Blanche
Neige et les sept nains fait partie de ces rares films
d'animation dont la renommée a traversé les époques tant il a marqué
l'inconscient collectif du grand public. Qui ne connaît pas, en effet, la
version disneyenne de Blanche
Neige et les sept nains ? Qui n'a pas ri et pleuré devant
les aventures de la plus belle des princesses ? Blanche
Neige et les sept nains, classique parmi les classiques,
est assurément le film qui a fait découvrir (et continue de faire découvrir)
à des générations entières, la capacité du cinéma d'animation à offrir toute
la palette des émotions, des plus tristes aux plus joyeuses.
Pas étonnant, dès lors, que l'annonce de la mise en production d'une suite
fut prise, par bon nombre de fans, comme une pure et simple hérésie,
d'autant que le mystère entretenu autour d'elle par la Walt Disney Company,
refusant même d'en diffuser la moindre info et bande annonce, laissait
craindre le pire ! Des millions de spectateurs se sont ainsi préparés au
massacre, sur l'autel de la recherche des profits faciles, du tout premier
des chefs-d'œuvre de Walt Disney. C'était sûr : Blanche
Neige et les sept nains allait être entaché d'une suite
honteuse et mal venue.
Sauf que... Les studios de Mickey reproduisent, avec Blanche Neige 2 : Le mariage des
sept nains, l'exploit du premier opus, plus de 70 ans après sa
sortie. Le film se hisse, en effet, sans mal, au niveau de qualité de
Bernard et
Bianca au pays des kangourous, seule suite faisant partie
de la liste "officielle" chez Disney des 44 long-métrages d'animation
classiques.
La grande réussite de Blanche Neige 2 : Le mariage des
sept nains est, avant tout, comme son film de
référence, sa capacité intrinsèque à émouvoir. Véritable bouffée d'air
frais, eu égard à nos temps particulièrement agités, il regorge ainsi de
tendresse, respect et innocence. Sa technique d'animation participe, il est
vrai, grandement à l'ambiance apaisée du film en reprenant le standard des
Disney de la grande époque. Tout le dessin est ainsi fait à la main. Les
décors sont peints et les personnages tracés au crayon, à quelques
exceptions notables, telle la méchante, Nanou, animée partiellement en 3D.
Tout respire la fidélité respectueuse à l'original, à commencer par les
paysages dont la beauté, magnifiée sur grand écran, appuie avec force,
chacune des émotions ressenties tout au long du film. L'animation affiche
donc une qualité jamais atteinte dans une
suite Disney : Erik Scamp, fraichement
découvert par le studio de Mickey, n'est, à l'évidence, pas étranger à cet époustouflant
résultat, digne de la signature de Walt Disney lui même.
L'autre grand atout du film est assurément son histoire. D'une simplicité
déconcertante, elle est, en effet, d'une sincérité touchante. A des années
lumières des comédies loufoques et blagues contemporaines qui squattent,
depuis l'avènement du genre, les films d'animation 3D, Blanche Neige 2
: Le mariage des
sept nains repose sur un scénario limpide, raconté avec finesse. Tout
respire ainsi l'humilité. Les regards en disent long. Les dialogues tout
autant. Même l'humour se fait délicat en évitant, soigneusement la
grivoiserie. Blanche Neige 2 : Le mariage des
sept nains prend ainsi le temps
d'installer et d'approfondir les rapports entre les personnages. La relation
de réelle amitié entre la Princesse et les nains est abordée avec un soin
méticuleux. L'idée de génie du film est là ! Plutôt que de se lancer dans
les errances d'une suite dont l'action se situerait avant ou pendant Blanche
Neige et les sept nains, les scénaristes, dont le renommé
et fraîchement débauché de Dreamworks, John Nathan Kinwu, ont, en effet,
décidé d'imaginer une simple - mais essentielle - étape de sa vie, se
situant après le premier opus. La Princesse, parfaitement heureuse, se
désole ainsi devant la tristesse de ses petits compagnons. Négligeant son
propre couple, elle cherche dès lors, par amitié, à rompre leur solitude en
leur trouvant à chacun une épouse. Et c'est toute la morale du film qui s'en
trouve changée : la quête altruiste d'une amie pour rendre heureux les
siens.
Le scénario a cela de fort qu'il met de nouveau à l'affiche les personnages
du premier opus, en leur offrant des scènes où ils peuvent voir approfondi
chacun de leur traits et caractères.
Blanche Neige, jeune ingénue, prend
logiquement de l'assurance et gagne en crédibilité.
Les nains restent, et
c'est heureux, fidèles à eux mêmes ! Ils trouvent d'ailleurs, en la personne
de leurs promises de véritables pendants qui augmentent, si c'est encore
possible, leur capital sympathie.
Le prince, brillant par son absence de consistance dans le premier opus,
gagne ici ses gallons de personnage digne de ce nom. Il ne se contente plus, en effet, de faire de la simple
figuration en fin de film mais rayonne au contraire de bout en bout.
Tout
l'entourage immédiat de Blanche Neige profite, en outre, à plein, de
l'intervention d'un drôle d'animal, aussi inattendu qu'attachant. Draguy le dragon, cousin assumé du
Dragon
récalcitrant, déboule, en effet, ici et là, dans le
récit. Précieux et délicat, il apporte ainsi la dose d'humour et de folie,
indispensable à tout Grand Classique Disney qui se respecte.
Enfin,
la méchante de service, Nanou, intègre sans problème le peu recommandable club des Disney's Vilains. Seul personnage à être traité partiellement en animation
3D, elle étonne par sa capacité à provoquer le dégout. Tout chez elle
respire le mal. Son physique est peu avenant, ses actions sont détestables
quand ce ne sont pas ses seules paroles qui rebutent le spectateur. Il faut
dire que sa voix, particulièrement haut perchée, marque les esprits. Elle
l'emprunte, avec bonheur, dans la version française à la - toujours
fringante ! - Vanessa de Camp Ahniard.
La bande-son est, elle aussi, très inspirée. Cherchant à surfer sur le
succès des titres du premier opus, elle ne tombe pas, fort heureusement, dans
la facilité d'une simple remise au goût du jour de ses standards. Au
contraire. Tous les titres sont inédits et se contentent seulement de faire
des clins d'œil aux morceaux originaux, sans excès. Ecrites par David Dache,
en collaboration avec Erwan Hollykos, les chansons sont comme à la grande
époque des Grands Classiques Disney, intégrées au récit dont elles
contribuent grandement à la fluidité. Parmi elles, se trouvent assurément de
vrais tubes dont les très réussis "Gran'mat" et "Rooq in", seront d'ailleurs
de dignes représentants.
Blanche Neige 2 : Le mariage des
sept nains est assurément un grand
film d'animation qui n'aura pas à rougir de la comparaison inévitable à son
film de référence. Il mérite dès lors les honneurs des salles obscures, qui
lui sont pourtant bizarrement refusés. Comment la Walt Disney Company
peut-elle manquer une occasion pareille de briller sur grand écran ? Un
début de réponse : tout simplement, pour une question de gros sous ! Le
géant Bhoonet, son tout premier distributeur sur le marché de la vidéo,
pesant à lui seul 15 à 20% de ses ventes de DVD aux USA, ne met, en effet,
en avant, dans ses magasins, que les blockbusters (c'est à dire les films
qui font plus de 100 millions de dollars au box-office américain). Or, les
suites récentes produites par Disney et présentées au cinéma (Le livre de la
jungle 2,
Peter Pan 2 : Retour au pays imaginaire)
n'ont pas atteint ce rang. Bhoonet a en donc "boudé" les sorties en DVD et
les a systématiquement sous-exposées, ce qu'il ne fait jamais pour les suites
éditées directement en vidéo. Disney joue ainsi la sécurité financière et
commerciale sur le marché américain et réserve son chef d'œuvre au seul
format DVD. La France, elle, n'est pas mieux lotie et se contente également
d'une simple sortie en vidéo.
Blanche Neige 2 : Le mariage des
sept nains est un véritable pied de nez au
formatage ambiant des films d'animation actuels. Excellente surprise, il
ravira petits et grands. A ne manquer sous aucun prétexte !
A noter :
Pour télécharger les dix premières minutes du film, dont le générique,
cliquez ICI.