Bobby Driscoll
Date de naissance :
Le 03 mars 1937
Lieu de Naissance :
Cedar Rapids, dans l'Iowa, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 30 mars 1968
Lieu de Décès :
New York, dans l'État de New York, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Acteur

Le portrait

rédigé par
Publié le 14 février 2015

Bobby Driscoll. L'évocation de ce nom rappelle à chacun la petite bouille ronde d'un jeune garçon à l'affiche des plus beaux succès Disney de la fin des années 1940. Pourtant, derrière l'image d'un enfant chéri, se cache en réalité le destin brisé d'un acteur abandonné.

Robert « Bobby » Cletus Driscoll est né le 3 mars 1937 à Cedar Rapids dans l'Iowa. Fils unique d'une ancienne institutrice, Isabelle, et d'un vendeur en isolation, Cletus, bientôt atteint de difficultés pulmonaires liées à l'amiante, l'enfant suit ses parents à Des Moines puis à Los Angeles. Là, la famille est vivement incitée à faire entrer Bobby dans le monde du cinéma. Et en 1943, avec l'aide du fils acteur de leur coiffeur, l'enfant de six ans passe alors une audition pour la MGM et décroche son tout premier rôle dans L'Ange Perdu de Roy Rowland avec James Craig et Margaret O'Brien. Son apparition ne dure que deux minutes, mais Driscoll a désormais un pied dans l'univers du Septième Art.

The Fighting Sullivans
So Goes My Love

Commence alors pour Bobby Driscoll une carrière d'enfant acteur. Quelques semaines plus tard, il apparaît dans le rôle du jeune Al Sullivan dans le long-métrage The Fighting Sullivans réalisé par Lloyd Bacon pour le compte de la 20th Century Fox. La même année, il retrouve le réalisateur qui le fait tourner dans Sunday Dinner for a Soldier, toujours pour la Fox. A l'affiche de The Big Bonanza, Identity Unknown, Le Bel Espoir, From this Day Forward, So Goes My Love et Les Héros dans l'Ombre, celui qui est dès lors considéré comme un vrai petit prodige attire l'attention de Walt Disney.

    

Dès 1946, Walt recrute l'enfant de neuf ans pour son nouveau film, Mélodie du Sud. Bobby Driscoll devient alors le premier acteur sous contrat avec les studios Disney. Dans le long-métrage inspiré de l'œuvre de Joel Chandler Harris, Driscoll obtient le premier rôle, celui de Johnny, petit garçon perturbé par la séparation de ses parents et qui s'évade grâce aux histoires de l'Oncle Rémus, l'un des esclaves de la plantation de sa grand-mère. Le film est un énorme succès et l'enfant acteur devient une véritable star, comme sa partenaire Luana Patten.

 

Dès lors, Disney décide d'exploiter au maximum ce qui se révèle être une véritable « poule aux œufs d'or ». Deux ans après Mélodie du Sud, Bobby Driscoll apparaît ainsi au coin du feu dans Mélodie Cocktail aux côtés de Roy Rogers qui raconte l'histoire de Pecos Bill. Toujours en 1948, l'enfant obtient le premier rôle du nouveau grand film de Disney, Danny, le Petit Mouton Noir. Partageant encore l'affiche avec Luana Patten, il campe le rôle de Jeremiah Kincaid, un petit garçon bien décidé à élever un mouton noir et à en faire un champion. Dans les semaines suivantes, Driscoll est « prêté » à la RKO et apparaît dans If You Knew Susie avec Eddie Cantor et Une Incroyable Histoire, succès surprise que le New York Times attribue sans conteste à l'adolescent qui reçoit en mars 1950 un Juvenile Academy Award.

 

Lorsqu'en 1950 Walt Disney se lance dans la production de son premier long-métrage en prises de vues réelles, il se tourne évidemment vers Bobby Driscoll. L'adolescent de treize ans devient alors Jim Hawkins dans l'adaptation de L'Île au Trésor d'après Robert Louis Stevenson. Il apparaît à l'écran aux côtés Robert Newton dans le rôle de Long John Silver et Basil Sydney dans celui du Capitaine Smollett. Le film est un énorme succès à travers le monde. Le jeu de Driscoll séduit à nouveau le public et la profession. Et le garçon obtient son étoile sur le Hollywood Walk of Fame. Walt Disney envisage alors de lui offrir le rôle de Tom Sawyer dans son prochain film live. Mais les droits lui échappent et le projet est abandonné. Egalement choisi pour jouer un jeune Robin des Bois, Driscoll n'apparaît finalement pas au casting, faute de papiers en règles avec le Royaume-Uni, où Robin des Bois et ses Joyeux Compagnons est tourné. Walt Disney le fait apparaître cependant dans l'adaptation radiophonique de L'Île au Trésor et dans son émission télévisée One Hour in Wonderland.

 

En 1951, Bobby Driscoll est une nouvelle fois autorisé à tourner pour un studio concurrent. Il apparaît ainsi aux côtés de Robert Preston et Martha Scott dans When I Grow Up. La même année, l'adolescent fait ses débuts dans le monde du doublage en interprétant le rôle du fils de Dingo dans Papa Dingo puis Papa, C'est un Lion. A l'affiche de Sacré Printemps... de Richard Fleischer, Bobby Driscoll se voit offrir par Disney un nouveau rôle marquant, celui de Peter Pan dans le classique animé sorti en 1953. En plus de sa voix, Driscoll joue également certaines scènes du film servant de référence pour les animateurs. Il reprend aussi son rôle dans l'adaptation du dessin animé à la radio.

    

Peter Pan est un nouveau succès dans la filmographie de Bobby Driscoll... Ce sera le dernier succès de sa carrière... Car le jeune garçon a grandi. Et les effets de l'adolescence lui ont fait perdre cette bouille qui a tant charmé Disney ces dernières années. L'acnée se fait de plus en plus présente. Le maquillage camoufle difficilement les effets de la puberté. Walt ne sait plus comment utiliser celui qui est désormais à l'aube de l'âge adulte. Le salaire de Driscoll est alors diminué. Et son contrat, censé courir jusqu'en 1956, est rompu.

Celui qui est alors perçu comme l'enfant star de Disney ne parvient pas à charmer les autres studios. Les premiers rôles lui échappent et Bobby Driscoll n'est plus désormais qu'un second couteau apparaissant au cinéma dans Duel d'Espions et The Party Crashers sous le patronyme de Robert Driscoll, ainsi qu'à la télévision dans des épisodes uniques de séries comme Crusader, Climax !, M Squad, Frontier Justice, The Millionaire, Trackdown, Rawhide, Badge 714 et The Brothers Brannagan. Driscoll se produit également ponctuellement à la radio. Poursuivant ses études à l'Université Westwood, l'adolescent est la risée de ses camarades, jamais avares d'une mauvaise blague sur sa carrière. Face aux menaces de quelques élèves, Bobby Driscoll devient violent. Il sombre dans une dépression et commence à consommer de la drogue.

 

En 1956, Bobby Driscoll est devenu héroïnomane. Et il est arrêté une première fois par les forces de l'ordre pour possession de marijuana. L'Amérique puritaine n'accepte pas que l'un des enfants chéris d'Hollywood soit un drogué. Et même si les charges retenues contre lui sont annulées, la carrière de Driscoll est ruinée. En décembre 1956, contre l'avis de ses parents, l'acteur épouse sa copine Marilyn Jean Rush au cours d'un périple au Mexique. Mais presque trois années et trois enfants plus tard, le couple se sépare finalement. Les sanctions judiciaires liées à la drogue et à des actes violents s'accumulent... Driscoll est un temps interné dans le Centre de Réhabilitation de Chino jusqu'en 1962.

Photo de presse de l'arrestation
de Bobby Driscoll
Bobby Driscoll en 1967

En 1965, Driscoll quitte la côte ouest et se rend à New York. Il se lance alors dans une carrière au théâtre. Le succès n'est pas là. L'acteur fait cependant une rencontre, celle d'Andy Warhol, qui l'invite à faire partie de sa communauté au sein de son atelier de Greenwich Village, The Factory. Driscoll commence une carrière d'artiste et apparaît en 1965 dans son dernier film, le court-métrage expérimental Dirt. Sans le sou, Bobby Driscoll devient l'ombre de lui-même et disparaît. Le 30 mars 1968, son corps est retrouvé par deux enfants qui jouent dans l'East Village. Le cœur de celui qui a eu 31 ans deux semaines plus tôt a lâché des suites d'une consommation excessive de drogues. Personne ne reconnaît alors l'acteur. Son cadavre n'est pas réclamé. Le corps est incinéré et enterré sous une tombe anonyme. Ce n'est qu'en 1969 que sa mère, en tentant de retrouver son fils, apprend sa mort... La disparition de l'ex enfant acteur est alors dissimulée jusqu'à ce qu'à l'occasion de la ressortie de Mélodie du Sud en 1971, la presse, partie à la recherche des acteurs, ne révèle l'information au public...

La vie de Bobby Driscoll est aux antipodes du conte à la mode Disney. Celui qui a incarné l'enfant chéri des studios de Mickey durant près d'une décennie a connu la gloire puis une véritable descente aux Enfers. Témoignant quelques années avant sa mort, Driscoll disait lui-même que « la mémoire ne servait à rien » lui qui estimait « avoir été porté sur un plateau d'argent avant d'être jeté au rebut »...