Walt Disney a très vite compris l’intérêt du média télévision pour le
développement de son studio et au delà de sa compagnie. Dès les années 50, il
négocie ainsi une présence hebdomadaire sur une grande chaine américaine et
concocte des programmes spécifiquement dédiés au petit écran. Le succès est
immédiat. Présentant lui-même, l’émission, Walt Disney devient l’oncle de
millions de familles américaines.
Outre des séries, feuilletons ou téléfilms, le papa de Mickey fabrique
spécialement pour la petite lucarne des stars maison dont l’étiquette Disney
constitue le dénominateur commun. Sans avoir au départ tout à fait prévu la très
forte et rapide addiction des téléspectateurs aux présentateurs et acteurs
Disney trustant notamment l’émission du
Mickey Mouse Club, Walt Disney reprend à
son compte le phénomène et le marque de son empreinte. Il décidera ainsi d’avoir officiellement (le titre est
là assumé !) une ambassadrice Disneyland destinée à porter haut et fort les couleurs de son seul parc à
thèmes. Il n’empêche ! La première égérie Disney reste dans le cœur du public
américain : Annette Funicello. Pur
produit Disney, à la fois, actrice, chanteuse et danseuse, elle devient malgré
elle l’emblème de la firme de Mickey pour de nombreuses années. L’impact sur le
grand public d’une ambassadrice Disney est tel que l’inconscient collectif pense qu’il y en a toujours eu ! Or, c’est
loin d’être le cas et de longues périodes se passent sans que Disney n’en ait
officiellement une. En revanche, quand il y en a une, le « process de
fabrication» est mieux établi, son statut étant formalisé strictement.

En France, le phénomène arrive beaucoup plus tard. Déjà, le développement du
média télévision a pris du retard par rapport aux Etats-Unis. Il faut attendre
ainsi la fin des années 70 pour voir la filiale hexagonale de Disney montrer
des velléités pour truster le petit écran. Elle rencontre cependant des difficultés
politiques et culturelles pour se faire une place au soleil. Dans les années 60,
la télévision française se résume en effet à l’O.R.T.F. La notion de concurrence
n’existe pas, les deux chaines sont publiques, les programmes validés par des
politiques plus enclins à favoriser leur « amis » producteurs qu’à coller aux
attentes du public. Le mot d’ordre est la priorité absolue au développement de
la production audio-visuelle française, l’intrusion de programmes américains est
notamment vue d’un très mauvais œil.

En 1975, l’O.R.T.F. est éclaté en trois chaines (T.F.1, Antenne 2 et F.R.3),
qui demeurent publiques mais deviennent indépendantes les unes des autres. La
concurrence commence à naitre entre elles, l’étau culturel « made in France » se
desserre quant à lui peu à peu. Disney profite de l’opportunité pour se faire une
place dans le paysage audiovisuel français qui montre de beaux signes de réveil.
Sa filiale française vend ainsi certaines de ses séries aux chaines hexagonales
et importe alors les recettes éprouvées de sa maison mère.

Sans mettre immédiatement sur le marché une ambassadrice Disney au sens strict
du terme, (Disney France n’a pas encore en effet la volonté de « fabriquer » une
représentante officielle !) elle fait en sorte de s’assurer une présence dans
les émissions de variétés dont l’audience familiale est sa cible de prédilection. Pour
cela, il est décidé de faire appel à l’icône des enfants alors en devenir,
Chantal Goya.

Deux ans après son immense succès « Adieu les jolis foulards », la chanteuse
sort ainsi, en 1977, un album Disney « Allons chanter avec Mickey ». Les
résultats commerciaux sont vite impressionnants. Chantal Goya assure la promotion du disque à la télévision
toujours accompagnée, au minimum des characters Mickey et Minnie. Lui sont
associés également, Bernard et Bianca, et même Orville (qui ne ressortira plus
jamais après !) assurant par la même une publicité à peine clandestine pour le
nouveau Grand Classique Disney du moment :
Les Aventures de Bernard et Bianca. La synergie Disney
est désormais en marche à la télévision française !

Chantal Goya ne correspond pourtant pas au standard américain des ambassadrices
Disney. A 35 ans, elle est, en effet, déjà trop âgée pour prétendre au titre et
conserver sa place. Elle dispose en outre d’une belle carrière à son actif, au
cinéma notamment, qu’elle ne doit absolument pas à Disney. Enfin, elle est en
train de se constituer le personnage de Marie Rose dont la firme de Burbank n’a
que faire mais accepte bon gré, mal gré de voir nommé dans l’album, et
notamment dans les paroles d’ « Allons chanter avec Mickey ». La prestation de
Chantal Goya pour Disney s’apparente ainsi plus à un test grandeur nature qu’à
une réelle volonté d’en faire une ambassadrice de la marque, au sens américain
de la fonction. L’expérience sera ainsi un « one shot ». La rupture se fait
toutefois en douceur, trois titres Disney apparaissant en effet dans l’album
suivant de Chantal Goya « La poupée » sorti en 1978 : Riri Fifi Loulou,
Eliot le
Dragon et Donne la Patte Shaggy Dog ; les deux derniers appuyant d’ailleurs la
sortie de deux films Disney Peter et Elliott le Dragon et
Un Candidat au Poil.

À la fin des années 70, Disney France teste donc avec Chantal Goya le marché
tricolore et constate qu’il est enfin mûr pour accueillir une ambassadrice
Disney. Elle s’affaire aussitôt après pour lui trouver une remplaçante que, curieusement,
elle n’envisage pas encore de fabriquer de toute pièce. Elle jette ainsi son
dévolu sur Dorothée, une star montante des émissions jeunesse qui fait les beaux
jours de la deuxième chaine, Antenne 2...

(Ce billet a été écrit avec la précieuse aide de Stan du forum
Chère Dorothée)