Les pas du tigre
a cela de particulier dans la filmographie des Studios Disney qu'il est un des
rares films produits dans les années 60 à avoir un ton résolument adulte. Norman
Tokar, qui réalise ici sa troisième production pour la firme Mickey (d'une
longue liste dont
Compagnon d'aventure ou
Demain... des hommes) fait, en effet, le
choix de mener une critique acerbe et drôle non seulement de l'Amérique rurale,
mais aussi des hommes politiques ou des militaires. Ces derniers en prendront
d'ailleurs encore pour leur grades, 14 ans plus tard, dans sa dernière oeuvre
pour Disney,
Le Chat
Qui Vient de l'Espace.
Le film vaut ainsi surtout pour sa galerie de portraits tous réussis dans leur
genre, à commencer par la tenancière de l'hôtel, jouée avec inspiration par Una
Merkel (déjà vue dans
La Fiancée de Papa ou
Summer Magic),
qui, cherchant à tirer profit de la situation, révèle une cupidité amusante en
vendant à des prix exorbitants ses chambres aux reporters de presse. Les autres
membres du casting ne sont, bien sûr, pas en reste avec notamment Brian Keith qui
campe ici un shérif bien éloigné de sa prestation future dans Calloway, le
trappeur. Sabu, un acteur indien très célèbre, joue, comme à
son habitude, son propre rôle pour une ultime fois. Kevin Corcoran (Fidèle Vagabond,
Bon
Voyage !) en ami de la fille du shérif, assure, quant à
lui, sa dernière prestation chez Disney.

Les pas du tigre est fraîchement accueilli. Il lui est reproché
une critique sociale trop poussée pour un film à destination d'un public
familial et un traitement de la campagne de sauvetage du tigre trop mièvre pour
un public adulte. Ajoutez à cela le faible capital sympathie du fauve et le film
sombre, tout coincé qu'il est entre deux genres inconciliables. Le public ne s'y
trompe pas et boude les projections. Le long-métrage connaîtra cependant une
nouvelle carrière à la télévision.
Mal né, Les pas du tigre est à voir si l'occasion se présente,
sans chercher autre chose qu'une oeuvre moyenne aux limites rapidement
atteintes.