Anne claque la porte de Disney sur un coup de
tête. Du haut de ses tout frais dix-huit ans, elle s’est, en effet, lassée
d’être l’égérie des enfants et aspire à une vie plus sereine. A la surprise
générale, elle refuse donc de reconduire son contrat auprès de la filiale
française de Mickey alors même qu’elle n’avait donné aucun signe avant coureur
de ses intentions. La rupture est si brutale et inattendue qu’elle ne sera
jamais en mesure de prendre congé dignement des téléspectateurs ou même de dire
« au revoir » à Jean-Pierre Foucault son co-animateur du Disney Parade, et grand
nom de la télévision française.

Le staff de Disney France est sonné tant il ne s’attendait à perdre sa «
poule aux œufs d’or » si bien installée dans le cœur des Français. Il convient
donc de lui trouver une remplaçante. La démarche n’est pas en soi difficile.
Elle est même inscrite dans les gènes de la Firme de Burbank qui a pour habitude
d’anticiper le remplacement de ses égéries, histoire de toujours coller aux
attentes de son public. Mais là, le tsunami est puissant ! En fait, aucun plan B
n’était prêt pour remplacer Anne : il était
inimaginable pour Disney France que la jeune fille fasse table rase de son
succès d’un simple revers de la main, ou plus prosaïquement à la suite d’un
caprice existentiel. La filiale essaye donc de raisonner celle qu’elle voit
toujours comme une adolescente pour la faire revenir sur sa décision. Sans
succès. Pire, un temps précieux est perdu par des négociations qui n’aboutiront
jamais. C’est donc en catastrophe qu’un casting est organisé pour dénicher
l’ambassadrice qui aura la lourde tache de faire oublier
Anne. Comme les circonstances, le défi est lourd à relever. Trop sans doute.
Est-ce à dire que cela excuse presque le choix fort discutable de la nouvelle
jeune fille ? A n’en pas douter ! Elle apparait, en effet, vite a minima tant
elle pêche par un manque de personnalité, un amateurisme et un effacement que le
public ne lui pardonnera jamais. « Ils ont changé Anne
pour ça ?! » La critique est sévère mais les foyers français tolèrent décidément
toujours mal un changement qu’ils ne comprennent pas. Pourtant, Disney France va
s’acharner à la faire accepter. Patiemment. De 1994 à 1997, Séverine Clair,
puisque c’est d’elle dont il s’agit, va s’évertuer à jouer les pots de fleurs aux
cotés d’un Jean-Pierre Foucault qui cannibalise, bien malgré lui, la
présentation de Disney Parade. Trois albums sont également mis sur le marché
pour augmenter ses attaches avec le public. Tous constitués de reprises sans
imagination de chansons Disney, ils confirment incidemment l’incapacité de la
jeune fille à exister par elle-même. Elle ne parvient, en effet, pas à se créer
une personnalité propre. Dès lors, le public ne la considère plus. Séverine
Clair s’enlise dans le rôle peu glorieux de simple tête de gondole d’hypermarché,
sans saveur, usée.


Après un investissement aisément qualifiable d’acharnement thérapeutique,
Disney France est contrainte de se rendre à l’évidence : la sauce ne prend pas ;
le public continue de regretter Anne. La filiale
siffle donc, elle-même, la fin de la récré. Séverine Clair est renvoyée sans
aucune autre forme de procès aux affres de l’anonymat. Rien ne lui sera
décidément épargné côté humiliation : elle est, en effet, remplacée par,
Mélanie, une fillette de onze ans ! Elle se console sans doute en constatant que
l’intérim ne dure qu’une petite année ! Disney Parade est, il est vrai, retiré
de l’antenne de TF1 ôtant toute exposition digne de ce nom à l’apprentie égérie.
Aussitôt invitée à tirer sa révérence, son départ marque la fin des
Ambassadrices Disney en France.

Les années 2000 pointent donc le bout de leur nez sans représentante
officielle de Disney à la télévision. Le poste reste vacant depuis et sans doute
durablement. Mondialisation aidant, l’espace est désormais occupée par les
égéries Disney américaines. Pourquoi en effet chercher à investir dans une
ambassadrice tricolore quand les Miley Cyrus, Selena Gomez ou Demi Lovato et
avant elles, Lindsay Lohan, Anne Hathaway ou Hilary Duff font rêver les petites
françaises et, accessoirement, tourner le tiroir caisse…

L’oncle Picsou ne rate décidément pas une occasion de réduire les coûts pour
gagner toujours plus !