Oz
Un Monde Extraordinaire

Oz, un Monde Extraordinaire
L'affiche du film
Titre original :
Return to Oz
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 21 juin 1985
Genre :
Fantastique
Réalisation :
Walter Murch
Musique :
David Shire
Durée :
109 minutes

Le synopsis

De retour chez elle au Kansas après un premier voyage dans le pays d'Oz, Dorothée éprouve les pires difficultés à convaincre son entourage de la réalité de sa merveilleuse aventure, au point même d’être suspectée de folie et amenée chez le docteur ! Cherchant à alors échapper à un traitement douteux par électrochocs, elle se retrouve de nouveau à Oz, accompagnée, cette fois-ci, de son amie Billina la poule, qui obtient au passage le don de la parole. Dorothée découvre ainsi qu’Oz, tombé aux mains du Roi des Gnomes et de la princesse Mombi, n’est plus que ruines et désespérances. La jeune fille, aidée de ses nouveaux amis, le robot Tik Tok, l'homme citrouille Jack et Gump, le sofa à tête d'élan, entreprend de sauver, une fois encore, Oz...

La critique

rédigée par
★★★

Oz, Un Monde Extraordinaire marque la dernière tentative de la Direction de Disney, avant l'arrivée de Frank Wells et Michael Eisner aux manettes du groupe, de livrer des films moins enfantins, plus adolescents ou plus ancrés dans l'air du temps. Comme les précédentes, elle se termine par un échec retentissant au box-office et aboutit à une œuvre devenant culte au fil des années...
Suite assumée du fameux (Le) Magicien d'Oz de 1939 de la MGM, Oz, Un Monde Extraordinaire s'éloigne pourtant du classique cinématographique en prenant un ton plus sombre (et plus proche des livres !) sans chansons ni chorégraphies, sans Magicien ni Munchkins et avec une actrice principale plus jeune. Si son succès commercial est faible à l'époque de sa sortie, les fans du livre le plébiscitent alors en lui reconnaissant sa grande fidélité aux écrits de L.Frank Baum. Les spectateurs des années 2000 s'étonnent, quant à eux, de trouver un film globalement divertissant, malgré un début un peu effrayant et des effets spéciaux physiques forcément datés mais jouissant toujours d’un joli charme...

Lyman Frank Baum, né à Chittenago dans l’état de New-York en 1856, n’est autre que le fils d'un riche magnat du pétrole. Intéressé par le théâtre dès la fin de son adolescence, il a la chance de se voir confier par son père la direction d’un certain nombre de théâtres et d'opéras à New York et en Pennsylvanie, sur une période s’étalant de 1866 à 1880. Il se marie à Maud Cage en 1882, une jeune femme dont la mère se trouve être l’une des principales figures du mouvement des droits de la femme aux USA. En 1891, après un revers de fortune (il a, en réalité, dilapidé celle de son père !) le couple déménage vers Chicago où Lyman Frank Baum prend un travail de journaliste au "Evening Post" tout en étant par ailleurs représentant de commerce pour une compagnie de porcelaine. Il imagine ainsi des personnages et des situations au cours de ses voyages pour l'aider à raconter des histoires à ses enfants, une fois rentré chez lui. Il s’associe en 1897 avec l'illustrateur Maxfield Parrish pour éditer ses premiers livres pour enfants comme Mother Goose in Prose dont le modeste succès lui permet pourtant d’arrêter son travail de VRP, néfaste pour sa santé. Deux ans plus tard, il s’adjoint les services de l'illustrateur William Wallace Denslow pour signer Father Goose, His Book qui devient, en deux temps trois mouvements, le meilleur livre pour enfants de l'année. En 1900, l’équipe de Baum-Denslow édite un autre best-seller The Wonderful Wizard of Oz (Le Magicien d'Oz) confirmant ainsi leurs réputations d’auteurs de tout premier plan. En 1902, l’équipe s’étoffe avec le renfort de Paul Tietjens et Julien Mitchell pour produire la version comédie-musicale adulte du (Le) Magicien d’Oz dont le succès dépasse toutes les espérances : le spectacle est ainsi donné dans tout le pays et reste à l’affiche de Broadway de 1902 à 1911 ! Parallèlement, Lyman Frank Baum continue d’écrire des livres pour enfants et commence la série d'Oz par sa première suite en 1904 avec The Marvelous Land of Oz. Il s’installe avec sa famille à Hollywood en 1910 et crée en 1914, avec plusieurs associés d'affaires, le studio de cinéma Oz Film Manufacturing Company situé aux côtés de ceux d’Universal. Ils sortent alors un certain nombre de films basés sur les livres d'Oz, que le public boude les considérant trop enfantins ; un marché qui n’existe pas à l’époque : le cinéma étant un divertissement exclusivement à destination du public adulte ! Universal absorbe finalement Oz Film Manufacturing Company, plombé par ses échecs commerciaux...
A partir de 1915 et avec une santé fragile, Lyman Frank Baum se retire plus ou moins même s’il continue à écrire des livres pour enfants incluant une histoire d'Oz tous les ans. Il meurt le 5 mai 1919.

Le pays d'Oz est donc un pays imaginaire, inventé, en 1900, par Lyman Frank Baum, pour être le lieu d'action de son roman, Le Magicien d'Oz. Il servira au final de cadre de quatorze livres pour enfants, The Wonderful Wizard of Oz (1900), The Marvelous Land of Oz (1904), Ozma of Oz (1907), Dorothy and the Wizard in Oz (1908), The Road to Oz (1909), The Emerald City of Oz (1910), The Patchwork Girl of Oz (1913), Tik-Tok of Oz (1914), The Scarecrow of Oz (1915), Rinkitink in Oz (1916), The Lost Princess of Oz (1917), The Tin Woodman of Oz (1918), The Magic of Oz (1919) et Glinda of Oz (1920 - Posthume) ; et de six autres opus plus courts, à destination des très jeunes lecteurs et publiés en recueil, dans Little Wizard Stories of Oz (1913). Très populaires dans le monde anglo-saxon, seuls les trois premiers romans seront traduits en France sous les titres de (Le) Magicien d'Oz, Le Merveilleux Pays d'Oz et Ozma, la Princesse d'Oz.

Au milieu des années 30, Walt Disney cherche une histoire pour signer son deuxième long-métrage d'animation après Blanche Neige et les Sept Nains. Avec son frère Roy, il pense tout de suite au premier roman de la série Oz, Le Magicien d'Oz. Malheureusement, la famille Baum en vend les droits à Samuel Goldwyn, leur rival de la MGM, pour la somme modique de 40 000 $. Le Magicien d'Oz devient de la sorte un film musical américain de Victor Fleming et sort sur les écrans en 1939. Fortement ancré dans la culture populaire américaine, au même titre qu'Autant en Emporte le Vent, il est l’un des films les plus vus dans le monde et fait de Judy Garland une star internationale. Nombreuses de ses chansons comme Over the Rainbow ou Follow the Yellow Brick Road deviennent parallèlement des standards et autres hymnes populaires. Le film est depuis considéré comme une référence culturelle, surtout sur le continent nord-américain. Ses reprises ou citations ne se comptent plus, que cela soit au cinéma, dans la littérature, à Broadway ou à la télévision. Film le plus cher produit à l'époque par la MGM, il n’est alors pas rentable puisque ses comptes d’exploitation (ratio recettes / dépenses) sont dans le rouge vif à sa sortie : les droits dessus seront par la suite revendus à la Warner qui les détient depuis sans discontinuer...

Même si Walt Disney n'a pas eu la possibilité de faire avec, le grand film d'animation dont il avait rêvé, il a toujours été attiré par le Pays d'Oz. Dès 1954, il a, en effet, pour projet de réaliser, à partir des livres de L. Frank Baum, une série télé pour le show Disneyland. Il acquiert, à cette fin, les droits de onze livres, le 16 novembre de la même année : Ozma of Oz, The Road to Oz , The Emerald City of Oz, The Patchwork Girl of Oz, Tik-Tok of Oz, The Scarecrow of Oz, Rinkitink in Oz , The Lost Princess of Oz, The Tin Woodman of Oz, The Magic of Oz et Glinda of Oz. Il achète même les droits d'un douzième livre, Dorothy and the Wizard in Oz, pour le prix des onze autres, dans l’idée d’éviter qu'un autre studio fasse un film sur Oz avant lui. Cela fait, il demande donc à la scénariste de télévision, Dorothy Cooper, d'adapter The Patchwork Girl of Oz. En avril 1957, elle revient avec une histoire en deux parties d'abord nommée Dorothy Returns to Oz puis finalement The Rainbow Road of Oz. Mais le sujet est tellement complexe que Walt Disney littéralement emballé par ce qui lui est présenté, change son fusil d’épaule et envisage avec, une comédie musicale aux décors et effets spéciaux fantastiques ! Il prévoit ainsi de commencer le tournage en novembre 1957, d’en confier la réalisation à Sidney Miller et la production à Bill Walsh tandis que le casting serait principalement tenu par les mouseketeers du Mickey Mouse Club...

A la rentrée 1957, The Rainbow Road of Oz est sur les rails, en pleine pré-production. Walt Disney va jusqu'à en proposer une présentation dans son émission d'anthologie Disneyland, dans le premier épisode de la quatrième saison, The Fourth Anniversary Show. Mais voilà, le Maître se heurte bien vite à des problèmes insurmontables qui le font stopper le projet en 1958 ! Pourquoi une tel renoncement ?! Plusieurs raisons semblent circuler : le budget est devenu trop important, les mousketeers n'ont pas assez de carrures pour porter le film, le scénario est trop faible, les chansons pas assez charismatiques par rapport au film de 1939... Une chose est sure : Walt Disney lui-même a perdu confiance dans le projet. Les droits des livres vont ainsi restés inusités, perdre de leurs valeurs jusqu’à l’étape fatidique de la tombée de l'oeuvre dans le domaine public...

Frappées de ringardise depuis le milieu des années soixante-dix et surtout durant le début des "eighties", les œuvres du studio au château enchanté ont, alors, bien du mal à convaincre de leurs atouts des spectateurs lassés par des années de productions faites de sempiternels films comiques usant et abusant d'humour basé sur le jeu d'animaux. Le studio de Mickey est ainsi dans une spirale infernale. Les enfants des années 70, à la différence de leurs parents, ne grandissent plus avec Disney. Libéralisation des mœurs aidant, ils deviennent, en outre, de plus en plus vite adultes et s’intéressent, dès lors, de moins en moins longtemps à l’univers Disney. Tentant de suivre la mode, son studio a, il est vrai, toujours un coup de retard ! Mis à mal par des succès de films exceptionnels tels La Guerre des Étoiles ou Les Dents de la Mer, il se lance - sans jamais réussir - dans une série de films expérimentaux avec pour objectif avoué de retrouver le cœur des adolescents ou des adultes. Toutes ses tentatives se ramassent lamentablement au box-office ! Il faut dire que le cycle de l'échec est exemplaire : une partie du public boude les films proposés, persuadée que Disney est embourbé dans son standard habituel jugé désormais has-been, tandis que l'autre partie reproche au studio de ne pas être là où elle l'attend. Au final, tous les spectateurs, favorables ou non au label de Mickey, ont une bonne raison pour ne pas se déplacer en salles. La première livraison de cette politique somme toute ambitieuse est un retentissant échec. Le Trou Noir, présenté à la fin de décembre 1979 avec la volonté avouée d’être le nouveau Star Wars, fait long feu. A peine sorti en salles, il est déjà kitch ; ses effets-spéciaux apparaissant lamentablement dépassés.

En 1980, dans une tentative désespérée d'enrailler sa descente aux enfers, Disney prend le monde du cinéma par surprise. Il n'hésite pas, en effet, à promouvoir Tom Wilhite, un jeune homme de 27 ans, responsable publicitaire du label pour la télévision depuis 1977. Il devient Vice-président en charge du développement créatif des productions pour le cinéma. En phase avec son époque, il insuffle au label endormi la conviction de changer, en profondeur, ses méthodes. Il fait accepter par exemple l'idée qu'un projet peut venir de l'extérieur du studio et être supporté par lui, quitte à intéresser les créatifs venus d'ailleurs aux résultats des œuvres : un procédé habile pour s'adjoindre la collaboration de stars ou réalisateurs de renoms ! Osant jusqu'à l'impensable il y a peu, Tom Wilhite met ainsi le pied à l'étrier d'un certain Tim Burton pour son premier court-métrage, Vincent. C'est lui encore qui décide en 1980 d'utiliser, enfin, les droits sur Oz, en laissant Walter Murch réaliser son rêve de jeunesse et faire ses débuts de réalisateur en travaillant sur le sujet.

Walter Murch est donc un monteur, scénariste et réalisateur américain né le 12 juillet 1943 à New York. Il étudie de 1949 à 1961 au Collegiate School, une école préparatoire privée, puis poursuit ses études à l'Université Johns-Hopkins jusqu'en 1965, non sans faire une année scolaire à la Sorbonne en 1963-1964. Walter Murch commence alors sa carrière de monteur sur le film de Francis Ford Coppola, The Rain People avant de travailler avec George Lucas sur THX 1138 et American Graffiti. Il renoue avec Francis Ford Coppola sur Le Parrain et se voit nommé toujours avec ce dernier, à l'Oscar du Meilleur Montage, mais pour Conversation Secrète (1974). La même année, il travaille sur le mixage sonore du film Le Parrain 2 avant de décrocher en 1979, l'Oscar du Meilleur Mixage de Son pour Apocalypse Now, film pour lequel son nom est également proposé à l'Oscar du Meilleur Montage. Avec ses collègues, il imagine parallèlement le système audio 5.1 dans le but d'améliorer l'immersion du spectateur dans le film. Apocalypse Now est ainsi le premier long-métrage en son multi-canaux ayant été mixé sur une table numérique. Au cours de sa riche carrière, la seule incartade de Walter Murch en qualité de réalisateur sera donc Oz, Un Monde Extraordinaire !

La production du film est chaotique. Il reste ainsi de nombreuses années en préparation et explose son budget. A l'origine, accordé à la hauteur de 20 millions de dollars, un tiers est déjà dépensé en novembre 1983 sans que la première minute de film n’ait été tournée. Pire, alors que le budget prévisionnel est passé à 27 millions de dollars, Tom Wilhite est remplacé à la tête des productions Disney par Richard Berger qui décide d'arrêter les frais et de stopper la production d'Oz, Un Monde Extraordinaire. Un compromis est finalement trouvé et le budget ramené à 25 millions de dollars. Pour cela, de nombreuses séquences censées être tournées en extérieur à l’étranger (en Sardaigne, Algérie ou Italie) sont purement et simplement annulées. Le tournage est limité à l'Angleterre, pour les scènes extérieur du Kansas, et le reste réalise au studio Elstree, toujours au Royaume-Uni. Il faut dire que Disney a perdu confiance dans le film qu’il juge bien trop sombre et que les relations entre Richard Berger et Walter Murch ne sont pas au beau fixe, le premier reprochant au second sa lenteur et son inexpérience. Seule la pression de ses amis George Lucas, Francis Ford Coppola et Steven Spielberg fait plier le chef des studios Disney dans son intention de le renvoyer mais sans parvenir jamais à le rassurer...

Il faut dire que le jeune réalisateur a décidé de s'éloigner du style du (Le) Magicien d'Oz de 1939. Beaucoup moins coloré, plus sombre, plus réaliste dans son approche, l’opus qu’il livre est ainsi- et sans doute sans le vouloir - typique des films Disney des années 80, hésitant entre deux cibles difficilement compatibles : un peu trop adulte pour les enfants et trop enfantin pour les adultes ! Walter Murch n’est pourtant pas condamnable dans sa démarche dans la mesure où il entend simplement se rapprocher de la vision de L.Frank Baum, plaisant de la sorte aux fans de l'auteur. La majorité des éléments de l'histoire vient ainsi du livre Ozma of Oz à commencer par le personnage d'Ozma lui-même mais aussi le Roi des Gnomes, Tik-Tok, les Rollers. Des éléments de The Marvelous Land of Oz, tombé dans le domaine public et formant l’un des deux romans dont Disney n'avait pas, en son temps, acquis les droits, servent également au récit, et parmi eux : Jack Potiron, Gump, La Poudre de Vie et l’Epouvantail en qualité de Roi d’Oz... Dans ce cadre, la partie la plus effrayante du film reste assurément celle qui se passe au Kansas, quand Dorothy se retrouve chez le docteur charlatan. Les cris entendus ainsi que l’hôpital ont, en effet, vraiment de quoi mettre le spectateur mal à l'aise même si fort heureusement, la partie à Oz est, elle, beaucoup plus avenante ; la magie opérant alors parfaitement avec sa découverte de ce pays merveilleux en pleine désolation.

Mais la première et véritable force d'Oz, Un Monde Extraordinaire est à rechercher du côté de ses personnages.
Dorothy change naturellement de visage et prend les traits de Fairuza Balk. Contrairement à Judy Garland, la jeune actrice a l'âge de son personnage - soit 11 ans - et non plus 17 comme dans le film 1939. Un peu paumée, incomprise par son oncle et sa tante, elle se retrouve donc plus à son aise à Oz, tout en étant la plus adulte des connaissances qu'elle y fait. Logique fil rouge du film, elle retrouve ou rencontre de nombreux personnages au fur et à mesure de sa progression dans le monde merveilleux. Elle délaisse, tout d’abord, Toto, son chien au Kansas au profit de sa poule Billina, qui, au pays d'Oz, acquiert le don de la parole et devient, par la même, la clé pour délivrer le pays de son maléfice. Sur le registre des anciens personnages, L'Épouvantail est peu visible en sa nouvelle qualité de roi du pays d'Oz tandis que le Lion Poltron et l'Homme en Fer Blanc sont quasiment aux abonnés absents dans la mesure où ils sont changés en pierre durant presque toute l'histoire.
Mais Dorothy fait de nouvelles rencontres. Tik Tok est l’une d’entre-elles : il est un garde royal mécanique qui doit être remonté régulièrement pour fonctionner. Il est à l’évidence le plus intelligent de ses compagnons même s'il a tendance à s’arrêter benoitement en pleine action. Dans sa version française, il bénéficie à plein de la qualité du travail vocal du grand doubleur Roger Carel.
Dorothy fait également la connaissance de Jack le Potiron, une créature créée avec la poudre de vie. Fait de bric et de broc avec une tête de citrouille, ce personnage, un peu poltron, est adorable. Parfaitement manipulé par des marionnettistes, il est vraiment crédible et signe là assurément la plus belle réussite du long-métrage. C'est Brian Henson, le fils de Jim Henson, le père des Muppets, qui fait malicieusement sa voix anglaise.
Gump est, quant à lui, un sofa à tête d'élan qui doit également son existence à la poudre de vie : dans le récit, il porte principalement assistance aux amis de Dorothy dans leur fuite du château.
Mombi, jouée par Jean Marsh, est, elle, un mélange de deux personnages du livre : la méchante princesse aux multiples têtes et Mombi elle-même qui détient Ozma captive. Comme dans le film de 1939, il y a ainsi un parallèle entre le monde réel et celui d'Oz ; Mombi étant l'avatar de Wilson, la méchante infirmière de l'hôpital !
Mais le vrai vilain de l’opus n'est autre que le Roi des Gnomes, une sorte d'être en pierre qui change les habitants d'Oz en statut ou les amis de Dorothy en ornement pour sa collection. Comme Mombi, il a son équivalent dans le monde réel (le docteur Worley) et partage, pour cette raison, le même acteur Nicol Williamson...

L'autre grande réussite d'Oz, Un Monde Extraordinaire est assurément ses effets spéciaux. Si certains plans d'écran vert laissent, toutefois, à désirer, tous les effets physiques sont, eux, d’excellente qualité. Malgré son âge, le film n'a ainsi pas trop vieilli à la différence de certains de ses contemporains comme Willow, sorti pourtant trois ans plus tard. Ici, les personnages en marionnettes que cela soit Gump, Tik Tok ou Jack sont totalement crédibles et restent dès lors toujours aussi attachants. Et quel grand bonheur que ce passage du Roi des Gnomes réalisé en animation de pates à modeler : signée de Will Vinton, la séquence est tout bonnement impressionnante et vaut à l'artiste une nomination aux Oscars pour les Meilleurs Effets Spéciaux !

Le temps de sa production, Oz, Un Monde Extraordinaire connait trois directions différentes à la tête des studios Disney. Au moment de sa sortie, et à la suite de l'arrivée de Michael Eisner à la tête de la Walt Disney Company, c'est Jeffrey Katzenberg qui en prend donc la responsabilité. Et le moins qu’il soit possible de dire est qu’il est peu disposé à soutenir un film lancé par les anciennes équipes. Ainsi, alors qu'Oz, Un Monde Extraordinaire devait faire, à l'origine, sa première au Radio City Hall de New-York, il est complètement boudé par le nouveau staff marketing, qui l’ont manifestement déjà insrit au registre des pertes et profits. Non soutenu, non assumé, le film passe ainsi logiquement inaperçu auprès du public rapportant à peine 11 millions de dollars soit moitié moins de son budget. Les critiques ne sont pas plus tendres avec lui et le jugent moyen, lui reprochant son ton trop sombre tout en lui accordant paradoxalement sa fidélité aux romans originels. Walter Murch paye le prix fort de ce bide commercial et critique : sa carrière de réalisateur est stoppée net et il repart dans le métier de l'édition. Au final, au tableau des points positifs, Oz, Un Monde Extraordinaire récolte seulement l’estime des fans des livres d'Oz de L.Frank Baum. Une bien maigre consolation !

Pour autant, la carrière du film ne s'arrête pas complètement à sa sortie. Certes, les esprit chagrins remarqueront que Michael Eisner, décidé à ajouter une scène sur Oz dans l’attraction The Great Movie Ride du parc Disney-MGM Studios devenu depuis Disney's Hollywood Studios, choisit le film de 1939. Mais il s’agit là autant d’un échange de bons procédés destiné à flatter l’égo de son nouveau partenaire, la MGM, qu’une manifestation de son peu de considération pour le film Disney de 1985. D’ailleurs, ce dernier sera bien repris dans une attraction consacrée aux contes de fées, mais à Paris au sein du Disneyland Park, dans Le Pays des Contes de Fées constituant de fait une jolie exclusivité du parc français ! Il y a dans cette attraction un hommage à Walt Disney lui-même puisqu’il envisageait, dès la fin des années 50, après l'arrêt du film The Rainbow Road to Oz, d'utiliser les droits acquis sur les livres dans une attraction à Disneyland. Il visait ainsi à rajouter une nouvelle scène à Storybook Land Canal Boats : le Big Rock Candy Mountain avec le bateau prévu pour rentrer dans la montagne et y trouver de nombreuses scènes d'Oz ; le tout visible en partie depuis le Casey Jr. Circus Train...

Mal né, mal produit, mal vendu, Oz, Un Monde Extraordinaire est un film qui ne pouvait que rater son public et tomber tout de go dans l’oubli. Un hérésie en soi tant il ne démérite pas avec ses personnages attachants, son voyage dépaysant et le point d’honneur qu’il met à respecter le ton des livres sur lesquels il se base...

L'édition vidéo

Jaquette Oz, un Monde Extraordinaire
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