L'Empire des Ténèbres - Intégrale
La couverture
Éditeur :
Delcourt
Date de publication France :
Le 19 juin 2013
Genre :
Comics
Auteur(s) :
Tom Veitch (Scénariste)
Cam Kennedy (Dessinateur)
Jim Baikie (Dessinateur)
Nombre de pages :
384

Le sommaire

Les Histoires :
• La Résurrection de l'Empereur #1 - #6 (1991 / 1992)
• Le Destin de la Galaxie #1 - #6 (1994 / 1995)
• La Fin de l'Empire #1 - #2 (1995)

La critique

rédigée par
★★
Publiée le 27 avril 2015

L'Empire des Ténèbres est une œuvre emblématique de l’Ancien Univers Etendu Star Wars en cela qu’il est aux comics ce que L'Héritier de l'Empire est aux romans : un ouvrage fondateur dans la construction de la franchise en bandes dessinées. Pour autant, par rapport au roman de Timothy Zahn, il est loin de faire l’unanimité aussi bien d’un point de vue graphique que scénaristique.

Après cinq ans d’absence de Star Wars dans l’univers des Comics, un renouveau s’opère en 1991, dans un grand élan pour remettre en avant la saga. Lucasfilm Ltd. confie ainsi les rênes des aventures dessinées à Dark Horse, un petit éditeur devenu le troisième dans le secteur des comics aux Etats-Unis (même s'il a perdu une place, depuis) représentant à lui-seul 10% du marché là où les deux premiers, Marvel et DC Comics pèsent eux autour de 35% chacun. Il commence donc à éditer l'histoire L'Empire des Ténèbres qui fait suite à la trilogie de romans, commencée avec L'Héritier de l'Empire.

Le scénariste Tom Veitch, né en 1941, est principalement connu pour ses scénarios des comics Star Wars de L'Empire des Ténèbres mais également La Légende des Jedi. Avant cela, il fut également un scénariste de la mouvance underground comix à la fin des années 60 et au début des années 70 avant de se lancer dans le roman mais sans grand succès dans ce genre.

Le scénario de L'Empire des Ténèbres est assez déstabilisant par son côté très sombre. La tentation de Luke pour le côté obscur de la Force y est ainsi bien plus vive que dans la première trilogie devenant même un Sith dans le premier arc de l’histoire. L’autre trouvaille - tirée par les cheveux - est la résurrection de l’Empereur qui transfère son esprit dans un corps cloné mais attend des années, bien après sa chute et la bataille contre l’Amiral Thrawn, pour réapparaitre. Et comme dans la première trilogie, il dispose d’une arme de destruction massive pire que la fameuse Étoile Noire.

Dans ce riche contexte, Leia dispose d'un rôle assez étonnant, qui sera par la suite contredit dans le reste de l’Univers Etendu. Alors que dans les romans, la princesse devient un élément central de la diplomatie de la Nouvelle République, ici, elle est une vraie Chevalier Jedi allant au combat, et essentiellement d’ailleurs pour faire revenir Luke du bon côté de la Force. Bizarrement, la condition de Jedi de Leia sera par la suite abandonnée et plus du tout approfondie. D’ailleurs, l’auteur lui-même fait marche arrière dans les deux derniers arcs en atténuant ce qu’il avait mis en place dans le premier.

Dernière chose notable, L'Empire des Ténèbres, de part son côté fondateur, narre des aventures qui seront beaucoup reportées dans le reste de l’Ancien Univers Etendu. Il s’agit, en effet, de la seule œuvre dessinée dont il est fait clairement allusion dans les romans de cette époque (L’Academie Jedi, La Main de Thrawn… ). Par la suite, les comics resteront globalement indépendants des romans et les allusions deviendront moins évidentes.

Côté graphisme, le dessin signé de Cam Kennedy est lui aussi déstabilisant. Cet artiste écossais s’est fait remarquer via des publicités dans sa ville natale de Glasgow. Il fait ses premiers pas dans le comics à la fin des années 60 en alternant avec son travail d’illustrateur. Il participe ensuite à un magazine de comics britanniques de la fin des années 70 au début des années 90. Il est alors embauché par l’éditeur américain Dark Horse pour relancer la franchise Star Wars avec les deux premiers arcs de L'Empire des Ténèbres où il travaillera de 1991 à 1995. Il se chargera également des dessins de comics de Boba Fett pendant la seconde moitié des années 90. Etonnement, il abandonnera la série L'Empire des Ténèbres pour les deux numéros du dernier arc et sera remplacé par Jim Baikie qui essaiera, avec plus ou moins, de bonheur d’imiter son style.

Il faut dire que le dessin de Cam Kennedy est véritablement déstabilisant. Très stylisé, avec des personnages presque caricaturaux, le découpage est aussi étonnant avec l’abandon des cases pour des plans plus globaux. Mais là où il est difficile de s’habituer à la patte de l’artiste, c’est dans son utilisation de la couleur faite à la peinture et utilisant beaucoup trop les tons sombres à mille lieues de ce que le lecteur attend de la saga Star Wars. De plus, les personnages principaux s’éloignent de leur apparence couramment admise : Luke ressemble à Dark Vador, Leia perd de sa féminité, l’Empereur devient jeune... Déroutant !

Si L'Empire des Ténèbres est une œuvre fondatrice et se doit d’être lue par les fans Star Wars de l’Ancien Univers Etendu, son dessin a de quoi déstabiliser le public tout comme le scénario assez éloigné de l’ambiance Star Wars originelle. Le ressenti global ne peut donc qu’être au final très réservé. L’œuvre introduit certes des personnages et des éléments primordiaux comme l’Holocron (vestige du passé Jedi) ou la naissance du troisième enfant de Leia et Han (Anakin Solo) mais il n’est pas garanti que le lecteur passe un bon moment à les découvrir.