Titre original :
Beauty and the Beast
Production :
Disney Theatrical Productions
Première représentation :
Le 28 novembre 1993
Genre :
Musical
Chorégraphies :
Matt West
Livret :
Linda Woolverton
Théâtre :
The Palace Theatre (Broadway)
Lunt-Fontanne Theatre (Broadway)
Dominion Theatre (West End)
Théâtre Mogador (Paris)
Années de production :
1994 : Houston
1994 : Broadway
1995 : Los Angeles
1995 : 1ère Tournée Américaine
1995 : Australie
1997 : West End
1998 / 2007 : Mexique
1998 / 2010 : Argentine
1999 : 2ème Tournée Américaine
1999 / 2007 : Espagne
2001 : Tournée Anglaise
2001 : 3ème Tournée Américaine
2002 / 2009 : Brésil
2008 : Afrique du Sud
2008 : Pologne
2010 : 4ème Tournée Américaine
2012 : Tournée Espagnole
2013 : Paris
Mise en scène :
Robert Jess Roth
Musique et paroles :
Alan Menken
Howard Ashman
Tim Rice
Nicolas Nebot (Adaptation française)
Troupe d'origine :
Susan Egan
Terrence Mann
Burke Moses
Gary Beach
Beth Fowler
(...)
Troupe française :
Manon Taris
Yoni Amar
Alexis Loizon
Dan Menasche
David Eguren
Léovanie Raud
(...)

Le synopsis

Par une rude et froide nuit d'hiver, une vieille mendiante frappe à la porte d'un château situé en plein milieu d'une forêt. Elle demande alors au propriétaire des lieux, un jeune prince égoïste, l'hospitalité pour la nuit, en échange d'une simple et belle rose rouge. Repoussée pour son apparence misérable, elle révèle alors qu'elle est en réalité une magnifique et puissante fée. Il est, en revanche, bien trop tard pour lui demander pardon : elle transforme le prince sans cœur en une grosse bête hideuse et les habitants de son château en objets enchantés. Elle pose une condition pour qu'ils puissent se libérer de ce mauvais sort : la Bête doit réussir à aimer et à se faire aimer en retour, et ce, avant que la rose enchantée ne perde son dernier pétale...

Dans le même temps, à l'orée de la forêt, Belle, une ravissante et rêveuse jeune fille, vit avec son père, un inventeur extraverti et créatif. Elle ne se sent pas à sa place avec les jeunes de son village, notamment avec Gaston, le bellâtre adulé de (presque) toutes. Quand son père se perd en forêt en tentant de se rendre à un concours d'inventions, le destin de tout le monde va basculer.

La critique

★★★

Il est des “histoires éternelles” que le public, de génération en génération, aime à voir, entendre, revoir et réentendre encore et toujours, sous toutes ses formes. Aussi, quand une adaptation française de La Belle et la Bête voit le jour sur scène au théâtre Mogador, le spectacle prend rapidement des airs d'évènement !

Retour au début des années 1990. Les Walt Disney Animation Studios débutent un nouvel âge d'or, et les succès de leurs longs-métrages commencent à s'enchaîner. La Belle et la Bête sort en novembre 1991, juste après le mythique La Petite Sirène. La genèse du projet a pourtant été laborieuse : déjà envisagé du temps de Walt Disney, le Maître l'avait alors jugé trop sombre et l'idée avait été abandonnée… Ou plutôt mise de côté ! Car, au milieu des années 1980, le producteur Don Hahn le déterre. Plusieurs scénarios sont ainsi envisagés, toujours rejetés car “trop sombres”... C'est lors d'un énième retour à la case départ que le duo Alan Menken / Howard Ashman rejoint le projet, pour non seulement en composer la musique, mais aussi pour lui insuffler des idées fraîches destinées à résoudre ses problèmes d'histoire et de scénario. Ce nouveau départ sera le bon : le long-métrage voit le jour et emporte un immense succès qui est intimement lié à celui de sa musique et de ses chansons.

La genèse du long-métrage d'animation, puis son succès, attirent l'attention des dirigeants de Theatre Under the Stars, une compagnie de production de musicals basée à Houston. Son directeur Frank Young tente ainsi à de multiples reprises de contacter Disney, sans y parvenir. Il lui faudra, en fait, attendre que le studio de Mickey « digère » le succès de son film pour en envisager l'adaptation scénique. Tous deux parviennent finalement à la conclusion d'un accord qui acte que la collaboration avec Theatre Under the Stars reste la meilleure solution pour faire naître la pièce. La création de Disney Theatrical Productions est au bout du chemin.

L'accord entre les deux compagnies aboutit à une période d'essai de la pièce, pendant quelques semaines, à la fin de l'année 1993. La première à Broadway a ensuite lieu le 18 avril 1994 au Palace Theatre où le show reste programmé jusqu'à l'automne 1999. Il passe alors au Lunt-Fontanne Theatre où il sera à l'affiche pendant près de huit ans. Disney Theatrical Productions décide en effet de mettre fin au show pour ne pas créer une trop forte concurrence entre ses différentes productions. A l'époque, La Petite Sirène est sur le point de voir le jour, tandis que Le Roi Lion, Tarzan et Mary Poppins se jouent déjà en parallèle dans la grosse pomme.

La longévité du spectacle à Broadway (A ce jour, c'est le 8e musical resté le plus longtemps à l'affiche à New York) et la diversité des productions qui ont suivi (West End, trois tournées à travers les Etats-Unis et de nombreuses productions étrangères) sont les témoins indiscutables du succès populaire du spectacle. Les critiques sont également très positives et côté récompenses, le show a été nommé pour de nombreux Awards (Neuf Tonys et dix Drama Desk Awards) même s'il n'en a remporté qu'un : le Tony Award des Meilleurs Costumes.

La production Londonienne commence, elle, au printemps 1997 et dure environ deux ans et demi : elle remporte même en 1998, l'Olivier Award (l'équivalent des “Tonys” à West End) de la Meilleure Comédie Musicale.

Dans l'Hexagone, La Belle et la Bête est le deuxième musical Disney à être adapté. Le Roi Lion l'a, en effet, été à l'automne 2007 : resté à l'affiche durant trois saisons, il est depuis le plus grand succès du genre en France...
L'arrivée de La Belle et la Bête à Mogador s'est pourtant faite dans la douleur. Dans le courant de l'année 2013, Stage Entertainment annonce, il est vrai, débuter un casting pour adapter en France, Mary Poppins, alors toujours à l'affiche à New York. La condition annoncée pour que le projet voie le jour est de trouver les artistes idéaux pour les rôles principaux de Mary et Bert. Cela semble ne pas avoir été officiellement le cas puisque le projet a été abandonné. Officieusement, des sondages réalisés sur des panels de spectateurs auraient simplement révélé que le public français n'attendait pas Mary Poppins. Branle-bas de combat, quelques semaines après, Stage Entertainment annonce avoir décidé d'adapter La Belle et la Bête à la place. Tout va alors aller très vite, avec une présentation à la presse en présence d'Alan Menken début juillet à la salle Gaveau, et les premières représentations en octobre 2013 au théâtre Mogador, celui-là même qui avait accueilli Le Roi Lion.

Lors de la présentation à la salle Gaveau, Chronique Disney apprend alors avec soulagement que, contrairement à l'adaptation du (Le) Roi Lion et son massacre en règle des chansons du film,  les paroles françaises de celles du long-métrage seraient respectées. Ainsi, l'adaptation de La Belle et la Bête dans la langue de Molière ne s'appliquera que sur les dialogues du livret, les chansons propres au musical (qui n'existaient pas dans le film, comme “Apprendre à l'Aimer”) et les éventuelles petites différences de paroles au sein des chansons déjà connues. Le spectateur ne sera donc pas dérouté par des paroles surprenantes dans des chansons qu'il pensait connaître par cœur.

Le duo star de la pièce, c'est à dire les rôles de Belle et de la Bête, a  également été annoncé à l'occasion, et le public a alors découvert les magnifiques voix de Manon Taris et Yoni Amar. Le reste de la troupe a été ensuite dévoilé petit à petit : Alexandre Faitrouni (Le Fou), Alexis Loizon (Gaston), Alix Briseis (Plumette), Dan Menasche (Lumière), David Eguren (Big Ben), Léovanie Raud (Mme Samovar)... Beaucoup de ces artistes sont déjà connus de Stage Entertainment pour avoir participé aux précédentes productions de la compagnie : Le Roi Lion, Mamma Mia!, et Sister Act.

Le théâtre Mogador a subi un petit lifting à l'occasion de ce nouveau spectacle, afin de se mettre dans le thème du grand classique des studios Disney. Le public redécouvre donc avec plaisir cette salle dont la scène est désormais habillée d'un magnifique rideau de velours bleu orné de dorures avec la célèbre rose rouge. Les décors suivent ensuite l'action de la pièce : le village, avec sa petite place et la maison de l'inventeur (un petit peu plus “plat” que la production d'origine) ; la taverne de Gaston avec ses trophées, son bar et son gros fauteuil ; la forêt (dont le rendu est assuré avec un joli jeu de fumée en guise de brouillard) et bien-sûr, le château. Celui-ci s'appuie sur tout un jeu de décors mobiles emmenant tour à tour le spectateur dans les divers lieux d'action : le hall d'entrée, la chambre de Belle, la bibliothèque… Si l'ingéniosité des décors et des enchaînements entre les pièces est indiscutable, certains éléments manquent assurément d'amplitude : le château, censé être immense et imposant, à l'instar de la grande bibliothèque et de ses milliers d'ouvrages n'est ici représentée que par un “simple” escalier. La frustration n'est pas loin même si,  dans son ensemble, le jeu de décor est relativement fidèle à l'ambiance à laquelle le spectateur s'attend.

Les costumes, eux, sont tout bonnement sublimes et constituent une des vraies forces du spectacle. Ceux des humains (Belle, Gaston et les villageois) reflètent bien le monde rural du village connu de tous, et la Bête avec sa grande cape est tout à fait réussie. Mais là où les concepteurs des costumes ont brillé, c'est indéniablement sur les objets enchantés. Ils ne se contentent pas, en effet, d'être magnifiques et pleins de détails : ils évoluent au fur et à mesure du show, devenant plus imposants et rigides, afin de restituer le temps qui passe et l'implacabilité du sort qui s'abat sur les habitants du château.

La troupe qui donne vie à cette “histoire éternelle” ne saurait souffrir d'aucune critique. Le couple Manon Taris / Yoni Amar fonctionne à merveille, avec une alchimie visible rendant bien l'évolution de la relation entre Belle et la Bête. Le duo Alexandre Faitrouni / Alexis Loizon (Le Fou / Gaston) apporte, lui, avec brio la touche comique à l'ensemble. Après l'avoir connu dans le rôle de Zazu sur Le Roi Lion, le public prend également grand plaisir à retrouver David Eguren qui dépeint un Big Ben loyal et inquiet de son sort. Mais le véritable coup de cœur de Chronique Disney ira à Dan Menasche, à qui le rôle de Lumière va à merveille. Son interprétation subtile de ce personnage plein de facettes est tout bonnement excellente, et il semble vraiment voler la vedette chaque fois qu'il montre le bout de ses flammes...

La mise en scène et les chorégraphies, relativement fidèles aux productions d'origine, restent dans la grande tradition des classiques Broadway (normal, pour une production d'origine qui a vu le jour au début des années 90 !). Un numéro comme C'est la Fête, qui se veut pourtant le clou du spectacle, manque peut-être légèrement d'éléments d'arrière-plan, de monde sur scène et de musiciens dans l'orchestre pour être véritablement “explosif”. En effet, seuls sept musiciens composent “l'orchestre” live (cuivres, vents et clavier) là où le reste de la musique est assurée par une bande son. Une vingtaine de musiciens était pourtant présente dans la fosse d'orchestre au sein de la troupe originale à Broadway. Le spectateur lambda ne remarquera sans doute pas la différence, mais une oreille musicale un minimum avertie se rendra compte que la salle ne s'emplit pas autant de musique qu'il aurait fallu. Par contre, d'autres morceaux sont d'excellentes surprises : Gaston, avec sa danse des villageois et un superbe duo Le Fou / Gaston, ou encore le moins connu Humain comme Avant (Humain à Nouveau, dans l'édition spéciale du long-métrage sortie en 2002), où les objets enchantés chantent leur hâte de retrouver leur vie d'avant, alors qu'en parallèle Belle et la Bête lisent un roman dans la bibliothèque.

La Belle et la Bête, version Mogador, est une adaptation magnifique du classique d'animation que tout fan Disney aura plaisir à découvrir. La promesse faite de ressortir avec de belles musiques plein la tête et des étoiles plein les yeux est tenue !