1.1-Walt Disney, le visionnaire
Comment peut-on expliquer l'engouement des gens pour les long- métrages Disney ? Encore aujourd'hui, leur dernière production Mulan
a eu un énorme succès. Mais tout ceci n'aurait jamais eu lieu si, un jour de
février 1928, Walt Disney, un jeune animateur de 26 ans, n'avait pas eu l'idée
de dessiner une souris qui allait devenir célèbre dans le monde entier.
1.1.1-Une souris est née (1928-1937)
Walt Disney, durant son trajet en train le ramenant à Los Angeles, dessina une souris. Il revenait de New York où il venait d'apprendre une mauvaise nouvelle : Oswald le lapin, le héros de sa série animée, lui fut enlevé, en même temps qu'une grande partie des animateurs travaillant pour lui, par les studios Universal qui détenaient le copyright. En raison de ce coup dur, Walt Disney décida de ne plus jamais dépendre de quelqu'un. En dessinant cette souris, il voulait créer un nouveau héros pour son petit studio personnel. Le personnage fut prénommé par sa femme, Mickey Mouse.
Après deux essais infructueux, Walt Disney eut l'idée d'innover en créant le premier dessin animé parlant: Steamboat Willie. Ce fut une vraie révolution dans le monde de l'animation. Et le triomphe fut à la mesure de l'exploit. En trois ans, Mickey devint une véritable institution, à tel point que les gens allaient au cinéma pour voir le court-métrage d'animation en première partie plutôt que le long-métrage en prises de vues réelles.
Pourquoi Mickey a-t'il eu un succès si fulgurant ? Les spectateurs retrouvaient en cette souris un air de déjà-vu. Ils semblaient reconnaître en lui une facette de leurs personnalités. Mickey, de par son dessin s'appuyant énormément sur les cercles, était un personnage dynamique, plein de vie. Mais, c'était également un personnage qui avait des faiblesses : il était parfois jaloux, peureux ou maladroit... Mais finalement, il arrivait toujours à surmonter ses faiblesses pour triompher. De plus, Mickey réussissait à faire rire et à détendre les gens, surtout en cette période d'après crack boursier.
Cherchant toujours à innover, Walt Disney introduit la couleur dans ses court-métrages à partir de 1932. En outre, de nouveaux personnages vont entourer Mickey au fil des années : Minnie, Donald, Dingo, Pluto, Riri, Fifi, Loulou, Tic & Tac... Donald réussit même à devenir plus populaire que la souris. En effet, comme Mickey était, malgré ses défauts, presque trop parfait, il était de plus en plus difficile de trouver de nouveaux gags. Par contre, le côté colérique de Donald multipliait à l'infini les possibilités de scénario.
Mais en 1934, Walt avait déjà dans la tête un nouveau projet, une idée sans précédent à tel point qu'Hollywood allait l'appeler "la folie Disney". Il voulait réaliser un long-métrage d'animation.
1.1.2-L'âge d'or de l'animation (1937-1942)
Ce long-métrage était
Blanche Neige et les sept
nains. Walt Disney mit toute la
fortune du studio et même la sienne pour réaliser ce que Hollywood prévoyait comme la catastrophe financière de l'histoire du cinéma. Walt Disney voulut faire de ce film une réussite complète : il voulait que les personnages soient les plus crédibles possible. Pour cela, il n'hésita pas à donner des cours approfondis de
dessin à ses animateurs, il développa les techniques de la caméra multiplane afin de donner une profondeur aux décors. Le film était très sombre par l'intermédiaire de la reine, surtout lorsqu'elle se transforme en vieille femme. Les nains apportaient l'humour et la cocasserie. Quant à Blanche Neige, elle représentait la pureté et la candeur. Ce savant mélange fut la clé du succès du film. Sorti en 1937, le public, les critiques et les professionnels du cinéma encensèrent le long-métrage et le déclarèrent chef-d'œuvre du cinéma, titre qu'il ne perdra jamais. Hollywood n'avait plus qu'à s'incliner pour n'avoir jamais cru un instant à la plus
belle "folie" de Disney : un grand Oscar accompagné de sept petits allait couronner, celui qui était devenu le maître de l'animation.
Hollywood pensait que personne n'accepterait de rester aussi longtemps assis à
regarder un dessin animé. Les producteurs avaient peur que les gens le voient
comme un mélodrame démodé avec le méchant et la pauvre petite héroïne. Mais la
réaction fut tout autre. Les spectateurs retrouvèrent tous les ingrédients
qu'ils aimaient dans les films à prises de vues réelles. Mais le fait qu'il n'y
avait pas d'acteurs développait leurs imaginations et ils retrouvaient un peu
la sensation qu'ils avaient lorsque, enfant, on leur lisait des contes. Une
critique du Time de l'époque résume bien cette sensation : « Aussi passionnant
qu'un western, aussi drôle qu'une comédie loufoque, aussi triste qu'une
symphonie... »
Mais Walt Disney ne s'endormit pas sur ses lauriers. Jusqu'à l'entrée en guerre des Etats-Unis, il réalisa quatre films : Pinocchio,
Fantasia,
Dumbo et Bambi. Pinocchio et
Dumbo furent très appréciés, car ils développaient les mêmes concepts que
Blanche Neige et les sept
nains. Par contre,
Fantasia fut très critiqué. Walt Disney avait voulu faire un autre film visionnaire : une succession de court-métrages illustrant les plus grands morceaux de musique classique, le premier clip-vidéo en quelque sorte. Le public n'était pas prêt et bouda le film. Il faudra attendre une ressortie du film dans les années 60 pour que le film soit considéré à sa juste valeur : un chef-d'œuvre du cinéma, une symbiose parfaite entre trois arts : la musique, le cinéma et le dessin.
Bambi, quant à lui, fut jugé trop réel et les critiques se posèrent la questions de l'intérêt de rapprocher de plus en plus le dessin animé de la réalité, là où un film en prises de vues réelles aurait fait beaucoup mieux et de façon moins
coûteuse.
1.1.3-Des anthologies pour la survie (1943-1950)
Avec la guerre, les studios Disney vont rentrer dans une période difficile. Avec l'occupation de l'Europe, ils vont perdre la moitié de leur public. Les entrées financières seront insuffisantes pour réaliser des long-métrages dignes de l'âge d'or. En outre, le gouvernement américain va réquisitionner certains animateurs afin de créer des dessins animés de
propagande. Ils demanderont, également à Walt Disney, de réaliser des films soulignant l'amitié entre les Etats-Unis et l'Amérique du Sud. Ces films sont Saludos Amigos et
Les trois Caballeros.
Encore une fois le patron du studio sera en avance sur son temps. Tout d'abord,
il réussira une prouesse technique en mélangeant des acteurs réels et des
personnages de dessins animés. Ensuite, il osera défier la critique et la
censure de l'époque qui étaient très puritaines, en faisant côtoyer Donald avec
des jeunes filles réelles vêtues d'un seul maillot de bain.
La guerre finie, les studios n'auront pas assez d'argent et d'animateur pour rentrer dans une production difficile. Ils feront des long-métrages en rassemblant plusieurs court-métrages ou moyen-métrages liés entre eux par des scènes de transition. Entre 1945 et 1949, quatre films suivront : La boite à musique,
Coquin de printemps,
Mélodie
cocktail et
Le crapaud et le maître d'école. Seul fait intéressant à noter, c'est la quasi dernière apparition de Mickey dans le moyen-métrage :
Mickey et le haricot magique inclus dans
Coquin de Printemps. Ces films ne rencontrèrent presque pas de public à tel point qu'ils sont quasiment oubliés aujourd'hui puisqu'ils ne sont jamais ressortis au cinéma. Il faudra attendre les années 90 pour les revoir en vidéo.
La réaction du public est compréhensible : ces films représentent un véritable retour en arrière. Les personnages ne sont pas attachants, il n'y a pas d'intrigue et les chansons, bien que soignées, ne sont pas exceptionnelles. Walt Disney le savait fort bien. Pour sortir le studio de sa torpeur, il fallait frapper un grand coup. Mais le patron des studios allait, à partir de 1950, s'investir de moins en moins dans les films d'animation en raison de problème de santé. En outre, il avait en tête un projet colossal : l'ouverture d'un parc d'attraction à l'effigie de ses personnages : Disneyland près de Los
Angeles.
1.2-Les neuf vieux messieurs
Walt Disney se désintéressant de plus en plus à l'animation, un groupe d'animateur de la première heure vont prendre plus ou moins les décisions en ce qui concerne les films d'animation. Walt Disney assistera aux réunions de préparation et prendra les décisions finales mais le studio va perdre petit à petit son aspect artisanal et familial pour devenir une entreprise où le patron ne va pas pouvoir tout diriger. Cependant, jusqu'à sa mort en 1966, les films d'animation garderont bien l'esprit que Disney insufflait dans chacune de ses productions. Le groupe d'animateurs est composé de Wolfang Reitherman, Les Clark, Ward Kimball, John Lounsbery, Milt Kahl, Marc Davis, Frank Thomas, Eric
Larson et Ollie Johnston. On les appelait les Neuf Vieux Messieurs, en référence aux neuf sages de la cour suprême des Etats-Unis.
1.2.1-Les années 50 : des chefs-d'œuvre intemporels
Les studios Disney devaient donc frapper un grand coup pour sortir des
difficultés financières. C'est ce qu'ils firent avec
Cendrillon. Ce film avait tout pour plaire au public qui avait aimé
Blanche Neige et les sept
nains : c'était un conte avec une jeune fille qui rêve d'une meilleure condition de vie et qui, même dans les moments difficiles, garde le sourire. Les instants comiques ne sont pas en reste avec les souris et le chat. Enfin la marâtre de part sa menace subtile et hypocrite apportera au film une touche de noirceur. Le film fut un succès et sortit le studio des problèmes.
Le film suivant,
Alice au pays des
merveilles, était prévu de longue date aux studios Disney mais il fut souvent reporté car Walt Disney n'arrivait pas à concrétiser sa vision du film par rapport au livre de Lewis Caroll. Le public ressentit cette hésitation, ne trouvant pas de véritable fil conducteur à l'histoire. Bien que le film soit plaisant et divertissant, les spectateurs n'arrivèrent pas à s'attacher aux personnages : Alice étant froide et trop curieuse, les habitants de ce pays complètement fous. En outre, la presse, en particulier britannique, reprocha aux studios la trop grande liberté qu'ils avaient prise avec le livre culte.
Peter Pan rehaussa l'image ternie des studios. Le comique est très présent grâce à une observation méticuleuse des enfants et de la famille ainsi qu'à Mouche, au crocodile et à Crochet. L'émotion naît de la nostalgie et de la permanence de la jeunesse. Enfin, il captive grâce aux pièges de Crochet, aux duels avec Peter Pan, à la beauté des décors somptueux, à une pléiade de personnages remplis de charme et à de superbes chansons. Le succès n'a pas été immédiat mais les critiques apprécièrent beaucoup.
La belle et le clochard n'eut également pas un succès immédiat. Pourtant, on trouva dans ce film le dosage habituel et réussi d'humour, d'action et d'émotion. De plus, il résulte de cette histoire d'amour un charme évident : ni larmoyant ni facile, ni le ton ni les personnages ne versent jamais dans la caricature. Mais les critiques crurent bon de montrer des réserves sur le format CinémaScope que les studios utilisaient pour la première fois.
Le dernier film de la décennie,
La belle au bois dormant fut un film qui coûta très cher. Techniquement, il est superbe comme le montre la séquence du dragon mais ce fut l'époque d'une recherche de changement de style. Ceci explique l'aspect rectiligne des dessins ce qui leur donne une froideur inaccoutumée. Le public ne suivit pas. Les critiques incendièrent le film et il perdit de l'argent lors de sa première sortie.
Ces cinq films sont considérés de nos jours comme des grands classiques bien que, comme on a pu voir, lors de leur sortie certains ne furent pas forcément bien accueillies. Il est amusant également de constater que la presse s'installe peu à peu dans une critique routinière de tous produits Disney, comme pour se garantir une crédibilité intellectuelle auprès d'un certain public.
1.2.2-Les années 60 : Un nouveau style
Les années 60 voient l'arrivée d'un nouveau style. Celui-ci sera plus dépouillé, moins soigné. De plus, c'est l'époque d'une invention qui allait révolutionner les studios : la photocopieuse de la société Xerox. Elle permit un gain de temps et
d'argent. Un chiffre nous explique rapidement pourquoi : les personnes qui reproduisaient les dessins faisaient quatre cellos par heure, la Xerox soixante ! Ceci facilita grandement la production du film Les 101 dalmatiens. Les animateurs
dessinaient une dizaine de chiots à la fois et ils pouvaient ensuite les multiplier à l'infini. L'autre grande innovation de ce film fut que l'histoire se déroulait dans une époque contemporaine. Le scénario était si dynamique qu'il nécessita quasiment aucune chanson. La méchante, Cruella d'Enfer, reste un modèle du genre, même à notre époque. Tous, le public comme les critiques, saluèrent le changement de ton des studios Disney.
Merlin l'Enchanteur suivit mais n'eut rien d'exceptionnel. Il n'y a pas de véritables liens entre les séquences de transformations en animaux de Moustique, futur roi Arthur. En outre, la méchante, la sorcière Madame Mime, apparaît de façon beaucoup trop épisodique.
Il est évident que les studios se réservèrent pour le film, Mary Poppins, mélangeant acteurs réels et personnages de dessins animés. Le film devint culte aux Etats-Unis : il représentait la joie de vivre, la bonne humeur et les chansons furent, à l'époque, des véritables tubes. Le film reçut cinq Oscars.
Un autre succès fut celui du
Livre de la
jungle, sorti en 1967. Grâce à une pléiade de personnages haut en couleurs et à une musique très jazzy, le film eut valeur de testament pour Walt Disney, un testament de haute tenue. En effet, celui-ci allait mourir le 15 décembre 1966, soit un an avant la sortie du film. De son vivant, il avait réalisé ou produit 19 long-métrages d'animation, plusieurs centaines de court-métrages, des films en prises de vues réelles ; il a conçu deux parcs d'attraction qui restent des modèles du genre ; enfin, il a été le réalisateur le plus « oscarisé » de son vivant.
1.2.3-L'après Walt : un héritage difficile (1970-1981)
Les animateurs sentirent un grand vide autour d'eux. Même s'il n'intervenait
plus de façon permanente dans l'élaboration des films d'animation, ce fut une
perte irréparable pour les studios. Ils avaient perdu le mentor et l'instigateur
de l'esprit que véhiculaient les films des studios. Celui-ci avait toujours dit
qu'il ne faisait pas des films pour enfants mais pour toutes les personnes qui
avaient gardé dans un coin de leur cœur leur émerveillement d'enfant. Cette
devise va plus ou moins être oubliée au fil du temps. Le public ne s'en rendra
pas compte tout de suite : les derniers films réalisés par les Neuf Vieux
Messieurs auront du succès. Mais la qualité de la technique et du scénario va
décroître petit à petit. Les films vont devenir de moins en moins originaux
(sauf à quelques exceptions près). Les studios Disney vont rentrer doucement et
sûrement dans une période difficile.
Les Aristochats et
Robin des bois seront les premiers long-métrages à être réalisés en l'absence du Maître. Ces films sont plaisants mais passent inaperçus, inaugurant ainsi une série de productions sympathiques, divertissantes mais pas mémorables, se basant beaucoup sur des histoires d'animaux.
Cependant, l'année 1977 fut l'année qui contredit la règle. Il sortit deux films de grande tenue. Tout d'abord un film sans grande prétention mais qui avait un charme évident : Les aventures de Winnie l'ourson. Il était composé de trois moyen-métrages racontant les aventures d'un ours en peluche avec tous ses amis. Bien que destiné surtout aux enfants, ce film sans méchant est d'une poésie et d'une douceur exemplaire. D'ailleurs, un des moyen-métrages gagna un Oscar.
L'autre grande réussite fut celle des Aventures de Bernard et Bianca. Le récit était vraiment palpitant avec une méchante excentrique et cupide. La panoplie de petits personnages comme Evinrude la libellule et Orville
l'albatros apportait à ce film, somme toute mélancolique, un comique subtil. Le
public retrouva dans cette production les thèmes qu'il avait perdus dans les
films précédents.
Rox et Rouky
fut le film de transition entre l'ancienne et la nouvelle génération
d'animateurs des studios Disney. Les Neuf Vieux Messieurs allaient petit à petit
prendre la retraite. Ce film, bien que soigné, ne marqua pas les esprits du
public. En effet, l'histoire est un peu molle sans véritable méchant. Il
s'agit principalement de l'amitié de deux ennemis naturels.
1.3-Roy Disney, la reprise du flambeau
1.3.1-Les studios au fond du gouffre (1981-1989)
Bien que les derniers films Disney furent jugés en général moyens, le départ des Neuf Vieux Messieurs va laisser un vide dans les studios. Durant la production du film suivant, Taram et le
chaudron magique, il n'y aura personne pour canaliser
les idées de la nouvelle génération. Le film contient de nombreux personnages,
des effets spéciaux jamais vus à l'époque mais le scénario manque de cohérence.
On voit tout de suite que beaucoup d'animateurs ont voulu montrer ce qu'ils
savaient faire mais sans cohérer leurs efforts.
Telle était la situation, en 1984, lorsque Roy Disney Junior, le fils du frère de Walt (Roy Disney Senior), participa au changement de direction. Il prit avec lui Michael Eisner en tant que directeur administratif et plaça Jeffrey Katzenberg à la tête de la production. Ils furent consternés lorsqu'ils visionnèrent dans sa quasi-totalité Taram et le chaudron magique. Ils constatèrent la faiblesse du scénario. Mais il était trop tard pour ajouter l'humour, les chansons et la fantaisie caractéristiques de Walt Disney. Le public trouva le film achevé plaisant mais confus et trop sombre. Près de quarante millions de dollars furent dépensés, un prix exorbitant pour un film d'animation. Les entrées en salle ne remboursèrent jamais les coûts.
Basil, détective privé et Oliver et compagnie, les deux films qui suivirent furent des films d'apprentissage pour la nouvelle génération. Tout d'abord, ce sont deux histoires d'animaux. Les scénarios sont bien ficelés mais ils n'ont rien d'inoubliables. Les personnages sont attachants mais on a du mal à se passionner pour leurs mésaventures. Ce furent également les premières utilisations d'un nouvel outil qui allait révolutionner l'animation:
l'ordinateur. Ces films plurent au public et redorèrent l'image ternie par
Taram.
Mais un film allait créer un véritable déclic pour l'animation non seulement auprès du public mais également dans la direction des studios. Ce fut
Qui veut la peau de Roger Rabbit. Mélange d'animation et de prises de vues réelles, ce film repoussa les limites de l'animation en rendant les personnages de
dessins animés aussi crédibles que les humains. Chaque personnage utilisait aussi
bien des objets réels ou animés avec un rendu très naturel. Le film gagna quatre
Oscars et fut un succès au box-office. Les studios allaient pouvoir réaliser des films de qualité.
1.3.2-De succès en succès (1989-1994)
Le premier film de qualité fut
La petite sirène. Il draine tous les talents : un
scénario parfait, une bonne animation, une bande sonore récompensée par deux Oscars (meilleure chanson pour « Sous l'océan », meilleure musique) avec au
surplus, une modernité dans le propos qui s'éloigne des maladresses des oeuvres de
deux décennies peu convaincantes. Le ton oscille entre l'humour, le burlesque, le
romantisme, et l'émotion quelque peu négligée durant les dernières productions.
Personne (public comme critique) pensait que les studios Disney
réaliseraient un autre film comme
La petite sirène surtout que
Bernard et Bianca au
pays des kangourous, le film suivant, fut très critiqué. Mais
La belle et la bête allait
entamer une série consécutive de chefs-d'œuvre à succès. Ce film d'animation est,
à l'heure actuelle, le seul à avoir été nominé pour l'Oscar du meilleur film. Il ne
gagna pas le vote final mais cette nomination réhabilita un art que beaucoup considéraient comme désuet ou mineur. Ce film fut une véritable réussite sur tous
les plans mais il se dégage principalement un charme grâce au thème qu'il aborde : « la véritable beauté vient du cœur ».
L'année suivante,
Aladdin allait doubler les résultats déjà triomphaux
de La belle et la bête. Mais, plutôt que de se laisser aller à une solution de facilité
en reprenant le même genre d'histoire, ils firent un film résolument moderne, basé
énormément sur le comique, le burlesque. Le génie est le moteur comique du film. Par ses imitations, ses réflexions et grâce à la voix de Robin Williams, dans la
version américaine, il insuffle un rythme étourdissant au film. Ce concept plut
énormément un peu partout dans le monde à la fois auprès des critiques et du
public.
En 1994, les studios Disney allaient réaliser le film le plus rentable du
cinéma (détrôné il y a peu par Titanic) :
Le roi lion. Ce film possède une animation
à couper le souffle et une histoire qui fut à l'époque la plus adulte réalisée par les
studios. Le monde entier se passionna pour le lion Simba qui se sentait coupable de
la mort de son père. Grâce à une bande sonore détonante, ce film, à l'instar des
deux précédents, gagna deux Oscars. Les studios étaient arrivés à maturité
financière et artistique. Ils allaient pouvoir prendre plus de risque dans le choix des
sujets. Ces risques, ajoutés à un concept inexistant durant 70 ans : la concurrence, allaient créer une période de doutes dans les studios.
1.3.3-L'après Katzenberg : vers la
concurrence (1994-1998)
Le succès du
roi lion avait décidé les autres studios à se lancer dans l'animation. En
effet avec un budget 4 à 5 fois moins important qu'une grosse production, il pouvait rapporter beaucoup plus avec tous les produits dérivés (vidéos, entrées aux
parcs, jouets...). Pour la première fois en 70 ans, les studios Disney allaient
connaître la concurrence sur leur marché de prédilection : l'animation. Qui plus est,
Jeffrey Katzenberg, directeur de l'animation des studios, quitta bruyamment ceux-ci n'ayant pas eu la promotion qu'il souhaitait. Voulant déstabiliser Disney, il fonde
avec David Geffen (numéro un du disque aux Etats Unis) et Steven Spielberg, les
studios Dreamworks qui vont concurrencer Disney sur tous les plans, en particulier
celui de l'animation. Le premier long-métrage, Le prince d'Egypte, est sorti en
1998.
Disney avait trois ans pour consolider sa position de leader. Mais en
ayant décidé de faire des films sérieux, Disney a eu durant trois années consécutives des résultats décevants avec ses long-métrages. Pocahontas, une
légende indienne tiré d'une histoire vraie,
Le bossu de Notre-Dame inspiré du
roman dramatique de Victor Hugo et
Hercule, poussant la dérision très loin, n'emporteront pas des succès colossaux comme
Le roi lion. Disney arrivait affaibli
pour son combat contre les autres studios. Seule lueur d'espoir,
Toy
Story, le premier film en images de synthèse fut acclamé par les critiques et le public
américain (curieusement, le public européen n'était pas encore près pour ce genre d'animation).
Puis arriva l'année 1998, les studios Disney sortirent Mulan, qui
raconte comment une jeune fille se travestit en homme et part à la guerre à la place
de son père pour sauver l'honneur de sa famille. Le film redora l'emblème de Disney. En Europe comme aux Etats Unis, le film fut mieux accueilli et fit plus
d'entrées que Le Prince d'Egypte. Mais l'année fut également marquée par « la
guerre des fourmis ». En effet, Dreamworks et Disney sortirent un film en images
de synthèse traitant de fourmis : respectivement : FourmiZ et
1001
pattes. Disney
montra encore sa suprématie : 1001 pattes fut salué par les critiques du monde
entier et son résultat au box-office américain fut doublement supérieur à celui de
son concurrent. Il est étonnant, connaissant la durée de mise en chantier de ce
genre de film (3 à 4 ans) que les films soient sortis au même moment. Surtout que
Jeffrey Katzenberg ne pouvait que connaître l'existence du projet lorsqu'il quitta
les studios (de même qu'il est étonnant de voir la similitude de sujet entre Deep
Impact et
Armaggedon, deux films des mêmes studios sur l'écrasement d'une météorite sur la Terre et menaçant la vie humaine). Peu importe, il apparaît que la
concurrence a tendance à doper les studios en nous présentant des films de plus en
plus originaux et qui plaisent au public.
Les studios ont de nombreux projets pour l'avenir : Tarzan en 1999 et
surtout
Fantasia 2000 qui sera projeté dans quelques-unes des plus grandes villes
du monde (New York, Sydney, Londres, Paris...) quand sonnera le dernier coup de minuit annonçant pour le monde entier l'entrée dans un nouveau millénaire.