Pirates des Caraïbes
La Fontaine de Jouvence

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence
L'affiche du film
Titre original :
Pirates of the Caribbean : On Stranger Tides
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 20 mai 2011
Genre :
Fantastique
IMAX
Disney Digital 3-D
Réalisation :
Rob Marshall
Musique :
Hans Zimmer
Durée :
140 minutes

Le synopsis

S’il y a bien un domaine dans lequel le capitaine Jack Sparrow se laisse toujours déborder, c’est dans sa relation avec les femmes ! Ainsi, quand une ancienne de ses nombreuses conquêtes vient le solliciter pour partir à la recherche de la légendaire Fontaine de Jouvence, il se laisse, bon gré, mal gré, embarquer dans l’aventure qui débute à bord du Queen Anne’s Revenge, le bateau du terrible pirate Barbe-Noire...

La critique

rédigée par
★★

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence est le quatrième opus des aventures de Jack Sparrow après Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl en 2003, Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit en 2006 et Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde en 2007. Episode supplémentaire, en rupture avec les précédents, il renouvelle quasi-intégralement son casting et cherche à s’éviter un scénario par trop complexe. Mais, voilà, visiblement lancé uniquement dans un but mercantile, il n’a pas les ressources pour convaincre et donne l’étrange sensation que toute la saga s’essouffle. Dès lors, une terrible question vient à l’esprit : et si le monde de Pirates des Caraïbes n'avait plus rien à apporter ?

Les 2,6 milliards de dollars amassés rien qu’au cinéma, sans compter les substantielles recettes venues du merchandising et du marché de la vidéo ont toujours maintenu en appétit Disney. Le studio est, en effet, resté très attentif aux potentiels offerts par sa poule aux œufs d’or, d’autant qu’à la sortie, en 2007, de Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde, son producteur, Jerry Bruckheimer, évoque déjà la possibilité de faire une suite à la condition expresse de repartir sur des voies nouvelles. Aussi, quand l’opportunité d’un quatrième opus de la saga de Pirates des Caraïbes se présente concrètement, le feu vert n’est pas long à obtenir. En 2008, Johnny Depp annonce ainsi à ses fans – et dans son costume de Jack Sparrow ! – l’arrivée du nouveau film. Son titre est d’ailleurs révélé dans le cadre de l'exposition D23 de 2009. Un grain de sel vient pourtant gripper cette belle mécanique puisque le limogeage de Dick Cook, le président des studios Disney, par Bob Iger, le PDG de la Walt Disney Company, contrarie sérieusement Johnny Depp, son ami de toujours. L’acteur déclare ainsi ne plus être intéressé par Jack Sparrow. La tempête se calme avec le temps et l’intervention de Rich Ross, qui, nouveau patron des Studios Disney venu de Disney Télévision, obtient que la star revienne sur sa position. Est-ce une rallonge de cachet, la volonté de faire plaisir aux fans ou tout simplement son amour du personnage : personne ne sait aujourd’hui quel est l’élément qui a convaincu Johnny Depp de reprendre le rôle de Jack Sparrow.

Le quatrième opus sur les rails, les studios comme le producteur s’évertuent à revenir aux fondamentaux du premier épisode : ils visent ainsi un film moins cher et, aussi, un scénario moins alambiqué. Pour cela, les auteurs décident de se baser sur un roman préexistant. Ils jettent alors leur dévolu sur le récit fantastique, On Stranger Tides, écrit par Tim Powers. Si le personnage de Jack Sparrow n'existe bien sûr pas dans le livre, les bases de l’intrigue sont, elles, bien présentes. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio, (les mêmes que ceux des trois premiers films alors que le réalisateur a lui changé ; Gore Verbinski cédant sa place à Rob Marshall), construisent sur ses bases une adaptation dans le respect de l'univers de Pirates des Caraïbes. Ils conservent du roman, Barbe Noire, sa fille et la Fontaine de Jouvence et y rajoutent les sirènes ainsi que de nombreux clins d'œil d'éléments historiques réels comme les rois George II d'Angleterre et Ferdinand VI d'Espagne.

Dans la droite ligne des épisodes précédents, Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence reprend aussi plusieurs éléments fantastiques mythologiques et légendaires ; destinés à enrichir le bestiaire et le monde de Jack Sparrow.

Le premier d’entre-eux est La Fontaine de Jouvence. Cette légende puise assurément ses origines dans la nuit des temps. L’Homme voue, en effet, quelque soit son époque, une véritable fascination pour la Jeunesse Eternelle. Elle se retrouve ainsi déjà dans l'histoire biblique du jardin d'Éden, où une fontaine prend sa source d'eau au pied de l'arbre de la connaissance, au centre du paradis, pour alimenter les quatre fleuves coulant vers les points cardinaux. Bien plus tard, selon une légende populaire apparue après sa mort, l'explorateur espagnol Juan Ponce de León, compagnon de Christophe Colomb vers le Nouveau Monde, découvre la Floride alors qu'il était parti à la recherche de la Fontaine de Jouvence. Mais les légendes d'une eau régénérante existent bel et bien des deux côtés de l'Atlantique, avant la quête de Ponce de León et longtemps après. Un rescapé d'un naufrage qui a vécu 17 ans avec des Amérindiens en Floride, publie, par exemple, à son sujet des mémoires dans lesquelles il situe la Fontaine de Jouvence en Floride, non loin du point d’ancrage de Ponce de León... A l’époque contemporaine, la Fontaine de Jouvence reste surtout un fantasme publicitaire et cinématographique ; les studios Disney l’ayant par exemple utilisée dans un cartoon hilarant de 1953, La Fontaine de Jouvence de Donald...

L'autre légende utilisée dans Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence est une figure qui a réellement existé : Barbe Noire. Edward Drummond de son nom de baptême, Barbe-Noire serait né vers 1680 à Bristol, en Angleterre. Une vingtaine d’années plus tard, sous le pseudonyme d’Edward Teach, il embarque sur un bâtiment corsaire au service de la reine Ann (1665-1714), durant la guerre de succession d’Espagne. Il se fait remarquer pour sa bravoure au combat, tandis que ses origines modestes le privent de la récompense suprême : prendre le commandement d’un bateau. Meurtri, il se détourne alors du droit chemin et propose, dès 1716, ses services au capitaine Hornigold, un maître en piraterie. Quelques mois plus tard, il s’empare du Concorde, un navire français pourtant armé de 40 canons. Il le rebaptise en (La) Revanche de la Reine Anne (Queen Ann’s Revenge) et, cadeau d’Hornigold, en prend finalement le commandement. Le 22 novembre 1718, repérés dans une baie au large de la Caroline du Nord, Barbe-Noire et son équipage sont attaqués par la marine anglaise. La bataille fait rage et le célèbre pirate y perd la vie. Il n’en faut pas plus pour que Barbe Noire devienne une légende de la Piraterie. Sa représentation finit par se fixer en l’image d’un homme à la barbe tressée aux bouts fumants, en uniforme et portant des pistolets accrochés aux cartouchières qui lui bardent le torse. Il a les honneurs du grand et du petit écran à de très nombreuses reprises ; Robert Stevenson réalisant par exemple pour Disney Le Fantôme de Barbe Noire (Blackbeard’s Ghost) en 1968 avec, dans le rôle principal, Peter Ustinov. Les scénaristes de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, quant à eux, reprennent l’idée du personnage mais s'éloignent considérablement de la légende...

Côté bestiaire, le film puise sans vergogne dans la mythologie et s’empare des sirènes qui figurent, parmi les créatures les plus emblématiques de l'imaginaire collectif, à un rang de choix. Les légendes et les contes mettant en scène ces femmes hybrides qui, par leurs chants mélodieux et leur beauté ultime, subjuguent les marins pour s’emparer de leur vies sont, en effet, légions… Tentatrices, mortellement sensuelles, leurs charmes sont ainsi leurs uniques armes. Si leurs représentations à l’époque contemporaine semblent figées, elles n’ont pas toujours été mi-femme mi-poisson. Au XVe siècle, dans les récits traditionnels nordiques, elles apparaissent, il est vrai, en «monstres de la mer au bas du corps couvert d’écailles surmonté d’un magnifique buste féminin dénudé» ; bien loin de la jeune femme à l’enveloppe harmonieuse aujourd’hui couramment admise. De même, dans l’Antiquité, Homère décrit dans L’Odyssée de grands oiseaux à tête de femme qui attiraient les marins vers les récifs... Disney s’inscrit, quant à lui, dans l’imaginaire contemporain et prend le parti du romantisme quand il livre sur le sujet son Grand Classique, adaptation du conte d'Hans Christian Andersen : La Petite Sirène.

Riche d’éléments fantastiques, Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence manque, en revanche, foncièrement de rythme. S’il a l'avantage d'être bien moins alambiqué que le troisième opus, le film est, en effet, celui de la saga dont l’intrigue est simplissime. Ce n’est pas un mal en soi dès lors que le vide du scénario est comblé par des scènes d'actions dignes, par exemple, de celles de Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit ou des séquences de batailles navales comme celles présentes dans Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl. Ici, rien de tout cela ou si peu ! En dehors de la fuite à Londres et de la bataille contre les sirènes, le spectateur n’a pas vraiment besoin de retenir son souffle ou d’écarquiller les yeux. Pire, il a plutôt envie de se boucher les oreilles tant l’opus est bavard. Tout ici a une fâcheuse tendance à trainer en longueur. Une bonne demi-heure est de trop alors que le film est le plus court des quatre : un comble ! Il a certes de bonnes idées mais les exploite mal ou pas assez : l'arrivée des espagnols, les sirènes, le Queen Ann’s Revenge méritaient, il est vrai, beaucoup mieux que le traitement qui leur est réservé. Pire, le couple, pendant de celui formé par Orlando Bloom et Keira Knightley, est pathétique de mièvrerie. Dès lors, les quelques points positifs du long-métrage (à commencer par la présence de Barbe Noire, les décors magnifiques et l’univers des Pirates) ont bien du mal à faire le poids.

Paradoxe incroyable et alors que tout le monde se réjouit du retour de Jack Sparrow, sa prestation dans Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence est incroyablement décevante. Le personnage n'a pas évolué d'un iota ! Johnny Depp s’est enfermé dans ce rôle dont il a pourtant construit lui-même les contours et qu'il a imposé aux studios Disney. Mais voilà, Jack Sparrow est devenu une telle icône que les créateurs comme son acteur n’ont pas tenté quoique ce soit avec lui. Il trempe dans le formol avec une impression amère d’être une caricature de lui-même, en plus lisse... A en faire trop ou pas assez selon le point de vue, Jack Sparrow est devenu ennuyeux !
A l'inverse parfait, le Capitaine Barbossa, toujours interprété par Geoffrey Rush, se retrouve aux antipodes de ce qui faisait sa réputation et son intérêt. Rangé dans un plan de carrière (il est désormais au service de sa Majesté !), il a tout perdu de sa superbe, alors même que sa véritable force trouve sa source dans son éternelle confrontation avec Jack Sparrow. Le personnage a tout faux et perd en noirceur comme en comique : un véritable accident industriel.
Maigre consolation, Joshamee Gibbs (Kevin McNally) est au final le seul du casting précédent à gagner en exposition et qualité de traitement.
Du côté des nouveaux personnages, le bilan n’est pas plus fameux, à une exception près. Angelica, le rôle central féminin, ancienne conquête du pirate déjanté, est sans doute la plus grosse déception. Interprétée par Penélope Cruz, elle vient de l’idée que Jack se devait d’avoir une contrepartie féminine de caractère, capable de rivaliser avec lui. Sauf qu'au final, l'alchimie ne prend pas ! Le duo sombre tellement dans la caricature que personne ne peut, un instant, penser crédible leur relation. La conséquence de cette situation est catastrophique : tout l’arbre central du scénario s’effondre d’un seul tenant !
Devant cette situation, Barbe Noire apparait alors comme la (seule) bonne nouvelle du casting. Interprété avec entrain par Ian McShane, il est, en effet, un personnage sanguinaire et sans pitié dont le petit côté ambigu fait douter le spectateur de sa noirceur totale, le rendant ainsi plus humain et finalement plus riche.
Au-delà des deux nouveaux personnages principaux, le film repose sur une panoplie de rôles secondaires dont un nouveau jeune couple censé apporter la fibre romantique à l’histoire. Mais voilà : cette amourette entre un jeune missionnaire (Sam Claflin) et une sirène (Astrid Bergès-Frisbey) est tellement ridicule qu’elle en est risible. Le jeune homme a le charisme d'une huître tandis que l'actrice française semble se demander ce qu’elle vient faire dans cette galère...

Côté effets spéciaux, il n'y a rien de vraiment transcendant car il n'y a finalement que très peu de moments de bravoures. En revanche, il convient assurément de tirer un coup de chapeau aux décors réels ou numériques qui sont magnifiquement traités par une photo splendide. Le Queen Ann’s Revenge vaut ainsi le détour aussi bien pour son allure que pour les bonnes idées et autres trouvailles dans son fonctionnement. La 3D est en revanche une fois de plus totalement inutile. Cette critique n’est d’ailleurs pas propre au film puisque les studios américains ont tendance à abuser de ce gadget sans se poser la question de sa valeur ajoutée. Supportables dans une salle Imax où elles sont légères et agréables à porter, les lunettes 3D proposées dans les cinémas normaux sont, en effet, lourdes et étroites. Elles ont pour conséquence fâcheuse de rétrécir le champ de vision du spectateur qui sort alors de la projection, avec un mal de tête doublé d’un torticolis à trop se contorsionner pour voir tout l’écran. Pire, en VOST, le visionnage devient une véritable épreuve car lire des sous-titres sur un univers 3D est franchement laborieux... Quand, en plus, il s’avère que la technique 3D assombrit l'image et augmente le prix d’entrée au point de rebuter les spectateurs, les studios devraient commencer sérieusement à se poser la question de son utilisation avec parcimonie. Dans le cas de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, la présentation en IMAX 3D est la seule à apporter un réel intérêt ; en dehors de ce circuit de salles à écran géant, une séance 2D est autrement plus agréable que son alter-ego 3D...

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence est le film de trop tant il démontre que la saga tourne désormais en rond. L’opus est long, convenu et ennuyeux. Restent à son actif, uniquement la richesse de l’univers sur lequel il s’assoit et le dépaysement qu’il propose. Pas assez pour convaincre...

L'édition vidéo

Jaquette Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence
Jaquette Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence
Editions DVD Video
Zone 1 Simple 2011
Zone 2 Simple 2011
Editions Blu-ray Disc
Zone A Simple 2011
Zone B Simple 2011
Editions Blu-ray Disc 3D
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