Billet d'Humeur

Miramax


Clap de Fin

Billet d'humeur n°60 - Mars 2010
En janvier dernier, à l'étonnement général des amateurs de cinéma, Disney annonçait la fermeture de sa filiale Miramax Films spécialisée dans les films d'auteur et le cinéma indépendant. Une page se tourne et c'est l'occasion de revenir sur l'histoire de Miramax et de son association avec The Walt Disney Company.

En 1979, deux frères férus de cinéma, les Weinstein, s'offrent une salle de cinéma new-yorkaise afin de projeter des films indépendants et la nomment Miramax (jeu de mot découlant des prénoms de leurs parents, Miriam et Max). Trois ans plus tard, ils achètent les droits d'exploitation américains du film anglais The Secret Policeman's Other Ball. Leur premier coup de maître : pour 180,000$ d'investissement, les bénéfices se chiffrent à plus de 6 millions de dollars. Durant les années suivantes, Miramax se construit une belle réputation via la distribution américaine de nombreux films étrangers tels que Cinéma Paradiso (qui obtient l'Oscar du Meilleur Film Etranger) et Sexe, Mensonges et Vidéos.
À la fin des années '80, les frères Weinstein décident de se diversifier et de produire leurs propres films, le marché de la distribution de films indépendants étant beaucoup trop restreint. Ils commencent par coproduire Scandal en 1989 et continuent ainsi en sélectionnant leurs films personnellement. Se faire produire par Miramax n'était pas une mince affaire, les deux frères étant très exigeants. Ils comptent beaucoup sur les Festivals et les maintes récompenses engrangées par ce type de films pour se créer une publicité gratuite mais aussi sur la controverse liée à certains d'entre eux.
En 1992, Bob Weinstein décide de se faire plaisir en réalisant un rêve de fan, créer un studio de production de films de genre, particulièrement spécialisé dans l'horreur. Dimension Films devint vite un label de production horrifique très fertile notamment au travers de films à suite (Les Enfants du Maïs, Halloween, Hellraiser, Highlander). En 1994, The Crow sera le premier grand succès de la firme.

Les frères Weinstein

À cette époque, The Walt Disney Company cherchait à étendre ses activités. Jeffrey Katzenberg se chargeait de la division films de la compagnie et relançait l'intérêt du public pour les films d'animation avec des succès tels que La Petite Sirène ou encore La Belle et la Bête. Cherchant de nouveaux terrains à conquérir, il propose le rachat de 50% du capitale de Miramax Films pour la somme de 75 millions de dollars. La sortie de Pulp Fiction à elle toute seule suffit à rembourser l'investissement de Disney, c'est dire si cet achat était intéressant !
Cependant, Disney a pour vocation un public plutôt familial et n'aime pas beaucoup les controverses qui tournent régulièrement autour des films de sa nouvelle filiale. Ainsi Disney interdit à Miramax la distribution de films interdits au moins de 17 ans. You So Crazy ne put être distribué et Miramax dut modifier Clerks afin de lui faire changer sa ratification.
Durant l'été 1995, les frères Weinstein décident de créer une nouvelle compagnie afin de distribuer les films interdits aux moins de 17 ans et sans aucun lien avec The Walt Disney Company. Seul Kids aura été distribué sous ce nouveau label, Excalibur Films.

En 1996, Le Patient Anglais rafle 220 millions de dollars et 9 Oscars. Quant à Dimension Films, son plus gros succès sort sur les écrans ; il s'agit de Scream de Wes Craven (265 millions de dollars de recette). Le succès de Scream mène à un changement de stratégie de Dimension Films qui se lance dans la production de films plus chers et visant les adolescents cherchant quelques émotions fortes : les deux suites de Scream, les trois Scary Movie ou encore Mimic et The Faculty entrent dans cette nouvelle catégorie.

Durant les années 2000, Miramax et Dimension prennent de moins en moins de risques en ne distribuant quasiment que des films étrangers dont le succès a déjà été prouvé dans leur pays. Ainsi, on peut citer Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet), La Vie Est Belle (Roberto Benigni) ou encore Le Placard (Francis Veber). Dimension continue de viser les jeunes mais en proposant d'autres genres que l'horreur avec des films plus familiaux comme Spy Kids : Espions en Herbe (dont la suite sortira en vidéo chez Ciné Disney Famille).

En 2003, Michael Moore produit un nouveau documentaire chez Miramax Films qui marque le commencement de nouveaux désaccord entre les frères Weinstein et les dirigeants de Disney. Farhenheit 9/11, film accusant George W. Bush d'être en parti responsable des attentats du 11 Septembre est jugé trop subversif pour Michael Eisner, alors à la tête de la Compagnie. Cela n'empêche pas Moore de présenter son film au Festival de Cannes et de remporter, joli pied-de-nez, la Palme d'Or ! Le film sort tout de même aux Etats-Unis distribué par une société créée à l'occasion par les dirigeants de Miramax, en partenariat avec Lions Gate. Les relations entre Michael Eisner et les Weinstein sont de plus en plus tendues et débouchent sur le départ de ces deux derniers. Ils vendent Miramax Films à Disney, gardent Dimension Films et s'en servent pour créer de leur côté The Weinstein Company.

Nous sommes le 25 juillet 2005 et Disney nomme Daniel Battsek (anciennement PDG de The Walt Disney Company Limited, la filiale britannique de Disney) à la tête de Miramax Films. Disney a, désormais, le contrôle total sur sa filiale qu'il détient à 100%, y compris son catalogue de films. De nombreux films vont être distribués par ce nouveau Miramax-Disney et quelques productions vont également voir le jour (notamment Kinky Boots, Dérapage, Hollywoodland, Par Effraction, The Lookout, No Country For Old Men - Non, Ce Pays N'est Pas Pour le Vieil Homme, Gone Baby Gone, There Will Be Blood, Le Garçon au Pyjama Rayé et Everybody's Fine).

Le 3 octobre 2009, Disney annonce qu'en janvier 2010, les effectifs de Miramax Films allaient être réduits de 70% et que le nombre de films produits passerait de huit à trois par an. Les quartiers généraux de Miramax Films seraient délocalisés de New York à Burbank, aux Walt Disney Studios. Ce serait donc des Walt Disney Studios que seraient gérées la promotion, la distribution et toute l'administration du label, à l'instar des 3 autres (Walt Disney Pictures, Touchstone Pictures et Hollywood Pictures). Daniel Battsek perdait donc à cette occasion son statut, sa filiale n'ayant bien sûr plus besoin de PDG !
Miramax Films devait, en outre, s'orienter vers des films plus populaires ou pour les familles : plus que jamais à présent, Miramax Films serait Disney...

Mais le 28 janvier 2010, c'est une annonce totalement contradictoire qui est faite par The Walt Disney Company : le studio Miramax Films ferme et ses 80 employés perdent leur emploi. Visiblement, si Miramax appartenait encore à Disney ces dernières années, c'était surtout suite à la volonté de Dick Cook, alors président des Walt Disney Studios. Or, celui-ci étant remplacé fin 2009 par Rich Ross, lui et Bob Iger en profitent pour faire du "ménage". Après avoir acheté Marvel pour 4 milliards de dollars, ils se débarrassent de Miramax qui semble superflu et trop éloigné de l'image de la Compagnie à leurs yeux. Bob Iger annonce "Nous avons déterminé que continuer à investir dans de nouveaux films Miramax n'était pas vraiment une stratégie adaptée à nos besoins."

Sous l'égide Disney, (du 30 juin 1993 au 28 janvier 2010), Miramax Films aura distribué environ 370 films et Dimension Films environ 115.
Miramax défunte, son catalogue de films est mis en vente pour 700 millions de dollars.

Répondre à Dash
Haut Bas
 
Message de Messire VOLTH : 21 Mars 2010
Bonjour,

Très intéressant le billet d'humeur de Dash sur la vente de Miramax.
Dommage que la nouvelle politique de Disney sacrifie son seul label indépendant depuis la mise en sommeil d'Hollywood Pictures. J'aimais bien ce contraste entre les productions dites Disney (Walt Disney Pictures et Touchstone Pictures) et les films dits plus "adultes" et destinés à un public plus restreint.
Quels autres bijoux de famille Disney va-t-il vendre pour rentabiliser sa dernière acquisition et estomper les effets de la crise du cinéma. Le mots d'ordre doit être de faire des économies et de ne produire que ce qui peut être rentable en évitant de prendre des risques dans les productions. Dommage, car peut-être alors, de petites pépites ne verront pas le jour ?

Que deviendra la série Spy Kids produite par Miramax et distribuée pour le numéro 2 dans la collection Disney Famille et diffusée sur les chaînes Disney ?

Disneynature a du souci à se faire avec son catalogue de films distribués qui fonctionnent mieux que les productions nature de la maison mère ! (Pour l'instant...).

P.S. : une petite coquille est apparemment apparue, je pense que les films No Country For Old Men, Non et Ce Pays N'est Pas Pour le Vieil Homme sont en fait un seul et unique film...

Au plaisir de te relire et merci pour ce billet d'humeur.

La réponse du Seigneur Dash :
Bonjour, merci pour ton commentaire.

Il peut en effet être regrettable de voir Disney se séparer d'une de ses filiales, notamment lorsque celle-ci était à l'origine de films de très bonne qualité. Visiblement, l'univers de Miramax Films devait sembler trop éloigné de celui de Disney pour pouvoir y être associé à tout jamais. Et leur association n'aura pas été de tout repos. Il peut être bon également de remettre éventuellement en question l'association entre Miramax et Disney dans les années '90. Cette compagnie aux messages politiquement incorrects était-elle finalement adaptée à Disney ? Si Disney veut faire du film d'auteur, peut-être qu'une autre compagnie aurait mieux correspondu à ses critères ? Peut-être même que Disney en créera une, à l'image d'Universal et son Focus Feature qui produit de très bons films mais moins marginaux que ceux de Miramax.
Pour ce qui est de la mise en sommeil d'Hollywood Pictures, il convient de se dire que ce n'est qu'un label et non pas un studio et que ne sortir aucun film sous ce label n'implique aucunement une baisse du nombre de films distribués par la Compagnie. Ce label pourra être utile lors de la mise en chantier éventuelle d'un nouveau thriller ou film d'horreur, qui sait ?...

Spy Kids 2 : Espions en Herbe risque bien en effet de ne plus se voir éditer par Disney à l'avenir. Mais les fans conviendront qu'il est bon de conserver une liste des productions Miramax sous l'ère Disney car ils auront contribué à l'histoire de la Compagnie.
Disneynature n'a, certes, pas encore connu de succès avec une de ses productions mais elle n'a pas encore eu le temps de démontrer l'étendu de ses talents et on attend bien sûr avec impatience Pollen qui sera en réalité son deuxième film après Les Ailes Pourpres : Le Mystère des Flamants.

En ce qui concerne la coquille, il s'agit en réalité d'une erreur de retranscription de liaison entre les deux parties du titre, celui retenu pour la France est, en fait, composé de deux parties, chacune dans une langue : No Country For Old Men - Non, Ce Pays N'est Pas Pour le Vieil Homme.

À bientôt sur Zuzu Disney.

Haut de page
Chronique Disney