Inspiré d'une histoire vraie, Antartica, prisonniers du froid,
prend pour base un fait divers de l'année 1957 où une expédition japonaise avait
tenté le sauvetage de la dernière chance d'une meute de chiens de traîneaux
abandonnée à la suite de l'évacuation d'urgence de son équipage. Le bilan avait
d'ailleurs était extrêmement lourd et seuls quelques animaux avaient alors
survécu. En 1983, déjà, le réalisateur nippon, Koreyoshi Kurahara, réécrit le
drame et signe le film Antartica, (Nankyoku Monogatari
en version originale) qui remporte à l'époque un immense succès critique et
commercial, sur le marché nippon comme à l' international.
Le remake des studios Disney situe, lui, l'action dix ans plus
tard afin, sans doute, de mieux l'ancrer dans l'ère contemporaine. Le choix de
1993 n'est d'ailleurs pas anodin : c'est en effet la dernière année où la
possibilité d'importer des chiens de traîneaux sur le continent préservé de
toutes interventions humaines, à la faveur d'un traité international aussi
draconien que salutaire, était encore possible. L'homme, faisant preuve d'une
sagesse inhabituelle, entend ainsi protéger le dernier espace vierge de la
planète en lui évitant, notamment, tout déséquilibre biologique. Les chiens de
traîneaux sont, il est vrai, porteurs de virus et/ou maladies qui pourraient être fatals
à la faune locale, à commencer par les phoques.

Le remake de Disney présente également une autre particularité par rapport à
l'original. Là où le film de référence flirtait avec le genre documentaire, Antartica, prisonniers du froid
s'inscrit, lui, avant tout, dans une optique de long-métrage d'aventure où
l'action est omniprésente. La compagnie de Mickey a d'ailleurs fait appel, pour
cet opus à haute tension, à une valeur sûre : le réalisateur Frank Marshall, papa
d'Arachnophobie, la toute première et remarquée production du
troisième label de la Walt Disney Company, Hollywood Pictures.
Le casting, quant à lui, est sans reproche. Paul Walker,
découvert dans Pleansantville, campe à merveille un guide de
l'extrême aussi crédible que touchant dans l'amour qu'il porte à ses chiens.
Moon Bloodgood, parfaite inconnue mais grande actrice en devenir, apporte, pour
sa part, avec une spontanéité troublante, la touche de fraîcheur et de
romantisme du film dans un rôle taillé visiblement sur-mesure. L'incontournable
Jason Biggs, inoubliable de loufoqueries dans American Pie, joue,
une fois encore avec bonheur, l'excentrique de service et amène aux spectateurs
des moments d'humour salutaires au regard de la haute tension du récit. Seul
peut-être Bruce Greenwood ne parvient pas à se rendre tout à fait convaincant en
scientifique type, dont il grossit abusivement les traits, tombant parfois dans la
caricature.
Ajoutez à cela, l'apport émotionnel intense de la meute de chiens et vous obtenez
un cocktail détonnant. Les vraies vedettes du film sont assurément là. Ces
magnifiques huskies, à la personnalité bien trempée, nous renvoient sans cesse à
notre propre condition humaine. Chacun d'eux (Maya, la chienne de tête, Max, le
jeune chien, Shorty, le rebelle, Dewey et Truman, les jumeaux, Jack, le doyen,
Shadow au poil argenté et enfin Buck, plein d'entrain) ont une leçon de vie à
donner.

A une histoire forte et un casting impeccable, aussi bien dans le choix et la
conduite des acteurs que dans la mise en valeur des chiens, s'ajoutent des
paysages exceptionnels. Tout n'est ici que beauté. Même la dureté du climat
contribue à une sensation de pureté à la fois curieuse et intense. Le spectateur
est ainsi transporté dans un univers troublant qui le fait s'interroger sur le
rôle de l'homme et son obligation à protéger la nature et la condition animale
toute entière. Tout au long du film, les émotions virevoltent : le rire
survient, la tendresse envahit, les larmes coulent... Le spectateur ne sort
assurément pas indemne de cette leçon inattendue d'humanité.
Film magnifique que Walt Disney lui-même aurait eu plaisir à signer, Antartica, prisonniers du froid,
est à voir absolument en famille tant il contient tous les ingrédients du
divertissement intelligent et transgénérationnel.