Peter et Elliott le Dragon

Titre original :
Pete's Dragon
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 12 août 2016
Genre :
Fantastique
Disney Digital 3-D
Réalisation :
David Lowery
Musique :
Daniel Hart
Durée :
94 minutes

Le synopsis

Depuis toujours, M. Meacham, un vieux sculpteur sur bois, régale les enfants du coin avec des histoires de dragons qui vivraient aux alentours. Sa fille Grace ne porte que peu d'intérêt à ce qu'elle estime n'être que des contes à dormir debout… jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Peter, un mystérieux petit garçon de dix ans qui assure vivre, sans famille, ni foyer, dans les bois aux côtés d'un dragon géant qu'il a baptisé Elliott...

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 28 juillet 2016

Quel merveilleux film ! Peter et Elliott le Dragon est une excellente surprise. S'éloignant complètement du classique de 1977, le réalisateur David Lowery réinvente, en effet, ici sa propre histoire d'un jeune garçon et de son dragon si bien qu'au final, du film original, il ne reste plus que le titre. Le spectateur assiste ainsi à un long-métrage parfaitement inédit, une œuvre personnelle, touchante et émouvante sur l'amitié entre un enfant et son animal, dans un style rappelant celui des années 80. Un mélange d'hommages à L'Étalon Noir, E.T. l'Extra-Terrestre ou Bigfoot et les Henderson allié à la tendresse des histoires Disney comme Fidèle Vagabond, Croc-Blanc ou La Drôle de Vie de Timothy Green. Un film simple dont l'émotion saura faire chavirer le cœur du public !

Les dragons et Disney forment une longue histoire d'amour ! L'animal mythique est, il est vrai, par définition ce qui définit le mieux l'univers magique si cher au studio au château enchanté. Le premier dragon Disney remonte ainsi à 1929 dans le cartoon, Les Cloches de l'Enfer, au sein de la série Silly Symphonies, puis dans L'Assiette de Porcelaine en 1931 toujours dans la même collection. Ensuite, un dragon gentil et maniéré prend vie dans Le Dragon Récalcitrant tandis que d'autres apparitions peuvent être citées telle la transformation en dragon de Maléfique dans La Belle au Bois Dormant, celle de Madame Mim dans Merlin l'Enchanteur ou celle de La Reine Narissa dans Il Était une Fois sans oublier les dragons du Seigneur des Ténèbres dans Taram et le Chaudron Magique, Mushu dans Mulan ou Nessie dans le cartoon La Ballade de Nessie. Il existe également des dragons dans les films à prises de vues réelles à l'exemple du (Le) Dragon du Lac de Feu, Alice au Pays des Merveilles ou Maléfique quand, en plus, les Parcs n'en inventent pas carrément un, comme Figment à Epcot. Disnleyland Paris choisit lui d'en placer un magnifique spécimen, appartenant à Merlin, sous son château iconique de la Belle au Bois Dormant !

Peter et Elliott le Dragon risque tout de go de souffrir d'un mauvais procès : celui d'être encore et toujours un remake d'un des classiques d'animation Disney ; tout le monde s’accordant alors à dire que c'est à la fois inutile et sans imagination, ni prise de risque. Oui, mais voilà, le public en raffole et plébiscite en salles ces histoires classiques où il peut emmener ses enfants découvrir de nouvelles versions, modernes, des films qu'il a aimés dans sa jeunesse. Et pour Disney, c'est un moyen aussi pratique que rentable de continuer à faire vivre son catalogue. Il faut de la sorte remonter à 2010 pour voir les studios de Mickey relancer le genre en grandes pompes avec son adaptation d'Alice au Pays des Merveilles par Tim Burton. La formule est trouvée : une nouvelle adaptation d'un classique de la littérature enfantine, déjà adaptée par le passé par les studios, avec la vision, si possible, d'un réalisateur de renom. Ainsi par la suite, viennent une préquelle au (Le) Magicien d'Oz avec Le Monde Fantastique d'Oz en 2013 réalisé par Sam Raimi, puis en 2014 La Belle au Bois Dormant avec Maléfique par Robert Stromberg puis en 2015, Cendrillon par Kenneth Branagh et enfin Le Livre de la Jungle par Jon Favreau en 2016. Disney exploite là un véritable filon juteux puisque les cinq films sont d’immenses succès publics rapportant en tout plus de 3.7 milliards de dollars au box-office à eux cinq. Ces résultats sont d’ailleurs à comparer avec les tentatives de sortir des sentiers battus que constituent John Carter, À la Poursuite de Demain ou The Finest Hours : tous des flops affichant, à leur compteur, à peine plus 500 millions de dollars combinés pour les trois. Le calcul est donc rapide : tant que le succès sera au rendez-vous, les remakes en prises de vues réelles des classiques de l'animation auront la vie belle chez Disney. A partir de là, il est injuste de reprocher au film, et donc à Peter et Elliott le Dragon, sa raison d'être mais il convient plutôt de l'apprécier pour ce qu'il est et ce qu'il apporte.

Parmi tous ces remakes, se remarquent toutefois deux catégories. La première est formée des films qui suivent au plus près le matériel de base que cela soit le conte ou le film d'animation. Ainsi Cendrillon, Le Livre de la Jungle ou le futur La Belle et la Bête s'inscrivent dans cette veine. Il y en a d'autres qui, au contraire, s'éloignent du matériel d'origine pour proposer une relecture de l'histoire originale. Ce fut le cas avec Alice au Pays des Merveilles ou Maléfique. Peter et Elliott le Dragon rentre évidemment dans cette catégorie, possédant ainsi le même titre que Peter et Elliott le Dragon, le grand classique de 1977. Ce dernier est resté dans l'inconscient collectifs de nombreux enfants. Il faut dire que son mélange entre les prises de vues réelles et le personnage animé d'Elliott est tout simplement bluffant. Le dragon, dû aux talents de nombreux animateurs célèbres comme Don Bluth ou Glen Keane, est particulièrement attachant. Mais le film dispose d'autres atouts tout aussi enthousiasmants dont des acteurs sympathiques, des chansons entêtantes à l'exemple d'I Love You Too, It's not Easy, Brazzle Dazzle Day ou There's Room for Everyone sans oublier des chorégraphies réussies. Peter et Elliott le Dragon, premier du nom, est ainsi et clairement une comédie musicale ; un statut assumé pleinement. Il n'empêche, malgré ses indéniables qualités, il a été vilipendé par les critiques à l'époque de sa sortie, gênant son résultat commercial sans l'empêcher toutefois d'obtenir une place de choix dans le cœur des spectateurs.
Le film de 2016 n'a donc presque rien à voir avec son aîné. En réalité, seul le titre est concordant !  Il ne s'agit ici que d'une histoire d'un garçon qui s'appelle Peter et dont le compagnon est un dragon. Et la comparaison s'arrête là ! Tout le reste est nouveau. Dès lors, il est délicat de parler d'un remake et il convient plus de considérer les deux films comme totalement différents bien qu'homonymes. Et là, il se passe quelque chose d'assez amusant avec la réaction du public. D'un côté, il se plaint de voir Disney réaliser trop de remakes de ses grands classiques et l'autre, il lui reproche avec la même vigueur de trop s'éloigner de l'œuvre originale quand il ose proposer quelque chose de nouveau. Et c'est l'un des plus fréquents reproches faits sur les réseaux sociaux à propos de Peter et Elliott le Dragon ! Un reproche tellement martelé qu'il a la capacité de gêner la carrière d'un film qui est, pourtant, peut-être le plus beau film à prises de vues réelles du label Disney sur l'année 2016.

Cette volonté de s'éloigner le plus possible du film d'origine vient du réalisateur David Lowery avec l'aval des responsables des studios Disney, Sean Bailey en tête.
David Lowery, originaire du Texas, est l'aîné d'une famille de neuf enfants. Il réalise son premier film, St. Nick, en 2009 mais se fait connaître grâce à son deuxième long-métrage, Les Amants du Texas, en 2013 en remportant le Grand Prix du Festival de Sundance. La même année, toujours grâce à l'opus, il est sélectionné pour participer hors compétition à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Il reçoit alors un coup de fil de Disney qui lui demande de proposer une idée sur un remake de Peter et Elliott le Dragon sans que cela en soit vraiment un, une simple histoire d'un garçon avec son dragon. David Lowery se prête au jeu sans imaginer une seconde qu'un grand studio engagerait réellement un réalisateur venant du cinéma indépendant à petit budget. Et pourtant, il est bel et bien embauché et obtient une liberté totale pour le ton et le récit à porter à l'écran.

Peter et Elliott le Dragon raconte ainsi l'histoire d'un petit garçon orphelin qui survit dans la forêt grâce à un dragon géant qui l'a pris d'affection et le protège, selon une amitié forte et incassable. Si le pitch semble être grossièrement celui de 1977, il se démarque très vite du film original dans sa mise en œuvre. Déjà l'opus ne se déroule pas au début du vingtième siècle mais plutôt dans les années 80. De plus, il n'est pas une comédie musicale même si une chanson joue un rôle important dedans, revenant régulièrement. Enfin, le lieu est également changé. L'action ne situe plus, en effet, au bord de la mer avec un phare comme décor principal mais plutôt dans l'Amérique profonde près d'une forêt immense (le film, tourné en Nouvelle Zélande, propose d'ailleurs des décors à couper le souffle). La Nature a ainsi bien plus d'importance qu'elle n'en avait dans la version de 1977. Les autres personnages ont également été entièrement revus. Même s'il y a une jeune femme et son père, leurs métiers et leurs noms sont ainsi totalement différents. Enfin, il n'y a pas ici de méchants loufoques, même si un personnage cupide et un peu immature pointe le bout de son nez.

Non en réalité, Peter et Elliott le Dragon est une réinvention presque totale de l'histoire d'origine mais avec un fort hommage à un temps passé : celui des années 80. Il y a un peu de L'Étalon Noir dans cette amitié entre ce garçon et cet animal. Il y a un peu d'E.T. l'Extra-Terrestre avec la présence de cet être extraordinaire que la police veut capturer. Il y a aussi un peu de Bigfoot et les Henderson non pas dans la comédie mais dans le fait de trouver une créature mythologique dans les bois. Le fait de situer l'action dans les années 80 amplifie en outre ces impressions diffuses, et ce, pour le plus grand bonheur des spectateurs. Les fans Disney vont alors avoir le plaisir de retrouver une ambiance qui était très présente dans les films et téléfilms à prises de vues réelles du label historique mais qui a disparu presque totalement depuis 25 ans : celle des récits mettant en scène les amitiés fortes entre un enfant et son animal. A l'exception des bien piètres Air Bud et dérivés, il faut remonter, en effet, à Croc-Blanc pour disposer d'une histoire de solide amitié entre un jeune garçon et son animal, ici un chien. Disney est pourtant célèbre pour avoir proposé à l'écran ce genre d'histoires, la plus connue étant peut-être celle contée dans Fidèle Vagabond en 1957 ; Les Trois Vies de Thomasina en 1964, Natty Gann en 1985 pour le grand écran, Bristle Face en 1964 ou encore Barry, Le Chien des Alpes en 1977 pour la télévision en constituant aussi de beaux témoins

Peter et Elliott le Dragon est en outre l'inverse du (Le) BGG - Le Bon Gros Géant, qui, sorti à la même époque, s'avère bien plus bavard et laborieux là où le premier est contemplatif et fluide, se revendiquant au passage bien plus modeste techniquement. Peter et Elliott le Dragon ressemble ainsi beaucoup à La Drôle de Vie de Timothy Green : il fait la part belle aux sentiments autour d'une famille, d'un village avec une vraie simplicité dans sa mise en scène. Il y a même une part de lyrisme lors des séquences de vols du garçon avec son dragon distillant alors une tendresse qui touche au cœur les spectateurs. Le film ne réinvente certes pas grand chose et affiche souvent un air de déjà-vu mais sa démarche est assumée, toujours avec une belle sincérité et beaucoup d'émotions. Car, au final, le public s'attache véritablement à ce dragon et ce petit garçon. Ce sentiment est d'ailleurs rehaussé par la restitution de la Nature qui est superbement filmée. Il y a ainsi beaucoup de fraîcheur dans cette histoire, qui parait d'un autre temps, presque révolu dans le divertissement familial. Peter et Elliott le Dragon se révèle alors ce qu'il est : un film qui apaise et émeut !

Si l'opus fonctionne, c'est principalement par l'empathie spontanée du public pour les personnages, à commencer par le dragon Elliott.
L'animal est, en réalité, le seul effet visuel d'envergure du film. Il est entièrement réalisé en animation assistée par ordinateur grâce à l'intervention de la société Weta Digital, appartenant à Peter Jackson connu pour son travail sur Avatar et Le Seigneur des Anneaux. Le dragon se veut tout de suite bien plus réaliste que sa version animée de 1977. Ses ailes, par exemple, sont plus grandes, clairement aptes à le faire voler (contrairement aux petites ailes roses dont la magie semblait seul pouvoir légitimer leur pouvoir d'envol dans le premier film). Par contre, Eliott conserve en 2016 la possibilité de devenir invisible tout comme sa mâchoire carrée avec une apparence globale qui se rapproche tout de même de la vision de son illustre aîné. Le dragon s'éloigne ainsi clairement de l'évocation que l'inconscient collectif contemporain a des dragons comme il peut en être vu dans Game of Thrones - Le Trône de Fer ou Le Hobbit : La Désolation de Smaug. A tout cela, s'ajoutent des mimiques et une gestuelle qui rapprochent le dragon d'un mix entre un chien et un chat, dans une démarche le rendant terriblement adorable. Pour insister sur l'aspect "animal de compagnie tout doux", le réalisateur choisit d'ailleurs d'innover en revêtant le corps du dragon, non pas d'écailles comme tout le monde s'y attend, mais d'une fourrure ! Le spectateur a, dès lors et tout de go, une terrible envie de câliner le gentil molosse.

Parmi les humains, trois personnages ressortent du lot.
Le Peter de l'opus est tenu par Oakes Fegley qui s'en sort plutôt bien. Un peu plus jeune que Sean Marshall à l'époque du film original, il dispose d'un rôle un peu moins bavard nécessitant de faire passer beaucoup d'émotions via son regard et ses gestes. Sa prestation est convaincante et le spectateur croit tout de suite à son histoire d'amitié avec Elliott.
Bryce Dallas Howard, qui s'est fait remarquée en 2015 dans Jurassic World en parvenant à conserver impeccable son tailleur blanc en pleine jungle et échapper à un tyrannosaure en courant en talons hauts, joue Grace, un garde forestier sur le point de se marier et qui va se prendre d'affection pour le jeune Peter. Elle est tout simplement fabuleuse et vraiment attachante au point que le public ne peut que tomber sous son charme.
Son père est joué par Robert Redford (vu récemment dans le film Marvel, Captain America : Le Soldat de l'Hiver) qui semble lui-aussi vraiment à l'aise dans le film. Il assume le rôle d'un vieux sage, sûr de ses convictions mais qui n'arrive pas à percer le mur du scepticisme de sa fille. Peter va pourtant réveiller chez lui cette envie de venir en aide à celui qui a été l'obsession de sa vie.

Le reste du casting est, pour sa part, bien plus anecdotique.
Wes Bentley est, dans ce cadre, Jack, le futur mari de Grace et le patron de la scierie. Son rôle n'est pas suffisamment étoffé pour se légitimer. Le personnage semble ainsi passer son temps à se demander ce qu'il fait là ; sa présence servant uniquement de liant à trois personnages : Grace bien-sûr mais également sa fille Natalie et son frère Gavin.
La jeune Natalie, la fille de Jack et donc future belle-fille de Grace, est interprétée par Oona Laurence de façon globalement convaincante : elle assume la fonction de confidente de son âge au petit Peter, perdu parmi tous ces adultes.
Gavin, le frère de Jack, est, enfin, joué par Karl Urban (connu pour être  Bones dans le reboot de Star Trek ou Eomer dans la saga Le Seigneur des Anneaux). Le personnage aurait pu être très intéressant dans son conflit contre son frère et sa recherche de reconnaissance. Malheureusement, il n'est pas assez développé pour parvenir à emporter l'adhésion, et ce, en partie parce que son frère, lui-même, ne l'est pas non plus. Au final, il fait donc un antagoniste un peu caricatural, selon un constat d'autant plus dommageable que sa prise de conscience finale aurait eu plus de force si le personnage avait été mieux écrit.

L'une des grandes forces de Peter et Elliott le Dragon est indéniablement sa musique signée de Daniel Hart. A la fois lyrique et grandiose, elle enveloppe, en effet, à merveille le récit et contribue à y amener beaucoup d'émotions. Le film n'est certes pas une comédie musicale mais il n'est pas pourtant dépourvu de chansons. Une, The Dragon Song, en particulier, revient régulièrement fredonnée par plusieurs personnages, chacun à leur tour. Elle est, ainsi, le fil rouge de l'opus, se plaçant au cœur de l'émotion entre Peter et Elliott, Grace et son Père, Natalie et Peter... Il sera retenu aussi la belle chanson du générique Something Wild par Lindsey Stirling et Andrew McMahon in the Wilderness.

Sans emphase, Peter et Elliott le Dragon est peut-être l'un des plus beaux films de l'année 2016 dans la branche live du label Disney. En s'éloignant du classique de 1977, David Lowery propose, en l'assumant, une relecture personnelle de cette amitié mythique entre un jeune garçon et son dragon. Porté par un casting réjouissant, une Nature resplendissante et une musique envoûtante, Peter et Elliott le Dragon est une œuvre d'abord d'une grande simplicité et d'une profonde humilité mais aussi et surtout, débordante de tendresse.  Un récit simple et bienveillant pour un film qui fait du bien.

Peter et Elliott le Dragon mérite absolument d'être vu pour se laisser emporter par l'émotion et vivre un joli moment de grâce.

L'édition vidéo

Jaquette Peter et Elliott le Dragon
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