Titre original :
Growing Up Wild
Production :
Disneynature
Date de sortie USA :
Le 8 décembre 2016
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Mark Linfield
Keith Scholey
Musique :
Alexandra Harwood
Durée :
78 minutes

Le synopsis

L’histoire de cinq animaux sauvages s’attaquant aux tous premiers défis de leur jeune vie dans les recoins les plus sauvages de la planète...

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 30 avril 2017

Grandir est une première pour Disneynature. Il s'agit en effet de son premier long-métrage sorti directement en digital et en vidéo à la demande.

En 2008, The Walt Disney Company renoue avec le genre du documentaire animalier que le papa de Mickey lui-même avait décidé de populariser quelques soixante ans auparavant. Passionné de flore et de faune, Walt Disney peut, en effet, être considéré comme le pionnier du documentaire animalier grand public. Dès 1948, il met, ainsi, en chantier la collection des True-Life Adventures dont les courts et longs-métrages seront multi-oscarisés. Cette série, inaugurée avec le mini documentaire, L'Ile aux Phoques, constitue d'ailleurs la première véritable incursion de la compagnie au château enchanté dans la production de films "live". Elle comporte un total de sept courts-métrages dont La Vallée des Castors (1950) ou La Terre, Cette Inconnue (1951), avant de s'ouvrir, en 1953, avec Le Désert Vivant, au format des longs-métrages. Ce dernier devient, à partir de cette date, la norme de production des True-Life Adventures et concerne, au final, six œuvres dont La  Grande Prairie (1954) ou Le Grand Désert Blanc (1958). Au total, en comptant les courts et longs-métrages, la série aura gagné en tout, pas moins de huit Oscars !

La renaissance de la production de documentaires axés sur la nature et les animaux sauvages au sein du catalogue Disney est due à l'initiative du français Jean-François Camilleri. Alors manager de la filiale hexagonale de Walt Disney Studios Motion Pictures, il a, en effet, en 2005, la brillante idée d'accorder sa confiance à un jeune réalisateur tricolore, Luc Jacquet, en acceptant de produire son premier film, La Marche de l'Empereur. Le pari est osé. Proposer sur grand écran, à destination du grand public, un long-métrage, documentaire animalier, sur la vie des manchots empereurs vivant en Antarctique apparaît, il est vrai, à l'époque comme un rêve doux-dingue, caprice d'un producteur, en mal de respectabilité auprès de l'intelligentsia hexagonale, sacrifiant, pour une fois, la recherche du seul profit commercial sur l'autel de l'expérimentation cinématographique. L'avenir prouvera le parfait contraire. Seul contre tous, Jean-François Camilleri démontre l'incroyable potentiel du genre, confirmant son rang dans le milieu du cinéma français de producteur hexagonal à part entière, véritable découvreur de talents. La réussite commerciale de La Marche de l'Empereur est, en effet, loin d'être un succès d'estime. En France, le film taquine allègrement les deux millions d'entrées ! Le résultat est tel que l'intérêt de proposer le documentaire à l'export apparaît vite évident. Comble de l'ironie, le marché américain lui ouvre rapidement ses portes, mais sans Disney. La maison mère de la filiale française menée par Jean-François Camilleri fait, en effet, la fine bouche et refuse cette histoire de manchots incongrue. Warner Bros., elle, sent le joli coup venir et accepte de distribuer le film sur le sol américain. Il devient vite à l’époque le plus gros succès pour un long-métrage français en Amérique du Nord. Il remporte même l'Oscar du Meilleur Documentaire, véritable pied de nez à la France qui lui a refusé le moindre César. Devant l'ironie de l'histoire, Jean-François Camilleri ne prend pas ombrage et pardonne à sa tutelle, son erreur d'appréciation. Il la comprend même tant son pari était osé... Il entend d'ailleurs l'aider à la réparer et à l'amener à occuper enfin le terrain du documentaire grand public, à destination des salles obscures. Il crée pour cela, une société de production spécifique, Disney Nature Productions, qui présente ainsi un premier long-métrage en 2007, Le Premier Cri, film ethnologique sur la naissance à travers le monde, beaucoup moins abordable qu'un simple documentaire animalier. Il continue ensuite de faire confiance à Luc Jacquet et distribue son deuxième long-métrage, Le Renard et l'Enfant, un docu-fiction axé sur l'amitié d'une petite fille et d'une renarde. L'œuvre très personnelle séduit à nouveau le public français.

Patiemment, le remuant patron de la filiale française convainc sa maison-mère d'investir le marché. Elle accepte finalement de créer un nouveau label de films à l'instar de Disney, Touchstone Pictures ou Hollywood Pictures. Disneynature est ainsi présenté mondialement en avril 2008. Basé en France, il est logiquement dirigé par Jean-François Camilleri et poursuit deux objectifs : distribuer des productions "maison" à l'international et productions étrangères aux États-Unis. Les premiers chantiers sont déjà sur les rails. Le programme est alléchant. Les Ailes Pourpres, Le Mystère des Flamants sort ainsi en décembre 2008 suivi par Pollen et Félins en 2011, Chimpanzés en 2012, Grizzly en 2014, Au Royaume des Singes en 2015, Nés en Chine en 2016 et L'Empereur en 2017. Par ailleurs, le film britannique Un Jour sur Terre est distribué aux États-Unis en 2009, sous label Disneynature, ainsi que le film français Océans en 2010.

Grandir est donc réalisé par Alastair Fothergill et Keith Scholey.
Alastair Fothergill débute à la télévision anglaise sur des documentaires animaliers. Il investit ensuite vite le grand écran, sur le même créneau et toujours avec succès. Ce scénariste et réalisateur britannique est ainsi à l’origine du long-métrage La Planète Bleue, de la série télévisée Planète Terre ainsi que du film dérivé de celle-ci, Un Jour sur Terre (celui-là même distribué par Disneynature aux USA). L’homme et le label commencent alors une jolie collaboration qui aboutit aux réalisations de Félins, ChimpanzésGrizzly et Au Royaume des Singes.
Sur Grandir précisément, Alastair Fothergill est secondé par Keith Scholey qui réalise ici son troisième long-métrage, après Félins en 2011 et Grizzly en 2014. Avant cela, l'homme se cantonnait à la seule production, notamment d’une petite dizaine de documentaires animaliers...

Grandir marque donc une double première pour le label Disneynature.
Tout d'abord, il s'agit d'un long-métrage sorti directement sur les plateformes de téléchargement ou les services de vidéos à la demande, et ce, sans passer par la case cinéma. En France, par contre, il aura droit d'abord à une avant-première sur grand écran lors de la Grande Journée de la Terre le 22 avril 2017, suivie d’une rencontre avec Emmanuelle Grundmann, éthologue et auteure naturaliste. Il sera ensuite proposé à la télévision française un peu plus tard dans l'année.
L'autre chose nouvelle pour le label est le statut d'œuvre de compilation. Grandir reprend, il est vrai, principalement les images et la trame de quatre précédents films de Disneynature : Félins, ChimpanzésGrizzly et Au Royaume des Singes. Si de nombreuses images sont tirées de ces anciens longs-métrages, le nouvel opus utilise aussi des rushs inédits de leur tournage lui permettant d'échapper ainsi à une totale redite. La narration est également complètement changée et inédite.

Pour ceux qui ont vu les quatre précédents films, Grandir aura logiquement des airs de déjà-vu sans pour autant que cela soit vraiment gênant. Porté logiquement par des images magnifiques, le long-métrage reprend certes le meilleur de ses aînés mais alterne avec une fluidité bienvenue les points de vues entre le lion et le léopard, les chimpanzés, les ours et les singes. Dans ce contexte, ce sont principalement certaines images d'Au Royaume des Singes qui semblent totalement inédites avec ce petit qu'un mâle prend sous son aile.
Le propos de Grandir est, en revanche, clairement didactique là où ses aînés au cinéma étaient plus lyriques et romancés. Le film n'a ainsi et notamment pas recours à l'astuce narrative de personnification de personnages. Il est également découpé en plusieurs thèmes de la naissance à l'apprentissage en passant par la chasse. De fait, Grandir s'adresse d'abord à un jeune public : il pourrait d'ailleurs tout à fait servir de base à des projets pédagogiques à l'école primaire.

Oeuvre compilation, Grandir profite des atouts des films qui le nourrissent tout en proposant un angle de récit différent. Dispensable pour un public adulte qui lui préfèrera les longs-métrages originaux Félins, ChimpanzésGrizzly et Au Royaume des Singes, il prend toute sa légitimité devant les enfants en constituant une initiation au documentaire animalier particulièrement bien construite. Grandir offre ainsi aux parents une belle occasion de partager avec leurs enfants un moment de cinéma documentaire, accessible, intelligent et instructif.

Gagnant en pédagogie ce qu'il perd en charme, Grandir est assurément un long-métrage à part dans la filmographie de Disneynature.

L'édition vidéo

Le film n'est édité, à l'heure actuelle, sur aucun support.

Nos Réseaux Sociaux