We Love Disney
La jaquette
Éditeur :
Walt Disney Records
Date de sortie USA :
Le 30 octobre 2015
Genre :
Compilation
Artiste(s) :
Ne-Yo
Jessie J
Jason Derulo
Gwen Stefani
Ariana Grande
Jhené Aiko
Fall Out Boy
Tori Kelly
Kacey Musgraves
Charles Perry
Jessie Ware
Rascal Flatts & Lucy Hale
Brenna Whitaker
Yuna
Durée :
53 minutes

Liste des morceaux

01. Friend Like Me - 3:02
(Ne-Yo)
02. Part of Your World - 3:20
(Jessie J)
03. Can You Feel the Love Tonight / Nants Ingonyama - 3:49
(Jason Derulo)
04. Rainbow Connection - 3:24
(Gwen Stefani)
05. Zero to Hero -2:39
(Ariana Grande)
06. In a World of My Own / Very Good Advice - 4:55
(Jhené Aiko)
07. I Wan'na Be Like You (The Monkey Song) - 3:19
(Fall Out Boy)
08. Colors of the Wind - 4:06
(Tori Kelly)
09. A Spoonful of Sugar - 3:38
(Kacey Musgraves)
10. Ev'rybody Wants to Be a Cat - 3:08
(Charles Perry)
11. A Dream Is a Wish Your Heart Makes - 3:54
(Jessie Ware)
12. Let It Go - 4:07
(Rascal Flatts & Lucy Hale)
13. It's a Small World - 3:03
(L’ensemble des artistes)

Bonus Tracks :

14.  It's Not Easy Being Green - 3:55
(Brenna Whitaker)
15. A Whole New World - 2:33
(Yuna)

La critique

★★★
Publiée le 20 juin 2016
Les chansons

01. Friend Like Me - Aladdin - Ne-Yo
La version américaine de We Love Disney démarre sur les chapeaux de roue avec une excellente reprise de Friend Like Me par Ne-Yo. Le chanteur / producteur / acteur / danseur / parolier multicasquette propose ici une interprétation pleine de peps qui oscille entre le charleston et le foxtrot, rhabillée pour l’occasion de couleurs très jazzy. Les percussions et les cuivres donnent le tempo, la contrebasse offre une base puissante à la voix suave et maitrisée avant que l’ensemble ne décolle dans un feu d’artifice musical sur lequel il est difficile de ne pas bouger ! Une ouverture réussie.

02. Part of Your World - La Petite Sirène - Jessie J
Pas de grande surprise sur cette seconde piste. Jessie J offre néanmoins une interprétation de grande qualité, toute en nuances, où les fêlures de sa voix servent la fragilité que souhaite exprimer le texte. Les arrangements reprennent ceux de la bande originale, avec une ouverture à la harpe, qui cède vite la place aux envolées lyriques des cordes.

03. Can You Feel the Love Tonight / Nants Ingonyama - Le Roi Lion - Jason Derulo
Jason Derulo reprend ici la version « radio » de Can You Feel The Love Tonight, écrite et interprétée par Elton John. L’introduction reprend le « Nants Ingonyama » de l’ouverture si caractéristique du film et affiche ainsi un parti-pris ethnique louable... mais raté ! Le traitement, plus mystique que romantique, tente de faire le parallèle entre le lever du jour et l’amour naissant décrit par le texte. Si les cordes tenues et les chœurs profonds du premier couplet sont efficaces, la note piquée au piano du refrain est moins glorieuse. L’ensemble manque de corps et le final, bien qu’amorcé par les chœurs d’enfants très réussis, manque cruellement d’emphase. Le concept est alléchant mais la réalisation pèche par manque de cohérence et d’ambition. Dommage.

04. Rainbow Connection - Les Muppets, Ça C'est du Cinéma ! - Gwen Stefani
Peu connue du public français, Rainbow Connection est un standard de la chanson américaine. Gwen Stefani offre une interprétation solide pleine de douceur et d’optimisme. Les arrangements, simples et efficaces, mêlent la langueur des cordes à la chaleur de la guitare.

05. Zero to Hero - Hercule - Ariana Grande
Le chœur gospel de l’introduction est sans ambigüité : Zero to Hero ne renie pas ses origines. Cette chanson est un gospel, et elle le restera. Ariana Grande souhaite néanmoins dépoussiérer ce hit et lui insuffle pour l’occasion la douce folie des sixties, très en vogue à la sortie de l'album. La diva y excelle en énergie, puissance vocale et minauderies jouissives. La rythmique, bien qu’hésitante au début, devient vite entrainante, voire carrément irrésistible.

06. In a World of My Own / Very Good Advice - Alice au Pays des Merveilles - Jhené Aiko
Quelle bonne idée que ce mashup ! Jhené Aïko est une jeune chanteuse-compositrice qui s’est faite connaitre en posant sa voix sur de nombreux titres d’artistes reconnus du rap et du RNB. Elle propose ici une vision éthérée toute en langueur et rêverie. Les arrangements complexes tendent vers la néo soul électro à laquelle se mêlent harmonieusement les cordes, toutes en rondeurs. La première partie (In a World of My Own), plus légère, use de boucles hypnotiques qui contrastent avec les basses marquées de la seconde partie (Very Good Advice) qui se veut, elle, plus mélancolique. L’utilisation des dialogues du film sert d’introduction aux deux parties du titre et donne à l’ensemble un petit côté hors du temps tout à fait cohérent. Probablement la plus belle réussite de l’album.

07. I Wan'na Be Like You (The Monkey Song) - Le Livre de la Jungle - Fall Out Boy
C’est la deuxième collaboration du groupe pour Disney, après sa participation à la BO des Nouveaux Héros. Fidèles à leur style, les Fall Out Boy livrent une version punk qui ne démérite pas. Patrick Stump y interprète un Roi Louie 2.0, un rien badass, à la limite de l’hystérie. La guitare de Joe Trohman lui donne la réplique avec la même folie, soutenue par des basses et des percussions bien plantées qui renforcent le côté primaire d’un titre qui se veut résolument ambigu. Pari réussi.

08. Colors of the Wind - Pocahontas, une Légende Indienne - Tori Kelly
Pour ce titre, Tori Kelly mise tout sur sa voix, considérée comme l'une des plus belles des États-Unis. La jeune YouTubeuse offre toute sa fraicheur et sa maitrise mais n’arrive malheureusement pas vraiment à emporter l'auditeur avec elle. Elle s’accompagne d’une guitare en arpège qui dépoussière un fond trop classique de cordes et de flute indienne. L’ensemble est plaisant, mais l’émotion n’est pas là. Dommage.

09. A Spoonful of Sugar - Mary Poppins - Kacey Musgraves
À quoi ressemblerait Mary Poppins si l’histoire s’était déroulée à Nashville ? Kacey Musgraves en donne une vague idée avec sa version country d'A Spoonful of Sugar. L’orchestration est typique avec violon et guitare hawaïenne. L’interprétation est pleine de fun et de légèreté, même si le résultat final tourne vite en rond. Et ça, Kacey Musgraves l’a bien senti puisqu’elle offre un final au tempo de plus en plus rapide, terminant ainsi sur une belle énergie.

10. Ev'rybody Wants to Be a Cat - Les Aristochats - Charles Perry
Peu connu dans l’hexagone, Charles Perry n’en est pas moins une référence soul reconnue par les professionnels et la toile. Il met tout son savoir-faire au service d’une interprétation moderne, claire et vibrante dont la charge émotionnelle va crescendo. Certes, il fait l’impasse sur l’intermède romantique entre Duchesse et Scat Cat, mais c’est pour mieux dépoussiérer ce hit qu’il revisite avec intelligence et passion. Et ça s’entend.

11. A Dream Is a Wish Your Heart Makes - Cendrillon - Jessie Ware
Pour sa reprise d'A Dream Is a Wish Your Heart Makes, Jessie Ware joue la carte de l’orchestre symphonique et sert une version toute en lyrisme. Son interprétation empreinte de douceur et de sensibilité contraste avec l’emphase de l’orchestre. La présence de la harpe et des instruments à vent ajoute la touche de magie attendue pour cet incontournable magnifiquement réarrangé pour l’occasion.

12. Let It Go - La Reine des Neiges - Rascal Flatts & Lucy Hale
Sans surprise, c’est la version radio qui est reprise ici. Si les arrangements country-rock ne révolutionnent pas le titre, l’idée du duo est intelligente et bien utilisée. L’équilibre des voix permet aux deux artistes de jouer de leurs différences pour mieux se mettre en valeur. L’ensemble est bourré d’énergie et ferait presque oublier Demi Lovato

13. It's a Small World - Disneyland - L’ensemble des artistes
C’est le titre chorale de l’album. Les thèmes de l’enfance et du temps qui passe sont habilement traités avec l’accompagnement du premier couplet à la boite à musique et du second par le tictac de l’horloge. Cette première partie est charmante et se fait vite déborder par le traitement rock de la seconde partie. Même s’il est assez simple et qu’il permet à chacun de trouver sa place et d’exprimer sa personnalité, le morceau frise parfois la surenchère d’effets et la répétition du refrain rend vite l'ensemble trop répétitif pour l’apprécier complètement. Par chance, il est assez court. C’est en outre le dernier titre de la version standard de l’album.

14. It's Not Easy Being Green - Le Muppet Show - Brenna Whitaker (piste bonus)
Deuxième apparition de Kermit sur l’album. Décidemment, aux États Unis, le vert a la cote ! Et ce n’est pas l’interprétation de Brenna Whitaker, petite nouvelle de la scène jazz, qui lui portera préjudice. La jeune artiste met la perfection de sa soul au service d’un titre plus subtil qu’il n’en a l’air. Le big band qui l’accompagne avec brio donne à l’ensemble une teinte mélancolique qui sert parfaitement le double sens de ce très beau titre qui n’est pourtant qu’un bonus.

15. A Whole New World - Aladdin - Yuna (piste bonus)
Yuna est une jeune artiste malaisienne découverte il y a quelques années par un label américain de musique indie-pop. Depuis, elle ne cesse de remporter les prix et le cœur du public. C’est donc sans surprise qu'elle participe à cet album, même si ce n’est qu’en piste bonus. À la première écoute, sa voix semble fragile et contraste avec la puissance de ses camarades présents sur l’opus. Mais il ne faut pas s’y fier. Elle porte à elle toute seule ce duo, simplement accompagnée de ses deux guitares. Son interprétation est solide, pleine de sincérité et de fraicheur. Une très belle conclusion pour un album réussi.

L'album

Il aurait été bon d'écrire que c’est avec une profonde fierté et un immense plaisir que la déclinaison américaine de la compilation made in France We Love Disney arrive dans les bacs ! Malheureusement, si le plaisir est là, il faudra repasser pour la fierté. Cette version de We Love Disney. n’a, en effet, rien de français et le concept n’a rien de nouveau aux États-Unis. Alors oui, la maison mère surfe sur la réussite d’une initiative française qui se décline depuis quelques années dans plusieurs pays. Mais l’idée n’a rien d’originale ; Disney ayant déjà expérimenté (voire épuisé) le concept avec les dix albums Disneymania édités entre 2002 et 2010.

La série We Love Disney est donc l’occasion de tout réinventer. L’album est moins pop et le public visé plus adulte. De même, les artistes présents ne sont pas (tous) des habitués des charts. Les jeunes talents sont majoritaires, reprenant pour le coup le modèle français. Produit par David Foster, compositeur et producteur canadien (il a notamment découvert Josh Groban et Michael Bublé et produit de nombreux autres artistes à succès dont Céline Dion et Whitney Houston), l’album est de grande qualité. Le producteur donne ainsi le ton mais laisse chaque artiste s’y exprimer librement, et accorder ainsi à chaque titre une identité particulière et toute personnelle. L’ensemble conserve cependant une belle cohérence et profite d’un enregistrement riche et d’arrangements sublimes.

Les titres choisis correspondent aux standards les plus célèbres outre-Atlantique parmi les réalisations du deuxième et du troisième Âge d’Or. Les grands classiques sont majoritairement représentés, mais les productions à prises de vues réelles et Disneyland n’ont, malgré tout, pas été oubliées. Si la volonté d’équilibre est évidente, l’absence de représentation des premiers Disney est néanmoins regrettable.

Classé à la huitième place au US Billboard 200 dès sa sortie (31 000 albums vendus), l'opus est aussi considéré comme un succès commercial.

La version américaine de We Love Disney est un bel album, agréable à écouter. La qualité de la production, nettement supérieure à celle des versions françaises, trouve un parfait écho dans le choix d’interprètes talentueux, dont la notoriété n’est pas le (seul) critère de recrutement. C’est justement l’occasion de découvrir un certain nombre d’artistes méconnus en France et qui méritent attention.