui-même remarqué que l’opinion sur Labyrinthe a changé et que le public commence à se l’approprier, la popularité du film continuant sa croissance dans les années 1990 et 2000.

Labyrinthe est de ces films dont la genèse promettait de décrocher la lune mais dont le résultat est à des années lumières des attentes exprimées. Vraie déception à sa sortie, il faudra du temps pour que la magie de Jim Henson opère finalement et, avec elle, le charme nostalgique d’un cinéma de fantasy d’un autre temps.

L'édition vidéo

Jaquette Labyrinthe
Jaquette Labyrinthe
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