Disney dans sa volonté d'adapter, au cinéma ou à la
télévision, la trame de certaines attractions de ses parcs à thème n'a pas
toujours été très heureux.
La Tour de la Terreur et
Les Country Bears
n'ont ainsi pas laissé un souvenir impérissable. D'ailleurs, quand en 2003, le
studio de Mickey remet ça avec
Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl,
peu de gens parient alors sur le succès du film. Mais c'est sans compter sur le
remarquable casting, Johnny Deep en tête, ou le staff de production emmené par
Jerry Bruckheimer, passé maître dans l'art du divertissement. La sauce prend et
l'incroyable se produit. Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl est
littéralement plébiscité par le public qui se rue dans les salles. Tous les
analystes d'Hollywood sont pris de court. Après plus de 305 millions de
dollars au box-office américain, le long-métrage se paye même le luxe de
répéter ce phénomène dans le monde entier. Le succès dépasse alors l'entendement
et offre au premier opus le rang envié de "film culte".

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que les dirigeants des
studios Disney décident, unanimes, de remettre à l'affiche toute la troupe des
personnages flibustiers qui a su si brillamment conquérir le coeur du public.
Pourtant la chose n'est pas aisée. Faire un second opus ne rime, en effet, pas à
grand chose, si ce n'est, à gonfler le tiroir caisse, au risque indéniable de
décevoir en tuant intrigues et personnages. Seule une trilogie, toute entière
mise au service de l'histoire, prend vraiment un sens. Elle présente également
le double avantage de permettre des économies d'échelles substantielles dans la
production (les mêmes équipes sont en place pour le deuxième et le troisième
opus) et de ne pas gêner l'agenda des stars qui, enchaînant les tournages,
peuvent ainsi mener leur carrière respective sans handicaper le rythme de sortie
de la trilogie. A l'image des Retour vers le futur ou Matrix,
les épisodes 2 et 3 de la saga des Pirates de Caraïbes sont donc
tournés d'un bloc et présentés au public à douze mois d'intervalles
(contre six pour les aînés).

Si Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl était
fortement lié à l'attraction dont il s'est inspiré, sa suite directe
Pirates des Caraïbes : Le secret du coffre maudit s'en détache
visiblement. Oubliés, en effet, les nombreuses références et clins
d'œil incessants à Pirates of the Caribbean, le manège ouvert à
Disneyland en Californie en 1967 puis décliné dans les parcs Disney du monde
entier.
Pirates des Caraïbes : Le secret du coffre maudit se concentre, lui,
sur sa filiation avec le premier volet et le passage de relais au dernier
épisode, même s'il ne néglige pas quelques allusions lointaines aux parcs à
thème telles les séquences sur l'île de Tortuga ou - et c'est le plus frappant -
l'atmosphère du film, en droite lignée avec celle du land Adventureland
des resorts Disney, et en particulier de celui de
Disneyland Paris.
Le scénario, quant à lui, frappe fort. Minutieusement élaboré
pour s'inscrire dans une trilogie aboutie, il repose, en effet, sur les richesses
du premier opus dont il reprend folklore, rythme, suspense et fantastique. Les
vielles histoires de flibusteries et leur lot de mystification prennent ici un
sens moderne et ouvrent la voix à de multiples rebondissements aussi prenants
qu'inattendus. Les légendes des océans sont, dans la même idée, appelées à la
rescousse et offrent ainsi des personnages époustouflants, aux premiers rangs
desquels Davy Jones, une créature mi-humaine, mi-marine dont le nom est fort
judicieusement prononcée par Will Turner dans le premier volet. Ajouter à cela
le Hollandais volant ( un fameux bateau fantôme) ou le Kraken ( un monstre marin
qui terrorisait les mers de Norvège en attaquant les navires pour les
engloutir avec ses puissantes tentacules) et vous obtenez une histoire magique
qui résonne dans l'inconscient collectif des spectateurs conviés à un
hommage vibrant à 20000 lieux sous les mers.

Pirates des Caraïbes : Le secret du coffre maudit
ne se contente pas, toutefois, de détourner, à la sauce fantastique, la mémoire
des légendes marines. En quête de crédibilité, il s'attache également à aborder,
ici ou là, quelques épisodes historiques marquants, telle la prise de
pouvoir de la Compagnie des Indes, dont la finalité a fait oublier à ses auteurs
les principes mêmes de l'humanité ou de la liberté. L'humour est, quant à lui,
toujours aussi très présent et sert, comme dans le premier opus, de liant au
récit. La séquence chez les Pelegostos est, à ce titre, une parodie
grinçante de l'ethnocentrisme des occidentaux dans leur façon d'aborder,
toujours avec des idées fausses, les autres civilisations. Les scénaristes,
visiblement amusés, ont poussé le vice à créer, de toutes pièces, une langue
inédite, le "Umshoko", que Johnny Deep s'évertue à vouloir parler sans accent.
Tout simplement irrésistible ! Le ressort comique du film repose enfin, comme
son aîné, sur sa capacité à s'inscrire dans l'irrévérencieux. Et c'est tout le
récit qui s'en trouve changé dans un élan de rébellion à l'ordre établi, chère aux
pirates.

La galerie de personnages est sans aucun doute l'autre grande
force du film. Le spectateur retrouve, ainsi, avec un plaisir évident, des
visages familiers. Il découvre cependant bien vite ses héros sous un jour
nouveau, bien éloigné des standards des productions hollywoodiennes habituelles.
Tous les personnages, malmenés par le récit, révèlent, en effet, un côté de leur
personnalité, qui, les rendant plus humains car faillibles, n'en sont que plus
attachants. Cette volonté de ne pas faire dans l'angélisme dégoulinant de bons
sentiments est, sans aucun doute, à mettre au crédit du producteur Jerry Bruckheimer,
rompu à l'écriture des séries les plus réalistes du petit écran américain
actuel. Pirates des Caraïbes : Le secret du coffre maudit amène
bien sûr son lot de nouveaux personnages dont les traits et le charisme sont
définitivement à la hauteur du récit.
Filiation brillante, scénario inspiré, personnages aboutis :
le film se devait d'avoir des moyens à la hauteur de ses ambitions. Et c'est
assurément le cas ! La musique de Hans Zimmer, épique à souhait, est d'une
beauté rare. Les décors sont, eux, somptueux et garantissent à coups sûrs, le
dépaysement. Enfin, les effets spéciaux accumulent les performances, à de rares
exceptions prés où certains plans, tournés en studio, déçoivent ici et là. Le
procédé du fond bleu pour l'incrustation d'images, parfois perfectible, fait
notamment bien pâle figure avec le résultat obtenu pour Starwars : Episode
3.

Pirates des Caraïbes : Le secret du coffre maudit réussit le tour de force de faire mieux que son - pourtant culte - aîné dont il évite, avec
bonheur, certaines longueurs, en particulier les allers-retours en mer inutiles
au déroulement de l'histoire.
Véritablement jubilatoire, le film est
divertissant de bout en bout, au point de rendre son cliffhanger (fin ouverte en
français) insupportable. Gageons que des millions de spectateurs vont connaître
un phénomène de manque jusqu'à la sortie du dernier opus de la trilogie : mais
que va t'il donc bien pouvoir arriver à Jack Sparrow, Will Turner et Elizabeth
Swann ?