Star Wars
Le Réveil de la Force

Titre original :
Star Wars : The Force Awakens
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 18 décembre 2015
Genre :
Science-fiction
IMAX
Disney Digital 3-D
Réalisation :
J.J. Abrams
Musique :
John Williams
Durée :
135 minutes

Le synopsis

30 ans après la Bataille d'Endor, au sein de la République, un groupe nommé la Résistance, combat le nouvel ennemi que représente le Premier Ordre, né sur les cendres de l'Empire...

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 16 décembre 2015

Star Wars : Le Réveil de la Force est assurément le film le plus attendu de la décennie. Après des années de patience dont les dernières ont été savamment entretenues par The Walt Disney Company, le septième épisode de la saga Star Wars débarque donc sur les écrans. Et c’est pour le meilleur ! J.J Abrams propose, en effet, un film qui joue à la fois la carte de la nostalgie tout en amenant une touche de modernité et de fraicheur bienvenue. Mieux encore ; alors que la prélogie permettait logiquement à tout le monde de savoir comment tout allait finir, cette fois-ci, le spectateur est laissé dans le secret. Il ne sait, ni ce qu’il s'est passé pendant les trente dernières années ; ni ce qu'il l'attend ! Proposant finalement une aventure aussi riche que palpitante Star Wars : Le Réveil de la Force apporte tour à tour frissons, larmes et sourires à des spectateurs qui retrouveront, en outre, pour certains d’entre-eux, les émotions de leur enfance. La force de Star Wars est de retour !


L'origine de la postlogie est encore plus folle que celle de la prélogie : elle remonte d’ailleurs au tout début de la trilogie originale. Alors qu'il écrivait le scénario de Star Wars : Un Nouvel Espoir, George Lucas s'est, en effet, vite rendu compte que son histoire était bien trop complexe et vaste pour tenir dans un seul film. Il disposait ainsi de la matière suffisante pour tenir sur plusieurs suites en cas de succès du premier opus. Et l'accueil réservé à Star Wars : Un Nouvel Espoir a dépassé toutes ses espérances. Le réalisateur se met donc à construire le scénario du deuxième film, Star Wars : L'Empire Contre-Attaque, avec l'idée de génie de bouleverser la saga toute entière. Il fait, il est vrai, de Dark Vador, le père de Luke Skywalker et développe ainsi, dans un synopsis de seize pages, le passé du Sith noir et notamment son parcours initiatique de chevalier Jedi Anakin Skywalker jusqu'à sa bascule dans le côté obscur de la Force devenant Dark Vador. George Lucas a, dès lors, dans les mains une nouvelle trilogie se passant avant Star Wars : Un Nouvel Espoir. Mieux encore, il voit plus grand avec une trilogie se passant après celle qu'il est en train de construire. Le réalisateur veut ainsi raconter l'histoire de trois générations de Skywalker ! Il envisage au moins neufs films tandis que certaines sources parlent même de douze. En 1980, quand sort Star Wars : L'Empire Contre-Attaque, les spectateurs sont donc surpris de voir au début de l'iconique texte déroulant, l'étonnante mention « Épisode V ». Personne ne sait alors que Star Wars, le premier film a été renommé en Star Wars : Un Nouvel Espoir avec le sous-titre Épisode IV ; la mention n'étant officiellement révélée que lors de la ressortie de l'opus en salles en 1981. La conclusion de Star Wars : Le Retour du Jedi, voit donc Dark Vador connaitre un destin tragique mais surtout trouver le chemin de la rédemption, un passage narratif obligé pour permettre au réalisateur de revenir ensuite sur son passé. Mais voilà, la première trilogie a véritablement éreinté George Lucas et il veut absolument faire une pause dans la série. Elle sera, pour le cinéma, incroyablement longue !

Le studio, lui, ne l'entend pas de cette oreille. La Fox qui considérait avant sa sortie Star Wars : Un Nouvel Espoir comme un petit film de série B a pris conscience de l'ampleur du phénomène soulevé et compte désormais bien le faire fructifier. La major décide seule de le transposer sur le petit écran et s'octroie le droit de proposer, sur sa seule initiative, à la télévision en 1978, le téléfilm Au Temps de la Guerre des Étoiles, une fiction tellement bizarre que George Lucas la rejette en bloc (et la renie définitivement !). Ce dernier reprend ainsi les rênes de sa destinée télévisuelle au cours des années 80, à la suite du succès du Star Wars : Le Retour du Jedi, en proposant trois téléfilms : deux en prises de vues réelles autour des personnages des Ewoks, Star Wars : Les Aventures des Ewoks - La Caravane du Courage en 1984 et Star Wars : Les Aventures des Ewoks - La Bataille pour Endor en 1985, et un animé qui sera l'épisode final de la série Star Wars : Droïdes : Heep Le Destructeur en 1986. Parallèlement, entre 1985 et 1986, George Lucas a en effet également proposé deux séries animées autour des personnages secondaires de l'univers Star Wars : Star Wars : Droïdes et Star Wars : Ewoks.

 Mais à partir de 1987, la folie Star Wars commence sérieusement à s'émousser... Un phénomène dû en partie d'ailleurs à son propre créateur. George Lucas vient, il est vrai, de vivre en 1986 un échec colossal avec la production d'Howard... Une Nouvelle Race de Héros via sa filiale Lucasfilm, Ltd. mais aussi un divorce en 1987 qui lui fait perdre une grande partie de sa fortune. Officieusement, il a abandonné l'idée de faire une suite à la trilogie, c'est-à-dire de produire les Épisodes VII à IX. Par contre, il reste toujours fasciné par le passé de Dark Vador même s’il met l'idée de s'y consacrer en suspens. L'année 1991 change alors la donne. Le succès en librairie du roman L'Héritier de l'Empire par Timothy Zahn chez l'éditeur Bantam Spectra mais aussi celui du comics L'Empire des Ténèbres de Tom Veitch et Cam Kennedy chez Dark Horse relance de façon phénoménale la franchise Star Wars et pose déjà les bases de ce qui sera appelé par la suite l'Univers Étendu. Au cinéma, en 1993, la société d'effets spéciaux Industrial Light & Magic, créée par George Lucas, fait elle-aussi un travail remarquable et remarqué sur le film de Steven Spielberg, Jurassic Park en créant des dinosaures plus vrais que nature à l'aide de l'imagerie numérique. Tout cela finit de convaincre Lucas que la technologie est enfin prête pour la vision qu'il a du film. Il commence alors officiellement à travailler sur le script le 1er novembre 1994.

Pour préparer le lancement de sa nouvelle trilogie, George Lucas va commencer par ressortir en Édition Spéciale, les trois premiers films, tout en les remettant au goût du jour du point de vue des effets spéciaux. (Il modifiera d’ailleurs les trois premiers volets, à partir de cette date, quasiment à chaque sortie vidéo d’abord en DVD puis en Blu-ray afin d’uniformiser au maximum l’apparence de la trilogie et de la prélogie). Star Wars : Un Nouvel Espoir est ainsi proposé le 31 janvier 1997, Star Wars : L'Empire Contre-Attaque le 21 février 1997 et Star Wars : Le Retour du Jedi le 14 mars 1997. Deux ans plus tard, le 19 mai 1999, après une attente incroyable, Star Wars : La Menace Fantôme sort et propose un nouveau film Star Wars, seize ans après le premier. Même si l’opus bat des records, il laisse sur sa faim les fans de la première heure. Le film suivant de la prélogie, Star Wars : L'Attaque des Clones, sort, quant à lui le 16 mai 2002 et reçoit un meilleur accueil critique. Pourtant, c'est surtout le dernier, Star Wars : La Revanche des Sith, disponible sur les écrans le 19 mai 2005, qui réconcilie une bonne partie du public et des critiques. Il n’empêche. La prélogie a laissé un goût amer aux fans comme à George Lucas. Les premiers sont persuadés que le réalisateur a trahi leur souvenir d’enfance avec une prélogie trop numérique s’étant éloignée des thèmes centraux de la trilogie originale. Le second trouve que les fans ont été trop virulents à son égard ne lui laissant même pas le bénéfice du doute sur les véritables intentions qu’ils voulaient donner à la saga.

Après la sortie de l’Épisode III, la franchise va continuer à vivre à travers l’Univers Étendu que cela soit avec les romans, les comics et les jeux vidéo mais aussi via la série télé The Clone Wars lancée par un long-métrage d’animation cinéma, Star Wars : The Clone Wars, alors conspué par la critique. La franchise rentre donc peu à peu dans la naphtaline… jusqu’à 2012.
Le 30 octobre 2012, à la surprise générale, George Lucas annonce, en effet, avoir vendu son entreprise ainsi que la totalité des droits sur ses films, dont Star Wars et Indiana Jones, à The Walt Disney Company. La nouvelle fait l’effet d’une bombe chez les fans et les professionnels du cinéma. Pourtant, ce rachat apparait totalement logique. Tout d'abord, Disney a déjà prouvé sa parfaite capacité à digérer de précédentes franchises acquises : Les Muppets en 2004, Pixar en 2006 et Marvel en 2009. De plus, les deux labels (Disney et Lucas) ont toujours eu des liens forts, non seulement de par les valeurs véhiculées dans leurs films, mais aussi la maitrise de l’art du marchandisage sans parler de leurs collaborations dans les parcs à thèmes. Star Tours, rebooté avec succès en 2011, est en effet toujours une valeur sure des resorts Disney. Les différentes attractions inspirées d’Indiana Jones sont elles aussi très populaires que ce soit Indiana Jones Adventure : Temple of the Forbidden Eye (Disneyland), Indiana Jones Epic Stunt Spectacular! (Disney's Hollywood Studios), Indiana Jones Adventure : Temple of the Crystal Skull (Tokyo DisneySea) ou Indiana Jones et le Temple du Péril (Disneyland Paris).

Cerise sur le gâteau, en même temps que le rachat, Disney annonce la sortie de Star Wars : Le Réveil de la Force pour 2015, premier volet d’une nouvelle trilogie que les fans n’attendaient plus...
Il faut dire que cette postlogie a fait l’objet de nombreuses rumeurs toujours démentis par George Lucas en personne. Les premiers échos, par le réalisateur lui-même, de la postlogie remontent à 1980 lors de la sortie de Star Wars : L'Empire Contre-Attaque. De son aveu, s’il a une vision globalement claire de ce qu’il veut raconter dans la prélogie, la postlogie est encore assez floue. Pour lui, Star Wars est une saga générationnelle et il a une vision assez précise du ton de chaque trilogie. La première est une saga politique et sociale tandis que la seconde est celle du développement et de l’accomplissement personnel. La troisième, elle, devait plus se consacrer à des problèmes moraux et philosophiques. De plus, il la voyait la troisième comme un passage de flambeau développant l’idée selon laquelle la frontière entre le mal et le bien n’est pas si tranchée et l’impérieuse nécessité de faire la différence entre les deux pour savoir où se trouve réellement la justice. Une fois la première trilogie terminée et la pause sur la saga qui s’en suit, le souhait d’une postlogie reste bien présent dans l’esprit de George Lucas et ce, jusqu’au début des années 1990. Le simple fait que le Maître s’implique directement dessus et acte sa mise en chantier remet alors toutes la saga Star Wars sur le devant de la scène. Une des conséquences est le lancement de l’Univer Étendu. Et s’il demande explicitement à ce que le passé ne soit pas exploré, lui laissant ainsi le champ libre, il laisse aux auteurs des romans et des comics la possibilité d’explorer le futur. Cela acte plus ou moins implicitement que la postlogie n’est pas du tout sa priorité. L’avancement de la prélogie va d’ailleurs acter la mort de cette suite. Pour George Lucas, la saga Star Wars devient, non plus la saga de Skywalker, mais celle de Dark Vador de son enfance à sa mort. Star Wars : Le Retour du Jedi est ainsi la fin claire et explicite du récit. Le Maitre va ainsi se dédire et affirmer à la presse qu’il n’a jamais été question de neuf films, se contredisant par rapport à ce qu’il avait affirmé vingt-cinq ans plus tôt. En 2008, il annonce même avoir laissé des instructions pour qu’il n’y ait pas de suites cinématographiques à sa saga !

Pour autant, quand Disney rachète les droits de Star Wars, George Lucas a déjà écrit un première esquisse des trois épisodes suivants et même posé les bases des one-shots qui deviendront les films indépendant labélisés A Star Wars Story. Qu’est-ce qui a fait changer d’avis, en seulement quatre ans, le réalisateur sur l’idée de donner une suite à Star Wars, lui qui se sentait trop vieux pour retenter l’aventure ? Difficile à dire. Seul le constat peut être fait : il a surtout l’envie de sortir sa saga, œuvre de toute une vie, de la naphtaline. Et tout s’est fait alors très vite. En mai 2011, Disney exprime une première proposition à George Lucas pour racheter sa société. Il refuse catégoriquement mais l’idée lui trotte tout de même dans la tête. Il décide ainsi de se retirer de Lucasfilm, Ltd. (peut-être déjà pour réduire son affect) et nomme dans la foulée Kathleen Kennedy vice-présidente. Il prépare en fait sa succession et peut aussi plus facilement entrer en négociations exclusives avec Disney. Au lendemain de la signature de l’accord de vente, le créateur de Star Wars est annoncé comme consultant sur la nouvelle trilogie : il va pourtant vite se désolidariser avec la production. Plusieurs raisons à cela. D’abord, il sent que Kathleen Kennedy mais aussi Disney ne veulent pas aller forcément dans la direction qu’il avait esquissée. Ensuite, il lui est difficile de rester attaché à un projet qu’il a construit tout sa vie et qui ne lui appartient plus. Enfin, il préfère rester simple spectateur et laisser ses héritiers gérer son bébé. Il estime en réalité que Star Wars n’est plus de son ressort…

Kathleen Kennedy fait donc appel aux scénaristes Michael Arndt, Lawrence Kasdan et Simon Kinberg pour commencer à plancher sur la troisième trilogie, en se basant dans un premier temps sur les pistes narratives de Georges Lucas puis très vite en s'en affranchissant. Michael Arndt est alors chargé d'écrire le scénario complet. Reste à trouver la personne apte à réaliser ce qui est considéré dans la profession comme le plus grand défi d'Hollywood ! De nombreux et grands noms circulent selon des rumeurs plus ou moins fondées mais c'est finalement J.J. Abrams qui remporte le gros lot.

Né en 1966 à New York, aux États-Unis, Jeffrey Jacob Abrams se découvre, au cours de son adolescence, une passion pour les films de science-fiction et d’aventure. Comme bon nombre de cinéphiles, il considère très vite Steven Spielberg et George Lucas comme faisant partie des plus brillants réalisateurs de tous les temps en se passionnant pour leurs filmographies. Jeune adulte, il s’essaye à la réalisation de petits films faits-maison avant de véritablement commencer sa carrière en tant que scénariste à Hollywood sur des productions Disney notamment avec Pêche Party en 1997 ou encore Armageddon en 1999. Entre temps, en 1998, J.J. Abrams lance sa propre société de production, Bad Robot en compagnie d’ABC Studios, filiale de The Walt Disney Company, avec laquelle se conclut jusqu’en 2006 un contrat d’exclusivité de production d’œuvres de télévision. Va suivre de cette alliance, la mise en chantier de la série Felicity produite par ABC Studios de 1998 à 2002. Mais c’est bien un an plus tôt, en 2001 que commence le premier véritable succés de sa carrière, Alias. Chemin faisant, quelques années plus tard, J.J. Abrams refait son apparition avec un futur hit, Lost : Les Disparus ; série devenue culte alors même que la Direction de la chaine, et Robert Iger en particulier, n’y croyait pas du tout jugeant la complexité du scénario trop difficile ; un reproche déjà formulé à l’encontre des dernières saisons d’Alias.
En 2006, J.J. Abrams et Bad Robot s’émancipent de Disney après deux succès relatifs, What About Ryan et Six Degrees sur ABC. Tandis que sa société continue à produire pour la télévision, son créateur se tourne, lui, en effet vers le 7ème art !
Il s’engage pour ce faire aux côtés de la Paramount avec qui il va produire de nombreux films. Il reprend notamment les rênes dès 2006 de la saga Mission Impossible, en signant le troisième opus, jugé alors le meilleur de la franchise avant l’arrivée du petit génie de chez Pixar, Brad Bird, qui réalisera lui en 2012, le succès commercial et critique, Mission Impossible : Protocole Fantôme, toujours coproduit avec la Paramount par Bad Robot. Après un passage par la case production, avec le long-métrage de science-fiction / catastrophe, Cloverfield, il reprend les commandes de la plus vaste saga de tous les temps, Star Trek, en 2009, avec audace et succès, en alliant suite et reboot ! Surfant sur sa nouvelle notoriété et son influence grandissante, la Paramount lui offre en quelque sorte la possibilité de réaliser un film « hommage » à ses propres inspirations : Super 8 salue alors la filmographie de Steven Spielberg, mélangeant les genres pour finalement devenir une petite pépite mêlant étrangement Les Goonies à Rencontre du Troisième Type ! J.J. Abrams revient en 2013 avec un nouvel opus génialissime des aventures du Capitaine Kirk et du Commandeur Spock pour Star Trek : Into Darkness avant de se voir confier la lourde tâche de relancer en 2015, une nouvelle fois, la plus emblématique des sagas de science-fiction, Star Wars, et chez Disney cette fois-ci !

Après avoir clairement refusé, J.J. Abrams accepte donc finalement le poste de réalisateur en janvier 2013. Mais le script n'avance pas et au bout huit mois, Michael Arndt jette l'éponge ! Finalement, J.J. Abrams et Lawrence Kasdan (le scénariste de Star Wars : L'Empire Contre-Attaque et Star Wars : Le Retour du Jedi) décident de reprendre en main le scénario, de le réécrire totalement et de s'éloigner franchement des pistes de George Lucas. Mais voilà : le film est prévu pour sortir à l'été 2015 ! Le changement de scénariste oblige donc Disney à repousser la sortie au Noël 2015, les vacances d'hiver était une période inédite pour la franchise Star Wars ; les précédents opus étant tous sortis à la fin du printemps. Le premier jet scénario est finalement terminé début 2014 et le tournage débute aux Pinewood Studios près de Londres en mai 2014.

Pendant que l'équipe de production s'active à réaliser le film, le marketing de Disney et de Lucasfilm, Ltd. préparent activement la sortie. Un des éléments remarquables de Star Wars : Le Réveil de la Force est en effet son marketing qui restera véritablement un cas d'école. The Walt Disney Company veut faire de la sortie du film un évènement attendu ! Il faut d’abord ménager les surprises. La première décision prise par Kathleen Kennedy est donc de mettre fin à l'Univers Etendu afin de laisser les coudées franches aux scénaristes et les laisser partir d'une feuille blanche sans s'inquiéter de la cohérence de l'ensemble de l'univers. Seuls sont désormais canon, les six films ainsi que le film et la série The Clone Wars. Elle met également en place un story group qui surveille que tout ce qui sort soit dans la continuité officielle, les films bien-sûr mais aussi les romans, les comics et les jeux vidéo. Enfin, une nouvelle série pour enfants, Star Wars : Rebels, est lancé sur Disney XD afin d'introduire au plus jeune public l'univers de Star Wars. Pour préparer les fans à l’arrivée de Star Wars : Le Réveil de la Force, Lucasfilm, Ltd. met donc en place un plan d’envergure. Ce dispositif marketing, connu sous l’appellation de Voyage vers Star Wars : Le Réveil de la Force, comprend ainsi des comics, des romans "adulte", des romans "jeunesse" et des nouvelles. Parmi eux, il peut être notamment cité le roman Riposte publié en France chez Pocket ainsi que La Course des Contrebandiers, L'Arme du Jedi, Cible Mouvante et Étoiles Perdues parus, eux, chez Pocket Jeunesse mais aussi le comics Les Ruines de l'Empire chez Panini Comics. Au fur et à mesure que la date de sortie approche, des informations sont révélées au compte-gouttes. Fin novembre 2014, un premier teaser du film est montré et rencontre un excellent écho qui fait immédiatement monter l'impatience chez les fans. La première vraie bande-annonce, révélée elle en avril 2015, finit de convaincre le public du monde entier. La production et Disney s'évertuent en réalité à distiller le moins d'informations possibles pour créer manque et attente. Personne ne connait l’histoire et les relations entre les nouveaux personnages et les anciens. Même le nom de famille de certains est caché. Le but avoué : faire un film pour les fans et le public tout en laissant la surprise totale. Star Wars : Le Réveil de la Force est ainsi presque vendu comme un cadeau fait aux fans de la saga et devient alors le film le plus attendu de la décennie. Il réussit le tour de force de toucher toutes les cibles et toutes les générations, les jeunes, ceux qui ont découvert la saga avec prélogie et ceux qui l'ont découvert avec la trilogie. Chose étonnante, le budget marketing est légèrement inférieur à un blockbuster classique. L'affect est tellement fort que Disney n'a même pas besoin de vendre l’opus : il se vend tout seul ! La rareté des informations fait aussi que les médias se jettent sur le moindre petit angle pour parler du film. Les marques s'arrachent, elles, la franchise et les partenariats vont du grandiose au plus improbable. Enfin, la presse est précieusement mise de côté : elle découvrira le film en même temps que tout le monde. A l'heure d'internet et des réseaux sociaux qui font que les long-métrages sont totalement spoilés avant même leur sortie, les spectateurs de Star Wars : Le Réveil de la Force auront la chance d’être totalement vierges pour vivre une surprise totale.

Suite de la critique
sans spoilers

J.J. Abrams propose un film qui est à la fois un hommage au Star Wars qu'il aime, principalement la première trilogie, tout en ayant parfaitement compris quels étaient les ressorts de la saga. Encore une fois, la construction est identique aux précédents opus avec le système de trois actes. Et ce qui frappe encore, c'est l'importance de la symétrie. Elle est présente dans les précédents opus avec des éléments qui se retrouvent d'une trilogie à l’autre : les planètes désertiques ou glaciales, les mentors qui prennent de jeunes pousses sous leurs ailes, les batailles spatiales... Mais surtout, J.J. Abrams a voulu rendre particulièrement hommage à Star Wars : Un Nouvel Espoir notamment via sa menace, son côté introductif (ici d’une nouvelle trilogie, mais aussi les moyens employés par certains personnages). Il est clairement un miroir du premier opus de la trilogie originelle.
Pour autant, Star Wars : Le Réveil de la Force apporte aussi un vent de fraicheur bienvenue à la saga toute entière. Déjà, pour un premier volet d'une nouvelle trilogie, le récit est assez sombre. L'espoir ne transparait pas beaucoup. C'est plutôt un statut-quo de plusieurs années qui semblent se décanter mais avec son lots de désillusions. La galaxie, trente ans après la fin de la bataille d'Endor, n'a pas l'air d'aller forcément mieux et n'a surement pas retrouvé la prospérité de l'Ancienne République. Le film est aussi et peut-être celui où le plus de sang apparait à l'écran, une vraie première pour Star Wars. Enfin, il fait également découvrir de nouveaux mondes, de nouvelles espèces et surtout un nouvel ennemi qui semble encore plus dangereux que l'Empire, du moins dans sa cruauté.
Au-delà de tout cela, il est encore difficile de savoir avec ce premier opus quel va être le thème central de la troisième trilogie même s’il semble se rapprocher assez de l'idée que s'en faisait Georges Lucas en s’axant sur la philosophie, le passage de témoin et surtout la frontière si mince entre le bien et le mal. L'aspect politique semble en outre avoir évolué. Si la prélogie faisait clairement penser à la montée du nazisme et la trilogie à celle de la Seconde Guerre Mondiale, la postlogie rappelle vaguement, du moins dans son aspect visuel, à une confrontation entre les blocs américains et soviétiques, à la nuance près que la guerre ne se limite pas ici à simplement montrer ses capacités de ripostes.
Une chose est sure : tous les éléments abordés dans Star Wars : Le Réveil de la Force laissent de nombreuses portes ouvertes et les spectateurs n'ont qu'une hâte, découvrir la suite.

Le bel atout de Star Wars : Le Réveil de la Force vient assurément de ses personnages. Les nouveaux acteurs sont clairement extraordinaires et leurs prestations bluffantes : nombreux vont devenir les chouchous des spectateurs ! Autre chose étonnant, le temps consacré à approfondir les nouveaux personnages est assez long là où dans la prélogie surtout, mais dans un certain sens la trilogie également, ils étaient tous assez rapidement dépeints. Enfin, ceux-ci n'hésitent pas à faire quelques remarques sympathiques qui apportent une petite touche d'humour bienvenue. Le ton académique de la prélogie est bien loin mais sans aller vers le côté débonnaire de la trilogie.
Parmi les personnages à se démarquer, Rey se trouve manifestement en tête de liste. Jouée à merveille par Daisy Ridley, elle révèle une prestance incroyable rehaussée par des costumes appuyant un charisme certain. L’actrice est clairement la grande révélation du film.
BB-8 en est une autre ! Ayant déjà rencontré le succès en produit dérivé, ce nouveau droïde va, sans nul doute, devenir la mascotte favori de l’opus. Il est d’autant plus enthousiasmant qu’il n’est pas fait en image de synthèse mais en mécanique sonante et trébuchante le rendant encore plus palpable et attachant.
Finn est, quant à lui, joué par un John Boyega convaincant même si des acteurs principaux, il est celui dont le jeu se révèle au fur et à mesure. La valeur de sa prestation et sa capacité à rendre son personnage attachant ne sont pas tout de suite évidente mais Finn reste au final une belle réussite.
Poe Dameron, le pilote de Aile-X, dispose également d’un incroyable charisme, porté par Oscar Isaac qui fait regretter sa courte présence à l'écran tant il rend son personnage terriblement efficace.
Adam Driver assume pour sa part Kylo Ren, le méchant du film. Attendu au tournant, l’acteur fait un superbe travail sur son personnage dont il magnifie la colère et l’impétuosité maléfique. Ses nombreuses failles tant psychologique que sociologique le rendent en outre complexe à souhait si bien qu’il est indéniablement un bel ajout dans la galaxie des méchants Star Wars.
Trois autres nouveaux personnages méritent également d'être cités : Snoke, le chef suprême du Premier Ordre, interprété par Andy Serkis via la technique de la motion capture ; le général Hux, un membre du Premier Ordre joué par Domhnall Gleeson et enfin Maz Kanata, une pirate elle-aussi restituée en motion capture et à qui Lupita Nyong'o prête sa voix.
Enfin, que dire du retour des anciens personnages si ce n’est qu’il fleure bon la nostalgie bienveillante ! Le spectateur éprouve, en effet un plaisir immense à retrouver Yan Solo (Harrison Ford), Leia Organa (Carrie Fisher), Luke Skywalker (Mark Hamill), Chewbacca (Peter Mayhew), C-3PO (Anthony Daniels) et R2-D2 (Kenny Baker) : l’extase n’est jamais loin quand ils apparaissent à l'écran !

J.J. Abrams a souhaité rapprocher autant que faire se peut Star Wars : Le Réveil de la Force de l'aspect et de l'ambiance de la première trilogie. La plus grosse conséquence de ce choix narratif est la limitation au maximum des écrans verts et le recours massif aux effets spéciaux mécaniques et à l'utilisation des marionnettes. Tout est ainsi bien plus palpable et réel que dans la prélogie. Le film prend donc un air très années 80 qui montre encore une fois l'attachement du réalisateur au savoir-faire de l’époque dont George Lucas et Steven Spielberg étaient les premiers ambassadeurs. A côté de cela, les effets spéciaux numériques sont évidemment de grande qualité ; Industrial Light & Magic signant une nouvelle fois un travail tout à fait remarquable.
Autre fait notable : l'action est très présente dans le film si bien que le spectateur n'a pas le temps de s'ennuyer avec ce rythme qui va tambour battant. Pour le coup, ici, c’est l'ambiance de la prélogie et non celle des films des années 80 qui l’emporte - et c’est heureux ! Le découpage de cette époque ne pouvait en effet plus convenir au public contemporain devenu zappeur et pour qui tout doit aller toujours vite.

Enfin, la nostalgie et la réussite de l'ensemble doivent énormément à la musique de John Williams qui fait, une fois de plus, des merveilles en utilisant les anciennes mélodies qu’il marie à de nouvelles musiques toutes aussi convaincantes. Le compositeur est décidément un génie : il livre des partitions qui sont autant de délices à écouter.

Suite de la critique
avec spoilers

J.J. Abrams propose un film qui est à la fois un hommage au Star Wars qu'il aime, principalement la première trilogie, tout en ayant parfaitement compris quels étaient les ressorts de la saga. La construction est en effet identique aux précédents opus avec le recours à trois actes. Et ce qui frappe encore plus, c'est l'importance de la symétrie. Star Wars : Le Réveil de la Force est clairement un miroir du premier opus de la trilogie originelle. J.J. Abrams a parfaitement saisi les fondements mis en place par George Lucas au fur et à mesure du développement de sa saga. Star Wars : Le Retour du Jedi affichait déjà une vraie symétrie par rapport à Star Wars : Un Nouvel Espoir. Le sixième film débute, il est vrai, de nouveau sur la planète Tatooine avec les deux droïdes C-3PO et R2-D2. Et évidemment, le spectateur retrouve une nouvelle Étoile Noire avec cette fois-ci une Étoile de la Mort encore plus impressionnante. Dans Star Wars : La Menace Fantôme, là encore, George Lucas use et abuse de symétrie avec le quatrième épisode puisque Tatooine est de retour avec le héros, Anakin, originaire de la planète. Le spectateur retrouve également la mort du mentor, ici, Qui-Gon Jinn, rappelant celle d'Obi-Wan Kenobi. Dans Star Wars : Le Réveil de la Force, J.J. Abrams reprend donc à son compte l’héritage dans la symétrie, comme si la Force poussait à ce que le destin de la Galaxie soit un éternellement recommencement. Certains éléments reviennent alors comme celui qui consiste à cacher un plan dans un droïde perdu lui-même sur une planète désertique. Et ce même droïde va se mettre sous la protection de l'héroïne, Rey, comme R2-D2 et C-3PO étaient placés sous la coupe de Luke Skywalker. Le petit groupe va ensuite s'évader en recourant au… Faucon Millénium ! Toujours dans les symétries, l'arme de destruction massive du Premier Ordre, la base Starkiller de par sa forme arrondie est une réminiscence évidente de l'Etoile Noire et de l'Etoile de la Mort. Elle va d’ailleurs jusqu’à détruire une planète, ici le Système Hosnien, capitale de la Nouvelle République. Enfin, dans le septième épisode, le mentor de Rey va mourir lui-aussi. Certains prendront alors toutes ses similitudes pour un remake qui ne dit pas son nom : et l’argument ne peut pas être réfuté, du moins au premier abord. D'autres, bien plus sceptiques, pencheront eux pour un manque de créativité et se fourvoieront. J.J. Abrams a, en effet, surtout joué à l'équilibriste entre plusieurs éléments qu'il devait prendre en compte tout en respectant les propres envies qu'il voulait insuffler au film. Il souhaitait ainsi clairement rendre hommage à la première trilogie. De nombreux éléments de celle-ci se retrouvent donc logiquement dans son œuvre. Mais il devait aussi réussir le tour de force de construire à la fois une suite qui se passe trente ans après chronologiquement dans l'histoire mais qui est aussi réalisée trente-huit ans (une éternité !) après Star Wars : Un Nouvel Espoir. Son récit doit non seulement amorcer une nouvelle trilogie mais également faire revenir sur elle les anciens fans ayant découvert, à l’époque de sa sortie, la première tout en ne perdant pas, en cours de route, la nouvelle génération qui va découvrir Star Wars par son septième épisode. Faire un hommage appuyé au premier opus permet, de la sorte, de toucher la corde nostalgique des anciens tout en apprivoisant les nouveaux venus. J.J. Abrams a donc préféré s’appuyer sur l'émotion du public en le plongeant dans une ambiance connue plutôt que de partir dans une vision totalement originale, scénaristiquement parlant, qui aurait déstabilisé par trop tous les auditoires. Le but est en effet ici de relancer la franchise ; l'Épisode VIII de Rian Johnson ayant lui tout le loisir d'innover ! Star Wars : Le Réveil de la Force sert, en un sens, au réveil des fans et du public dont certains s’étaient un peu endormis par une prélogie qu’ils trouvaient insuffisamment Star Wars. Et puis, l'histoire est tellement bien contée, de par ses personnages aussi bien nouveaux qu'anciens, que l’hommage appuyé ne dessert jamais le film mais lui offre au contraire l'assise nécessaire pour innover par petites touches.

Star Wars : Le Réveil de la Force étonne en effet par sa capacité à se rattacher à la trilogie originale tout en infusant son scénario, par petites touches, de l’ancien Univers Étendu devenu Légendes. Ainsi, deux sagas semblent avoir inspiré les scénaristes. D’abord s’y retrouve L’Académie Jedi. Le terme même d’une école montée par Luke avec un apprenti qui se rebelle est ainsi clairement cité dans le film. Mais la ressemblance avec la saga littéraire ne s’arrête pas là. La base Starkiller apparait en effet comme un mélange entre la troisième Étoile Noire décrite dans les romans et le Broyeur de Soleil, une arme terriblement dangereuse capable de détruire des systèmes entiers. La comparaison avec l’Univers Étendu offre également l’occasion de constater que la surutilisation de l’Étoile de la Mort est, en réalité, un élément redondant dans la saga que l’Épisode VII reprend parfaitement à son compte. Pour autant, la base Starkiller dispose dans le film d’une différence notable. Il ne s’agit pas, comme dans les romans ou dans la première trilogie, d’un satellite intégralement construit mais bien d’une planète existante transformée en arme de destruction massive. Elle permet donc de créer des environnements naturels, là où les précédentes Étoiles Noires n’offraient que du métallique. L’autre saga de romans dont le film semble s’inspirer est L’Héritage de la Force où l’un des fils de Han Solo et Leia Organa, Jacen, devient Dark Caedus, un Seigneur Sith. Dans l’Univers Légendes, le couple a, il est vrai, trois enfants : les jumeaux, le garçon Jacen et la fille Jaina ; ainsi que le petit dernier Anakin.

Star Wars : Le Réveil de la Force apporte également un vent de fraicheur bienvenue à la saga toute entière. Déjà, les planètes, que cela soit Jakku, Takodana ou D'Qar, sont de nouveaux lieux visités. Les espèces extraterrestres sont pour la plupart inédites et démontrent bien l’envie de J.J. Abrams de proposer des designs différents tout respectant l'esprit des films précédents. Même si le réalisateur semble reprendre sans vergogne des éléments de la trilogie originale, le spectateur qui s’en donne la peine remarquera en réalité que la ressemblance n'est pas aussi grossière qu’elle n’y parait…
Star Wars : Un Nouvel Espoir est l'histoire d'une princesse à secourir, d'une galaxie à libérer et d'une arme à détruire. Pour autant, ici dans Star Wars : Le Réveil de la Force, les plans que cache BB-8 ne sont pas militaires mais une simple carte pour mener à une personne : Luke Skylwalker. Les personnages, dans les deux camps, sont ainsi en fait à la recherche d'un mythe, d'une légende ! Il s’agit ici beaucoup plus d’une quête spirituelle qu’une démarche pratique (la destruction d'un objectif militaire) ou politique (la défense d’un système). Ainsi, l'histoire avec un grand H est juste survolée. Le spectateur sait, en effet, au final bien peu de choses de ce qui s'est passé en trente ans. Le seul élément notable qu'il remarque, pour un premier volet d'une nouvelle trilogie, est le caractère sombre du récit. L'espoir ne transparait pas beaucoup. Un statu-quo de plusieurs années semble en fait se décanter mais avec son lots de désillusions. La galaxie, trente ans après la fin de la bataille d'Endor, n'a pas l'air d'aller forcément mieux et n'a surement pas retrouvé la prospérité de l'Ancienne République. Star Wars : Le Réveil de la Force est aussi et peut-être celui où le plus de sang apparait à l'écran, une vraie première pour Star Wars ! Clairement ici, J.J. Abrams prend le parti de ne pas raconter l'histoire de la Nouvelle République et du Premier Ordre mais bien celle de ses personnages. Et dans cette optique, le but du film est de retrouver Luke Skywalker. C'est également une belle métaphore pour le public qui lui aussi veut retrouver le mythe du Jedi qu'il a toujours adoré et qui fait que trente-huit ans plus tard, il est toujours dans les salles de cinéma pour le trouver.

Les spectateurs qui voudront en apprendre plus sur l'histoire et la politique de la Galaxie devront donc se procurer les livres, les comics et autre encyclopédies qui enrichissent la mythologie de la saga. Le lecteur y apprend ainsi que la Nouvelle République a fait un pacte de paix avec le reste de l’Empire qu’il a désarmé. Le nouveau système politique a décidé de détrôner Coruscant de son statut de planète capitale après l’avoir été pendant de nombreuses années, non seulement au temps de l’Ancienne République mais aussi de l’Empire. Désormais, la capitale change régulièrement de lieu et à l’époque où se déroule le film, il s’agit du Système Hosnien (redevenu capitale vingt-neuf ans après les évènements décrits dans le roman Étoiles Perdues, après la bataille de Jakku et la défaite définitive de l’Empire). A côté de cela, la frange la plus extrémiste de l’Empire s’est regroupée dans la bordure extérieure de la galaxie : elle y construit sur les cendres de l’Empire, un nouveau régime : le Premier Ordre. Une guerre froide se met alors en place avec la Nouvelle République. Le nouveau système démocratique ne croit pas, en effet, à la menace des restes de l’Empire à la différence de Leia Organa qui quitte le Sénat qu’elle trouve trop timoré et aveugle. Elle crée dans la foulée la Résistance, une organisation militaire privée, tolérée par la Nouvelle République à condition qu’elle ne mène pas à la guerre avec le Premier Ordre. Voici donc l’état de la situation politique à l’entame du septième opus. Si la prélogie faisait clairement penser à la montée du nazisme et la trilogie à celle de la Seconde Guerre Mondiale, la postlogie rappelle vaguement, du moins dans son aspect visuel avec cette planète enneigée et ses fanions rouges pour le Premier Ordre, à une confrontation entre les blocs américains et soviétiques, à la nuance près que la guerre ne se limite pas ici à simplement fantasmer ses capacités de ripostes.

En se focalisant sur ses personnages, Star Wars : Le Réveil de la Force continue, en l’assumant, la saga de la famille Skylwalker à la nuance près que son récit innove en inversant le problème. Anakin sombre, en effet, dans le Côté Obscur en voulant à tout prix protéger celle qu'il aime. Luke va lui tout faire pour sauver son père du Côté Obscur, étant persuadé qu'il reste du bon en lui. Ici, c'est le petit-fils de Dark Vador qui veut ressembler à son grand-père et finir ce qu'il était en train de faire. Kylo Ren lutte contre le bien qui est en lui. Il est, en cela, un personnage intéressant car il n'est pas Dark Vador, du moins pas encore ! Il essaye de toutes ses forces de ressembler à son grand-père mais il n'est pas encore totalement tombé du Côté Obscur. Il pousse son envie de mimétisme jusqu’à porter un masque pour prendre l’apparence et la voix du grand Seigneur Sith. Il est colérique et cruel mais toujours sous le coup de l’impulsion, là où son grand-père faisait montre de colère froide et de terreur calculée. Kylo Ren est d’ailleurs parfaitement conscient de ses lacunes. Il fait tout pour les combler quitte à utiliser les moyens du Premier Ordre à son profit personnel : celui de trouver et anéantir Luke Skylwalker, son oncle ! Snoke, le Chef Suprême s'en accommode car il sait que le Jedi représente un frein pour sa conquête de la Galaxie, chose que le Général Hux lui ne saisit pas. Ce dernier n'aime pas, en effet, avoir le Premier des Chevaliers de Ren dans ses pattes. J.J. Abrams montre ainsi que le Premier Ordre ne fonctionne pas de la même façon que l'Empire. Le Moff Tarkin et Dark Vador travaillaient conjointement au service de l'Empereur. Kylo Ren et le Général Hux affichent eux une rivalité intéressante qui mérite d'être approfondie dans les prochains volets. Dans tous les cas, ce nouvel ennemi semble encore plus dangereux que l'Empire, du moins dans sa cruauté. Mais Kylo Ren vaut surtout pour sa relation avec son père, Han Solo. Le climax du film est ainsi passionnant car, de tous les sacrifices des précédents opus, c'est celui qui est le plus poignant mais aussi le plus symbolique. Le discours de Kylo Ren, Ben Solo de son nom de naissance, vis à vis de son père est saisissant. Il lui révèle qu'il a besoin de lui car il se sent coupé en deux. Il a besoin de lui pour retrouver la paix intérieure. Dans une scène où de nombreux spectateurs devineront la conclusion, Ben décide de tuer son père de sang-froid. En éliminant le père, il se libère enfin de son côté lumière pour rentrer totalement dans le Côté Obscur. Il tue celui qu’il prend pour un faible, c'est à dire non lié au patrimoine génétique de son grand-père. J.J. Abrams en mettant en scène ce complexe d'Œdipe à son paroxysme, jamais vu dans la saga Star Wars, permet trois choses : d'abord il offre à Harrison Ford la plus belle des sorties (L’acteur voulait quitter la saga déjà depuis l’Épisode VI !) ; au personnage de Han Solo, la faveur de céder sa place aux nouvelles générations et conjointement à Luke Skylwalker, celle de prendre le rôle du mentor dans le huitième épisode ; et enfin, à Kylo Ren de s’inscrire définitivement dans la violence et la monstruosité.

Le dernier point de scénario très intéressant à explorer est à rechercher du côté du personnage de Rey. En plus d’être ultra attachante, les non-dits qui l’entourent la rendent encore plus incroyable. Jamais encore dans une saga Star Wars, autant de zones d’ombre n’avaient été laissées concomitamment à autant de portes ouvertes que les spectateurs n'ont qu'une hâte de découvrir. A ce stade là, ce ne sont donc que des suppositions qui peuvent être faites sur Rey. La plus évidente serait qu’elle soit une Skywalker. Elle semble avoir le même don de pilotage et de mécanique que son grand-père Anakin, et dans une moindre mesure que Luke. Elle ressemble aussi beaucoup à Padmé, sa grand-mère mais aussi à Leia, jeune. Enfin, la Force est puissante en elle. Le flash-back semble d’ailleurs montrer qu’elle a assisté au massacre de l’Académie Jedi par Kylo Ren. Elle a peut-être connu un début de formation qui a été effacée de sa mémoire par Luke avant d’être abandonnée sur Jakku. Tout le monde semble d’ailleurs connaitre Rey, ou du moins avoir un a priori sur elle à l’exemple de Leia quand elle sert la jeune fille dans ses bras après la mort de Solo alors même qu’elles ne se sont jamais connues. Pourtant, sa scène la plus solide est la séquence de conclusion. C’est assurément le final le plus fort de toute la saga, d’une puissance émotionnelle incroyable où tout est fait grâce au mouvement de la caméra, sans dialogue, tout dans le regard des comédiens et la superbe musique de John Williams. Luke Skywalker absent de tout l’opus apparait enfin en libérant sa capuche et dévoilant un regard profond et un visage de vieux sage barbu. Le regard échangé par Rey et Luke apparait alors empli de tristesse, de respect et d’émotion. La relation entre ces deux personnages est assurément la plus belle promesse faite pour l’Épisode VIII.

Pourtant, au-delà de toutes ces considérations, il est encore bien difficile de savoir, avec ce premier opus, quel va être le thème central de la troisième trilogie même s’il semble se rapprocher assez de l'idée que s'en faisait Georges Lucas en s’axant sur la philosophie, le passage de témoin et surtout la frontière si mince qu’il existe entre le bien et le mal. Une chose est claire néanmoins : le thème du premier opus de la postlogie fait la part belle à ses personnages et à leurs quêtes personnelles.

Le plus bel atout de Star Wars : Le Réveil de la Force vient en effet assurément de ses personnages. Les nouveaux acteurs sont clairement extraordinaires et leurs prestations bluffantes : nombreux vont devenir les chouchous des spectateurs ! Autre chose étonnant, le temps consacré à approfondir les nouveaux personnages est assez long là où dans la prélogie surtout, mais dans un certain sens la trilogie également, ils étaient tous assez rapidement dépeints. Enfin, ceux-ci n'hésitent pas à faire quelques remarques sympathiques qui apportent une petite touche d'humour bienvenue. Le ton académique de la prélogie est bien loin mais sans aller vers le côté débonnaire de la trilogie.

Parmi les personnages à se démarquer, Rey se trouve manifestement en tête de liste. Joué à merveille par Daisy Ridley, elle révèle une prestance incroyable rehaussée par des costumes appuyant un charisme certain. L’actrice est clairement la grande révélation du film. Son personnage dégage un magnétisme et ce, dès sa toute première apparition. Pendant cinq minutes, le spectateur la suit dans son quotidien de pilleuse d’épave sans qu’elle ne prononce un seul mot. Son combat pour survivre est instantanément prenant. Ses facilités dans le pilotage, le combat et sa découverte de la Force se révèlent tout aussi naturellement sans que rien ne paraisse téléphoné.
BB-8 est l’autre grande réussite du film ! Ayant déjà rencontré le succès en produit dérivé, ce nouveau droïde devient sans mal la mascotte favori de l’opus. Il est d’autant plus enthousiasmant qu’il n’est pas fait en image de synthèse mais en mécanique sonnante et trébuchante le rendant encore plus palpable et attachant. Les concepteurs ont réussi à donner ce mignon petit robot des expressions qui restituent à merveille ses émotions via notamment sa tête qui bouge dans tous les sens.
Finn est, quant à lui, joué par un John Boyega convaincant même si des acteurs principaux, il est celui dont le jeu se révèle au fur et à mesure. La valeur de sa prestation et sa capacité à rendre son personnage attachant ne sont pas tout de suite évidentes mais Finn reste au final une belle réussite. Là encore, il repose sur une idée vraiment novatrice : celle de voir un stormtrooper se rebeller et déserter. L’idée n’avait, en effet, jamais été abordée dans les films et amène une vraie fraicheur. Elle permet, en outre, de mettre en avant le système d’endoctrinement du Premier Ordre. Au-delà, Finn s’avère très drôle particulièrement dans le tandem qu’il forme avec Rey d’abord de manière subie puis volontairement.
Poe Dameron, le pilote de Aile-X, dispose également d’un incroyable charisme, porté par Oscar Isaac qui fait regretter sa courte présence à l'écran tant il rend son personnage terriblement efficace. Pour autant, chaque fois qu’il apparait, il rayonne notamment au tout début où son bagou contre Kylo Ren est vraiment drôle. Le personnage dispose de toutes les capacités pour devenir le nouvel Han Solo dans les prochains volets.
Adam Driver assume pour sa part Kylo Ren, le méchant du film. Attendu au tournant, l’acteur fait un superbe travail sur son personnage dont il magnifie la colère et l’impétuosité maléfique. Ses nombreuses failles tant psychologiques que sociologiques le rendent en outre complexe à souhait si bien qu’il est indéniablement un bel ajout dans la galaxie des méchants Star Wars. Ce n’est pas un Dark Vador, et c’est tant mieux ! Ce sont, en effet, ses faiblesses qui le rendent fascinant jusqu’à la scène ultime contre son père dont la force narrative est juste incroyable. Le combat qui s’en suit contre Rey et Finn est aussi intéressant dans ce qu’il révèle sa trop belle assurance à prendre le dessus contre le renégat et la pilleuse d’épave puis sa désillusion. Il « s’amuse » avec ses opposants sans essayer d’être une seule fois efficace. Sa défaite finale montre à quel point il est loin de jouir de toute la formation et l’expérience nécessaires, ce dont Snoke, le chef suprême du Premier Ordre est lui parfaitement conscient. Kylo Ren alias Ben Solo a donc encore beaucoup de choses à apporter dans les prochains épisodes.
Trois autres nouveaux personnages méritent également d'être cités. Snoke, le chef suprême du Premier Ordre est interprété par Andy Serkis via la technique de la motion capture. Beaucoup d’ombres planent encore sur ce personnage qui peut se révéler vraiment intéressant. La chose inconnue, pour l’instant, est de savoir s’il a un lien avec l’Empereur Palpatine, mis à part celui d’avoir pris sa place dans le reste de l’Empire. Le général Hux, un membre du Premier Ordre joué par Domhnall Gleeson, est lui-aussi un personnage intéressant, essentiellement de par son antagonisme vis-à-vis de Kylo Ren. Ce combat de coqs qui ne dit pas son nom peut, en effet, amener des implications et des affrontements de pouvoir potentiellement fascinants. Au-delà, son discours juste avant la destruction de la République est d’ailleurs vraiment saisissant. Enfin, dans le camp de la lumière cette fois-ci, Maz Kanata, une pirate elle-aussi restituée en motion capture et à qui Lupita Nyong'o prête sa voix, semble partie pour être la nouvelle Yoda, même si celle-ci, comme elle le dit elle-même, n’a pas les capacités des Jedi. Elle a, tout du moins, des choses intéressantes à raconter encore, notamment la façon dont elle a récupéré le sabre laser d’Anakin / Luke sur la cité des nuages de Bespin.

Face à ce nouveau casting bien construit que dire du retour des anciens personnages si ce n’est qu’il fleure bon la nostalgie bienveillante ! Le spectateur éprouve, en effet un plaisir immense à retrouver les anciens personnages. L’extase n’est jamais loin quand ils apparaissent à l'écran !
Harrison Ford, dans le rôle d’Han Solo, a une classe incroyable et sait toujours rendre son personnage ultra attachant. L’acteur qui voulait déjà que Solo meurt dans l’Épisode VI voit donc J.J. Abrams réaliser son vœu. L’acteur réussit avant cela à faire briller le contrebandier une dernière fois et de la plus belle des manières qui soient...
Leia Organa livre une apparition plus discrète même si Carrie Fisher conserve à son personnage tout son aura malgré le poids des années. Ses interactions avec Han Solo sont ainsi sincères : la bonne idée d’avoir séparé le couple permet de rendre bien plus crédible leur relation mais aussi celle qu’ils entretiennent avec leur fils.
Chewbacca, toujours joué par Peter Mayhew, est égal à lui-même avec ses mimiques réellement sympathiques. Le Wookie n’a en fait pas pris un ride puisque son espèce peut vivre jusqu’à plusieurs centaines d’années !
Les deux droides C-3PO (Anthony Daniels) et R2-D2 (Kenny Baker) font eux plus de la figuration, même si R2-D2 a un rôle essentiel dans l’histoire en fournissant le reste de la carte permettant de retrouver son maitre, Luke Skywalker. Il est au passage intéressant de noter que celui-ci se réveille quand Rey met les pieds sur la base, en possession du sabre laser du Jedi.
Enfin, il y a Luke Skywalker ! L’absence de Mark Hamill dans les bandes annonces et sur les affiches a, il est vrai, fait l’objet de nombreuses rumeurs. La vérité est que Star Wars : Le Réveil de la Force se base sur la recherche du personnage. Le spectateur a d’ailleurs peur de ne pas le revoir avant le générique de fin. Il se rassure avec sa seule apparition à la toute fin du film même si elle rend l’attente pour le prochain épisode encore plus dure ! Son regard et sa prestance font de la scène l’une des plus belles séquences du film.

J.J. Abrams a souhaité rapprocher autant que faire se peut Star Wars : Le Réveil de la Force de l'aspect et de l'ambiance de la première trilogie. La plus grosse conséquence de ce choix narratif est la limitation au maximum des écrans verts et le recours massif aux effets spéciaux mécaniques et à l'utilisation des marionnettes. Tout est ainsi bien plus palpable et réel que dans la prélogie. Le film prend donc un air très années 80 qui montre encore une fois l'attachement du réalisateur au savoir-faire de l’époque dont George Lucas et Steven Spielberg étaient les premiers ambassadeurs. A côté de cela, les effets spéciaux numériques sont évidemment de grande qualité ; Industrial Light & Magic signant une nouvelle fois un travail tout à fait remarquable.
Autre fait notable : l'action est très présente dans le film si bien que le spectateur n'a pas le temps de s'ennuyer avec ce rythme qui va tambour battant. Pour le coup, ici, c’est l'ambiance de la prélogie et non celle des films des années 80 qui l’emporte - et c’est heureux ! Le découpage de cette époque ne pouvait en effet plus convenir au public contemporain devenu zappeur et pour qui tout doit aller toujours vite.

Enfin, la nostalgie et la réussite de l'ensemble doivent énormément à la musique de John Williams qui fait, une fois de plus, des merveilles en utilisant les anciennes mélodies qu’il marie à de nouvelles musiques toutes aussi convaincantes. Le compositeur est décidément un génie : il livre des partitions qui sont autant de délices à écouter. Si elles peuvent sembler avoir moins d’ampleur que les précédents épisodes, elles épousent parfaitement l’action et le thème du film, centré sur les personnages. Un exemple est assurément l’air de Rey qui revient en début et fin d’opus et s’avère entêtant à souhait. La mélodie du morceau, toute en douceur, est d’une redoutable efficacité !

Après une attente de près de dix ans, Star Wars : Le Réveil de la Force est très bien accueilli par la critique, et ce, des deux côtés de l’Atlantique. La presse et les bloggeurs saluent le travail de J.J. Abrams qui a su redonner vie à Star Wars avec un mélange alliant nostalgie et nouveautés. Le grand public est, quant à lui, tout bonnement conquis. Les spectateurs américains accordent même au film un démarrage exceptionnel avec pas moins de 247 millions de dollars au box-office uniquement sur ses trois premiers jours. Il explose ainsi le record de tous les temps, tombé pourtant quelques mois plus tôt avec Jurassic World et ses 208 millions. La faible minorité de fans très bruyante sur les réseaux sociaux qui reproche au film son côté copier / coller de Star Wars : Un Nouvel Espoir n’a donc aucun impact sur son aura. Et c’est tant mieux tant le reproche est injuste !

Star Wars : Le Réveil de la Force est à la fois l'épisode de la nostalgie et de la nouvelle génération ! Nostalgie d’abord car il fait revivre à merveille les sensations que les anciennes générations ont vécues quand elles ont découvert Star Wars à la fois dans l'ambiance, les visuels et les effets spéciaux. Si l’hommage est appuyé, il donne aussi dans l’évolution douce par rapport aux précédentes trilogies car le film s'adresse tout autant aux nouvelles générations que des acteurs de premier ordre sauront convaincre en restituant toute la profondeur des personnages qu’ils portent. Star Wars : Le Réveil de la Force est en réalité un film de transmission : un jeune réalisateur qui prend la suite d'un de ses idoles, des anciens personnages qui s'effacent face à de nouveaux héros, une nouvelle génération de spectateurs qui découvre d'un oeil neuf ce que leur grand frère ou leur père adorent depuis des années. Star Wars : Le Réveil de la Force est ce qu'Hollywood sait faire de mieux : un film à grand spectacle qui unit des générations, dépayse comme jamais et fait s’interroger sur sa propre existence. La force de Star Wars est de retour !

L'équipe du film

1980 • ....
Compositeur

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Jaquette Star Wars : Le Réveil de la Force
Jaquette Star Wars : Le Réveil de la Force
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