Patrick McGoohan
Date de naissance :
Le 19 mars 1928
Lieu de Naissance :
Astoria, Queens, New York, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 13 janvier 2009
Lieu de Décès :
Astoria, Queens, New York, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Acteur
Producteur
Réalisateur
Scénariste

Le portrait

rédigé par
Publié le 07 novembre 2015

Dans les années 1960, un acteur marque durablement l’histoire de la télévision : Patrick McGoohan. Il tient à cette époque le haut de l’affiche de deux programmes d’espionnage, Destination Danger et Le Prisonnier, séries devenues aujourd’hui mythiques. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que celui qui a joué John Drake et Numéro 6 a également interprété un autre personnage de légende, le mystérieux Justicier aux Deux Visages, mis à l’écran par Walt Disney en 1964.

Patrick McGoohan est né à Astoria, dans le Queens, le 19 mars 1928. Ses parents, Thomas et Rose, des émigrés d’origine irlandaise, décident rapidement de retourner au pays et installent la famille à Mullaghmore avant de déménager à Sheffield, en Angleterre, sept ans plus tard. Elève de l’école catholique Saint-Vincent, le jeune Patrick est évacué comme les autres enfants du pays vers la campagne anglaise afin de s’éloigner des dangers de la Seconde Guerre mondiale. Désormais à Loughborough, en plein cœur du pays, il s’assoie sur les bancs du Ratcliffe College, autre établissement catholique où il pratique la boxe, art dans lequel il excelle. En 1944, alors que les frasques de la guerre s’éloignent définitivement des îles britanniques, il arrête ses études, revient à Sheffield et multiplie les petits boulots, de fermier à chauffeur routier, en passant par employé de banque. En 1947, le hasard le porte bientôt au théâtre où il est engagé comme régisseur. C’est donc au sein du Sheffield Repertory Theatre qu’il débute sa carrière, remplaçant au pied levé les acteurs souffrants incapables de se produire sur scène. Passant par le Bristol Old Vic, McGoohan se fait années après années une place avec des rôles parfois marquants comme celui d’un prêtre accusé d’être homosexuel dans Serious Charge, une pièce montée dans le West End en 1955. Impressionnant son auditoire, il est repéré par Orson Welles qui l’invite à venir à York, au sein de son théâtre, pour jouer avec lui dans Moby Dick - Rehearsed. McGoohan y tient ainsi le rôle de Starbuck aux côtés de Welles lui-même mais aussi de Gordon Jackson, Christopher Lee, Joan Plowright, Wensley Pithey et Kenneth Williams.

Train d'enfer
The Gypsy and the Gentleman

C’est toujours en 1955 que Patrick McGoohan fait ses débuts au cinéma dans Les Briseurs de Barrages de Michael Anderson. Le rôle est cependant mineur, l’acteur ne prononçant qu’une seule réplique coupée au montage. Apparaissant dans L’Armure Noire, Zarak le Valeureux et High Tide at Noon, il est engagé par la Rank Organisation qui lui offre des rôles plus étoffés. Il partage ainsi l’affiche avec Stanley Baker, Herbert Lom et Sean Connery dans Train d’Enfer. Cantonné à des personnages de mauvais garçons, son contrat est bientôt résilié, faute de bonnes relations avec les producteurs et dirigeants de la Rank Organisation. Durant les décennies 1950-1960, Patrick McGoohan joue également dans The Gypsy and the Gentleman avec Melina Mercouri, Tout au Long de la Nuit avec Belinda Lee ou Accusé, levez-vous aux côtés de Michael Craig et Janet Munro. Libéré de toute obligation vis-à-vis de J. Arthur Rank, il se tourne bientôt vers la télévision au grand regret d’Orson Welles qui affirme quelques années plus tard que McGoohan aurait pu être l’un des grands acteurs de sa génération si seulement le petit écran ne lui avait pas mis le grappin dessus.

En 1960, il décroche le premier rôle de la série Destination Danger, John Drake, agent secret britannique au service de l’OTAN puis du M9. Désireux de s’éloigner de cette image de bad boy qui lui colle à la peau, il n’accepte aucune violence gratuite, exige que son personnage use davantage de son intelligence que de son arme et refuse d’embrasser qui que ce soit à l’écran. Le premier épisode, Le Paysage Qui Accuse, est diffusé le 11 septembre 1960 sur ITV. Dès le début, l’espion se présente aux téléspectateurs avec la phrase « Je m’appelle Drake, John Drake » qui n’est pas sans rappeler la célèbre réplique de James Bond, dont le premier opus sur grand écran date de 1962. Trente-neuf épisodes se succèdent jusqu’au 20 janvier 1962. Et le succès est au rendez-vous. McGoohan devient une figure familière pour le public. Il se voit offrir par Albert Broccoli d’incarner James Bond dans James Bond contre Docteur No, proposition que l’acteur décline, estimant le comportement du personnage n’est pas suffisamment moral.

Destination Danger
L'Épouvantail

Grâce à Destination Danger, Patrick McGoohan est engagé par Walt Disney qui, depuis dix ans, s’est lancé aux côtés d’ABC dans la production de programmes télévisés. Basé sur les différentes parties de Disneyland, le papa de Mickey diffuse, en effet, des émissions variées, des films d’animations, des documentaires animaliers, ainsi que des séries historiques. Zorro, Davy Crockett, Elfego Baca et Texas John Slaughter deviennent alors des personnages incontournables. Patrick McGoohan décroche le rôle du Docteur Syn dans L’Épouvantail, série de trois téléfilms de cinquante minutes inspirée des histoires d’Arthur Russell Thorndike et William Buchanan, et diffusée sur NBC au sein de l’émission Walt Disney’s Wonderful World of Color. Tournée en Angleterre, elle raconte l’histoire du pasteur Christopher Syn officiant dans la région de Romney Marsh et qui devient, chaque soir, l’Epouvantail, justicier masqué, opposé aux collecteurs de taxes du roi George III. La série est diffusée les 9, 16 et 23 février 1964 et le succès est au rendez-vous au point d’être reproposée six mois plus tard. L’Épouvantail devient un personnage culte. Les trois épisodes sont remontés et donnent naissance au film Le Justicier aux Deux Visages projeté sur les écrans britanniques dès 1963 et français en 1965. Toujours pour Disney, Patrick McGoohan apparaît dans Les Trois Vies de Thomasina. Il interprète le rôle d’Andrew McDhui, vétérinaire écossais veuf qui élève seul sa fille, Mary.

Les Trois Vies de Thomasina
Le Prisonnier

Désormais vedette du petit écran et acteur le mieux payé du Royaume-Uni, Patrick McGoohan voit les propositions s’enchaîner. Ayant déjà refusé de jouer James Bond sur grand écran, il repousse également le rôle de Simon Templar dans la série Le Saint. Reprenant son personnage de John Drake dans Destination Danger pour trois nouvelles saisons diffusées du 13 octobre 1964 au 12 janvier 1968, il triomphe dans Le Prisonnier dès 1967. Il interprète le rôle de Numéro 6, ex-agent secret britannique retenu captif au Village, endroit paradisiaque où gardiens et prisonniers vivent ensemble sans connaître l’identité des uns ou des autres. Acteur, McGoohan est également le créateur, le scénariste, le producteur et le réalisateur de la série. Passant de sept à dix-sept épisodes, le programme est cependant un triomphe au goût amer. Car s’il s’agit d’une série novatrice, la fin laisse perplexe la majorité des téléspectateurs. D’acteur idolâtré, Patrick McGoohan devient un personnage haï par beaucoup... Sa carrière à la télévision décline et McGoohan se fait plus rare, n’apparaissant que dans la série Rafferty qu’il qualifie de « désastre », quelques épisodes de Columbo, dont cinq qu’il réalise et qui lui valent deux Emmy Awards, ainsi que dans le téléfilm Le Masque de Fer où il interprète Nicolas Fouquet.

Patrick McGoohan poursuit sa carrière au cinéma dans Destination Zebra, Station Polaire, La Guerre des Bootleggers, Marie Stuart, Reine d’Ecosse, Transamerica Express, Un Génie, Deux Associés, une Cloche, La Cible Étoilée, L’Évadé d’Alcatraz, Scanners. En 1974, il réalise Catch My Soul, l’adaptation d’une comédie musicale elle-même inspirée d’Othello de William Shakespeare. Plaçant Richie Havens dans le rôle principal, le film est un échec commercial cuisant. En 1985, McGoohan monte pour la première et dernière fois sur les planches de Broadway dans Pack of Life. Son rôle lui vaut alors une nomination au Drama Desk Award. La même année, celui qui s’est spécialisé dans les rôles de méchant revient chez Disney et joue dans Baby… Le Secret de la Légende Oubliée réalisé par Bill Norton pour le compte de la filiale Touchstone Pictures. Il campe le Docteur Erik Kiviat, scientifique cruel désireux de mettre la main sur un couple de brontosaures et leur petit retrouvés en Afrique. Le film est loin d’être un chef-d’œuvre. Patrick McGoohan disparaît ensuite du grand écran pendant une décennie… En 1991, il n’apparaît que dans The Best of Friends diffusé sur Channel 4 au Royaume-Uni et sur PBS aux Etats-Unis, où il joue George Bernard Shaw aux côtés de Sir John Gielgud et Dame Wendy Hiller.

Baby... Le Secret
de la Légende Oubliée
Braveheart

Il faut attendre 1995 pour revoir Patrick McGoohan au cinéma dans l’un des rôles les plus marquants de sa carrière. Dans Braveheart de Mel Gibson, il donne, en effet, vie au cruel roi Edward I, souverain colérique surnommé « le Marteau des Ecossais » qui écrase la révolte des Gallois et des Ecossais guidés par William Wallace. Un an plus tard, McGoohan apparaît dans Le Droit de Tuer dans le rôle du juge Omar Noose. Toujours en 1996, il joue le père du personnage principal du (Le) Fantôme du Bengale de Simon Wincer. C’est la dernière apparition de l’acteur au cinéma. En 2000, il reprend ponctuellement le rôle de Numéro 6 dans un épisode des (Les) Simpson. Sa carrière s’achève chez Disney ; Patrick McGoohan interprètant, en 2002, Billy Bones dans La Planète au Trésor – Un Nouvel Univers. Les réalisateurs Ron Clements et John Musker se souviennent avoir adoré travailler avec l'acteur qui, malade lors des enregistrements, a donné sa toux et une voix enrouée au personnage. La même année, la carrière du comédien est couronnée d’un Prometheus Hall of Fame Award décerné pour son interprétation de Numéro 6.

Patrick McGoohan est mort le 13 janvier 2009 à l’âge de 80 ans. Si son rôle de Numéro 6 a inscrit son nom dans la légende, il demeure aujourd’hui encore l’un des acteurs majeurs dans l’univers télévisé de Disney pour sa composition du mythique Epouvantail.