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Rencontre avec Warren Spector

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Publié le 13 novembre 2012

Le 24 octobre dernier, Disney France conviait la blogosphère concernée à la découverte de son jeu vidéo prévu de sortir à Noël, Epic Mickey : Le Retour des Héros, autour d’un invité de marque : Warren Spector qui n’est autre (pour les non-initiés) le « John Lasseter du jeu vidéo » !

Né le 2 octobre 1955, Warren Spector obtient un premier diplôme en « spécialité orthophonie » à l'Université Northwestern puis poursuit ses études à l'Université du Texas où il décroche une maîtrise en audiovisuel. En 1984, il devient journaliste pour The Space Gamer, un magazine spécialisé sur les jeux de plateau et les jeux de rôles fantasy / science fiction. Il occupe ce poste pendant un peu plus d’un an avant de rejoindre, en tant que rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef, Steve Jackson Games, un éditeur de jeux de société. Il collabore alors notamment à TOON (un dessin animé - jeu de rôle) mais aussi à plusieurs autres planches et jeux de rôles. En 1987, il part chez TSR (Tactical Studies Rules) un éditeur connu pour les jeux Dungeons & Dragons chez lequel il sort Top Secret / SI, divers autres jeux de rôles ou suppléments de jeux de rôles. Plus tard, il travaille avec Origin Systems et Looking Glass Studios en tant que développeur, sur, entre autres, des jeux très connus comme Wing Commander, Ultima Underworld, System Shock et Dark Project : La Guilde des Voleurs. Fin 1997, il change encore de boutique pour intégrer Ion Storm où il accède finalement à un siège au conseil d'administration fin 1999. Entre temps, Warren Spector et son équipe signent Deus Ex, le premier jeu de tir subjectif associé à l’évolution des personnages et développe l’interaction et la liberté d’action au sein des jeux de rôles. Au début de 2005, il quitte Ion Storm pour fonder Junction Point Studios qu’il revend en 2007, à Disney Interactive Studios pour se lancer dans la création du jeu Epic Mickey (2010), de type action-aventure et plates-formes.

Dans le premier Epic Mickey, Mickey, toujours aussi curieux, se retrouve bien involontairement dans le labo du magicien Yen Sid, qui travaille sur ce qui ressemble à une maquette de Disneyland. Par accident, il renverse une bouteille de dissolvant sur la création du magicien, à l’insu de celui-ci. Il s’échappe alors au travers du miroir qui l’avait fait arrivé là, laissant sur place la création du Fantôme Noir tout juste apparu. Des années plus tard, alors que la célébrité bat son plein pour la souris, le Fantôme Noir vient capturer Mickey de l’autre côté du miroir pour l’entrainer dans « son » monde (la digression de Disneyland n’étant plus qu’une terre de désolation). Tous les personnages de la galaxie Disney (dont certains oubliés comme Oswald, le Lapin Chanceux) s’y retrouvent aussi. Mickey prend alors conscience des terrifiantes répercussions de sa maladresse commise quelques temps auparavant dans le laboratoire de Yen Sid. Ni une, ni deux, avec l’aide du joueur, d’un pinceau magique et de dissolvant, il entreprend de corriger l’avenir de ce monde qu’il a perturbé bien involontairement. Outre la création de plates-formes pour avancer, la destruction de murs, etc., le dissolvant permet d’effacer des ennemis tandis que le pinceau offre lui l’avantage de pouvoir s’en faire des amis (le tout étant d’être sûr de ses choix, puisque dans les niveaux qui suivent, les ennemis se rappellent le nombre d’amis obtenus et changent leurs comportements en conséquence). Il y a de la sorte pas moins de quatre fins possibles dans ce premier opus !
Attrayant, le premier Epic Mickey ne présente qu’un seul gros inconvénient : le système de suivi par la caméra, perfectible et aléatoire, rend sa jouabilité délicate.

 

La présentation de sa suite Epic Mickey : Le Retour des Héros a été fort bien organisée par Disney France. Les chanceux blogueurs ont, en effet, eu la possibilité de tester le jeu dans une salle spécialement aménagée avec des Playstation 3, X-Box 360, Wii et autres 3DS. Tout le monde a pu ainsi s’ installer sur la machine de son choix pour découvrir les niveaux du jeu ouverts au test pour l’occasion. Moment de grâce ultime, alors que chacun s’affairait à démontrer son adresse à jouer, un certain Warren Spector est venu se joindre aux vaillants combattants !

Warren Spector qui joue à son propre jeu vidéo à vos côtés : un rêve d’un gosse ! Attentif, aimable et passionné, le Maitre a conquis sans mal toute l'assistance...

Alors que dire d'Epic Mickey : Le Retour des Héros. Par rapport au premier opus, le jeu est devenu encore plus intuitif. Sur les consoles de salon, le graphisme est en outre sensiblement le même quelque soit le matériel utilisé même s’il est délicat de faire un comparatif poussé tant le simple réglage d’un écran peut changer la perception des choses. Warren Spector confesse d’ailleurs que parmi les jeux « de salon », la version pour la Kinect a été la plus complexe à mettre au point...

Epic Mickey : Le Retour des Héros est plus intéressant que son prédécesseur puisque chaque niveau se termine différemment, à la manière d’un livre « dont le lecteur est le héros » : un choix dans un niveau influe ainsi sur les choix des niveaux suivants, constitués de parties en 3D RPG et de parties « de plateau ». A ce sujet, le jeu 3DS, Epic Mickey : Power of Illusion apparait comme un clin d'œil à Castle of Illusions Starring Mickey Mouse sorti sur Megadrive en son temps.

La grande différence avec le premier opus réside dans la nouvelle possibilité du mode multi-joueurs en sessions coopératives : un atout qui rend l’ensemble nettement plus attrayant puisque chacun a une tâche bien définie et doit s’appuyer sur l’autre pour progresser dans un bel élan d’entraide mutuelle... Le premier joueur (Mickey) peut ainsi comme précédemment peindre ou utiliser du diluant tandis que le second joueur (Oswald) peut lui électriser une zone ou un point précis (permettant par exemple d’activer un moteur ou d’immobiliser un ennemi) ; avec un petit avantage sur Mickey, les oreilles d’Oswald lui permettant de planer à la Rayman...

Non seulement, ce second opus promet une belle avancée sur la jouabilité (les problèmes de caméra du premier opus ayant à priori été résolus) mais aussi, permet de s’immerger encore plus dans l’univers magique des dessins animés Disney. Les purs fans n’ayant finalement qu’un petit « couac » à relever dans la conception du jeu 3DS où Picsou se fait appeler « Oncle Picsou » par Mickey… Une hérésie en soi mais qui est, il est vrai, déjà et aussi fréquemment constatée dans la bande dessinée...

Warren Spector a pris le temps de s’entretenir personnellement avec Chronique Disney...

[Chronique Disney] Quelles sont les origines de ce jeu ? Est-ce Disney qui vous a contacté ou était-ce votre volonté et votre initiative d'appeler Disney en leur soumettant votre idée d'un jeu sur Mickey ?

[Warren Spector] Oh non, pas du tout ! En fait, je travaillais sur un jeu de type « épique fantastique », et j’étais à la recherche d’un éditeur. Un des éditeurs que j’ai contacté à l’époque était Disney, et ses répresentants n’étaient pas du tout intéressés par mon jeu de « science-fiction ». Par contre, ils m’ont demandé à ce moment si j’étais intéressé pour faire un jeu autour de Mickey Mouse. Et j’ai d’abord refusé ! J’ai répondu que même si j’adorais Disney, je ne travaillais pas sur le genre « jeu vidéos pour enfants ». Et ils m’ont tout de suite dit qu’il s’agirait d’un jeu Mickey Mouse « à ma façon », un jeu aussi bien pour les adultes que pour les enfants, pour les garçons que pour les filles. Et là, j’ai été immédiatement partant ! Ensuite, ils m’ont aussi demandé si j’étais d’accord pour entendre des suggestions (et j’étais bien-sûr partant !), car Disney a une très bonne équipe de créatifs. Et ils m’ont dit : « Que diriez-vous d’inclure Oswald, le Lapin Chanceux ? » Et j’ai tout de suite répondu que j’étais totalement d’accord ! Du coup, c’est tout un morceau « oublié » de l’histoire de Disney qui reprend vie dans mon jeu, et ça me plait. Ensuite, ils m’ont demandé mon avis sur le Fantôme Noir. Et là aussi, j’étais tout à fait partant. Donc pour conclure, l’idée venait d’eux, et j’ai juste été au bon endroit au bon moment.

[Chronique Disney] Avez-vous eu un accès particulier aux archives Disney ?

[Warren Spector] Oui tout à fait, nous avons eu un accès à toutes les archives Disney ! Et tout ce que vous voyez, tous les éléments (les arbres, les personnages, les horloges…), absolument tout est issu d’éléments du passé de Disney. D’ailleurs, quand le premier volume du jeu est sorti, les fans Disney me demandaient de faire une liste exhaustive de tous les éléments qui m’ont inspirés, mais j’ai toujours refusé et encouragé les gens à faire leur propre liste. D’ailleurs il y a des joueurs qui s’amusent à essayer de deviner d’où vient tel ou tel élément, et ça devient un challenge entre eux : « Tiens, je reconnais ce bâtiment de tel jeu quand j’étais petit » ou « Tiens, ce tonneau vient du film Peter Pan » ou encore « Ce lampadaire est le même que ceux de Main Street à Disneyland Paris »...

[Chronique Disney] C’est un peu un jeu dans le jeu, quand les gens essayent de deviner l’origine de chaque élément...

[Warren Spector] Oui, et pour ça nous avons eu accès à tout : les archives Disney, la bibliothèque des Walt Disney Studios, le centre de recherche d’Imagineering, les locaux de Disney Consumer Products… J’ai tenu dans ma main le contrat signé entre Walt Disney et Universal pour la réalisation des cartoons Oswald ! J’ai aussi eu entre les mains les story-boards pour un cartoon d'Oswald, le Lapin Chanceux qui n’a jamais vu le jour ! J’ai même vu le premier script de Steamboat Willie, le premier cartoon de Mickey Mouse ! C’était vraiment incroyable! Ils ont tout gardé, et nous voulions faire un bon jeu, porteur de toute cette incroyable histoire afin que les gens puissent la connaître.
La partie du jeu dans Frontierland s’appuie par exemple sur quelque chose qui existe toujours, mais qui a profondément changé depuis que Disneyland a ouvert en Californie dans les années 50. A une époque, il y avait une attraction qui s’appelait Mine Train Through Nature’s Wonderland. Tout ça n’existe plus, tout ce qui reste est un morceau de rail. Il y avait une zone qui s’appelait Rainbow Caverns et Rainbow Falls, on ne peut plus les voir au parc, mais on peut les voir dans le jeu ! Pour les fans Disney, c’est comme un petit cours d’histoire, mais en s’amusant !