Depuis sa création, la Walt Disney Company a toujours alterné périodes
fastes, où tout semble lui réussir, et grosses turbulences, où la
question même de sa survie est posée. Le grand Walt n’a d’ailleurs pas
échappé à cette vie mouvementée puisqu’il a dû, en personne, faire face
à de graves crises aussi bien financières que sociales ou artistiques
(parfois les trois à la fois !).Depuis 20 ans, la firme de Mickey a ainsi vécu une véritable révolution
industrielle et culturelle. Sous l’impulsion de Michael Eisner, la
petite compagnie au château enchanté, mais poussiéreux, s’est, en effet, muée en un
groupe puissant de loisirs et médias, dont le périmètre d’activité n’a
eu de cesse de croître. L’ambition affichée était d’atteindre et de
dépasser la taille critique pour se mettre à l’abri de n’importe quel
acteur du marché. Mieux, Disney devenait un féroce prédateur à l’appétit
jamais rassasié. Tout y est ainsi passé ! Le marché de l’animation, cœur
de métier de la compagnie, a été, après quelques atermoiements, choyé
pour maintenir les productions Disney au firmament, en nouant,
notamment, un accord habile pour la 3D à une époque où personne n’y
croyait vraiment. La branche « cinéma » s’est ouverte, quant à elle, à
d’autres labels bien éloignés de la cible originelle visée par la
signature « Walt Disney ». Les médias – à commencer par la télévision –
ont, pour leurs parts, subi les assauts de Mickey et ses amis prompts à
absorber bon nombre de chaînes puissantes et emblématiques (ABC, ESPN…).
Les parcs à thèmes, enfin, ont été dupliqués à travers le monde sur des
marchés développés (Europe, Japon) comme émergents (Chine).
Devenue un véritable empire, la Walt Disney Company semble alors mise à
l’abri des soubresauts et instabilités dont elle s’était faite une
spécialité depuis sa création. En réalité, le développement à marche
forcée imposé –souvent avec inspiration– à la belle endormie par Michael
Eisner cachait des ratés et bombes à retardement potentiellement
mortels. La joint-venture avec Pixar a ainsi dépossédé Mickey de sa
suprématie dans le monde de l’animation, la « lampe de bureau » faisant
de l’ombre au « château enchanté ». Pendant ce temps, le label cinéma Walt Disney est
moribond, tout entier délaissé au profit de ses petits frères (Touchstone,
Hollywood Pictures, Miramax…). Les chaînes pilotées par la compagnie aux
grandes oreilles, ABC notamment, enregistrent, quant à elles, contre-performances sur
contre-performances en matière d’audiences et sont boudées par le public.
Les parcs à thème, enfin, souffrent d’un manque de moyens et
d’attentions évident : le resort parisien, plombé par un deuxième parc
indigne de sa marque, n’en finit pas avec les pertes, Animal Kingdom et
Disney California déçoivent les analystes tandis que le parc chinois est
à la peine.
La Walt Disney Company semble alors souffrir du syndrome de « la
grenouille qui a mangé le bœuf ». La digestion des achats et
développements à outrance s’annonce délicate ! Roy Disney entre dans la
danse et dénonce les errances de gestion. Michael Eisner s’entête. Il
est finalement débarqué, sans gloire. Histoire de le ménager tout de
même, Bob Iger, son bras droit et parfait contraire (tant il est peu
charismatique), lui succède. La solution apparaît alors transitoire,
juste le temps de trouver le chevalier blanc de la firme de Mickey.
Et l’exceptionnel se produit ! L’homme de l’ombre, affable et discret,
se révèle fin négociateur et tout empli de l’esprit même de Walt Disney. Pixar est ainsi absorbé et John Lasseter appelé à la rescousse de la
division animation toute entière. Le label cinéma Walt Disney est
relancé et reprend sa suprématie sur ses petits frères, Touchstone en
tête. Bob Iger ménage même son image auprès des fans disneyens au point
de faire racheter les droits du lapin Oswald dont Walt Disney avait été
abusivement dépossédé dans les années 30, juste avant de créer Mickey.
Angélique, le nouveau président de Disney ? Pas vraiment, il n’hésite
pas à trancher dans les effectifs et à assainir les comptes en imposant
ici et là des économies budgétaires impressionnantes.
Bob Iger pose en fait actuellement les bases d’une nouvelle Walt Disney
Company : un empire solide dans chacun de ses domaines d’activité et
digne de la signature de son créateur. L’avenir nous dira si cette
conception est pérenne…