Le 16 décembre dernier, les fans de Disney étaient sous le choc… Roy Edward
Disney, dernier représentant de la famille à siéger au sein de la Walt Disney
Company, venait de mourir au Hoag Memorial Hospital de Newport Beach, à l’âge de
79 ans, des suites d’un cancer de l’estomac…
Fils de Roy O. et d’Edna Disney, et neveu de Walt, Roy Edward était né le 10
janvier 1930, à Los Angeles, à l’époque où les petits studios d’Hyperion Avenue
voyaient leur activité grandir à vue d’œil, grâce aux succès des premiers
courts-métrages sonores mettant en scène
Mickey Mouse.Enfant chéri, chouchouté par ses parents, et par Walt qui n’était jusqu’en 1933
pas encore père, Roy E. assista au développement de l’entreprise créée par son
père et son oncle et il aimait à se souvenir avec amusement que sa carrière
artistique avait commencé très tôt. En effet, comme il le racontait dans de
nombreuses interviews, les animateurs, qui travaillaient alors sur la
réalisation de Blanche Neige et les Sept Nains puis celle de
Pinocchio,
l’utilisaient comme une sorte de « cobaye », lui montrant leurs séquences
d’animation ou lui expliquant tel ou tel gag, afin de vérifier que ceux-ci
puissent plaire au jeune public !
Walt Disney et son neveux Roy
Après ses études à Harvard et au Southern California’s Pomona College, où il
décrocha son diplôme d’Anglais en 1951, il fut engagé comme assistant-monteur
sur la série télévisée Badge 714 (Dragnet en Version Originale), pour le compte
de la chaine NBC. En 1954, il rejoignait l’entreprise familiale, toujours au
poste d’assistant-monteur sur certains épisodes des
True-Life Adventures, parmi
lesquels Le Désert Vivant, ou encore
La Grande Prairie. Il fut aussi le co-producteur du film
Mysteries of the Deep de Ben Sharpsteen, pour lequel il
signa également le scénario, et qui fut nominé à l’Oscar du meilleur
court-métrage en 1959.
Poursuivant sa carrière de scénariste à la télévision, en collaborant notamment
à l’émission Walt Disney’s Wonderful World of Color et à la série mythique
Zorro, il fonda en 1964 sa propre unité de production, avec laquelle il
supervisa des dizaines de programmes pour la télévision et le cinéma, comme
Mustang, qu’il co-réalisa avec Frank Zuniga en 1973, Pancho the Fastest Paw in
the West, ou encore Varda the Peregrine Falcon.
La Grande Prairie
Mystères des Profondeurs
En 1967, Roy E. Disney intègre la direction de la Walt Disney Company, qu’il
quitte à cause de désaccords en 1977 pour fonder sa propre maison de production,
mais qu’il réintègre finalement dès l’année 1984, comme appelé à la rescousse
pour sauver un studio en plein marasme depuis la mort de ses deux fondateurs.
Aux côtés de Michael Eisner, Frank Wells et Jeffrey Katzenberg, il parvient à
évincer l’ancienne équipe dirigeante, n’hésitant pas à renvoyer Ron Miller, qui
n’est autre que son cousin, et surtout le propre gendre de Walt Disney, depuis
sont mariage avec sa fille Diane.
Devenu le gage de qualité des studios de son oncle, dont il a redressé le
département animation grâce à une liberté artistique supérieure à la simple
politique de rentabilité, il lance dès le milieu des années 1990 ce qui reste
sans doute le projet de sa vie, Fantasia 2000, poursuivant ainsi le rêve de
Walt, qui dès la sortie du premier Fantasia, ambitionnait d’en faire une œuvre
en constante évolution. Premier long-métrage d’animation proposé au format IMAX
à travers le monde, Fantasia 2000 associait l’empreinte de Disney à des
chefs-d’œuvre absolu de la musique classique telle la Cinquième Symphonie de
Beethoven ou L’Oiseau de Feu de Stravinsky.
Toujours dans la droite lignée de Walt Disney, Roy E. relance également la
production de courts-métrages, abandonnée depuis des décennies. C’est ainsi
qu’il dépoussière le projet Destino, que son oncle avait démarré au milieu des
années 1940, en s’associant avec Salvador Dali. Nominé aux Oscars, il produit
également de nouveaux films, parmi lesquels les courts-métrages Lorenzo,
Un par
Un, La Petite Fille aux Allumettes, et le documentaire
Morning Light, duquel
ressort son amour pour les sports nautiques.
Lorenzo
Destino
Un par Un
La Petite Fille aux Allumettes
Philanthrope, Roy E. avait également investi son temps et son argent dans de
nombreux projets extérieurs aux studios Disney, finançant par exemple
l’ouverture du Roy E. Disney Center for Performing Arts, théâtre moderne
construit à Albuquerque, dans lequel furent ouvertes diverses classes de
théâtre, de musique, de danse, … Il participa également à l’ouverture d’une
unité de cancérologie à l’hôpital Saint-Joseph de Burbank, baptisée le Roy and
Patricia Disney Family Cancer Center, et qui doit ouvrir ses portes au printemps
2010.
Morning Light
Roy Disney à côté de la statut de son père
Entre autres choses mécène, artiste, scénariste, producteur, réalisateur, homme
d’affaires, marin plusieurs fois médaillé, membre du comité directeur de
l’UNICEF, Roy E. Disney reste également celui qui osa, par deux reprises,
s’opposer au conseil d’administration de « sa » propre société. En 1977, il
claquait déjà la porte des studios, ne revenant qu’après l’éviction son propre
cousin, Ron Miller, jugé responsable du marasme que connaissait la compagnie
depuis une décennie. Le 30 novembre 2003, il donnait à nouveau sa démission,
prenant ainsi la tête de la fronde organisée contre l’équipe dirigeante, en
particulier Michael Eisner, dont les décisions étaient alors perçues comme
mortifères pour la Walt Disney Company. Aux côtés de Stanley Gold, son associé
avec qui il avait fondé sa société Shamrock Holdings, et qui était comme lui
membre du directoire, il fondait alors le site savedisney.com, grâce auquel il
dénonçait chaque jour la politique d’Eisner, tout en préservant l’héritage de sa
famille en mettant en avant les talents des artistes, passés et présents, qui
tentaient tant bien que mal de faire survivre l’esprit de Walt. En 2005, cette
lutte « numérique », soutenue par nombre d’internautes et d’actionnaires, eut
pour conséquence le renvoi de Michael Eisner, et son remplacement par le numéro
2 de l’époque, Bob Iger, que Roy méprisait certainement autant, mais avec lequel
il dirigea la société en bonne intelligence pendant les dernières années de sa
vie…
Roy Disney et Stanley Gold
Après 56 ans au sein de la compagnie de son père et de son oncle, dont presque
30 passés à sa tête, Roy Edward était le dernier membre de sa dynastie à siéger
à la Walt Disney Company. Son œuvre lui valu de nombreuses récompenses, parmi
lesquelles plusieurs nominations aux Oscars, un Windsor McCay Award (1993), un
Mort Walker Award récompensant ses efforts dans le développement de l’industrie
du cinéma d’animation (1997), un Disney Legends Award (1998) et un prix spécial
au Festival International du Film de Santa Clarita (2002). Il fut également
nommé Docteur en Beaux Arts par son ancien collège de Pomona en 1998, et en
2002, il reçut le même titre du Mercy College de New York. En 2003, il était
nommé Docteur honoraire à l’école CalArts.
Avec sa mort, celui qui était devenu récemment Président émérite et Consultant
au sein de la Walt Disney Company, laisse aujourd’hui un grand vide dans le cœur
des fans, et laisse une page de l’histoire se tourner, au moment où, sans aucun
lien de cause à effet, les studios de Mickey sont entrés dans une nouvelle
période d’apathie… Chacun reconnaîtra en Roy Edward Disney le digne successeur
de Walt, qui disparaissait presque 43 ans jours pour jours avant lui, le garant
de la qualité « Disney », et l’artisan d’un nouvel âge d’or de l’animation…
L’âme de la société Disney est partie… Les drapeaux des parcs Disneyland sont en
berne… Le cœur des proches, des collaborateurs et des fans est gros... Mais
l’héritage reste immense…
« Welcome to this happy place, welcome. This is your land.” C’est par ces
mots célèbres que je rencontrais Roy E. Disney, par le biais de l’écran de ma
télévision, alors que je n’étais âgée que de quatre ans. Le 12 avril 1992,
Eurodisney était présenté au monde entier dans une grande émission retransmise
en mondovision. Et comme son oncle avant lui, qu’il n’oubliait évidemment pas de
citer, Roy E. Disney nous invitait dans ce monde magique. Dès lors, il prit pour
moi l’image de la Walt Disney Company, tout autant que Walt. Il avait cet aura
d’oncle chaleureux, détenteur de milles histoires et d’un héritage dont je ne
soupçonnais pas encore la richesse. La cassette de l’émission, que je me passais
en boucle, renforça cette image au fur et à mesure que je grandissais. Il était
le lien avec Walt, le lien tangible qui nous reliait aux rêves de Walt.
Au fur et à mesure que mon intérêt pour l’animation grandissait, je
rencontrais Roy plus souvent au gré des bonus vidéos, documentaires et autres
livres. Si Walt n’était plus là pour accompagner les œuvres contemporaines de la
compagnie, Roy était présent, plus discret, peut-être un peu écrasé par l’aura
de son illustre oncle, mais là, toujours, gardien bienveillant de son oeuvre.
Aussi, quand j’apprenais sa maladie en septembre dernier par Dave Smith, la
nouvelle m’attrista. Et l’annonce de ce 16 décembre 2009 fut un véritable choc.
Une de mes premières pensées fut qu’il était parti de la même façon que Walt, à
un jour près. Hasard, destin ? Peu importe, la peine n’en fut que plus forte.
Roy, c’était cette détermination farouche pour que l’art et la créativité
continuent à prospérer dans les Studios. Alors que ceux-ci étaient au plus mal
dans les années 80, il obtint, après une brève démission, le poste de
responsable du département animation en 1984 , et ,accordant aux animateurs et
réalisateurs la liberté artistique qu’ils demandaient, fut à l’origine du nouvel
âge d’or des années 90 où les Studios enchainèrent succès sur succès.
Roy, c’est aussi Disney Legacy, SaveDisney, quand Eisner voulut neutraliser
la 2D. Garant des valeurs de la société Disney, Roy s’était alors battu pour le
retour de cette technique si emblématique de l’entreprise. Bataille qu’il avait
remporté, concrétisée il y a peu par la production de La Princesse et la
Grenouille.
Désormais, Roy s’en est allé rejoindre son oncle, celui à qui il ressemblait
tant, et s’en est allée avec lui une image chaleureuse et bienveillante. Bon
vent, Mr Disney, et que perpétue votre héritage à son tour.
La réponse du Seigneur Ratigan :
Merci de ton témoignage !
Message de Messire Dash :
10 Janvier 2010
En septembre dernier, j'étais aux Walt Disney Studios, en Californie, et ai
eu la chance, avec d'autres amis passionnés, de dîner avec Dave Smith, créateur
des Walt Disney Archives. Celui nous avait alors annoncé que Roy Edward Disney
allait mal et qu'il luttait contre un cancer de l'estomac depuis plusieurs mois.
La dernière fois que Dave l'avait vu, il avait été surpris par son apparente
fatigue. La nouvelle tombait comme un couperet et chacun s'imaginait déjà la
Walt Disney Company sans la présence rassurante du dernier membre de la famille
Disney à avoir véritablement influencé l'entreprise.
Pourtant, quand l'autre jour j'apprenais la mort de Roy, je n'en ai pour autant pas
été moins surpris, choqué, bouleversé. Car Roy Disney, c'est un peu le Walt de
notre époque. Il était toujours là pour représenter la famille, pour s'assurer
que les valeurs de son oncle, Walt, étaient respectées. Par deux fois, il s'est
lancé dans une mission de sauvetage de la Compagnie, lorsqu'il estimait que les
choix des dirigeants la menaient à sa perte. SaveDisney était le nom de son
association lorsque Michael Eisner annonçait la fermeture des studios 2D en
2004.
Pour un passionné de films d'animation tel que moi, c'est surtout dans les
suppléments des DVD que j'ai pu faire la connaissance avec Roy, au fil des
making-of et notamment lors de son introduction de Fantasia 2000,
projet qui lui tenait à coeur et qu'il a mené à terme au bout de neuf ans. Roy,
c'est aussi la passion de la nature. Il a commencé en travaillant sur des films
de la série C'est la Vie (True-Life Adventures)
et produisait Morning Light, documentaire très personnel
sur une traversée maritime en voilier.
Roy, c'est aussi un visage souriant, positif et bienveillant, présent lors de
tous les grands événements (ouverture de Parcs Disney, avant-première d'un film
d'animation, etc.). Comme le disaient les artistes qui travaillaient sur La
Petite Sirène dans les années quatre-vingt, Roy
ressemblait tant à Walt que c'en était perturbant et que son avis comptait à
leurs yeux plus que celui de quiconque.
La Walt Disney Company a perdu hier le dernier lien qui l'unissait au créateur
qui porte son nom. Disney est désormais véritablement orphelin.