Chacun sait que derrière chaque grand homme se cache une femme. Que serait
Pierre Curie sans sa femme Marie, Franklin Roosevelt sans sa chère Eleanor,
…Walt Disney, lui-aussi, avait derrière lui le soutien d’une femme : Lillian.
Née le 15 février 1899, à Spalding, Lillian Bounds rencontra pour la première fois
celui qui allait devenir son mari en 1923. A cette époque, Walt, qui avait créé
ses studios avec son frère Roy, cherchait une seconde assistante. Il demanda
alors à sa secrétaire, nommée Kathleen, si elle connaissait quelqu’un pour le
poste. Celle-ci lui présenta alors une jeune femme arrivée depuis peu de son
Idaho natal, Lillian Bounds. Dans la biographie qu’elle fit de son père, Diane
Disney Miller raconte, avec amusement, qu’avant de lui proposer le poste,
Kathleen, expliqua à Lillian qu’il ne fallait surtout pas s’attendre à être payé cher, et surtout, qu’il ne fallait qu’elle s’attende à « épouser le patron
». Ironie de l’histoire, un soir de 1924, alors que Walt Disney et Lillian
travaillaient tard, ils échangèrent leur premier baiser. Et en 1925, lorsque
Walt put enfin s’offrir un costume à 40 dollars, il lui demanda sa main. Lillian
devint alors la femme de celui qui allait devenir l’un des plus grands cinéastes
d’Hollywood ! Dès lors, elle cessa de travailler pour son mari, abandonnant son
poste de secrétaire et d’encreuse, et se consacra entièrement à la fondation
d’un foyer.

Lillian Disney eut un rôle clé dans la réussite de son mari. Walt avait une
grande confiance en elle, et elle fut pour lui un soutien de poids, surtout dans
les moments difficiles. Et il est juste de rappeler à quel point cette femme
joua un grand rôle dans la vie de Walt Disney, à quel point elle fut une épouse
remarquable, et à quel point elle se sacrifia pour son mari.
Tout le monde connaît son rôle historique dans la création de Mickey Mouse. En
effet, lorsque Charles Mintz vola le personnage d’Oswald le Lapin chanceux à
Walt Disney, ce dernier imagina alors un tout nouveau personnage, et écrivit un
tout nouveau scénario, inspiré de la traversée de l’Atlantique effectuée par
Charles Lindbergh, et qu’il avait intitulé
Plane Crazy. Dès son retour de New
York, il demanda à sa femme d’être son premier public. Il lui exposa alors sa
nouvelle histoire, et lui présenta sa petite souris. Lillian lui avoua alors
qu’elle n’avait pas du tout accroché à l’histoire, non pas à cause du script,
mais à cause du nom du petit personnage, Mortimer. Disney retravailla alors son
histoire, et changea le nom du rongeur en Mickey Mouse. Cette fois-ci, Lillian
Disney fut conquise, et c’est ainsi que la future star des studios fut nommée
Mickey, et pas Mortimer ! Certaines sources, notamment les plus officielles,
affirment même que c’est elle qui proposa le nom de Mickey.

Autre exemple du dévouement de sa femme. Lorsque Walt Disney souhaitait demander
davantage d’argent à son frère pour la production de ses premiers
courts-métrages, là encore, il se tournait vers Lillian, à qui il confiait la
mission de trouver Roy, afin qu’il débloque plus de fonds. Toujours à la
recherche d’argent, à une époque où le succès commençait tout juste, Lillian
Disney participa aux sacrifices de son mari. Ainsi, elle accepta par exemple que
la voiture dans laquelle Walt la ramenait chaque soir chez elle, et dans
laquelle il l’avait séduite, fut vendue, afin de financer les projets de son
mari.
Lors des grandes avant-premières, là encore, Lillian Disney était un soutien de
poids pour son mari. Ainsi, lors de la première de
Blanche Neige et les Sept
Nains, organisée au Carthay Circle Theatre de Los Angeles en décembre 1937, elle
était présente, aux côtés d’un Walt terrifié de voir quel accueil le public
ferait au premier long-métrage d’animation sonore et en couleur de l’histoire du
cinéma. Lorsqu’en 1964, Walt Disney présenta
Mary Poppins, son autre grand
succès, elle était encore là.

Lillian Disney était également de tous les voyages de son mari. Lorsque Walt
Disney fut convié en Europe, en 1935, pour recevoir une médaille d’honneur de la
part de la Société des Nations, elle était là. Lorsqu’en août 1941, Disney «
s’exila » pendant quelques semaines en Amérique latine, afin de s’éloigner de la
grève qui faisait rage à la porte de ses studios, et dans le but d’assurer la
politique de bon voisinage avec l’Amérique du Sud, là encore, elle était là. Elle
apparaît d’ailleurs plusieurs fois dans le reportage qui relate ce voyage,
Au
Sud de la Frontière avec Disney.
Enfin, elle accepta la passion de Walt pour les trains miniatures, passion
pour laquelle il consacrait énormément de temps. Et surtout, lorsque Walt
commença à retourner le jardin familial pour construire son propre réseau de
chemin de fer, là encore Lillian fut clémente.

Mais tout n’était pas rose dans la vie du couple. Obnubilé par son travail,
Lillian Disney supportait notamment très mal les nombreuses absences de Walt. En effet, ce dernier, surtout pendant les premières années, passait ses
journées, et parfois ses nuits dans ses studios, avec ou sans ses artistes, à
superviser les moindres détails de chacune de ses productions. Lillian, d’après
le témoignage de sa fille, souffrait énormément de ces absences. Elle ne se
privait d’ailleurs pas pour montrer son mécontentement. Diane Miller racontait
notamment qu’un matin, elle trouva ses parents, assis dans la cuisine, en train
de prendre leur petit-déjeuner. Au mur, une étrange trace marron dégoulinait…
Plus tard, sa mère lui avoua qu’elle venait tout juste de jeter une tasse de
café à la tête de son mari, montrant ainsi sa colère contre celui qui
privilégiait son travail aux dépens de sa famille.
Afin d’adoucir sa solitude, Walt Disney invita tout d’abord sa belle-mère à
venir s’installer avec eux, à Los Angeles. Un autre soir, alors qu’il rentra
encore une fois très tard, il trouva sa femme, l’attendant avec une
certaine nervosité. Il décida alors de lui trouver un compagnon. Il lui demanda
quelle sorte de chien lui plairait. Elle répondit un chow-chow, car c’était une
race de chien qui, selon elle, ne sentait pas trop mauvais. Dans les semaines
qui suivirent, elle n’entendit plus parler de chien. Ce qu’elle ne savait pas,
c’est que Walt lui avait acheté le chien qu’elle avait « demandé », et qu’il
l’avait donné à Roy, pour qu’il le garde jusqu’à Noël. Le matin, lorsque Lillian
trouva une boîte à chapeau au pied du sapin, elle fut très contrariée de voir
que son mari lui avait choisi un couvre-chef sans l’avoir consultée. Lorsqu’elle
ouvrit la boîte, elle y trouva le petit chiot, bientôt baptisé Sunnee. Quelques
années plus tard, cette scène de leur vie de couple inspira les premières
minutes de La Belle et le Clochard ! Lillian et Walt adorait le chien qui, comme
dans le film, dormait avec eux chaque nuit !

Possédant un tempérament bien trempé, Lillian Disney souffrait d’une trop grande
jalousie. En effet, elle était jalouse du public. Elle ne voulait plus partager
son mari avec les fans. Plusieurs fois, d’ailleurs, elle le fit remarquer à son
mari. Il n’était pas rare, par exemple, qu’elle exprime aux journalistes sa
colère, son inintérêt pour certains projets de son mari. Elle avoua par exemple
de nombreuses fois qu’elle n’aimait pas le projet
Disneyland qui, selon elle, était un
gouffre financier. Elle détestait aussi les soirées, au cours desquelles Walt la laissait souvent seule dans un coin pour rencontrer ses
partenaires ou son public. Cependant, elle fit preuve d’un grand dévouement, et
malgré ses colères remarquables, jamais elle ne se désolidarisa de son époux.

Après la mort de son mari, le 15 décembre 1966, Lillian tenta de poursuivre le
rêve de son mari. Elle s’investit notamment dans la création de
Walt Disney
World, en Floride, aux côtés de Roy. Elle fut d’ailleurs présente, lors de
l’inauguration du parc, en octobre 1971. Onze ans plus tard, elle assistait à
l’ouverture d’E.P.C.O.T., toujours en Floride. Elle participa également à la création
de CalArts, l’institut des Arts de Californie que Disney voulait mettre sur
pied, et qui ouvrit en 1971. Elle fit de nombreux dons, notamment pour la
rénovation du théâtre de l’école. Le 12 mai 1987, enfin, elle fit un don de 50
millions de dollars pour la construction d’une nouvelle salle de concert à Los
Angeles. Le Walt Disney Concert Hall ouvrit finalement en octobre 2003.
Walt Disney est resté, pendant toute sa carrière, indissociable de sa femme,
Lillian. Dans de nombreuses interviews, il expliquait à quel point il l’aimait.
Lillian, de son côté, montrait chaque jour à quel point cet amour était
réciproque. Walt Disney rendit souvent hommage à sa femme. Dans
La Belle et le Clochard, avec
l’épisode de Noël, mais également à travers sa passion des trains. Il baptisa
notamment son train Lilly Belle, en l’honneur de sa femme, nom qui fut ensuite
reprit pour la locomotive du train du Walt Disney
World Railroad.

Celle que Walt Disney surnommait avec moquerie « Madam Queen » est morte le 16 décembre 1997, 31 ans et un jour après son mari. En 2003, son courage et son dévouement lui valurent d'être honorée à titre posthume d'un Disney Legends Award, la récompense "suprême" donnée à ceux qui contribuèrent au succès des studios Disney. Presque 11 ans jour pour jour après sa mort, il était temps de rendre hommage à cette femme de l’ombre, sans laquelle la carrière de Walt Disney n’aurait peut-être pas été ce qu’elle fut…