La Reine de la Montagne

Titre original :
Ghost Of The Mountains
Production :
Disneynature
Date de mise en ligne USA :
Le 30 juin 2017
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Ben Wallis
Musique :
Barnaby Taylor
Durée :
78 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

L'épopée technique et humaine d'un groupe de cinéastes animaliers bien décidés à ramener les premières images d'un des animaux le plus difficile à filmer dans son habitat naturel : la panthère des neiges...

La critique

rédigée par
Publiée le 28 août 2017

La Reine de la Montagne est une nouvelle première pour Disneynature. Sorti directement en digital et en vidéo à la demande, il s'agit en effet de son premier long-métrage making-of à mettre en avant ses cinéastes ; ici l'aventure humaine suivie ayant permis de ramener certaines images de sa pépite qu'est Nés en Chine.

En 2008, The Walt Disney Company renoue avec le genre du documentaire animalier que le papa de Mickey lui-même avait décidé de populariser quelques soixante ans auparavant. Passionné de flore et de faune, Walt Disney peut, en effet, être considéré comme le pionnier du documentaire animalier grand public. Dès 1948, il met, ainsi, en chantier la collection des True-Life Adventures dont les courts et longs-métrages seront multi-oscarisés. Cette série, inaugurée avec le mini documentaire, L'Ile aux Phoques, constitue d'ailleurs la première véritable incursion de la compagnie au château enchanté dans la production de films "live". Elle comporte un total de sept courts-métrages dont La Vallée des Castors (1950) ou La Terre, Cette Inconnue (1951), avant de s'ouvrir, en 1953, avec Le Désert Vivant, au format des longs-métrages. Ce dernier devient, à partir de cette date, la norme de production des True-Life Adventures et concerne, au final, six œuvres dont La Grande Prairie (1954) ou Le Grand Désert Blanc (1958). Au total, en comptant les courts et longs-métrages, la série aura gagné en tout, pas moins de huit Oscars !

La renaissance de la production de documentaires axés sur la nature et les animaux sauvages au sein du catalogue Disney est due à l'initiative du français Jean-François Camilleri. Alors manager de la filiale hexagonale de Walt Disney Studios Motion Pictures, il a, en effet, en 2005, la brillante idée d'accorder sa confiance à un jeune réalisateur tricolore, Luc Jacquet, en acceptant de produire son premier film, La Marche de l'Empereur. Le pari est osé. Proposer sur grand écran, à destination du grand public, un long-métrage, documentaire animalier, sur la vie des manchots empereurs vivant en Antarctique apparaît, il est vrai, à l'époque comme un rêve doux-dingue, caprice d'un producteur, en mal de respectabilité auprès de l'intelligentsia hexagonale, sacrifiant, pour une fois, la recherche du seul profit commercial sur l'autel de l'expérimentation cinématographique. L'avenir prouvera le parfait contraire. Seul contre tous, Jean-François Camilleri démontre l'incroyable potentiel du genre, confirmant son rang dans le milieu du cinéma français de producteur hexagonal à part entière, véritable découvreur de talents. La réussite commerciale de La Marche de l'Empereur est, en effet, loin d'être un succès d'estime. En France, le film taquine allègrement les deux millions d'entrées ! Le résultat est tel que l'intérêt de proposer le documentaire à l'export apparaît vite évident. Comble de l'ironie, le marché américain lui ouvre rapidement ses portes, mais sans Disney. La maison mère de la filiale française menée par Jean-François Camilleri fait, en effet, la fine bouche et refuse cette histoire de manchots incongrue. Warner Bros., elle, sent le joli coup venir et accepte de distribuer le film sur le sol américain. Il devient vite à l’époque le plus gros succès pour un long-métrage français en Amérique du Nord. Il remporte même l'Oscar du Meilleur Documentaire, véritable pied de nez à la France qui lui a refusé le moindre César. Devant l'ironie de l'histoire, Jean-François Camilleri ne prend pas ombrage et pardonne à sa tutelle, son erreur d'appréciation. Il la comprend même tant son pari était osé... Il entend d'ailleurs l'aider à la réparer et à l'amener à occuper enfin le terrain du documentaire grand public, à destination des salles obscures. Il crée pour cela, une société de production spécifique, Disney Nature Productions, qui présente ainsi un premier long-métrage en 2007, Le Premier Cri, film ethnologique sur la naissance à travers le monde, beaucoup moins abordable qu'un simple documentaire animalier. Il continue ensuite de faire confiance à Luc Jacquet et distribue son deuxième long-métrage, Le Renard et l'Enfant, un docu-fiction axé sur l'amitié d'une petite fille et d'une renarde. L'œuvre très personnelle séduit à nouveau le public français.

Patiemment, le remuant patron de la filiale française convainc sa maison-mère d'investir le marché. Elle accepte finalement de créer un nouveau label de films à l'instar de Disney, Touchstone Pictures ou Hollywood Pictures. Disneynature est ainsi présenté mondialement en avril 2008. Basé en France, il est logiquement dirigé par Jean-François Camilleri et poursuit deux objectifs : distribuer des productions "maison" à l'international et productions étrangères aux États-Unis. Les premiers chantiers sont déjà sur les rails. Le programme est alléchant. Les Ailes Pourpres, Le Mystère des Flamants sort ainsi en décembre 2008 suivi par Pollen et Félins en 2011, Chimpanzés en 2012, Grizzly en 2014, Au Royaume des Singes en 2015, Nés en Chine en 2016 et L'Empereur en 2017. Par ailleurs, le film britannique Un Jour sur Terre est distribué aux États-Unis en 2009, sous label Disneynature, ainsi que le film français Océans en 2010. Enfin, en 2016, il propose son premier film directement en sortie digitale, Grandir.

Le réalisateur de La Reine de la Montagne provient de l'équipe à l'origine d'une partie des superbes images de Nés en Chine : Ben Wallis, réalisateur, caméraman et producteur de documentaire animalier, était en effet membre du tournage. Les images qu'il a ramenées ont ainsi permis de proposer l'une des séquences les plus incroyables du film Nés en Chine mais en plus, contenaient suffisamment de matières pour proposer un documentaire sur l'envers du décors et l'incroyable aventure humaine vécue pour parvenir à filmer ces images incroyables. La Reine de la Montagne ressemble, en ce sens, beaucoup à l'envers du décor que proposait Walt Disney lui-même dans son émission d'anthologie quand il racontait le tournage de certains de ses True Life Adventures notamment les épisodes Prairie en 1954, Cameras in Africa en 1954, Searching For Nature's Mysteries en 1956, The Yellowstone Story en 1957, Au Cœur de la Forêt Sauvage en 1957 ou The Crisler Story en 1957.

La Reine de la Montagne montre donc comment la toute première équipe internationale a rejoint la réserve naturelle des Sources des Trois Rivières, le Sanjiangyuan, la plus grande réserve naturelle de Chine (316 000 km²) et la plus élevée du monde (plus de 4 000 m au-dessus de niveau de la mer). Le spectateur suit ainsi les confessions de Shane Moore (le responsable de la photographie), Ed Anderson et Ben Wallis (les réalisateurs de séquences), Dave Mothershaw (le caméraman) sans oublier leurs guides chinois Sonam Chodan et Dondrub Dorje. Rien que pour arriver au camp qui servira de base, il faut, en effet, monter toute une expédition puisque le trajet comprend près de quatre-cents kilomètres en voiture et que le convoi doit s'arrêter régulièrement pendant vingt-quatre heures pour que les corps des membres de l'équipe s'adaptent à l'altitude. Au final, ces aventuriers de l'image mettront plus de dix jours pour y arriver. Et sur place, ils devront s'habituer à des conditions extrêmes : oxygène rare, température en dessous de 0°C et météo changeante avec des orages extrêmement dangereux.

L'équipe passe ensuite des semaines ne serait-ce que pour trouver la première trace des panthères des neiges et encore plus de temps pour dénicher ce qu'ils étaient venus chercher pour leur film : une famille. Par rapport à Nés en Chine, La Reine de la Montagne ne permet pas forcément d'en apprendre plus sur ces félins vraiment fascinant mais le long-métrage propose encore une fois des images de toute beauté. Ces animaux sont réellement magnifiques et le spectateur ne peut que tomber sous leurs charmes. Le film propose ainsi certaines scènes tout simplement incroyables qui illustrent à merveille l'une des caractéristiques de cette panthère : le sens du camouflage. Plusieurs fois, le réalisateur laisse, il est vrai, le temps au spectateur de trouver lui-même où se trouve le félin dans son environnement montagneux. Et il faut vraiment se concentrer pour le remarquer ! La bête se déplace et bouge lentement et, à moins qu'elle ne fasse un mouvement brusque, il est souvent très difficile de la repérer dans ces montagnes. Par contre, comme le fait remarquer l'un des membres de l'équipe, il est très étonnant de voir le prédateur passer à côté de proies faciles et... les snober ! Décidément, seul un félin est capable de faire la fine bouche avec de la nourriture...

La Reine de la Montagne revient aussi sur les formidables rencontres que va faire l'équipe avec la population locale. Il existe, en effet, de nombreuses familles qui élèvent des yaks, des herbivores qui sont le véritable trésor de la famille. Ils connaissent les environs comme leur poche et vont aider les cinéastes à repérer les félins, qui de temps à autres, sont des prédateurs pour leurs élevages. De son côté, l'équipe va essayer de proposer un moyen de protéger le troupeau tout en préservant les félins, une espèce en danger. Le film est de la sorte aussi une ode aux prouesses technologiques puisqu'il présente différentes avancées pour filmer ces animaux insaisissables : des caméras 4K à détecton de mouvements aux drones ultra-perfectionnés.

La Reine de la Montagne est un documentaire making-of très intéressant dans sa démarche à montrer l'envers du décors d'un documentaire animalier d'exception dans l'art d'obtenir des images rares. Pour la première fois, et c'est heureux, Disneynature rend donc hommage au formidable travail de ses propres équipes, prenant pour cela assurément le meilleur sujet qui soit sur l'une des séquences les plus emblématiques des films que le studio a produits jusqu'alors. Il sera peut-être regretté que le récit s'arrête avant que l'équipe n'ait mise en boite toutes les images retenues pour Nés En Chine. Il aurait été, en effet, intéressant de voir réagir les cinéastes sur le final de Nés en Chine mais, faisant cela, ils auraient par trop spoiler les spectateurs regardant le documentaire explicatif avant le documentaire animalier.

La Reine de la Montagne est un documentaire à avoir absolument dans la foulée de Nés en Chine : des vocations vont naître à sa suite, il ne peut en être autrement !

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