Sur
la piste de l'Oregon est un film tableau, tirant sa valeur de la
qualité de ses décors et paysages et non de l'histoire qu'il oublie tout
simplement de raconter. Filmé en couleur et au magnifique format
cinémascope, il constitue, en effet, une véritable ode au grand ouest
américain, truffée d'images devenues mythiques depuis l'avènement du genre
western. Recadré pour ses sorties VHS et diffusions à la télévision, il se
voit malheureusement amputé depuis, de la moitié de l'écran, se privant par
la même du remarquable travail de William Beaudine effectué sur la photo.
Sur la piste de l'Oregon ne repose donc sur aucun scénario, du
moins aucune histoire unifiée. Il est composé de scénettes mises bout à bout
à la manière d'épisodes d'une série accolés les uns aux autres, disposant
chacune d'un début, d'un déroulement et d'une fin. La transition entre elles
est inexorablement la même : le spectateur retrouve ainsi le convoi dans la
nuit accompagné d'une chanson typique du grand ouest. Les historiettes sont
certes sympathiques, mais pêchent par leur manque d'unité, au point d'ôter
au long-métrage toute conclusion digne de ce nom.

Le casting du film est pourtant, à l'époque, digne d'intérêt. Walt Disney,
lui même, le construit, avec, pour ligne de mire, l'idée de reproduire le
succès de Davy Crockett.
Il pousse le vice jusqu'à piller l'équipe de la série télé. Il recycle ainsi
l'acteur fétiche du ranger, Fess Parker, à qui il adjoint, comme dans la
série phare, un acolyte loufoque assumé par Jeff York. Il fait également
appel au même scénariste, et n'hésite pas à valider des chansons lorgnant
sans vergogne sur les airs de Davy Crockett.
Walt Disney ne s'arrête pas en si bon chemin et utilise aussi des
présentateurs du
Mickey Mouse Club (Doreen Tracey,
Cubby O'Brien, Tommy Cole et Karen Pendleton) pour jouer le rôle de certains
des enfants du convoi. La boucle du recyclage maison est bouclée avec le
recours au jeune David Stollery (Marty dans la série du
Mickey Mouse Club,
The Adventures of Spin & Marty) qui interprète ici Dan, un enfant
kidnappé par les indiens.
Dans son casting et dans sa construction, Sur la piste de l'Oregon
joue assurément la carte du familier. Tout est fait pour que le spectateur
retrouve ses habitudes, entre des visages connus de Davy Crockett
ou des Mouseketeers du
Mickey Mouse Club et une écriture
scénaristique proche de celle de la télévision, offrant des histoires
indépendantes, prêtes à être séparées par de la publicité. Le public de
l'époque se laisse berner par ce film sans imagination, usant et abusant de
grosses ficelles pour plaire au plus grand nombre. Aujourd'hui, Sur la
piste de l'Oregon n'a plus grand chose à offrir, si ce n'est le
témoignage d'un Walt Disney expert pour coller aux attentes du public, même
au rabais...