A l’image de son acolyte et ami de toujours Frank Thomas, Ollie Johnston reste
l’un des Nine Old Men les plus appréciés et les
plus reconnus, que ce soit par la profession ou par les fans. Comme
Thomas, il
servit Disney pendant 43 ans, et était capable d’insuffler la vie à une
multitude de personnages, chacun doté d’une sensibilité que lui-seul savait leur
conférer…
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| Ollie Johnston |
Oliver Martin Johnston est né le 31 octobre 1912 à Palo Alto, en Californie,
d’un père, Oliver Senior, professeur à l’Université de Stanford et d’une mère,
Arclissa Boggs, professeure de musique. Troisième enfant et unique garçon de la
famille,
Ollie fut élevé au sein du campus de Stanford. Dès l’âge de trois ans, alors
qu’il visite la Panama Pacific Fair à San Francisco, il se découvre une passion
pour les trains, en plus du sport et de l’électronique. D’une santé fragile
pendant sa jeunesse, son entrée au collège est retardée de quelques mois. Il y
découvre une nouvelle lubie, le dessin, qu’il développe plus en
dehors des cours d’art qu’il reçoit, leur contenu étant loin de ses attentes.
Aimant dessiner des demoiselles, ses parents appréhendent cette voie dans
laquelle Ollie semble s’orienter et dans laquelle un revenu suffisant pour
vivre n’est pas garanti.
En octobre 1931, Johnston entre comme élève à Stanford, dans une classe de
journalisme où il développe son talent dans le journal The Chaparral, ainsi que
dans des cours d’art consistant à peindre des paysages, ou encore dans des cours
de dessin avec de vrais modèles organisés à San Mateo. Il y fait la connaissance
de Frank Thomas, avec qui il partage rapidement une
amitié de toute une vie. En 1933, il sert comme journaliste sportif dans le
Stanford Daily, et comme illustrateur de la page sport du San Francisco Chronicle’s. De passage à Los Angeles avec son équipe de football de Stanford,
il découvre par l’intermédiaire de Thomas les cours de l’Institut Chouinard. Il
quitte bientôt l’université afin de rejoindre son ami, avec qui
il partage une chambre aux côtés de Thor Putnam. Il suit les cours de Pruett
Carter et de Don Graham, puis entre à la Paramount, où il travaille sur un film
de Cecil B. DeMille. Reconnaissant ne pas parfaitement maitriser son art, il
retourne sur les bancs de l’école au bout de quelques semaines.
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| Le Jardin de Mickey |
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Le Rival de
Mickey |
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| More Kittens |
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Blanche Neige et les Sept Nains |
Sur les recommandations de Graham, et encouragé par
Thomas qui y est entré en
septembre 1934, Ollie Johnston postule bientôt pour un emploi aux studios
Disney. Après un essai auprès de George Drake, de qui Johnston ne gardait pas un
bon souvenir, il est engagé le 21 janvier 1935 comme animateur intervaliste. A
ce poste, ainsi que pour la mise au net, il
travaille sur plusieurs courts-métrages dont Le Jardin de Mickey et Le Rival de
Mickey. Vite repéré par
Clyde Geronimi et Fred Moore, il devient le 23 mars 1936 assistant de
ce-dernier, en remplacement de Thomas, devenu animateur junior. Aux côtés de
Moore, Ollie Johnston œuvre sur des films comme More Kittens, Le Petit Indien,
et surtout Blanche Neige et les Sept Nains. Pour le premier long-métrage des
studios Disney, Johnston sert à la mise au net des
dessins de Fred Moore et de ses collaborateurs, et anime quelques morceaux de
séquences comme les nains qui se précipitent sur le sol lorsqu’ils découvrent
quelqu’un dans leurs lits.
Encouragé par Moore, qui conseilla à Walt de le promouvoir, Ollie Johnston
devint animateur junior juste après la production de
Blanche Neige et les Sept Nains. Son premier travail à ce poste fut d’animer Mickey ainsi que certaines
scènes de
foules dans le mythique Brave Petit Tailleur. Devant la qualité de son travail,
Thomas et lui, ainsi que Milt Kahl, furent chargés de
Pinocchio, personnage
principal du long-métrage suivant. Dans le même temps, alors que la production
du grand classique stagnait, il travailla sur d’autres cartoons, dont Le Cochon
Pratique, La Surprise-Partie de Mickey et Chien d’Arrêt. Lorsque la réalisation
de Pinocchio fut remise en marche six mois plus tard, Johnston anima le réveil
de la marionnette, sa tentative de siffler avec son chapeau, son enferment dans
la cage de Stromboli, ainsi que la scène du mensonge, durant
laquelle son nez ne cesse de grandir, au point de devenir une branche sur
laquelle des oiseaux ont nidifié… Complimenté
par Walt (chose rare et précieuse), Johnston vit son salaire augmenté à trois
reprises suite à son travail remarqué sur
Pinocchio.
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| Le Brave Petit Tailleur |
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Pinocchio |
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| Fantasia |
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Bambi |
Ses preuves étaient maintenant faites. Johnston était reconnu et gagnait sa vie.
S’installant dans un appartement d’Hollywood plus grand avec
Frank Thomas, il
est chargé de l’animation des centaures et des centaurettes, ainsi que des
chérubins de la Symphonie Pastorale, séquence de
Fantasia inspirée de la musique
de Beethoven. Il s’inspira en partie des dessins de demoiselles qu’il faisait à
l’école, et surtout, des représentations de Fred Moore. Dans le même temps, il
rencontre Mary Worthey, jeune employée du département encrage, qu’il invite lors
de la grande première de Fantasia, en novembre 1940, et qu’il épouse presque
deux ans plus tard. En 1945, ils emménageaient ensemble dans la maison qu’ils
avaient fait construire sur une moitié de terrain achetée à Flintridge. La
seconde moitié appartenait quant à elle à Frank et Jeanette
Thomas.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Ollie Johnston fut l’un des rares animateurs
à travailler sur Bambi, dès avril 1940. Animant le faon ainsi que son amie Faline, son travail le plus mémorable reste sans doute le lapin Pan-Pan, à qui
il fait dire que la fleur est meilleure que la verdure, ce qui lui vaut une
réprimande de sa maman, qui lui demande ce que son père lui a
dit le matin-même. Exaspéré par cette leçon de morale, le petit lapin met alors
ses pattes derrière son dos et récite les paroles de son paternel. Alors que le
conflit rattrape les Etats-Unis, Johnston travaille sur plusieurs films de
propagande destinés à entretenir l’effort de guerre du pays et mobiliser la
population. Il collabore à Victory Through Air Power,
Raison et Emotion, ou encore
Chicken Little, ainsi qu’aux
Trois Caballeros, où il anime Donald recevant un
baiser de
la part de la chanteuse Aurora Miranda.
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| Les Trois Caballeros |
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La Boîte à Musique |
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| Susie, le Petit Coupé Bleu |
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Peter Pan |
Après le second conflit mondial, Ollie Johnston, comme l’ensemble des studios
Disney, revint à des tâches moins belliqueuses. Il fut en charge du personnage
principal de Pierre et le Loup, séquence incluse dans
La Boîte à Musique, du
Petit Toot et
Johnny Pépin de Pomme dans
Mélodie Cocktail, des animaux de
Mélodie du Sud, et de plusieurs personnages du
Crapaud et le Maître d’Ecole,
notamment le remarquable procureur de la partie inspirée des aventures du Baron Crapaud. Par la suite, il anima
Susie, le Petit Coupé Bleu, Anastasie et Javotte
dans Cendrillon, Alice dans
Alice au Pays des Merveilles, Wendy et Monsieur
Mouche dans Peter Pan. Décontenancé par l’animation des deux héroïnes, dont le
caractère est d’une platitude déconcertante, Johnston s’amusa davantage avec les
deux demi-sœurs et Mouche, pirate empoté et maladroit, quelque peu porté sur la
bouteille, et qui tente de faire au mieux pour satisfaire les ordres du
Capitaine Crochet, s’attirant davantage ses foudres que son estime. Il supervisa
également Benjamin Franklin dans le cartoon
Franklin et Moi, Lady, Jock et César
dans La Belle et le Clochard, les trois bonnes fées dans
La Belle au Bois
Dormant, dont il partagea la création avec Frank Thomas, ainsi que plusieurs
séquences du Mickey Mouse Club, en particulier les introductions avec Mickey
jouant du lasso ou du piano.
Les travaux les plus remarquables de Johnston étaient encore à venir. L’un
d’entre eux est l’animation de Pongo et Perdita dans
Les 101 Dalmatiens. Il leur
insuffla une profondeur et une sensibilité incroyable dans cette séquence où,
terrorisée par Cruella d’Enfer, Perdita, enceinte, se cache sous le fourneau,
bientôt rejointe par Pongo qui se glisse comme il peut pour lui remonter le
moral et apaiser ses inquiétudes fondées. Johnston donna également beaucoup de
vie au personnage de Nanny. Dans Merlin l’Enchanteur, il fut en charge du
personnage principal et d’Arthur, mais surtout du hibou grincheux Archimède, l’un des rôles les plus réussis du film. La scène du fou-rire de l’animal reste
encore aujourd’hui dans les annales. S’ajoutent à
son travail les pingouins de la partie animée de
Mary Poppins, ainsi que sa
remarquable contribution au Livre de la Jungle, où il donna vie à Baloo chantant
« Il en faut peu pour être Heureux », ainsi qu’à la jeune fille. Supportant le
film avec des gens comme Frank Thomas,
Milt Kahl et John Lounsbery, au moment où
Walt Disney disparaissait, il parvint à établir une relation fraternelle entre
l’ours de Mowgli qui reste, là-encore, une pièce d’animation sensationnelle.
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| Franklin et Moi |
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Mickey Mouse Club |
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| Les 101 Dalmatiens |
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Merlin l’Enchanteur |
Sa meilleure animation reste sans nul doute celle du Prince Jean et de Triste
Sir dans Robin des Bois. Il parvint à insuffler à ses personnages toute la
méchanceté et la terreur indispensable à des vilains de renom, mais également
toute la comédie et la drôlerie nécessaire pour les aimer. Ajouter à cela les
voix originales de Peter Ustinov et Terry Thomas dans la version originale, ou
celles de Philippe Dumat et Roger Carel dans la version française, et vous
obtenez deux des plus grands personnages du Panthéon Disney.
La fin de la carrière d’Ollie Johnston est marquée par deux films :
Les
Aventures de Bernard et Bianca et Rox et Rouky. Pour le premier, il participa à
l’animation des deux souris, ainsi qu’à celle de la petite Penny, et de
l’albatros Orville. Mais surtout, il
donna vie au personnage de Rufus, le chat de l’orphelinat, seul véritable ami de
la petite fille. A nouveau, dans une scène finalement courte, il apporta la dose
d’humanité si caractéristique de son travail, établissant une relation
privilégiée entre le félin et l’enfant, indispensable pour que le public prenne
pitié pour elle. En plus du caractère du chat, il donna également certains de
ses caractéristiques physiques à Rufus, notamment sa moustache et ses lunettes.
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| Mary Poppins |
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Le Livre de la Jungle |
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| Robin des Bois |
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Les Aventures de Bernard et Bianca |
Rox et Rouky marqua la fin de carrière d’Ollie Johnston, ainsi que celle de
Frank Thomas. La majorité des autres Nine Old Men étaient morts ou en retraite,
comme presque l’ensemble des vétérans des studios Disney. Une nouvelle
génération d’artistes avait investi la place. Il était temps de se retirer.
Johnston et Thomas prirent leur retraite ensemble le 31 janvier 1978. Ce n’était
pas une fin en soi. Johnston continua d’entretenir sa passion pour les trains
qu’il avait partagé avec Walt Disney et Ward Kimball, notamment en construisant plusieurs marquettes, dont une
reproduction grandeur nature, de locomotives et wagons dans son jardin. Il
participa à de nombreuses conventions et autres conférences, partageant son
expérience avec de jeunes artistes, et communiqua également son savoir et ses
souvenirs dans plusieurs ouvrages écrits en collaboration avec
Frank Thomas, de Two Funny for Words aux
Méchants de Disney, en passant par
Bambi : The Story and
the Film et Disney Animation : The Illusion of Life, une référence. En 1993, il
était la vedette, toujours avec son ami Thomas, du documentaire
Frank & Ollie,
réalisé par le fils de ce-dernier. En 1999 et 2004, il prêtait respectivement sa
voix à deux personnages du Géant de Fer et des
Indestructibles de Brad Bird, à
qui il avait donné son apparence.

Couronné d’un Disney Legend Award en 1989, au même titre que l’ensemble des Nine
Old Men, il recevait en 2005 la Médaille Nationale des Arts des mains du
Président George W. Bush, récompense ultime honorant les artistes américains. Dernier vieux monsieur encore en vie après la mort de
Frank Thomas le 8
septembre 2004, Ollie Johnston disparaît le 14 avril 2008. Dans
l’ouvrage de référence de John Canemaker, Andreas Deja rappelait la devise d’Ollie
Johnston : « Le but n’est pas d’animer des dessins. L’objectif est de donner vie
à des sentiments ! ». Cela résume bien la philosophie du dernier grand animateur
de la vieille génération des studios Disney…