Surnommé « Woolie » par ses amis et collègues, Wolfgang Reitherman est né le 26
juin 1909 à Munich, en Allemagne, ce qui fait de lui le seul des Neuf Vieux
messieurs à ne pas être Américain. Dernier d’une fratrie de sept enfants, sa
famille quitta l’Europe pour des raisons politiques en 1911, et s’installa en
Amérique, à Kansas City, où vivait déjà l’un des oncles de Reitherman. Hasard
formidable de l’Histoire, le nouveau domicile des Reitherman se trouvait à
quelques pâtés de maison de celui des Disney ! Quelques années plus tard, ils
bougèrent à nouveau pour se fixer à Sierra Madre, le long des montagnes de
Californie dans lesquelles Reitherman passaient beaucoup de temps avec son frère
Alfred, oubliant souvent de rentrer à l’heure pour le souper. C’est ici
également qu’il vola pour la première fois à bord d’un avion, apprenant
davantage à piloter en regardant son frère qu’en prenant des leçons en bonne et
due forme.
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| Wolfgang Reitherman |
La carrière artistique de Wolfgang Reitherman commença très tôt. Dès le collège,
en effet, il passait son temps à dessiner pendant les cours et les examens,
rendant les sujets couverts de croquis à son professeur qui l’encourageait à
développer son talent. C’est au Chouinard Art Institute qu’il fut repéré par un
de ses professeurs de peinture, qui lui conseilla alors de postuler chez Disney
qui, pendant cette période de Dépression, était le seul studio à embaucher des
artistes. C’est ainsi que Reitherman intégra les studios de Mickey, le 21 mai
1933 en tant qu’animateur. A ce poste, il fut au départ en charge de l’animation
de plusieurs personnages somme toute assez mineurs pour les courts-métrages de
la série des Silly Symphonies, à l’instar des
Petits Lapins Joyeux préparant
Pâques, avant de s’atteler à des dessins animés plus remarqués, comme Tow-Gun
Mickey, La Petite Poule Avisée, La Fanfare, Elmer l’Eléphant ou encore
Jazz Band
contre Symphonie Land. C’est en travaillant sur le personnage de
Dingo que Reitherman développa surtout ses talents d’animateurs, reprenant le personnage
défini par Arthur Babbitt, dans des courts-métrages comme Nettoyeurs de
Pendules, Vacances Hawaïennes,
Dingo et Wilbur,
Le Planeur de Dingo ou encore
Leçon de Ski.
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| Elmer l’Eléphant |
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Jazz Band contre Symphonie Land |
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| Le Planeur de Dingo |
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Leçon de Ski |
Devenu rapidement l’un des meilleurs animateurs des studios Disney, aux côtés de
pointures comme Vladimir Tytla, Fred Moore, Grim Natwick, Les Clark, Frank Thomas ou encore Ollie Johnston, il fut rapidement intégré au projet
Blanche
Neige et les Sept Nains, et se vit confier la tâche de donner vie au Miroir
Magique. Défi de taille s’il en est, Reitherman racontait souvent à quel point
les séquences du Miroir étaient difficiles à réaliser… Passer des pitreries de
Dingo aux prophéties de ce nouveau personnage était un défi de taille. En effet,
en lieu et place d’un personnage, il devait animer un masque sans pupille, sans
corps, sans membre capable de faire apparaître le moindre sentiment. Faisant et
refaisant sans cesse les deux scènes dans lesquelles son personnage apparaît, il
trouva alors une astuce qui facilita son travail. Il ne dessinait qu’une moitié
du visage, repliait sa feuille d’animation, et décalquait l’autre moitié,
obtenant ainsi un visage parfaitement symétrique. Satisfait de son travail, Reitherman racontait à quel point il fut choqué de le voir presque effacé par
les effets de fumées et autres déformations voulues par Disney pour amplifier le
côté magique du Miroir. Passé du rang d’animateur à directeur de l’animation, il
fut d’ailleurs aussi déçu de voir sa nouvelle création, le géant des mers
Monstro dans Pinocchio, que devait à l’origine animer Vladimir Tytla, également
« noyé » sous une myriade d’effets spéciaux ! Ironie de la production,
Reitherman, en plus du personnage le plus imposant du film, anima également
quelques scènes de Jiminy Cricket, le plus petit, en particulier celle au cours
de laquelle le grillon lit à la marionnette la lettre envoyée par Geppetto,
prisonnier dans le ventre de la baleine.
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| Blanche Neige et les Sept Nains |
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Dumbo |
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| Le Dragon Récalcitrant |
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Saludos Amigos |
Wolfgang Reitherman travailla par la suite sur presque toutes les productions
Disney, animant tantôt les dinosaures imposants du Sacre du Printemps dans
Fantasia, tantôt des personnages plus petits, à l’instar de la souris Timothée
dans Dumbo, retrouvant ensuite son personnage de
Dingo dans
Dingo Fait de
l’Equitation, extrait du Dragon Récalcitrant, et
Saludos Amigos. Sa carrière
chez Disney fut momentanément stoppée par la Seconde Guerre Mondiale. En effet,
après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, il s’engagea dans les forces de
l’armée de l’air américaine, et participa à des opérations en Birmanie, en
Chine, ou encore en Inde. En 1946, la guerre terminée depuis quelques mois, il
fut décoré et finalement démobilisé. Il était alors major. La même année, il
épousait Janie McMillan, en poste à Manille en tant qu’hôtesse de l’air en chef
et comme formatrice dans l’armée, retournait aux Etats-Unis, et reprenait sa vie
de simple citoyen. Sur le point de devenir père, il réintégra les équipes de
Disney à la fin du mois d’avril 1947, reprenant son poste de directeur de
l’animation sur les projets en cours, notamment Mickey et le Haricot Magique,
intégré au film d’anthologie Coquin de Printemps, et
Le Crapaud et le Maître
d’Ecole, pour lequel il anima brillamment le Cavalier sans Tête, dont la course
poursuite à travers la forêt ténébreuse de Sleepy Hollow reste aujourd’hui comme
l’une des plus belles pièces d’animation de l’époque. Dans les années 1950,
Reitherman, devenu le spécialiste des scènes d’action, oscilla à nouveau entre
petits et grands personnages, animant les souris Gus et Jaq qui essaient
d’apporter la clé de sa chambre à Cendrillon, prisonnière de sa marâtre,
supervisant la scène de la destruction de la maison du Lapin Blanc par la géante
Alice dans Alice au Pays des Merveilles, créant les scènes de confrontation
entre le Capitaine Crochet et le Crocodile dans
Peter Pan, et la scène du combat
des rues entre le Clochard et les chiens errants dans
La Belle et le Clochard,
et réalisant l’affrontement entre le Prince Philippe et Maléfique changée en
dragon dans La Belle au Bois Dormant.
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| Alice au Pays des Merveilles |
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Peter Pan |
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| La Belle et le Clochard |
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La Belle au Bois Dormant |
A la fin des années 1950, Wolfgang Reitherman fut nommé par Walt Disney
réalisateur à part entière aux côtés de Clyde Geronimi et Hamilton Luske sur le
nouveau projet des studios, Les 101 Dalmatiens. A ce poste, il supervisa la mise
en scène de la superbe séquence au cours de laquelle les chiens de la ville, par
leurs aboiements, préviennent les canins de la campagne de l’enlèvement des
chiots de Pongo et Perdita. Consécration absolue, Walt Disney le nomma
personnellement pour réaliser seul le grand classique suivant,
Merlin
l’Enchanteur, vendu par les studios comme leur premier film supervisé par un
seul artiste. Wolfgang Reitherman devenait ainsi le leader d’une équipe
d’animateurs qu’il avait longtemps fréquentée. Certains de ses collègues, comme
Frank Thomas, estimaient que cette nomination avait été orientée par l’énergie
dégagée et l’expérience de Reitherman. D’autres, comme Ward Kimball, pensaient
qu’il avait été choisi par Disney, parce que ce-dernier appréciait le fait qu’il
acceptait sans sourciller chaque travail qui lui était confié…
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| Les 101 Dalmatiens |
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Merlin l’Enchanteur |
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| Les Aristochats |
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Les Aventures de Bernard et Bianca |
Au moment où la santé de Walt Disney déclinait, avec pour issue finale sa mort,
en décembre 1966, Wolfgang Reitherman assura l’intérim, dirigeant le département
animation et réalisant chacun des nouveaux projets en cours, du
Livre de la
Jungle aux Aventures de Bernard et Bianca, en passant par
Les Aristochats,
Robin
des Bois, et Les Aventures de Winnie l’Ourson. Période de marasme pour certains,
période de sauvetage de l’animation pour d’autres… L’ère Reitherman a permis à
l’animation Disney de garder ses lettres de noblesse, avec des succès jamais
contestés jusqu’à aujourd’hui… Succès qui se firent cependant au prix d’une
vision orientée sur des économies de bouts de chandelles, et des séquences
d’animation qui, loin d’être innovantes, étaient trop souvent calquées sur des
scènes d’anciens classiques. C’est ainsi par exemple, que
Robin
des Bois
reprenait gags et séquences du Livre de la
Jungle, des Aristochats ou encore de
Blanche
Neige et les Sept Nains… Sans parler de moments d’animation plus
qu’approximatifs… Mais Wolfgang Reitherman s’efforçait, au moment où certains
considéraient que l’animation Disney était morte en même temps que Walt, de
garder ses collègues au travail, et d’assurer la relève avec les nouvelles
recrues, au prix de l’abandon des fondamentaux qui avaient fait le succès des
studios de Mickey et de farouches oppositions des puristes de l’animation comme
Ward Kimball et Milton Kahl, qui remettaient en cause parfois violemment
certaines de ses décisions…

En 1981, Wolfgang Reitherman, à l’instar de presque tous les Nine Old Men, prit
sa retraite. Rêvant d’explorer le monde, et de renouer avec sa vieille passion
pour les avions, il décéda le 22 mai 1985 d’un arrêt cardiaque qui fut provoqué,
ou qui provoqua, un terrible accident de voiture, alors qu’il rentrait chez lui.
Pilote expérimenté, animateur hors-pair, et réalisateur parfois contesté et
décrié, Wolfgang Reitherman laisse derrière lui un héritage conséquent. Prenant
la relève de Disney au moment où ce-dernier s’éloignait de plus en plus de
l’animation, il permit aux studios de maintenir l’activité après la mort de leur
fondateur. En 1989, un Disney Legend Award couronnait la carrière de celui qui
fut l’un des piliers de l’animation pendant près de 50 ans. Don Bluth le
décrivait ainsi : « Sa force de caractère faisait de lui le capitaine intrépide
du navire. Il était loin d’être le plus éloquent et le plus sensible de nous
tous. Mais peu importe. Au moins, il savait diriger ! »…