Pirates des Caraïbes
La Vengeance de Salazar

Titre original :
Pirates of the Caribbean : Dead Men Tell No Tales
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 26 mai 2017
Genre :
Fantastique
IMAX
Disney Digital 3-D
Réalisation :
Joachim Rønning
Espen Sandberg
Musique :
Geoff Zanelli
Durée :
129 minutes

Le synopsis

Jack Sparrow et ses compagnons n'ont d'autres issues que de se lancer dans la quête du Trident de Poséidon, un artéfact légendaire qui donne tous les pouvoirs sur les mers s'ils veulent être en capacité de résister au dessein du Capitaine Salazar, échappé du Triangle du Diable et bien décidé à éliminer tous les pirates des océans.

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 22 mai 2017

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, cinquième aventure de Jack Sparrow, rattrape largement le raté commis avec le quatrième opus, Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence. Vraiment divertissant, il propose, en effet, de nouveaux personnages plutôt bien écrits même s'ils sont légèrement moins charismatiques que les iconiques des précédents opus. Il arrive aussi à clore toutes les histoires ouvertes dans les autres volets dans le but inavoué de proposer enfin une vraie conclusion à la saga. Il sera dès lors juste regretté un manque d'idées fraîches et surtout, un Johnny Depp à bout de souffle qui ne croit plus à son personnage.

Avec 3.7 milliards de dollars de recette mondiale, rien qu'au cinéma sans compter les substantielles recettes venues du merchandising, du marché de la vidéo et de la diffusion à la télévision, la saga Pirates des Caraïbes est une franchise très lucrative pour Disney. Basée sur l'attraction très populaire Pirates of the Caribbean ouverte en 1967 à Disneyland en Californie avant d'être reprise dans les autres parcs à thème Disney du monde, elle comprend jusque-là quatre films : Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl (2003), Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit (2006), Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde (2007) et Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence (2011) mais aussi le court-métrage Les Fiancées du Capitaine Jack Sparrow (2011). Disney et Jerry Bruckheimer n'ont ainsi jamais caché leur ambition de lancer un cinquième opus, plus encore après le milliard de dollars dépassé par le quatrième volet au box office mondial.

Les premiers échos d'un cinquième opus apparaissent donc juste avant la sortie de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence en 2011. A l'origine, il était, en effet, prévu que les acteurs tournent rapidement un cinquième et sixième volets, coup sur coup, pour Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit et Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde. Mais très vite, le deal se voit limité à un cinquième et unique film. L'échec retentissant de Lone Ranger : Naissance d'un Héros en 2013 va, il est vrai, faire douter les dirigeants de The Walt Disney Company, en particulier sur l'aura de Johnny Depp qui semble avoir bien pâlie. Ceci, plus un problème de script et une révision de budget, font que le film n'est finalement validé qu'en juillet 2014 pour une sortie au printemps 2017.

De nombreux réalisateurs sont alors pressentis pour le réaliser à commencer par Rob Marshall, le metteur en scène de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence. Mais ce dernier préfère finalement revenir à ses premiers amours, la comédie musicale, avec l'adaptation du musical Into The Woods qui sort en 2014 sous le titre Into The Woods : Promenons-Nous Dans les Bois. D'autres noms circulent ensuite comme Tim Burton, Sam Raimi, Shawn Levy, Chris Weitz, Alfonso Cuarón et même Gore Verbinski qui avait déjà réalisé les trois premiers films. Finalement, le duo de réalisateurs norvégiens, Joachim Rønning et Espen Sandberg, décroche la timbale.
Joachim Rønning est né le 30 mai 1972 à Sandefjord en Norvège un an après Espen Sandberg, né dans la même ville, le 2 juin 1971. Les deux amis d'enfance ne rêvent très vite que d'une chose, faire du cinéma. C'est le Français Luc Besson qui leur met d'ailleurs le pied à l'étrier en 2006 en leur proposant de réaliser sa dernière production, Bandidas, avec Salma Hayek et Penélope Cruz. En 2008, ils réalisent Max Manus, Opération Sabotage, racontant la biographie de Max Manus résistant norvégien de la Seconde Guerre mondiale. Leur film de 2012, Kon-Tiki, va ensuite et véritablement les mettre sur les feux de la rampe. L'opus raconte, en effet, l'histoire de Thor Heyerdahl, un explorateur norvégien traversant l'Océan Pacifique sur un simple radeau afin de démontrer la possible traversée des habitants d'Amérique du Sud vers les îles de Polynésie dans les temps anciens. Le long-métrage est alors nommé pour l'Oscar du Meilleur Film Étranger. 
Jerry Bruckheimer, qui confesse avoir été impressionné par Kon-Tiki ainsi que la façon de filmer l'océan, leur confie donc la réalisation de Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar.

Chose notable, le titre anglais Dead Men Tell No Tales reprend une phrase de l'attraction dont la saga s'inspire et qui peut être entendue au niveau de la caverne au trésor. Étonnamment, ce titre n'est repris qu'aux États-Unis et au Japon tandis que, dans le reste du monde, y compris en Angleterre, le film se voit intitulé Salazar's Revenge traduit en France par La Vengeance de Salazar.
Difficile de connaître la raison de cette dualité. Les auteurs ont visiblement pensé que les Américains et les Japonais, à la différence du public des autres pays, étaient plus au fait de l'attraction pour comprendre l'allusion menée à son endroit dans un titre sonnant alors comme un retour au source.

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar présente l'énorme avantage par rapport au quatrième volet d'avoir travaillé son script ! Plutôt bien écrit, le récit se laisse suivre avec un réel plaisir. Et surtout, par rapport aux quatre opus, il a la bonne idée de tenir en 129 minutes soit la durée la plus courte de la saga. Si Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence était vide de bout en bout, ses trois autres aînés avaient tendance à se voir rallongés à l'excès, en particulier Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du Monde. Ici, le film va a l'essentiel sans pour autant oublier ses personnages et leurs motivations. Il s'attache aussi à refermer et conclure tous les arcs narratifs qui étaient en suspens dans les précédents opus : Will Turner prisonnier du Hollandais Volant, le Black Pearl bloqué dans une bouteille en verre, l'histoire de Barbossa... tandis que le passé de certains personnages est exploré via des flashbacks. Le film tente également de renouer avec l'humour, même s'il n'y arrive pas vraiment, ainsi qu'avec les scènes d'actions dantesques. Pour tout cela, le contrat est plus que rempli et ce dès la première apparition de Jack Sparrow réellement impressionnante et réalisée avec une majorité d'effets spéciaux physiques.

Le plus étonnant par rapport aux précédents opus est peut-être le manque de mythologies maritimes présentes pourtant à foison dans la saga jusque-là et qui contribuaient beaucoup à son ambiance si particulière. Ici, il y a bien sûr des combats navals, des trésors et autres pirates mais rien de vraiment évidents sur l'inspiration des scénaristes.
Le seul élément mythologique repris est donc le Trident de Poséidon. Poséidon est ainsi le dieu grec des mers et des océans. Fils de Cronos et de Rhéa, frère notamment de Zeus et de Hadès, il se marie à Amphitrite. Son symbole principal est le trident qu'il reçoit des Cyclopes pendant le combat contre les Titans. C'est dès lors ce Trident qui va devenir la quête des protagonistes du film, chacun voulant le découvrir pour des raisons propres, plus ou moins nobles...
Le Triangle du Diable est peut-être aussi un clin d'oeil au fameux Triangle des Bermudes, zone géographique imaginaire de l’océan Atlantique qui aurait été, selon la légende, le théâtre d’un grand nombre de disparitions de navires. Pour autant, la représentation du Triangle du Diable, dans Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, est largement simplifiée. Il ne s'agit pas là de toute une zone qui voit la disparition des navires mais plutôt d'une simple grotte, assez grande pour y mettre plusieurs bateaux, dont l'ouverture à la forme d'un triangle.

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar se base donc peu sur des légendes connues et propose des aventures inédites : pour autant, cela ne l'empêche pas forcément de manquer d'originalité. Le combat final, par exemple, bien qu'impressionnant visuellement, a un sacré air de déjà-vu comme dans Les Dix Commandement bien sûr mais aussi plus récemment dans Vaiana, la Légende du Bout du Monde. Et il y a là, peut-être, le reproche principal à faire au film. Bien que le récit soit sympathique et fasse passer du bon temps aux spectateurs, l'opus ne propose rien de vraiment nouveau. Il affiche un côté redondant à tout ce qui arrive à Jack Sparrow et ses compagnons. Heureusement, comme il veut conclure leurs aventures, il conserve dans sa démarche un intérêt salutaire. Et quand, en plus, il arrive à installer un peu d'émotion en particulier avec la famille Turner mais aussi via le personnage de Barbossa, il remplit une mission pas si évidente...

Côté casting, les nouveaux personnages de Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar sont bons et représentent des ajouts intéressants à la saga.
Le Capitán Armando Salazar est, dans ce cadre, un ancien officier de la marine espagnole qui s'est fait emprisonner dans le Triangle du Diable et damné par la même occasion. Il éprouve dès lors une haine tenace contre celui qu'il considère comme le responsable de son malheur à lui et à son équipage : le Capitaine Jack Sparrow. Sanguinaire, il ne laisse ainsi qu'un seul survivant des équipages qui croisent sa route. Et il compte bien assouvir une vengeance qu'il ourdit depuis des années. Le personnage est tenu par l'acteur Javier Bardem décidément très convaincant : il parvient d'ailleurs à être plus charismatique que Ian McShane dans le rôle de Barbe Noire dans l'opus précédent.
Brenton Thwaites est, quant à lui, le jeune Henry Turner, fils de Will et Elizabeth Turner. Il cherche, plus que tout, à libérer son père de la malédiction qui le laisse prisonnier du Hollandais Volant. Il part donc à la recherche du Trident de Poséidon mais aussi du Capitaine Jack Sparrow censé l'aider dans sa quête. L'acteur est loin d'avoir le charisme d'Orlando Bloom mais il arrive tout de même à se rendre attachant même s'il semble être le personnage qui subit plus l'action qu'il ne la provoque. Son histoire personnelle est, en revanche, suffisamment intéressante pour toucher le spectateur.
La véritable révélation du film est à rechercher du côté du personnage de Carina Smyth. Cette jeune femme est, en effet, une scientifique et une astronome rejetée par la société, la traitant de sorcière, car il est impossible à l'époque pour une représentante du sexe faible de s'intéresser à la science. Les motivations de Carina ne sont toutefois pas complètement philanthropes puisqu'elle veut, en réalité, retrouver le trésor que son père décédé lui a légué via un carnet de notes techniques. Kaya Scodelario apporte beaucoup de fraîcheur à ce personnage original et se rend particulièrement attachante. Une chose est sure, comme Elizabeth Swann, Carina Smyth est l'un des rôles féminins les plus forts de la saga toute entière.

Parmi les anciens personnages, Johnny Depp reprend bien sûr le rôle du Capitaine Jack Sparrow. C'est triste à dire mais Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est réussi malgré lui. Johnny Depp n'est que l'ombre de lui-même n'arrivant même plus à être drôle ou rendre son personnage simplement attachant. Alors qu'il surjouait trop dans le quatrième volet, ici, c'est l'inverse : il est tout bonnement transparent. L'acteur a visiblement fait le tour du personnage et n'a plus rien à apporter. Il s'ennuie ferme et cela se voit à l'écran. Il est plus que temps que le personnage quitte la saga si celle-ci devait continuer pour un sixième opus...
A l'inverse, Geoffrey Rush demeure toujours excellent dans le rôle du Capitaine Hector Barbossa. Il étonne même en parvenant à livrer une palette de sentiments assez variée à ce personnage retors dont la traîtrise est une règle de survie et le sens de la répartie, un art maîtrisé. Surtout, il apporte une touche d'émotion aussi bienvenue que surprenante. Que ce soit sa relation avec Salazar ou avec Sparrow, il est toujours juste et reste, décidément, une pierre angulaire de la saga Pirates des Caraïbes.
D'autres personnages des précédents films sont, quant à eux, de retour comme Kevin McNally dans le rôle de Joshamee Gibbs mais aussi pour de petites apparitions, Orlando Bloom en tant que Will Turner et Keira Knightley en Elizabeth Turner.

Pour la musique, et ce pour la première fois dans la saga, Hans Zimmer cède sa place et confie la partition à l'un de ses protégés, Geoff Zanelli, qui l'avait déjà assisté sur le quatrième volet. Geoff Zanelli s'était d'ailleurs déjà fait remarquer pour la musique d'un autre film Disney, La Drôle de Vie de Timothy Green. Ici, il s'attache à demeurer fidèle à l'univers musical de son maître tout en apportant sa petite touche personnelle.
Côté visuel, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est également une grande et belle réussite. Que cela soit les effets physiques très présents avec des décors construits sur mesure qui sont démentiels aux effets spéciaux de toute beauté, le film arrive à éblouir. Même si les idées et le design n'ont rien de neuf, c'est joliment fait et tout se regarde avec grand plaisir.

A la vue du montant total du budget du film précédent de la saga, il n'est pas étonnant que Disney ait été plus que réticent à donner son feu vert à Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar. Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence aurait, en effet, coûté la bagatelle de 378 millions de dollars, ce qui en ferait encore à ce jour le film le plus cher de toute l'histoire du cinéma, même si officiellement le chiffre est revendiqué à 250 millions de dollars. Il est donc compréhensible que les dirigeants de Disney aient voulu faire baisser les coûts, surtout que le quatrième volet est particulièrement cher par rapport à ce qui se voit à l'écran. Mais voilà, ils n'y sont pas vraiment parvenus ! Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar a, en effet, vu son budget porté initialement à 230 millions auxquels s'ajouterait une rallonge de 70 millions de dollars en 2015, notamment suite à la blessure de Johnny Depp sur le tournage bloquant toute l'équipe pendant quinze jours. Le budget s'établit donc officieusement à 300 millions de dollars, certes moins que le quatrième, mais tout de même le deuxième budget de l'histoire du cinéma et le film le plus cher de 2017. Or, quand Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar se compare à des gros blockbusters comme Captain America : Civil War ou Rogue One : A Star Wars Story sortis en 2016 et pourtant moins cher de 50 millions à 100 millions de dollars, les raisons de cette différence ne se voient pas forcément à l'écran... L'abondance de décors et d'effets physiques explique peut-être ce budget pharaonique. Indirectement, il démontre sûrement pourquoi de plus en plus de grandes productions hollywoodiennes préfèrent les fonds verts aux décors en dur, qui plus est en extérieurs. Les effets spéciaux sont, il est vrai, plus faciles à mettre en place et le tournage comporte moins d'aléas. Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar représente en 2017 l'exemple même de films à grands spectacles avec beaucoup d'effets physiques qui sont appelés à se faire de plus en plus rares.

Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar rattrape largement le quatrième opus de la saga qui était totalement insipide. Le film arrive à trouver sa propre émotion et conclut à merveille tous les arcs ouverts précédemment. Il constitue une réelle bonne surprise même s'il lui manque peut-être un zeste d'originalité. La franchise semble avoir ainsi dit tout ce qu'elle avait à dire. C'est d'autant plus vrai que Johnny Depp n'est plus en mesure d'endosser le rôle de Jack Sparrow. Sauf à devoir vouloir absolument se poursuivre (ce que laisse penser la scène post-générique qui crée bien maladroitement un contre-sens avec le dénouement qui vient à peine de se produire), la saga Pirates des Caraïbes s'achève donc, avec Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar, sur une note aussi positive que divertissante.

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