Dossier » Films d'Animation » Mémoires
Films d'Animation » Mémoires

Le Bossu de Notre-Dame
Du Roman au Film

2 - L'Homme, le Monstre, la Gitane et le Capitaine

2.1-Quasimodo

Quasimodo est sûrement un des personnages les plus caricatural qu'ait dépeint Hugo. Il le décrit en ces mots : "...Une grosse tête hérissé de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contrecoup se faisait sentir par devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées qu'elles ne pouvaient se toucher que par les genoux, et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignent par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses ; et avec toute cette difformité, je ne sais qu'elle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage..." (livre I, chapitre V) et en particulier son visage : "...Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit oeil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles tandis que l'oeil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées ça et là, comme les créneaux d'une forteresse, de cette lèvre calleuse sur laquelle une de ses dents empiétait comme la défense d'un éléphant..." (livre I, chapitre V).

Dans le roman, Quasimodo symbolise pour moi le mal inavoué de son gardien, Claude Frollo, et je le vois aussi comme un bouc émissaire qui sert à exorciser les craintes et les superstitions de la populace médiévale. Quasimodo est limité non seulement par ses restrictions physiques mais aussi par l'opinion que les autres avaient de lui . Les gens de cette époque, et malheureusement de la notre également, craignaient tout ce qui était différent, et Quasimodo incarne ces craintes qu'alimentaient les superstitions et le dogme de l'église. Pour eux, un extérieur hideux supposait une âme toute aussi laide.

Les artistes de Disney ont développé et dramatisé cette lutte intérieure de Quasimodo contre la honte, l'insécurité et la haine de soi (sentiments que Frollo lui a inculqués) ainsi que la vision qu'il a du monde extérieur et inversement comment le monde extérieur le perçoit. Il est un enfant maltraité, qui souffre bien moins de ses disgrâces physiques que des railleries de Frollo (l'image paternelle) qui le traite de monstre indigne de paraître aux yeux du monde. Dans le roman, Quasimodo est presque un personnage secondaire alors qu'il est au centre du film. Disney est resté très proche physiquement de Hugo comme on peut le voir sur les différents dessins, ils lui ont gardé également le même âge que dans le roman : vingt ans. Par contre, ils l'ont changé psychologiquement. Dans Notre-Dame de Paris, Quasimodo est "... méchant, en effet, parce qu'il était sauvage ; il était sauvage parce qu'il était laid..." (livre IV, chapitre III). Dans le film, Quasimodo est beaucoup plus innocent, c'est simplement un être maltraité au coeur d'or, malgré son apparence et ses carences affectives. Dès que Quasimodo apparaît à l'écran, exhortant tendrement un jeune pigeon effrayé à s'échapper de Notre-Dame, je perçois le personnage comme un être compatissant, attirant, maltraité psychologiquement ( une victime suppliante et pleine de coeur).

Disney aime utiliser les chansons pour faire passer un maximum d'information en un minimum de temps. Et c'est le cas par exemple dans la chanson: Rien qu'un jour . Plusieurs aspects de sa personnalité, de ses rêves, de ses espérances, de son quotidien et de son entourage sont décrit d'une façon habile grâce à la belle mélodie d'Alan Menken, à la voix de Francis Lalanne et aux paroles de Stephen Schwartz.

La chanson se divise en deux parties. La première met en scène Frollo et Quasimodo. Graphiquement, les deux personnages sont très différents. Quasimodo est dessiné avec des courbes qui le distinguent des autres personnages ou des lignes droites de la cathédrale. On voit que sa manière de marcher est différente des autres, de plus lorsqu'il est avec Frollo ce défaut est accentué par la crainte de celui qu'il appelle "mon maître". Il ne prend pas Frollo comme son père adoptif mais plutôt, il se sent comme un chien qu'un humain aurait recueilli et qui serait mort sinon. D'ailleurs Frollo lui parle dans ce sens. Cet aspect est d'ailleurs retrouvé dans la description que fait Hugo quand il parle de Frollo et de Quasimodo en ces termes : "...le chien et son maître..." (livre IV, chapitre IV). Quasimodo, dans le film, prend des positions montrant sa soumission comme le ferait un chien. Il est souvent recroquevillé. Le fait qu'il se penche est une métaphore qui indique son désir de se cacher. Il fallait qu'il puisse se replier complètement sur lui-même pendant ses moments les plus terribles.

Dans la deuxième partie de la chanson, Quasimodo se retrouve seul et va nous exposer ses rêves, ses espoirs. Il chante en se baladant sur la cathédrale. On sent qu'il connait la cathédrale, qu'il est chez lui. On le voit escalader les tours, courir sur le toit. Notre-Dame est sa confidente. Il se sent à l'aise, on le remarque graphiquement avec les couleurs chaudes employées. On peut voir alors que malgré sa difformité, il est agile. Hugo souligne dans son roman les rapports étroits liant Quasimodo à Notre-Dame : "...Tantôt on apercevait avec effroi au plus haut d'une des tours un nain bizarre qui grimpait, serpentait, rampait à quatre pattes, descendait en dehors sur l'abîme, sautelait de saillie en saillie..." ou "...Et la cathédrale ne lui était pas seulement la société, mais encore l'univers, mais encore toute la nature..." ou encore "L'Egypte l'eût pris pour le dieu de ce temple ; le Moyen Age l'en croyait le démon ; il en était l'âme..." (livre IV, chapitre III). Ses confidentes sont les gargouilles, son bonheur : les cloches. Dès le début du film, on voit Quasimodo faire chanter les cloches de la cathédrale. D'ailleurs, Disney leur a dédié la chanson du prologue pour montrer le lien qui unit Quasimodo et la ville de Paris avec les cloches de Notre-Dame. Mais Quasimodo a une relation particulière avec les cloches. On le voit quand il fait visiter son espace à Esmeralda. Il leur donne des noms, et leur montre de la tendresse comme des parents le feraient pour leurs enfants. Mais cet aspect est encore plus prononcé dans le roman : "...Ce qu'il aimait avant tout dans l'édifice maternel, ce qui réveillait son âme et lui faisait ouvrir ses pauvres ailes qu'elle tenait si misérablement reployées dans sa caverne, ce qui le rendait parfois heureux, c'étaient les cloches. Il les aimait, les caressait, leur parlait, les comprenait..."(livre IV,chapitre III). Grâce aux trois gargouilles du film, on voit Quasimodo de manière plus chaude et plus drôle que en présence d'autres personnages. Elles sont à la fois ses confidentes, ses conseillères et celles qui arrivent à le détendre. Ce sont ses amies. Nous reviendront plus longuement sur les gargouilles plus loin.

Son rêve qu'il nous expose est de passer un jour parmi la foule qu'il observe du haut de son clocher. Dans la chanson, il dit :

"...A l'abri des fenêtres et des parapets de pierre,
Je regarde vivre les gens d'en bas.
Chaque jour j'envie leur vie, moi qui vis solitaire,
Mais leur histoire, je ne la connais pas.
J'apprends leurs chansons, leurs rires, leurs visages,
Moi je les vois mais eux ne me voient pas.
Je voudrais tour à tour rencontrer ces personnages,
Rien qu'un seul jour, aux pieds des tours..." 

Bien qu'il aime son clocher, il est frustré de rester enfermé dans sa tour d'ivoire. Il veut simplement être comme tout le monde, être accepté tel qu'il est. Mais avant que les gens l'acceptent, il faut d'abord qu'il s'accepte lui-même.

2.2-Claude Frollo

A propos de Claude Frollo, l'archidiacre inquiétant et rempli de contradictions, Victor Hugo écrit : "...C'était un prêtre austère, grave, morose..."(livre IV,chapitre V). Cet homme qui est traité avec une grande précision psychologique et beaucoup de force, ne parvient pas à concilier les forces célestes et animales qui s'opposent en lui. Hugo le décrit comme : "... un personnage imposant et sombre devant lequel tremblaient les enfants de choeur en aube et en jaquette, les machicots, les confrères de Saint-Augustin, les clercs matutinels de Notre-Dame, quand il passait lentement sous les hautes ogives du choeur, majestueux, pensif, les bras croisés et la tête tellement ployée sur la poitrine qu'on ne voyait de sa face que son grand front chauve..." (livre IV, chapitre V). En apparence, le gardien terrible et respecté de Quasimodo, est un homme pieux et juste. Mais derrière ce masque, se trouve un homme impitoyable, cruel, manipulateur, et dévoré par le désir ; en un mot : un monstre. Hugo écrit : " ...Quel était ce feu intérieur qui éclatait parfois dans son regard, au point que son oeil ressemblait à un trou percé dans la paroi d'une fournaise?..." (livre IV, chapitre V).

Lorsque Frollo apparaît pour la première fois, il est en train d'observer Esmeralda, qui danse avec son tambourin : "...Il tenait ses yeux sans cesses attachés sur la bohémienne, et tandis que la folle jeune fille de seize ans dansait et voltigeait au plaisir de tous, sa rêverie, à lui, semblait devenir de plus en plus sombre..." (livre II, chapitre III). Bien qu'Esmeralda soit parfaitement étrangère aux sombres desseins que nourrit Frollo à son égard, celui-ci croit fermement que sa destruction et celle des gitans assainira Paris et purifiera son âme. Les artistes de Disney vont bien développer cette idée dans la chanson Infernal que j'analyserai dans la quatrième partie. Dans le livre, d'autres personnes connaissent le conflit terrible et destructeur qui le ronge. Hugo décrit ainsi la réaction d'un citoyen de Paris qui observe la passage de Frollo et de Quasimodo : "...Hum! en voici un qui à l'âme faite comme l'autre a le corps..." (livre IV, chapitre VI).

Lorsque Frollo apparaît dans le film, il est sur le point de jeter Quasimodo dans un puit, après avoir causé la mort de sa mère, une gitane. Mais l'archidiacre de Notre-Dame survient et l'en empêche. C'est cet affrontement entre ces deux personnages sur le parvis de la cathédrale, qui met en branle la machine infernale et établit les rapports entre Quasimodo, Frollo et Notre-Dame. L'archidiacre permet à Disney de montrer la manifestation des aspects positifs de l'église, avec la force nécessaire pour s'opposer à Frollo et empêcher ses actes maléfiques en lui disant qu'il risque d'être damné à tout jamais s'il tue l'enfant. L'église, dans le film, gagne la face et n'est pas discréditée comme dans le livre.

Outre son racisme et son incapacité à aimer, la passion de Frollo pour Esmeralda demeure, tout comme dans le livre, l'une des explications les plus fortes de ses actes ignobles. Hugo écrit : "...C'est cette idée fixe qui revenait sans cesse, qui le torturait, qui lui mordait la cervelle et lui déchiquetait les entrailles..." ou "...Vers l'heure où le soleil déclinait, il s'examina de nouveau, et il se trouva presque fou..." (livre IX, chapitre I). Le livre est imprégné d'une certaine tension psychosexuelle, et Frollo est pour beaucoup dans cette tension. Il veut bannir les gitans de Paris mais tombe amoureux d'une gitane, malgré sa haine et son dégoût.

Et ce qu'il hait le plus au monde est ce qui l'obsède et qui le ronge. Lorsqu'il répond à Esmeralda et qu'il la trouve, naturellement belle et séduisante, la sensation qu'il éprouve lui paraît si étrange qu'elle en devient perverse, monstrueuse et effrayante. C'est un être tragiquement pervers qui a honte de ses qualités humaines, si bien qu'il se fabrique un personnage saint afin de réprimer sa propre humanité.

Pour le dessin de Frollo, les animateurs ont conçu un personnage long, mince et anguleux. J'y vois une métaphore visuelle qui dépeint son autoritarisme et son austérité. L'habit le plus détaillé et le plus sensuelle du film est celui de Frollo, malgré son abnégation et sa piété apparentes ; ainsi l'arrogance, l'hypocrisie, la corruption et le narcissisme du personnage sont subtilement évoqués.

L'équipe de Disney a fait de Frollo un juge puissant et redouté, plutôt que le prêtre de Hugo. Ceci je pense car il voulait que leur film soit relativement politiquement correct. En effet, comme il a été dit auparavant, les américains sont très puritains et n'auraient pas apprécié de voir un homme de foi se voir corrompre par ses passions. Bien que Frollo soit le plus humain et le plus recherché psychologiquement des méchants de Disney, ceux-ci sont tout de même bien définis par rapport aux héros de l'histoire. Mais il est vrai que Frollo a déjà le pouvoir ; et ce n'est pas pour obtenir la puissance, la gloire, que Frollo est méchant comme le sont les autres méchants de Disney, mais pour essayer de purifier son âme de sa passion, passion qui le rend encore plus cruel. En fait dans son âme, c'est un véritable cercle vicieux dont il ne peut se sortir et qui l'entraîne directement, tel un tourbillon, vers sa perte.

2.3-Esmeralda

Sur un style purement impressionniste, Hugo dépeint l'héroïne de Notre-Dame de Paris : "...Voilà donc... ce que c'est que La Esmeralda ? une céleste créature ! une danseuses des rues ! tant et si peu ! ..." (livre II, chapitre VII). Innocente, mystérieuse, belle, exotique et impulsive, Esmeralda l'éthérée n'est qu'un simple pion dans le jeu obsédant et cruel de Frollo ; et elle est la victime de son attirance folle et naïve pour le vaniteux Phoebus. Gringoire la décrit dans le roman comme : "... une nymphe,une déesse..." (livre II, chapitre III), et Hugo la peint toujours en mouvement : "...Autour d'elle tous les regards étaient fixes, toutes les bouches ouvertes ; et, en effet, tandis qu'elle dansait ainsi, au bourdonnement du tambour de basque que ses deux bras ronds et purs élevaient au-dessus de sa tête, mince, frêle et vive comme une guêpe, avec son corsage d'or sans pli, sa robe bariolée qui se gonflait, avec ses épaules nues, ses jambes fines que sa jupe découvrait par moments, ses cheveux noirs, ses yeux de flamme, c'était une surnaturelle créature..." (livre II, chapitre III). Il s'agit là plutôt d'un assemblage d'attributs idéaux que d'une créature en chair et en os. Dans le roman de Hugo, Esmeralda est une étrangère exclue du système médiéval de castes que domine Frollo. Mais bien que son appartenance à un groupe méprisé et opprimé lui coûte cher, sa position lui permet de se glisser entre les deux univers.

Hugo traite de nombreux personnages par l'ironie et la satire, mais Esmeralda m'est essentiellement sympathique dès le départ. Sur le pilori, elle soulage Quasimodo de sa soif et de son tourment, en bravant la dérision de la foule. Hugo décrit l'effet de son acte, simple et humain produit sur Quasimodo : "...Alors, dans cet oeil jusque-là si sec et si brûlé, on vit rouler une grosse larme qui tomba lentement le long de ce visage difforme et longtemps contracté par le désespoir. C'était la première peut-être que l'infortuné eût jamais versée. Cependant il oubliait de boire..." (livre VI, chapitre VI). Mais les conséquences du geste d'Esmeralda sont bien plus profondes. Quasimodo étant peu habitué à la gentillesse, sa gratitude se transforme en dévouement aveugle, tout comme la gratitude d'Esmeralda, qui devient amour pour le capitaine Phoebus parce qu'il la sauve de l'emprise de Quasimodo.

A l'instar de Notre-Dame, Esmeralda inspire, enivre, réconforte et blesse Quasimodo. Comme lui, elle a perdu ses parents et se voit, jugée, persécutée, en raison de son apparence et de sa place dans la société.Comme lui encore , elle conserve une forme de liberté et demeure par delà même innocente et enfantine. Dans le roman, Esmeralda inspire une dévotion tragique, mais les artistes de chez Disney ont fait de cette passion un béguin d'adolescence. Il lui est reconnaissant d'être la première personne à le traiter en être humain et doit accepter que la femme qu'il adore en aime un autre.

Dans le roman, Hugo donne seize ans à Esmeralda. Dans la version de Disney, elle a plutôt une vingtaine d'années. Disney est resté par contre très proche du livre en ce qui concerne son physique. Les animateurs ont fait d'elle un être qui semble pouvoir résister à sa condition sociale et à un environnement brutal, de persécution. Le graphisme de son personnage accentue les courbes et les formes rondes, qui suggèrent, avec les vêtements amples et colorés, une liberté et une vivacité opposées à la rigidité et à la pâleur gothiques des personnages tels que Frollo.

Les scénaristes ont donné, par contre, à Esmeralda un caractère plus franc, plus assuré et moins naïf que dans le livre. Il s'agit d'une fille intelligente et vive, qui a de la repartie, beaucoup de verves, des ressources physiques : quelqu'un qui a vécu et qui est devenu plus fort. Elle a aussi une grande spontanéité : dans une situation dangereuse, elle agit instinctivement et ne pense pas aux conséquences de ses actes. Dans le roman, elle est bien plus chétive et s'oppose bien moins à Frollo. Elle refuse sa proposition plus par dégoût que par volonté de le défier ou de le combattre.

Dans le film, les motivations d'Esmeralda, en tant qu'étrangère et fugitive, vont au-delà de l'amour : elle veut mettre fin à la persécution des siens. Elle constate l'inégalité et revendique la justice. Elle veut simplement ce dont les siens ont besoin. Elle s'identifie avec Quasimodo lorsque la foule participe à son supplice, et cet incident l'incite à prendre position contre l'autorité : elle dit en s'adressant à Frollo : "Vous le maltraitez comme vous maltraitez mon peuple. Je crois qu'on a élu le mauvais roi des fous, car le véritable fou, ici, c'est vous". Esmeralda, en fait, possède à la fois la force et la douceur, mais au fond c'est une personne foncièrement sincère et émotive dont son seul tort est de rechercher le bonheur pour les siens : le peuple des gitans comme les exclus de la société.

2.4-Phoebus

Le film de Disney, comme le roman de Hugo, ne présente pas Phoebus comme un héros romantique traditionnel. Dans les deux oeuvres, le capitaine Phoebus enchante, séduit et attire Esmeralda, et celle-ci enchante, séduit et attire à son tour Quasimodo. A propos du nom du personnage, l'auteur écrit : "... C'est un mot latin qui veut dire soleil... C'est le nom d'un très bel archer, qui était dieu..." (livre II, chapitre VI). Le Phoebus du roman est beau, et c'est un archer de talent ; mais c'est aussi un coureur de jupons vaniteux, stupide, peu loyal et superficiel. Hugo en parle en ces termes : "...un jeune homme d'assez fière mine, quoique un peu vaine et bravache, un de ces beaux garçons dont toutes les femmes tombent d'accord...", "... il était d'humeur inconstante... et de goût un peu vulgaire...", "... Il n'était à l'aise que parmi les gros mots, les galanteries militaires, les faciles beautés et les faciles succès..." (livre VII, chapitre I). Lorsque le Phoebus de Notre-Dame de Paris rencontre Esmeralda, à l'occasion d'un rendez-vous nocturne, il l'écoute s'épancher sans manifester la moindre émotion. Plus tard, alors qu'Esmeralda est condamnée, à tort, pour sorcellerie et pour le meurtre de Phoebus, celui-ci, bien vivant, observe froidement les préparatifs de l'exécution publique.

Dans le dessin animé, Phoebus n'est plus tout à fait le mufle du roman. Capitaine des gardes aux ordres de Frollo, Phoebus est un homme mûr et terre à terre, bien éloigné du personnage du livre. Dès le début du film, Phoebus n'hésite pas à venir en aide à Esmeralda quand celle-ci avait des ennuis avec les gardes. Un peu plus tard, Phoebus redonne à la gitane déguisée qu'il avait reconnue, la monnaie qu'elle avait perdue. Par ses actions, les scénaristes de Disney montrent la bonté et la générosité du capitaine. En fait, ils ont créé un personnage qui est digne de la bohémienne.

Phoebus, dans le film, est en fait une sorte de flic honnête dans une sale ville. C'est un homme ordinaire en fait. Phoebus possède des défauts qui lui confèrent un certain charme et une modestie séduisante mais c'est tout de même un personnage massif et fruste, un écervelé intrépide. Il a déjà fait ses preuves dans la vie : il a fait la guerre, son nez est brisé et il a reçu des blessures au combat : c'est un héros mûr qui a du coeur.

Au début du film, il obéit à son supérieur : Frollo mais il ne se méprend pas sur le compte du juge. Cependant, par la suite, il refuse de se laisser corrompre et devient lui-même un fugitif. En effet, en refusant d'obéir à Frollo, qui lui ordonne de mettre le feu à la maison d'une famille soupçonnée d'avoir hébergé des gitans, Phoebus devient un exclu, mais il brise ainsi les chaînes d'obéissance de la vie militaire que le destin lui avait réservées et s'ouvre, grâce à son action généreuse et téméraire, les portes du coeur d'Esmeralda.