Titre original :
Der Glöckner von Notre Dame (1999)
The Hunchback of Notre Dame (2014)
Production :
Disney Theatrical Productions
Première représentation :
Le 5 juin 1999 (Production allemande)
Le 26 octobre 2014 (Production américaine)
Genre :
Musical
Chorégraphies :
Lar Lubovitch (1999)
Chase Brock (2014)
Livret :
James Lapine (1999)
Peter Parnell (2014)
Théâtre :
Potsdamer Platz (Berlin)
The King's Academy (Floride)
La Jolla Playhouse (San Diego)
Paper Mill Playhouse (New Jersey)
Tuacahn Amphitheatre (Utah)
California Musical Theatre (Sacramento)
Shiki Theatre Company (Tokyo)
La Mirada Theatre (Californie)
Theater des Westens (Berlin)
Années de production :
1999 - 2002 : Berlin
2013 : Floride
2014 : San Diego
2015 : New Jersey
2016 : Utah
2016 : Californie
2016 : Tokyo
2017 : Berlin
Mise en scène :
James Lapine (1999)
Scott Schwartz (2014)
Musique et paroles :
Alan Menken
Stephen Schwartz
Troupe d'origine :
Drew Sarich (1999)
Judy Weiss (1999)
Fredrik Lycke (1999)
Jens Janke (1999)
Norbert Lamla (1999)
Michael Arden (2014)
Ciara Renée (2014)
Andrew Samonsky (2014)
Erik Liberman (2014)
Patrick Page (2014)
(...)

Le synopsis

Version 1999

 

Acte I

En 1482, à Paris, Clopin, le roi des bohémiens, raconte l'histoire du bossu de Notre-Dame. 20 ans auparavant, un groupe de gitans se fait arrêter par le Ministre de la Justice, Claude Frollo, un ancien prêtre. Une femme s'enfuit : Frollo part à sa poursuite et la tue accidentellement. Elle portait dans ses bras un bébé difforme que le Ministre s'apprête alors à assassiner quand il est arrêté dans son geste par l'archidiacre de Notre-Dame qui lui demande de prendre en charge l'enfant en pénitence. Frollo se résigne et nomme le bébé, Quasimodo. Les années ont passé et Quasimodo reste enfermé dans les tours de la cathédrale parisienne. Il a pour seuls amis trois gargouilles, Antoine, Charles et Loni. Son père adoptif lui interdit, en effet, de sortir le persuadant que le monde est mauvais. Quasimodo lui désobéit pourtant en se rendant à la Fête des Fous. Organisée par les bohémiens avec Clopin en maître de cérémonie, cette fête païenne et populaire est pourtant vue d'un mauvais œil par le Ministre Frollo. Ce dernier vient d'ailleurs de recruter un nouveau capitaine des gardes, Phœbus, afin d'éradiquer la menace que représentent pour lui les bohémiens sur la ville. Frollo et Phœbus tombent alors sous le charme de la belle danseuse Esméralda. Mais vient le moment de couronner le roi des fous : Quasimodo est choisi et remporte le titre. Aussitôt, sa laideur le fait molester par la foule. Il est sauvé in extremis par Esméralda qui s'attire pour cela les foudres de Frollo privé de donner une belle leçon au bossu. Menacée d'emprisonnement, elle se réfugie alors dans la cathédrale, placée sous bonne garde, puis parvient à quitter l'édifice grâce à l'aide de Quasimodo, lui-aussi énamouré de la bohémienne. Mais Frollo développe une passion de plus en plus dévorante pour la belle jeune fille. Il n'hésite pas alors à mettre Paris à feu et à sang pour la retrouver. Dégoûté, Phœbus se mutine et refuse d'obéir aux ordres cruels du ministre.


Potsdamer Platz

Acte II

Inquiet pour la sécurité de la bohémienne, Quasimodo voit Antoine, Charles et Loni essayer de lui remonter le moral. Plus tard, Phœbus blessé vient trouver refuge dans la cathédrale en se présentant au bossu comme un ami d'Esméralda. Le soir, Frollo vient rendre visite à Quasimodo pour, en fait, lui tendre un piège et lui faire révéler où se trouve l'entrée de la Cour des Miracles des bohémiens. Refusant dans un premier temps de quitter la cathédrale, le bossu est bien vite convaincu par Phœbus et les gargouilles de partir prévenir Esméralda de l'attaque imminente de Frollo et ses troupes. Phœbus et Quasimodo rejoignent alors tous deux le repaire des gitans quand Frollo investit les lieux par surprise et fait emprisonner tout le monde. Arrêtée, Esméralda se refuse à son geôlier. Il la condamne alors au bûcher. Lors de l'exécution, Quasimodo vient sauver la jeune fille et demande pour elle le droit d'asile. Il protège la cathédrale contre les assauts des troupes de Frollo. Malheureusement, Esméralda ne survit pas à ses blessures. Frollo arrive à pénétrer dans le lieu saint et découvre avec satisfaction la mort de la jeune fille. Fou de colère, Quasimodo pousse son maître du haut des tours. Le bossu, suivi de Phœbus, apporte ensuite le corps d'Esméralda sur le parvis de Notre-Dame où Clopin pose la question aux spectateurs de savoir ce qui fait un monstre et ce qui fait un homme...

Version 2014

 

Acte I

En 1482, le peuple de Paris raconte l'histoire du bossu de Notre-Dame. Vingt ans plus tôt deux orphelins, Jehan et Claude Frollo, sont pris en charge par les prêtres de Notre-Dame. Si Claude est pieux, Jehan est un vaurien. Un jour, il est même surpris en compagnie d'une bohémienne du nom de Florika et renvoyé du refuge par l'un des pères. Des années plus tard, Claude, devenu archidiacre de Notre-Dame, reçoit une lettre de Johan lui demandant de le rencontrer. Il retrouve alors son frère mourant, sa femme Florika étant décédée de la même maladie trois mois plus tôt. Il lui confie son fils n'ayant bientôt plus aucune famille. Le bébé se révèle être difforme au point que Claude compte l'abandonner quand il se rétracte face aux jugements des statuts de Notre-Dame. Frollo nomme alors le bébé, Quasimodo. Les années ont passé et Quasimodo reste enfermé dans les tours de la cathédrale parisienne, devenu sourd à force de sonner les cloches. Il a pour seuls amis imaginaires les gargouilles du lieu saint. Son oncle lui interdit ainsi de sortir en le persuadant que le monde extérieur est mauvais. Quasimodo lui désobéit pourtant en se rendant à la Fête des Fous. Organisée par les bohémiens avec Clopin, leur chef, en maître de cérémonie, cette fête païenne et populaire est vue d'un mauvais œil par l'archidiacre Frollo. Ce dernier vient d'ailleurs de recruter un nouveau capitaine des gardes, Phœbus, afin d'éradiquer la menace que représentent pour lui les bohémiens sur la ville. Les deux tombent alors sous le charme de la belle danseuse Esméralda. Mais vient le moment de couronner le roi des fous : Quasimodo est choisi et remporte le titre. Aussitôt, sa laideur le fait molester par la foule. Il est sauvé in extremis par Esméralda qui s'attire pour cela les foudres de Frollo privé de donner une belle leçon au bossu. Menacée d'emprisonnement, elle se réfugie alors dans la cathédrale, placée sous bonne garde, puis parvient à quitter l'édifice grâce à l'aide de Quasimodo, lui-aussi énamouré de la bohémienne. Mais Frollo développe une passion de plus en plus dévorante pour la belle jeune fille. Il n'hésite pas alors à mettre Paris à feu et à sang pour la retrouver. Dégoûté, Phœbus se mutine et refuse d'obéir aux ordres cruels de l'archidiacre.


Paper Mill Playhouse

Acte II

Esméralda emmène Phœbus blessé à Notre-Dame pour demander à Quasimodo de le protéger pendant sa convalescence puis repart. Les gargouilles convainquent alors le bossu de tout faire pour aider la bohémienne. Le soir même, Frollo vient rendre visite à Quasimodo pour, en fait, lui tendre un piège et lui faire révéler où se trouve l'entrée de la Cour des Miracles des bohémiens. Refusant dans un premier temps de quitter la cathédrale, le bossu est bien vite convaincu par Phœbus et les gargouilles de partir prévenir Esméralda de l'attaque imminente de Frollo et ses troupes. Phœbus et Quasimodo rejoignent alors tous deux le repaire des gitans quand Frollo investit les lieux par surprise et fait emprisonner tout le monde. Arrêtée, Esméralda se refuse à son geôlier. Il la condamne alors au bûcher. Lors de l'exécution, Quasimodo vient sauver la jeune fille et demande pour elle le droit d'asile. Il protège la cathédrale contre les assauts des troupes de Frollo. Malheureusement, Esméralda ne survit pas à ses blessures. Frollo arrive ensuite à pénétrer dans le lieu saint et découvre avec satisfaction la mort de la jeune fille. Fou de colère, Quasimodo pousse son maître du haut des tours. Le bossu, suivi de Phœbus, apporte alors le corps d'Esméralda sur le parvis de Notre-Dame où la foule pose la question aux spectateurs de savoir ce qui fait un monstre et ce qui fait un homme...

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 26 octobre 2016

La critique se base sur la représentation publique du 28 septembre 2016 à La Mirada Theatre en Californie.

Le film Le Bossu de Notre-Dame est un incontestable chef d’œuvre. Pourtant, il a toujours eu du mal à trouver la reconnaissance auprès d’un large public et des critiques. Ce n’est pas faute d’avoir une base importante de fans qui encensent le long-métrage des Walt Disney Animation Studios pour ses nombreuses qualités à commencer par  sa musique mais aussi les thèmes matures et complexes qu’il développe. Pour de nombreux spectateurs, le film est logiquement devenu culte. Le musical qui en dérive éprouve malheureusement les mêmes difficulté d'exploitation. Bien que se rapprochant du livre de Victor Hugo tout en gardant la fabuleuse partition d’Alan Menken, le spectacle n’arrive, en effet, toujours pas à avoir une carrière à la hauteur de sa qualité. Voulant toujours plus de drames, les critiques font sur lui la fine bouche alors même qu'il est un musical de grande tenue. Disney Theatrical Productions les écoute malheureusement et se voit finalement frileux pour proposer le musical Le Bossu de Notre-Dame à la place qui devrait être la sienne : Broadway ! Retour donc sur un spectacle qui mérite mieux que le sort qui lui est réservé...


Paper Mill Playhouse

L'Historique

L'origine de l’adaptation par Disney du roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, remonte au début de 1993. David Stainton, alors vice-président chargé de la création, a, il est vrai, le premier l'idée de mettre en chantier le film. Il avoue avoir lu une version illustrée du roman durant son enfance puis redécouvert le classique durant ses années lycée. En cherchant des pistes pour un film d'animation musical, il relit l'oeuvre d'Hugo et y trouve de nombreux éléments à grandes capacités visuelles. De plus, il sait les personnages remarquablement forts et délimite déjà les contours du potentiel d’émotions contenues dans l’histoire, sans parler du lieu aussi romantique que dramatique. David Stainton estime que les Walt Disney Animation Studios sont prêts à relever le défi et finit par proposer son idée à Jeffrey Katzenberg, alors Président de Walt Disney Studios, qui accepte avec l'aval de Michael Eisner. Ils décident alors de confier le chantier à deux réalisateurs qui ont fait leur preuve dans un film, basé aussi sur un monstre français, La Belle et la Bête : Gary Trousdale et Kirk Wise. Dès le début de la production, le compositeur Alan Menken et le parolier Stephen Schwartz sont associés au projet. Ils vont d’ailleurs se surpasser en proposant ce qui est assurément la bande originale la plus riche musicalement des films d'animations Disney. Les harmonies, les mélodies, les voix aussi bien en anglais qu'en français sont autant de petits bijoux qui s'assemblent divinement comme les fils dans une grande tapisserie. Pour parvenir à souligner au mieux par la musique la puissance du film et sa couleur médiévale, les artistes visitent alors l’Europe où ils enregistrent pêle-mêle, sons de cloches, chœurs et autres chants typiques. Le Bossu de Notre-Dame est ainsi une vraie comédie musicale. Il s'agit peut-être même du film des Walt Disney Animation Studios ayant le plus de scènes chantées. Et toutes les chansons méritent des louanges !


Stephen Schwartz & Alan Menken

Le Bossu de Notre-Dame sort aux États-Unis le 21 juin 1996 avec des critiques bienveillantes saluant le côté adulte mais reprochant de s’être si éloigné du roman français. Le film finit ainsi juste au-dessus de 100 millions de dollars et donc, quoiqu’en disent les esprits-chagrin, assez pour être considéré à l’époque comme un blockbuster. Pourtant, pour Disney, il s'agit clairement d'une déception n'arrivant pas à égaler les résultats de ses précédents films d'animation comme Le Roi Lion ou Pocahontas, une Légende Indienne. Au niveau mondial, il signe un score bien plus satisfaisant avec un total de 325 millions de dollars tandis qu'en France, il réalise un véritable triomphe avec plus 6.8 millions de spectateurs. Malgré son succès, Le Bossu de Notre-Dame n’arrive pas à exister au-delà de sa sortie initiale. Au contraire, son côté sombre freine Disney à l’utiliser comme une franchise sur le long terme. Dès lors, il se voit malheureusement, en dehors des fans Disney, plutôt oublié du grand public et des cinéphiles. Néanmoins, quelques petits projets, plus ou moins heureux, permettent de le faire revivre, ici et là. Sa suite, Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le Secret de Quasimodo, produite par DisneyToon Studios et sortie directement en vidéo doit tout simplement être ignorée tellement le produit fini est une ignominie faisant honte au film d’origine. Côté parc, un spectacle musical au Disney’s Hollywood Studios, The Hunchback of Notre Dame - A Musical Adventure est proposé de 1996 à 2002. Il s'agissait d'un show de grande qualité de 30 minutes qui reprenait la quasi intégralité des chansons avec un casting de nombreux bohémiens aux costumes colorés et de Personnages fidèles au film.


The Hunchback of Notre Dame - A Musical Adventure

L’utilisation la plus significative du Grand Classique reste la création de la comédie musicale, façon Broadway, par Disney Theatrical Productions. Proposé en 1999, sous le titre, Der Glöckner von Notre Dame, il est le premier spectacle Disney à être présenté d’abord en dehors des États-Unis. Le musical reprend ainsi les chansons du film à l'exception de La Cour des Miracles tandis que d’autres sont écrites spécialement pour lui par Alan Menken et Stephen Schwartz, le compositeur et le parolier du long-métrage. Originellement, le spectacle est écrit et répété en anglais. La mise en scène comme le livret sont confiés à James Lapine tandis que la chorégraphie relève de Lar Lubovitch, les décors de Heidi Ettinger, les costumes de Sue Blane, la lumière de Rick Fisher et les projections et autres effets spéciaux de Jerome Sirlin. Débutant le 5 juin 1999 au Potsdamer Platz à Berlin, le musical sera joué jusqu'à juin 2002 devenant l'un des spectacles les plus donnés dans la capitale allemande.


Potsdamer Platz

Du point de vue du récit, Der Glöckner von Notre Dame, se rapproche globalement de celui du film. Clopin est ainsi le narrateur du musical, même s'il s'avère qu'il retrace l'histoire totalement en flashback en étant bien plus vieux au début et à la fin du spectacle. Les trois gargouilles sont également toujours présentes bien que leurs rôles soient plus allégés. Il est évident que ce sont clairement des amis imaginaires tandis que leur trois noms sont changés devenant Antoine, Charles et Loni au lieu de La Muraille (Hugo en anglais), La Rocaille (Victor en anglais) et La Volière (Laverne en anglais). Frollo reste Ministre de la Justice même si son passé est un peu étoffé, les spectateurs apprenant qu'il fut prêtre dans sa jeunesse. Les personnages de Phœbus et d'Esméralda sont un peu moins lisses que dans le film mais restent globalement les mêmes que dans le long-métrage et n'ont rien à voir avec les personnages du roman. Quasimodo n'est, quant à lui, pas sourd : il a des difficultés à parler mais chante à la perfection. Le plus gros changement vient de la fin, totalement différente du film. Esméralda meurt en effet de ses blessures et Quasimodo assassine Frollo dans sa colère en le poussant du haut de la cathédrale. Dans le film, la gitane survivait tandis que Frollo trébuchait, poussé dans le vide par la colère de la cathédrale elle-même alors vengeresse. En cela, la comédie musicale tente de se rapprocher du roman de Hugo même si dans celui-ci Quasimodo meurt aussi à la fin.


Potsdamer Platz

Coté musique, Alan Menken et Stephen Schwartz écrivent spécialement pour le musical de nouvelles chansons comme Rest and Recreation, Top of the World, Esmeralda, Made of Stone, Out of Love ou réarrangent des titres existants comme Sanctuary, Hurry, Hurry (dérivé de Topsy Turvy) ou Someday. Les décors, quant à eux, affichent un côté grandiloquent changeant beaucoup d'un tableau à l'autre afin de se rapprocher au plus de l’esprit du film d’animation. Des projections sont utilisées pour intensifier certaines scènes. Les costumes pêchent en revanche par un manque de simplicité donnant l’étrange impression d’être trop travaillés. Ils sont à l’image des décors, prétentieux, mais avec la fâcheuse sensation qu’ils ne s’accordent pas avec eux. Le comble est peut-être atteint avec les gargouilles qui apparaissent clairement de mauvais goûts.


Potsdamer Platz

Réclamés à corps et à cris par les fans américains, l’adaptation pour les États-Unis du musical se fait attendre. Une version basée sur le spectacle allemand est ainsi proposée en anglais par The King's Academy en Floride en 2013 sauf qu’elle ne reprend pas toutes les chansons de la version de 1999 et zappe les morts d’Esmeralda et de Frollo. Pendant ce temps, Alan Menken et Stephen Schwartz travaillent depuis 2010 à l’adaptation du musical en anglais. Le livret est confié à Peter Parnell tandis qu’Alan Menken et Stephen Schwartz écrivent encore de nouvelles chansons : Rhythm of the Tambourine, The Tavern Song (Thai Mol Piyas), Flight Into Egypt et In a Place of Miracles. Ils réutilisent toutes celles du film à l’exception de la ritournelle des gargouilles, A Guy Like You, qui est purement et simplement supprimée. La chanson The Court of Miracles est également réécrite et n’a plus rien à voir avec celle du long-métrage. Enfin, ils reprennent certaines chansons du show de 1999 : Rest And Recreation, Top of the World, Esmeralda, Someday et Made of Stone.

La nouvelle version américaine du (Le) Bossu de Notre-Dame se démarque tout de go de l'allemande dans ses décors. Ils changent beaucoup moins avec une structure fixe rappelant l’intérieur d’une église. Utilisant énormément le bois, son rendu est à la fois imposant et chaleureux. Le décor permet également d’y inclure un chœur de chanteurs latin disposé en plusieurs groupes symétriques. Enfin, les costumes sont désormais simples mais d’une grande beauté tandis que les gargouilles se font beaucoup plus discrètes dans leurs apparences.


Paper Mill Playhouse

Des changements sont également apportés dans l’histoire par rapport à la version de 1999 afin de se rapprocher encore plus du roman. Première évolution de taille : Frollo redevient archidiacre. Autre nouveauté, son frère Jehan Frollo est réintroduit. Par contre, si le personnage existe bel et bien dans le roman, il n’a rien à voir avec celui du musical. En effet, dans le spectacle de Disney, Jehan meurt dès le début de l’histoire et devient en plus, le père biologique de Quasimodo ce qui n’est pas le cas dans le roman. De ce fait, Quasimodo s'avère ainsi être le neveu de Claude Frollo même si l'idée n'est plus jamais reprise par la suite, le bossu appelant son oncle "maître". Autre gros changement, l’humour est gommé avec pour conséquence la disparition des trois gargouilles du film. Les monstres de pierres sont conservés mais sont plus nombreux, donc plus dilués, et surtout bien plus discrets. De plus, ils sont montrés comme des êtres venant de l’imagination de Quasimodo. Le bossu évolue aussi. Il est sourd à force de faire sonner les cloches et utilise le langage des signes mêlé à une parole saccadée et un ton roque. Par contre, quand il chante, il retrouve sa voix cristalline. Le côté adulte est encore plus mis en avant quand Frollo comme Phœbus vont dans des maisons closes. D’ailleurs, Phœbus ne sauve plus un meunier mais une tenancière d’auberge de passes. Clopin, pour sa part, voit son rôle diminué puisqu’il n’est plus le narrateur de l’histoire mais uniquement le chef des gitans. C’est finalement un ensemble composé, en fonction des scènes, de prêtres, de parisiens de gitans ou de gargouilles qui va au fur et à mesure du spectacle raconter les événements via la reprise de la chanson The Bells of Notre Dame devenant le leitmotiv de tout le musical. La fin, par contre, reprend bien la version de 1999 avec la mort d’Esméralda et celle de Frollo poussé d'une des tours par Quasimodo.


Paper Mill Playhouse

Le musical connaît sa première à La Jolla Playhouse à San Diego du 28 octobre 2014 au 7 décembre 2014 avec une mise en scène de Scott Schwartz, le fils de Stephen Schwartz. Il est ensuite transféré au Paper Mill Playhouse dans le New Jersey, antichambre de Broadway, du 4 mars au 5 avril 2015. Mais suite à ces représentations, Disney Theatrical Productions décide de ne pas le monter à Broadway. Pourquoi cette décision ? Plusieurs raisons l’expliquent. D’abord, il s'agit de laisser la place à La Reine des Neiges qui est clairement prioritaire et qui doit arriver prochainement. De plus, Le Bossu de Notre-Dame n’est pas un musical Disney comme les autres : très sombre, il n’a pas l’ADN de ce que le grand public de Broadway attend d’un spectacle Disney. Même Newsies, qui n’était pas non plus typique pour Disney Theatrical Productions avait un atout en plus : sa joie de vivre et sa bonne humeur. En outre, contrairement à Newsies, les critiques n’ont pas été enchantées par la version américaine du Bossu de Notre-Dame qu’ils ont vue. Ils reprochent à Disney, comme pour le film et malgré les efforts de se rapprocher du livre, d’hésiter entre une histoire trop adulte et un côté très enfant, trouvant au final le mélange des deux mal abouti. De même, comme pour le film, la musique, toujours très belle, n’arrive pas à gagner une reconnaissance auprès des professionnels. Ils comparent le musical à un sous Les Misérables toujours joué à Broadway. Quelle hérésie et quelle malédiction pour une des plus belles partitions Disney ! Pour toutes ces raisons, Disney Theatrical Productions décide donc de ne prendre aucun risque et ne déplace pas le show à New York. Il le propose néanmoins pour des productions régionales ou amateurs en confiant les droits à Music Theatre International. Une nouvelle version du (Le) Bossu de Notre-Dame est ainsi, par exemple, montée du 23 au 26 août 2016 au California Music Circus de Sacramento puis transférée à La Mirada Theatre dans le sud de la Californie du 16 septembre 2016 au 9 octobre 2016.


Paper Mill Playhouse

La Mirada Theatre

La Mirada Theatre, un petit théâtre de province américaine, n’a pas forcément les mêmes moyens qu’un alter-ego de Broadway ou d’une capitale européenne. Et cela se voit dans les décors. S’ils ne déméritent pas, ils sont forcément moins grandioses. Pour palier à ce problème de budget, il a été ici décidé de garder le même principe qu’au Paper Mill Playhouse avec un décor unique qui évolue légèrement avec des éléments mobiles ou des éclairages différents. Par contre, au lieu du bois, c’est plutôt la pierre de la cathédrale qui est mise en avant ; le côté intimiste permettant de contrebalancer la froideur du gris des colonnes. C’est peut-être là l'un des seuls bémols qui peut être reproché à cette version du musical. Les décors sont efficaces mais manquent de panache. Les costumes sont aussi plus simples avec moins de détails : ils sonnent néanmoins justes par rapport aux personnages et se révèlent en parfaite adéquation avec les décors. Il sera également peut-être aussi regretté deux petites erreurs de mise en scène. La première est l'utilisation d'un drap orange pour simuler l'envoi de métal fondu depuis les tours de Notre-Dame sur les soldats essayant de défoncer la porte de la cathédrale. La seconde est la mort de Frollo qui est simulée avec les gargouilles qui le font basculer une fois que Quasimodo le pousse. Dans les deux cas, la réalisation est vraiment sommaire et enlève de la force à une scène clé.


La Mirada Theatre

Le reste de la représentation ne souffre en revanche d'aucune critique. À commencer par le casting parfait en tout point. Ce qui étonne, et qui est la très grande force ici de la représentation, est la qualité vocale des premiers rôles. Certains ont une voix à la force incroyable surpassant celle du CD du musical enregistré par le casting du Paper Mill Playhouse, et parfois même celle du film.

Mis à part les décors, le seul gros changement effectué à La Mirada Theatre concerne le personnage de Quasimodo. Ici, le Bossu est joué par l'acteur John McGinty, sourd de son état. Il incarne Quasimodo à merveille et assume également sa partie parlée. Durant les séquences chantées, il passe en revanche au langage des signes. L’acteur fait un travail extraordinaire et incarne à merveille le personnage. Il faut noter une petite subtilité le concernant dans la mise en scène quand il apparaît au début du spectacle et quand il quitte la scène à la fin : il enlève la veste qui contient sa "bosse". C’est une belle façon de souligner la question que pose le musical : « Qui est un homme ? Qui est un monstre ? ». En revanche, comme l’acteur est sourd, il n'assure pas logiquement la partie chantée. Elle incombe à Dino Nicandros. Pour cela, le metteur en scène Glenn Casale a l’excellente idée de lui faire incarner l'une des gargouilles. Ainsi, quand, Quasimodo se met à chanter, l’acteur suit le bossu et retransmet à la première personne les émotions du jeune homme difforme. Cela peut paraître étrange sur le papier mais sur scène, il se dégage de Quasimodo une force incroyable. Surtout que le duo fonctionne à merveille et que l’alchimie entre les deux acteurs est réellement palpable. Enfin, pour couronner le tout, Dino Nicandros a tout simplement une voix merveilleuse. Les chansons Out There, Top of the World, Heaven's Light et Made of Stone sont assurément les moments qui donnent le plus de frissons car les deux acteurs sont fabuleux ; Dino Nicandros ayant une puissance vocale incroyable.


John McGinty & Dino Nicandros (La Mirada Theatre)

Frollo est, pour sa part, incarné par Mark Jacoby. L’acteur impressionne aussi par sa qualité vocale. Les chansons Sanctuary ou Hellfire en sont les meilleurs exemples. Pour cette dernière, l’acteur assure un jeu impressionnant. A la différence du film d’animation, où la chanson était la plus suggestive que Disney n'ait jamais proposée mais tout en métaphores, ici la mise en scène est bien plus sobre. Elle consiste uniquement à voir Frollo agenouillé sur son prie-dieu. Pas de fumée qui prend la forme de la gitane montrant le désir de luxure de l'homme, ni d’esprit en capuche désignant la damnation de celui qui se fait tenter. Ici, l’acteur restitue toute la force de la chanson via son jeu du visage. Une vraie gageure. Sa personnalité est plus subtile que dans le film d'animation. Toujours raciste n'aimant pas les bohémiens, il est aussi plus complexe. Il aime profondément son frère mais à une vision manichéenne de ce qui est bon et mauvais. Clairement attiré par la belle Esméralda, il se retrouve aussi jaloux de la gentillesse de la bohémienne pour le bossu et des sentiments de celle-ci pour le capitaine des gardes, Phœbus. Mais au lieu de s'en prendre à ceux qui se mettent en travers de la route de l'amour d'Esméralda, c'est la belle qu'il attaque. Car, lui, un archidiacre ne devrait pas être tenté et cette attirance le met face à sa propre faiblesse par rapport à sa foi. Il préfère couper le mal à la racine tout en laissant une porte ouverte à la bohémienne au cas où elle accepterait sa proposition d'être avec lui. La condamner au bûcher lui permet de se venger du rejet de la jeune femme tout en purifiant son âme, réduisant en cendres celle qui l'a corrompu et tout ce qu'elle représente.


Cassie Simone & Mark Jacoby (La Mirada Theatre)

Le personnage d'Esméralda évolue bien peu par rapport au film d'animation. C'est ainsi le personnage le plus proche de sa version filmée. Belle danseuse, obstinée et sure d'elle, mais également pleine de compassion, elle décide tout de suite de porter assistance au pauvre Quasimodo malmené par la foule. L'actrice Cassie Simone interprète la belle bohémienne. Elle brille lors de ses deux numéros solo Rhythm of the Tambourine et God Help the Outcasts mais également dans ses deux duos Top of the World avec Quasimodo et Someday avec Phœbus.

Phœbus est joué, quant à lui, par Eric Kunze. Le capitaine des gardes se rapproche un peu de la version du film puisqu'il tombe sincèrement amoureux d'Esméralda et décide d'oublier sa carrière, non seulement pour sauver la belle bohémienne mais aussi pour être en accord avec sa conscience. Dans le roman, le bellâtre a beaucoup moins de scrupules puisqu'il laisse tomber la gitane en lui mentant quand le risque de perdre sa place dans la société se fait sentir. Par contre, à la différence du film, et comme dans le livre, Phœbus se retrouve un peu plus coureur de jupon et dévergondé au point d'être surpris dans une maison close. Tout cela donne un peu plus de complexité au personnage exprimée notamment dans la chanson solo qui lui est consacrée : Rest And Recreation.


Eric Kunze & Cassie Simone (La Mirada Theatre)

L'un des personnages qui a le plus perdu par rapport au film d'animation est clairement Clopin. Dans le musical, il reprend le rôle qu'il avait dans le roman : uniquement chef des gitans. Dans le livre, le rôle du poète et du troubadour était tenu par Gringoire absent du film et du musical. En attendant, l'acteur Keith A.Bearden arrive parfaitement à donner de la prestance et du charisme au personnage malgré son faible temps de présence. Lors des trois reprises de Topsy Turvy mais également dans les chansons de The Court of Miracles et In a Place of Miracles, il arrive à briller et bien mettre en avant son personnage.

Il faut enfin saluer l'ensemble et la chorale.
L'ensemble est composé de quinze membres jouant les personnages secondaires comme le roi Louis XI, Jehan ou alors servant à incarner les prêtres de la cathédrale, les parisiens sur le parvis, les bohémiens, les gardes ou les gargouilles. À côté, se retrouve également la chorale de trente-deux voix située en haut des décors sur les deux côtés gauche et droit en charge des chœurs latins. Tous donnent une profondeur incroyable aux différentes chansons permettant à merveille de retranscrire la superbe partition d'Alan Menken et les paroles de Stephen Schwartz. Deux chansons résument à elles seules leur superbe prestation : The Bells of Notre Dame et Esmeralda.
The Bells of Notre Dame change ainsi beaucoup par rapport au film. Pourtant, le fait qu'elle soit chantée par la congrégation ne la rend pas moins forte. Au contraire même, elle est toujours puissante si ce n'est plus par moment. Esmeralda est également à saluer car elle termine le premier acte en apothéose. Il s'y passe beaucoup de choses : Frollo met Paris à feu et à sang à la recherche d'Esméralda, Phœbus se rebelle, Quasimodo s'inquiète pour son amie et Frollo essaye de rejeter l'attirance qu'il a pour la bohémienne. Les trois chantent tour à tour puis finissent par chanter ensemble. Les chœurs et l'ensemble les accompagnent dans un final qui donne tout simplement des frissons.


John McGinty & Keith A.Bearden (La Mirada Theatre)

 

Décidément Le Bossu de Notre-Dame est maudit chez Disney. Le musical a connu plein de tentatives afin de le rendre de plus en plus parfait. Comme le bon vin, il se bonifie au fur et à mesure qu'il est retravaillé. Même les dernières modifications apportées par La Mirada Theatre constituent un plus évident. Le musical n'arrive pourtant toujours pas à s'installer sereinement en raison du préjugé qu'il traîne venu de certaines critiques mais aussi d'un manque de prise de risques de Disney Theatrical Productions. Néanmoins, la décision de passer par les théâtres de province est peut-être la bonne approche : elle permet au musical de faire grandir petit à petit sa popularité. Elle permet en tout cas à la nouvelle version du spectacle de s'exporter à l'international, notamment au Japon et en Allemagne. Le musical revient ainsi là où il avait commencé. La boucle est bouclée. En France, par contre, il aura du mal à être monté. Malgré le bon score du film à sa sortie, il demeure un peu oublié par la nouvelle génération. De plus, l'opéra rock français, Notre-Dame de Paris, adaptant le roman d'Hugo à la lettre, reste très apprécié des Français et servira forcément de comparaison avec celui de Disney alors que musicalement les deux n'ont rien à voir. La comédie musicale française est d'ailleurs rejouée à Paris empêchant ainsi la venue du musical américain sur le même thème.

Le Bossu de Notre-Dame mérite d'être vu et tout autant que les moyens soient investis dans sa mise en scène. Les chansons d'Alan Menken et de Stephen Schwartz sont d'une beauté qui continuent vingt ans après à donner des frissons à leur écoute. Et surtout, Le Bossu de Notre-Dame est l'un des rares musicals Disney avec Le Roi Lion et Newsies où les chansons écrites pour le spectacle n'ont pas à  rougir de leurs aînées venant des films. C'est d'ailleurs encore plus impressionnant ici puisque cela peut être dit des chansons venant de la version 1999 comme des nouvelles de celle de 2014. Les personnages, quant à eux, sont toujours aussi bouleversants. Le musical a certes quelques défauts mais surtout la capacité de remuer les tripes, toucher au cœur et combler les oreilles.

Avec Simba et Jack Kelly, Quasimodo est assurément celui dont les aventures musicales sont les plus belles chez Disney Theatrical Productions. Un vrai régal !

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