Star Wars
L'Attaque des Clones

Star Wars : L'Attaque des Clones
L'affiche du film
Titre original :
Star Wars : Attack of the Clones
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 16 mai 2002
Distribution :
20th Century Fox
Genre :
Science-fiction
IMAX
Réalisation :
George Lucas
Musique :
John Williams
Durée :
142 minutes

Le synopsis

La République, gouvernée par le Chancelier Palpatine, fait face à une campagne de déstabilisation interne par un groupe de dissidents. Alors que certains demandent la formation d'une solide armée pour parer à toute menace, Padmé Amidala, devenue sénatrice, échappe de justesse à un attentat. Le Padawan Anakin Skywalker se voit alors chargé de sa protection ; son maître, Obi-Wan Kenobi, partant lui enquêter sur cette tentative de meurtre. Il découvre une mystérieuse armée de clones...

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 03 mai 2016

Star Wars : L'Attaque des Clones est peut-être le film de George Lucas le moins compris. Pourtant mieux accueilli lors de sa sortie que Star Wars : La Menace Fantôme, il reste, près de quinze ans plus tard, l'épisode de la saga le moins aimé, la faute à une histoire d'amour considérée, à tort, niaise. Si comme son prédécesseur, l’opus n'est pas parfait, il possède néanmoins un univers très singulier et explore des lieux et thèmes jamais vus jusqu'à présent dans Star Wars. Il est également bien plus sombre que l'Épisode I et annonce la chute finale prévue dans l'Épisode III. Enfin, il lance l’un des plus grands fantasmes des fans depuis de nombreuses années : la fameuse Guerre des Clones !

L'accueil critique et public de Star Wars : La Menace Fantôme a quelque peu douché les ardeurs de George Lucas. L’une des conséquences du bilan mitigé qu’il ressent est de le voir s’entourer officiellement pour fixer le script. Après avoir mis au point un brouillon, un premier puis deuxième jet, il demande ainsi pour la troisième épreuve l'aide de Jonathan Hales, un scénariste avec qui il a déjà travaillé sur la série Les Aventures du Jeune Indiana Jones. Ils termineront le script à peine une semaine avant le début du tournage.

La première chose étonnante dans Star Wars : L'Attaque des Clones est assurément le bond dans le temps entre deux épisodes au sein de la même trilogie. En effet, ce ne sont pas moins de dix ans qui séparent l'Épisode I de l'Épisode II là où dans la première trilogie, seules quelques années espaçaient les différents opus. En éloignant autant le premier épisode, le réalisateur le fait donc passer pour ce qu'il est et ce qu'il l'a toujours considéré être : un prologue de la saga ! Autre chose notable, Lucas a parfaitement reçu le message des spectateurs sur le personnage Jar Jar Binks, fortement conspué lors de la sortie de Star Wars : La Menace Fantôme : ses apparitions fondent donc comme neige au soleil. Pour autant, son rôle reste primordial dans la saga - comme cela sera démontré un peu plus loin - formant une sorte de pied de nez à ses détracteurs. Le réalisateur va également et surtout proposer des thématiques d'une variété jamais vue jusqu'à présent dans un film Star Wars. Même si le film est globalement construit en trois actes tournant autour des planètes visitées (Coruscant, Kamino / Naboo, Tatooine / Geonosis), le montage est élaboré de sorte que l’ensemble ne soit pas linéaire permettant au spectateur de passer d'un lieu et personnage à un autre, et ainsi de suite. L’aventure gagne ainsi en richesse ce qu’elle perd peut-être en simplicité. George Lucas mélange cette fois-ci et comme jamais les thèmes passant des courses-poursuites urbaines à des combats politiques, de l'histoire d'amour à l'enquête policière, de la manipulation génétique à la guerre galactique.

L’entame de Star Wars : L'Attaque des Clones détonne donc par rapport à tout ce qui a été entrepris jusque-là dans la saga. Dans la première trilogie, c’était en effet une planète inhospitalière qui était visitée : désertique via Tatooine dans Star Wars : Un Nouvel Espoir et Star Wars : Le Retour du Jedi ou glacée dans Star Wars : L’Empire Contre-Attaque. Dans Star Wars : La Menace Fantôme, George Lucas change délibérément de ton et offre la découverte d’une planète bucolique et paisible, Naboo. Star Wars : L'Attaque des Clones débute lui sur une planète déjà aperçue dans l'Épisode I : l’urbaine Coruscant ! La planète-cité est en fait devenue une incontournable dans l’univers des fans Star Wars. Située près du centre de la galaxie et recouverte d'une gigantesque ville avec des milliers d’immenses gratte-ciels, elle a été, tour à tour, la capitale de la République et de l'Empire (ainsi que de la Nouvelle République dans l’Univers Légendes des Romans et des Comics). La cité la formant s'enfonce autant sous terre qu'elle s'élance vers les cieux, les plus hauts immeubles perçant les nuages. Les habitants les plus riches et les hauts fonctionnaires vivent d'ailleurs dans les bâtiments les plus hauts, les classes moyennes quelques étages en dessous tandis que les bas-fonds de Coruscant sont parmi les endroits les plus malfamés de la galaxie. La planète s'inspire assurément beaucoup d'une capitale d'un autre Empire galactique, elle aussi intégralement urbanisée : Trantor, des cycles d'Isaac Asimov, des Robots et de Fondation. La première description précise de Coruscant a lieu dans le roman de l’ancien univers étendu, Les X-Wings - 2 : Le Jeu de la Mort, publié en 1996. Même si le livre n’est plus canon, tout ce dit l'auteur Michael A. Stackpole sur Coruscant demeure toujours exact. Celui-ci a dû, en réalité, travailler avec les notes de George Lucas pour proposer une vision qui s'avère très proche du résultat final. Le Maître prend donc à sa charge la responsabilité de proposer une représentation en images de cette ville / planète tentaculaire. La scène de la course-poursuite en speeder dans ses bas-fonds est d’ailleurs visuellement splendide et parfaitement chorégraphiée. L’opus s’inspire là de films comme Blade Runner de Ridley Scott ou Le Cinquième Elément de Luc Besson. Surtout, c’est la première fois que l’univers de Star Wars apparait si urbain apportant réellement une touche d’inédit incroyable. Il y a là manifestement l’une des connotations fortes de la prélogie qui centre de plus en plus l’action vers Coruscant. A peine entraperçue dans l'Épisode I, la planète se fait bien plus présente dans l'Épisode II pour devenir la convergence de l’action dans l'Épisode III. Le basculement politique de la République et personnel d’Anakin Skywalker se fera ainsi et logiquement dans la capitale galactique !

Le choix de mettre en avant Coruscant, la capitale de la République, montre à quel point l’un des thèmes principaux de la prélogie a toujours été la politique. Si le sujet était juste suggéré dans Star Wars : La Menace Fantôme, Star Wars : L'Attaque des Clones montre, en effet, que les intentions sont claires pour George Lucas : il veut faire un parallèle entre la prise de pouvoir de Palpatine et l’avènement des plus grands dictateurs de l’histoire de Napoléon à Hitler. Palpatine, alias Dark Sidious, le maître noir des Stith, sait, il est vrai, qu’il y a deux moyens de prendre le contrôle d’un système politique : le coup d’état militaire qui fait courir le risque de s’aliéner la population ; ou la manœuvre politique pour s’octroyer petit à petit les pleins pouvoirs. Hitler fut élu au suffrage universel avant de devenir dictateur via une loi d’exception lui conférant les pleins pouvoirs. Le parallèle avec la création du Troisième Reich allemand est d’ailleurs encore plus évident puisque Palpatine porte également le titre de Chancelier. Ce dernier se fait élire à la tête de la République, puis manipule les Sénateurs pour gagner en autorité au fur et à mesure des crises qu’il fomente en secret et dont il tire les ficelles autant que les profits. Il est d’ailleurs glaçant de voir que le sénateur qui proposera de donner les pleins pouvoirs au Chancelier n’est autre que le représentant de sa propre planète Naboo : Jar Jar Binks ! George Lucas fait ainsi un joli pied de nez aux fans en faisant de l’ancien benêt, désormais sénateur par intérim de la sénatrice Padmé Amidala, instigateur de la loi qui est à l’origine de la création de l’Empire. Le personnage apparait certes peu dans le second film mais son rôle est éminemment crucial dans la saga toute entière.

La prise de pouvoir de Palpatine est ainsi passionnante et constitue assurément le point fort du récit. Le Seigneur Noir des Sith a, en effet, d’abord commencé par tester le Sénat Galactique et la République dans Star Wars : La Menace Fantôme pour voir si les politiciens réagiraient à la crise de Naboo, sa planète natale, située en Bordure Extérieure de la Galaxie. Durant cette crise, il arrive en effet tout de même à se faire élire à la tête de l’état. Voyant que la réponse a été molle aussi bien du côté du Sénat que des Jedi, il sait maintenant qu’il va pouvoir mettre en place son plan de conquête à condition de le faire sereinement et patiemment. Il laisse passer ainsi dix ans en déplaçant ses pions sur l’échiquier politique, petits à petits, en commençant d’abord par prendre un nouvel apprenti, Dark Tyranus, destiné à remplacer Dark Maul tué à Naboo. Il l’envoie créer une armée de clones pour la République mais également unir des dissidents de plus en plus nombreux face à une République qu’il s’affaire à paralyser par la corruption et les querelles inutiles. Il crée de la sorte lui-même les crises qui lui permettent d’avancer ces pions et d’obtenir de plus en plus de pouvoirs. Il essaye logiquement d’éloigner la sénatrice Amidala qui l’empêche de voter les lois autoritaires qu’il vise, en sachant parfaitement que son substitut, Jar Jar Binks, est faible et manipulable. Avec son sourire affable, il embobine même les Jedi, en particulier Anakin qui ne marche qu’à la flatterie. Le comble est atteint quand Dark Tyranus, alias le Comte Dooku révèle à Obi-Wan Kenobi que la République est en réalité aux mains du Côté Obscur, un révélation qui parait sur le coup absurde mais qui est en réalité la stricte vérité. Le Sith cherche là à obscurcir la capacité de raisonnement du Jedi. Et cela marche ! Obi-Wan Kenobi est, en effet, persuadé que Dooku lui ment. Mais il n’y a pas que les Jedi qui se font manipuler : la Fédération du Commerce et le Clan Bancaire sont amenés à vouloir faire sécession de cette République incompétente. Ainsi, le Comte Dooku dirige les séparatistes tandis que son maître a dans ses mains la République. Les deux mettent en place le terreau d’une guerre civile destinée détruire la démocratie de l’intérieur. George Lucas s’inspire assurément ici de l’histoire de son propre pays et en particulier de la Guerre de Sécession. Le réalisateur donne toutefois un air moderne à sa guerre en abordant le thème des manipulations génétiques. Il va même jusqu’à inverser les rôles : en leur donnant une armée de clones afin de garder la République unie, Palpatine transforme, en effet, les Jedi, censés êtres des garants de la paix, en généraux de guerre ! Le dernier plan du film est ainsi éloquent : une armée de clone défile devant les fenêtres de Palpatine, rappelant la marche de futurs stormtroopers qui formeront l’armée de l’Empire. Les Jedi ne remportent là aucune victoire mais mènent en réalité la première bataille de ce que va devenir la Guerre des Clones.

Le concept de Guerre des Clones est le fondement même de la saga, introduit dès le premier épisode, Star Wars : Un Nouvel Espoir. En effet, Obi-Wan Kenobi déclare à Luke Skywalker avoir combattu aux côtés de son père lors de "la Guerre des Clones". Malheureusement, une erreur dans le doublage français (qui traduit ce conflit par "la guerre noire") privera les spectateurs français de cette allusion. Du moins le grand public ; les fans, eux, connaissent cet élément qui constituera durant de nombreuses années une arlésienne. La sortie de Star Wars : L'Attaque des Clones exhausse le souhait de millions de passionnés de l’univers Star Wars. Enfin, l’origine des clones est expliquée et la première bataille est montrée ! Ainsi, la visite de la planète Kamino permet de découvrir l’usine de fabrication des clones. Le passage est véritablement passionnant et plus encore car il fait suite à une enquête policière menée par Obi-Wan Kenobi. En plus, il propose la découverte d’une planète jamais vue dans l’univers Star Wars via un monde totalement aquatique où le peuple vit sur des plateformes et s’avère très avancé technologiquement, en particulier dans la science génétique. Les habitants de cette planète, les Kaminoens, sont, en effet, des aliens se rapprochant des extra-terrestres de Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg avec un côté plus élancé et plus marin. Sur Kamino, Obi-Wan Kenobi trouve donc une usine d’élevage de clones humains conditionnés, dont la croissance a été accélérée, la volonté supprimée et les aptitudes parfaites à la guerre. C’est ensuite Yoda qui décide d’utiliser cette armée contre les droïdes séparatistes lors de la bataille de Geonosis marquant là le premier conflit de la Guerre dite des Clones. Visuellement, George Lucas propose une scène d’une puissance jamais vue dans la saga. Dans une planète désertique, Geonosis, qui ressemble beaucoup à celle de Mars dans le cycle de John Carter d’Edgar Rice Burroughs, voir autant de Jedi pris aux pièges puis secourus par une armée de clones, a un côté jubilatoire indéniable. Tout s’emballe ensuite quand les clones prennent l’avantage en pilonnant les vaisseaux des renégats. Les séparatistes sont, quant à eux, épaulés par les Géonosiens, sorte d’insectes, dont les usines fabriquent une armée de droïdes, ennemis de la République. Enfin, les fans goûteront le plaisir de constater que l’assemblée des décisionnaires des séparatistes possède les plans d’une arme de destruction massive : une certaine Étoile Noire…

L’autre grand apport de Star Wars : L'Attaque des Clones est de proposer une origine au personnage de Boba Fett, adulé par les fans. Le fameux guerrier se révèle donc être le fils du légendaire chasseur de primes Jango Fett, un mercenaire Mandalorien. C’est ce dernier qui a été engagé par le Comte Dooku pour être le modèle de l’armée des clones. Il s’est, en effet, rendu sur Kamino en se faisant passer pour un membre du conseil Jedi, pour lancer la production de cette armée d’un nouveau genre. Il exige alors que les clones soient modifiés pour être dociles, obéissants et se développer deux fois plus vite qu'un humain normal. En échange de ses services, Jango, en plus d’une forte récompense, obtient une réelle faveur : posséder un clone personnel, non modifié et à la croissance normale. Il le nomme Boba et l’élève comme son fils. La mort de Jango durant la bataille de Geonosis, tué par le Jedi Mace Windu, explique alors la haine que Boba Fett conservera toute sa vie contre les Jedi.

L’un des sujets incontournables que se devait d’aborder George Lucas dans Star Wars : L'Attaque des Clones est assurément l’histoire d’amour d’Anakin et d’Amidala, la future mère de Luke et Leia. Malheureusement, il livre ici l’un des éléments du film qui a le moins convaincu les fans. Il faut dire que la romance n’est vraiment pas le fort de Star Wars. Quand il s’agit de se rappeler dans la première trilogie, la manière de conter l’histoire d’amour entre Leia et Han Solo, le bilan n’est en effet pas forcément plus glorieux. Et encore, ce n’est pas Lucas qui a réalisé les Épisodes V et VI, opus où la romance est la plus forte, qui plus est, entre deux personnalités explosives parfaits opposés de grands romantiques ! La relation frise, il est vrai, l’amour vache ; les tourtereaux se querellant sans cesse. Dans Star Wars : L'Attaque des Clones, l’histoire d’amour est bien plus naïve au point que certains la jugeront caricaturale. Il y a, en effet, un côté vieux jeu dans le coup de foudre entre le Jedi et la Sénatrice tandis que les roulades dans la prairie de Naboo rappellent un peu trop les belles heures de Sissi. Cette romance ressemble en fait à celles que le spectateur aurait pu voir dans un film des années 60. Pour autant, le discours est parfois bien moins niais qu’il n’y parait au premier abord : par exemple, quand le couple discute de sa différence de vue sur l’efficacité politique, l’un prônant la dictature et l’autre la démocratie. Recul aidant, la relation des deux personnages n’est assurément pas la catastrophe tant décriée. Elle est juste imparfaite et constitue dès lors, compte tenu de son poids narratif, l’un des points faibles du film. Le jeu d’Hayden Christensen en Anakin ne souffre d’ailleurs pas vraiment de critique ici au contraire, et bizarrement, de celui de Natalie Portman. L’actrice semble réciter ses phrases (et le doublage français n’aide pas à contrebalancer cette impression) tandis que son visage ne connait qu’une expression impassible, bien loin de ce qu’il est en droit d’attendre d’une femme censée être folle amoureuse. Le spectateur ne ressent jamais le coup de foudre d’Amidala pour Anakin alors qu’inversement le Jedi montre bien la passion qu’il le dévore. L’alchimie ne fait jamais jour…

Star Wars : L'Attaque des Clones bénéficie d’un casting globalement de grande qualité à une exception près et presque une anomalie d’ailleurs.
Etonnement, contrairement au premier opus, Natalie Portman - pourtant une grande actrice - apparait, en effet, moins à son aise dans le rôle de Padmé Amidala. Elle ne semble tout simplement pas croire à son personnage et le spectateur a du mal à la trouver sincère notamment quand elle se dit être amoureuse d’Anakin. Ainsi, les scènes où elle est la plus convaincante sont celles où elle parle de politique. L’actrice n’arrive curieusement à montrer de la passion dans son jeu uniquement quand elle le met au service d’un discours auquel elle croit. Merveilleuse dans Star Wars : La Menace Fantôme, Natalie Portman livre ici une prestation scolaire presque mécanique et commet le plus gros dommage au film.
Le personnage d’Anakin Skywalker a, quant à lui, grandi. Il a donc fallu trouver un remplaçant à Jake Lloyd. Hayden Christensen décroche donc la lourde tâche de devenir le futur père de Luke ! Et force est constater qu’il ne s’en sort pas si mal. Totalement torturé, impatient, impertinent, il est à la fois fougueux et irréfléchi. Il se laisse entièrement emporté par ses sentiments signant par exemple dans la scène où il venge sa mère un sommet de tragédie tant la dangerosité qui émane de lui est extrême.
Ewan McGregor reprend, pour sa part, son rôle d’Obi-Wan Kenobi dont l’importance s’est grandement développée par rapport au premier opus. L’acteur est tout simplement parfait et donne beaucoup d’assurance et de prestance à son personnage. Les scènes où il agit en qualité d’enquêteur sont d’ailleurs assurément parmi les plus réussies du film.
Il sera également salué la performance d’Ian McDiarmid qui livre une nouvelle fois un travail extraordinaire en alternant avec la voix suave du politicien Palpatine et celle inquiétante de Dark Sidious. L’acteur joue tout en ambivalence et cet Épisode II démontre à nouveau que le véritable héros de la prélogie est bien Palpatine. Il est clairement le personnage le plus abouti des trois films.
Le Conseil de Jedi est aussi de retour, formé en particulier de Mace Windu et Yoda. Samuel L. Jackson reprend également son rôle et semble s’amuser à rentrer dans la bataille. Avec son sabre laser, il manifeste un charisme incroyable. Pour autant, c’est surtout Yoda qui impressionne. Pour la première fois, le Maitre va, en effet, combattre sabre laser en main. Son affrontement avec le Comte Dooku, son ancien disciple, est à l’évidence un pur délire de fan. Le voir virevolter dans tous les sens est réellement grisant même si pour la peine, le personnage s’est vu réalisé par ordinateur et non plus via une marionnette ; Frank Oz continuant bien évidemment de le doubler à merveille.

Enfin et logiquement, le spectateur retrouve avec grand plaisir les deux iconiques droïdes : R2-D2 et C-3PO. Le droïde de protocole se voit ici confié un rôle plus exposé que d’ordinaire en ce sens qu’il a pour mission d’amener des respirations entre les scènes intenses. En effet, Star Wars : L'Attaque des Clones s’avère bien plus sombre que Star Wars : La Menace Fantôme. En dehors de l’histoire d’amour bucolique, tout n’est ici que complot et montée en puissance du côté obscur. Jar Jar Binks, personnage comique du premier épisode, devenu entre-temps persona non-grata, pousse ainsi George Lucas à se reporter sur un autre intervenant pour détendre l’atmosphère. Il joue cette fois-ci la sécurité et fait reposer la comédie sur C-3PO, se plaçant là en stricte résonance avec la trilogie originelle. Il abuse parfois de l’astuce, notamment lors de la scène intense qu’est celle de Geonosis. Le droïde de protocole va en effet perdre sa tête et se la voir transférée sur un robot de combat. Dès lors, en véritable pipelette, il n’a de cesse de faire des commentaires sur l’action qui se déroule sous ses yeux malgré lui. Si le réalisateur cherche là à faire redescendre la tension toujours dans l’optique de rendre son film accessible aux jeunes générations, il atteint les limites du processus. En fait, et comme dans l’Épisode I, l’humour est mal dosé et les pérégrinations du droïde, trop souvent peu drôles, gênent l’action. Par contre, d’un point de vue scénaristique, il est intéressant de retenir que l’astromécano appartient en réalité à Padmé tandis que le droïde de protocole est retrouvé, lui, chez le demi-frère d’Anakin, Owen Lars. Shmi Skywalker, la mère du Jedi, qui avait gardé le robot bavard, a, en effet, épousé le père d’Owen. Venant sauver sa mère, en vain malheureusement, Anakin récupère ainsi le droïde qu’il avait construit étant jeune. Dernier détail, Owen Lars (joué par Joel Edgerton) n’est autre que l’oncle qui recueillera bien des années plus tard, Luke, le fils caché d’Anakin. La boucle est bouclée !

Parmi les nouveaux personnages de Star Wars : L'Attaque des Clones, au final peu nombreux, se remarquent d’abord Jango Fett et son fils, Boba. Temuera Morrison prête, il est vrai, efficacement les traits au modèle des clones tandis que son fils se voit scolairement joué par le jeune Daniel Logan.
La vraie révélation du nouveau casting de Star Wars : L'Attaque des Clones est en revanche à rechercher du côté de personnage du Comte Dooku. Campé à merveille par Christopher Lee (que les fans Disney ont pu voir dans Les Visiteurs d'un Autre Monde en 1978), cet ancien chevalier Jedi passé du côté obscur, devenu le nouvel apprenti de Dark Sidious après la mort de Dark Maul, révèle une prestance incroyable. Son combat contre Yoda est ainsi particulièrement impressionnant tout comme sa stature dans le commandement des séparatistes, juste superbe.

Comme déjà développé dans l’analyse de Star Wars : La Menace Fantôme, il ne faut pas oublier que la saga de Star Wars est construite autour de l’idée de symétrie. Star Wars : L'Attaque des Clones ne déroge ainsi pas à la règle même si les références sont moins évidentes que dans l'Épisode I en raison d’un scénario plus dense. L’opus dispose néanmoins de son lot de clins d’œil visuels difficiles à tous lister mais dont un florilège permet de prendre conscience de l’effet miroir présent dans toute la saga. Le plus évident est la présence de Boba Fett. Comme dans la première trilogie avec sa présence dans le deuxième épisode, Star Wars : L’Empire Contre-Attaque, le deuxième épisode de la prélogie, Star Wars : L'Attaque des Clones, est, en effet, le film de cette trilogie à mettre en avant ce personnage culte. De même, et toujours en le comparant avec l’Épisode V, Anakin Skywalker voit sa main amputée par un Sith plus puissant que lui comme Luke Skywalker voit son bras coupé par son père. Il y a également une course-poursuite dans un amas de débris spatiaux, même s’il ne s’agit pas ici d’astéroïdes mais d’anneaux planétaires. Et puis, il y a la fameuse déclaration d’amour (ici entre Anakin et Padmé en résonance avec celle de l’Épisode V, entre Leia et Yan). Enfin, le plan final sur la terrasse entre Anakin, Padmé et les deux droïdes rappelle beaucoup celui de Luke, Leia, C-3PO et R2-D2 sur le vaisseau hospitalier à la fin de Star Wars : L’Empire Contre-Attaque.

Sur Star Wars : L'Attaque des Clones, George Lucas continue son orientation visuelle lancée dans l’Épisode I : le tout numérique ! Si certains spectateurs n’apprécient pas la démarche, regrettant la période des effets physiques, force est de constater que la technique permet une richesse de formes, de couleurs et de mouvements sans pareils. Industrial Light & Magic, la filiale de Lucasfilm, Ltd. dédié aux effets spéciaux, se surpasse une nouvelle fois et propose des scènes réellement mémorables à commencer par l’une des premières : la course-poursuite dans Coruscant. Les plans de Kamino sont aussi de toutes beautés tandis que la bataille de Geonosis est à couper le souffle, aussi bien dans son engagement militaire que dans le combat de Jedi, notamment avec un Yoda impressionnant.
Côté musique, John Williams est et reste le compositeur sur le film et propose une musique tout simplement parfaite, rappel de la première trilogie mais également de Star Wars : La Menace Fantôme. Le final sombre et inquiétant lors du défilé des troupes de clones fait froid dans le dos rien qu’en écoutant les notes lugubres, sans espoir, qui annonce le pire à venir.

Star Wars : L'Attaque des Clones est accueilli par la critique plus chaleureusement que le premier opus. Elle salue dans son ensemble les scènes d’actions mais reproche au film son scénario un peu encombré et surtout des personnages sous-développés en raison de dialogues trop plats. L'opus est pitoyablement nommé à un seul Oscar technique (Meilleurs Effets Visuels) et s'incline devant Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours. Pire, il obtient pas moins de sept nominations aux Razzie Awards : Pire Film, Pire Suite, Pire Réalisateur (George Lucas), Pire Scénario (George Lucas et Jonathan Hales), Pire Second Rôle Masculin (Hayden Christensen), Pire Second Rôle Féminin (Natalie Portman) et Pire Couple de Cinéma (Hayden Christensen et Natalie Portman). Au final, la cérémonie sera encore plus méchante que pour l’Épisode I puisqu’elle décernera deux « récompenses » contre une pour le premier épisode : Pire Scénario et Pire Second Rôle Masculin pour le pauvre Hayden Christensen.

Star Wars : L'Attaque des Clones est un succès commercial indéniable même s’il n’atteint pas le niveau de Star Wars : La Menace fantôme, trois ans plus tôt. En dollars ajustés, il signe en réalité la plus mauvaise performance d’un film de la saga sur les sept premiers épisodes. Il se hisse cependant à la troisième place annuelle aux États-Unis avec 302 millions de dollars (derrière Spider-Man et Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours) et à la quatrième place au niveau mondial avec 649 millions de dollars (après Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours, Harry Potter et la Chambre des Secrets et Spider-Man). En France, il engrange 5 713 593 entrées, soit la cinquième position du box-office cette année-là et le plus mauvais score de la prélogie.

Star Wars : L'Attaque des Clones est un film récent, il n’a donc pas encore connu beaucoup de modifications techniques. Quelques changements minimes sont tout de même mené sur lui. D’abord, pour son édition vidéo en 2002, trois petits changements sont apportés : un dialogue supplémentaire entre Padmé et Anakin suite aux massacres des Hommes des Sables, des bruitages rajoutés lors de la chute dans le désert de Padmé lors de la bataille de Geonosis puis enfin, lors du mariage entre Padmé et Anakin, un plan montre désormais la jeune fille tenir la main artificielle du Jedi. Lors de la sortie en Blu-ray en 2011, un ultime changement est apporté avec l’intervention de la voix de la mère d’Anakin, placée lors de la séquence de cauchemar de son fils.

En 2012, Lucasfilm, Ltd. prévoyait de convertir en 3-D les six films et de les proposer en salles de façon chronologique. Le premier opus ressort dans ce format au cinéma et récolte alors près de 100 millions de dollars supplémentaires dans le monde entier. Mais voilà, les critiques trouvent la conversion non seulement mal faite mais surtout sans grand intérêt. Le rachat de Lucasfilm, Ltd. par The Walt Disney Company change alors la donne : les ressorties 3-D des cinq autres films sont purement et simplement annulées pour se concentrer sur le nouveau film : Star Wars : Le Réveil de la Force. Les conversions de Star Wars : L'Attaque des Clones et de Star Wars : La Revanche des Sith sont pourtant déjà terminées : pour l’instant, elles n’ont été visibles que lors des conventions Star Wars Celebration de 2013 et 2015.

Plutôt bien accueilli lors de sa sortie, Star Wars : L'Attaque des Clones voit sa réputation se détériorer au fil du temps. S’il est vrai que l’histoire d’amour pêche un peu, elle n’est pourtant pas aussi catastrophique que ce que de nombreux fans veulent bien le dire. Le film qui vaut surtout pour son propos politique est toujours aussi passionnant et la mise en place de la Guerre des Clones, iconique à souhait. Enfin, les nouvelles planètes visitées sont tout simplement superbes avec une vraie recherche dans le dépaysement.

Star Wars : L'Attaque des Clones n’est pas parfait, certes, mais il introduit à merveille la descente aux enfers que s’apprête à vivre Anakin Skywalker. Il faut en outre souligner la volonté farouche de George Lucas de proposer sa vision personnelle de sa saga, même si elle peut se révéler parfois impopulaire. Le Maître sait où il va et ce qu’il veut montrer ! En dépit des bougonneries assassines de spectateurs hystériques et autres bruyantes critiques, Star Wars : L'Attaque des Clones est, de part la vision de Lucas, un film d’auteur.

L'équipe du film

1922 • 2015
Acteur

L'édition vidéo

Jaquette Star Wars : L'Attaque des Clones
Jaquette Star Wars : L'Attaque des Clones
Editions DVD Video
Zone 1 Collector 2002
Zone 2 Simple 2004
Zone 2 Collector 2002
Editions Blu-ray Disc
Zone A Prestige 2011
Zone B Prestige 2011