Frank Wells
Date de naissance :
Le 03 avril 1932
Lieu de Naissance :
Coronado en Californie aux États-Unis
Date de Décès :
Le 03 avril 1994
Lieu de Décès :
Lamoille au Nevada aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Dirigeant

Le portrait

rédigé par
Publié le 05 juin 2014

Le lundi 11 avril 1994, les studios Disney à Burbank fermaient exceptionnellement leurs portes. Ce jour-là, la société était en deuil. Artistes, exécutifs, proches et amis étaient réunis pour célébrer la mémoire de Frank G. Wells, le Président de The Walt Disney Company, décédé dans un accident d'hélicoptère quelques jours plus tôt, le dimanche 3 avril. Sa disparition faisait déjà la une des journaux et la cérémonie était retransmise dans les parcs à thèmes Disney qui, malgré les évènements, restaient ouverts. Pour la première fois depuis la mort de Walt, l'entreprise perdait brutalement un chef.


Frank Wells

Franklin G. Wells est né le 4 mars 1932 à Coronado, dans le sud de la Californie. Fils d'un officier de marine, il fait une partie de sa scolarité au Pomona College. Elève brillant, il reçoit en 1953 la bourse Rhodes, qui permet aux élèves les plus prometteurs de poursuivre leur cursus à l'Université d'Oxford. C'est ainsi que pendant deux ans, Frank Wells vit en Angleterre. Diplômé en arts, il poursuit ses études à l'Université de Stanford, et passe quelques temps dans l'armée américaine, au sein de laquelle il atteint le grade de premier lieutenant.

Sa carrière dans le cinéma débute à Beverly Hills, lorsqu'il entre dans la compagnie Gang, Tyre and Brown, un cabinet d'avocats spécialisé dans l'industrie du cinéma. En 1969, il prend le poste de Vice-Président des studios Warner Bros. dont il devient le Président en 1973. Il est ensuite nommé Vice-Président-Directeur-Général de Warner Brothers, Inc., une filiale de Warner Communications, Inc., en 1977.


Michael Eisner, Roy E. Disney, Frank Wells

Frank Wells quitte la Warner en 1982 et se rapproche de The Walt Disney Company. A l'époque, la révolte gronde contre Ron Miller, gendre de Walt Disney et PDG de la société, alors attaquée par des financiers qui tentent une OPA. Poussé vers la sortie par Roy E. Disney et Stanley Gold, les deux principaux actionnaires, Miller doit abandonner son siège de dirigeant. En 1984, Frank Wells devient Président et Directeur des Opérations de The Walt Disney Company. Il fait équipe avec deux recrues de la Paramount, Michael Eisner, nommé Président Directeur Général, et Jeffrey Katzenberg, placé à la tête de Walt Disney Pictures, ainsi qu'avec Roy E. Disney, devenu Vice-Président du Directoire et responsable du Département animation. Ensemble, les quatre hommes participent au renouveau des studios Disney. Durant les dix ans de la présidence Wells, la société a en effet connu une croissance exceptionnelle, avec un chiffre d'affaire multiplié par presque 6, une valeur d'action augmentée de 1 500 %, et les revenus des parcs à thèmes triplés. Frank Wells fut notamment l'un des plus grands partisans de la construction de Disneyland Paris et du développement de la chaîne Disney Store. Côté cinéma, c'est l'époque d'un véritable âge d'or de l'animation, avec les succès de La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion, sorti après sa mort. La branche films « live » n'est pas en reste, avec le développement de la branche Touchstone Pictures et le triomphe de longs-métrages comme Chérie, J'ai Rétréci les Gosses, Les Petits Champions et Rasta Rockett. Cette réussite est indéniablement liée à Frank Wells. Il est en effet un véritable arbitre entre Eisner et Katzenberg, voire Disney, dont l'ambition, l'impétuosité et la jalousie tranchent alors avec le caractère de cet homme qui ne cherche aucunement à prendre du grade aux dépends de ses collaborateurs. Sa mort signera d'ailleurs la fin de cette fausse collaboration amicale et le début de cette « guerre » entre Eisner et Katzenberg à la tête de la compagnie, relatée par James Stewart dans Le Royaume Enchanté.


Michael Eisner et Frank Wells

Passionné d'alpinisme, Frank Wells mène une vie d'aventures lorsqu'il ne dirige pas l'entreprise Disney. En 1983, il se met en tête de gravir les Sept sommets les plus hauts du monde. C'est ainsi qu'accompagné de Dick Bass, il se retrouve au sommet du Kilimandjaro, du Mont McKinley, de l'Aconcagua, de l'Elbrouz, du Mont Kosciuszko et du massif Vinson en Antarctique. Seul l'Everest, la montagne la plus haute du monde, manque à son palmarès, malgré une tentative avortée à cause de conditions météorologiques trop dangereuses qui l'ont contraint d'abandonner son ascension alors que son équipe n'était plus qu'à une journée du sommet. Il fera part de ses expériences dans l'ouvrage Seven Summits, qu'il coécrit en 1986 avec Dick Bass et Rick Ridgeway.


Dick Bass (à gauche) et Frank Wells (à droite), interviewés par Rick Ridgeway.

C'est en vivant sa passion que Frank Wells trouve la mort, le 3 avril 1994. En ce week-end de Pâques, il était parti avec un groupe d'amis, dont l'acteur Clint Eastwood, pour skier dans la chaîne Ruby, située dans le nord-est du Nevada. C'est sur le retour que l'homme d'affaires, deux de ses amis et son guide sont tués dans un accident d'hélicoptère. Quelques semaines après son 62ème anniversaire, Frank Wells est enterré dans le cimetière de Forest Lawn-Hollywood Hills. Au cours de la cérémonie, Eastwood interprète Hey Jude, la chanson des Beatles que Wells adorait tant chanter lorsqu'il gravissait les pentes.

Personnage clé de The Walt Disney Company pendant près d'une décennie, le nom de Frank Wells est encore présent au sein de la société. Dès 1994, il est honoré d'un Disney Legends Award. Le Roi Lion, sorti quelques semaines après sa mort, lui est dédié. En 1995, un hommage lui est également rendu à l'intérieur du Matterhorn Bobsleds, une attraction construite à Disneyland, U.S.A. et qui reprend l'apparence du Cervin, l'un des sommets des Alpes suisses. Au cœur du décor, des caisses portent en effet l'inscription "Wells Expedition". En 1996, toujours à Disneyland, une des fenêtres de Main Street, U.S.A. porte son nom. Dévoilée par Jon Storbeck, Vice-Président de la division Disneyland Park, elle pointe le goût de l'aventure de Wells par l'inscription « Seven Summits Expeditions – For Those Who Want To Do It All ». Une autre fenêtre lui est dédiée à Walt Disney World ainsi qu'à Disneyland Paris, dont il fut l'un des instigateurs avec Michael Eisner.

En 1998, le Frank G. Wells building est inauguré par sa femme, Luanne, accompagnée pour l'occasion par Michael Eisner. Situé sur Alameda Avenue et construit sur les anciens plateaux de tournage de Zorro, l'immeuble abrite les locaux de Walt Disney Television, de la Disney University ainsi que les archives des studios. Près de l'entrée, une plaque rappelle une citation écrite sur un bout de papier que Wells emmenait partout avec lui : « Humility is The Final Achievement » ("La plus belle des réussites, c'est l'humilité").

Frank Wells est mort il y a vingt ans maintenant. Pendant une décennie, il fut l'un des acteurs du renouveau de la marque Disney, un homme dont Eisner disait qu'il était, « heureusement pour nous tous, intelligent, prudent, fort en affaires », quelqu'un qui « défendait toujours les grandes idées, même quand il s'agissait de donner un nom de canard à une équipe de Hockey ! ».