Gédéon & Grand-Coquin
Date de création :
Le 07 février 1940
Nom Original :
Gideon & Honest John
Créateur(s) :
Norman Ferguson
John Lounsbery
Hugh Fraser
Sam Cobean
C. F. Otterstrom
Jack Bradbury
Norm Tate
Preston Blair
Nick Nichols
Howard Swift
Mike Arens.
Apparition :
Cinéma
BD
Télévision
Parcs
Jeux Vidéo
Voix Originale(s) :
Walter Catlett (Grand-Coquin)
Mel Blanc (Gédéon)
Voix Française(s) :
Jean Davy (Grand-Coquin - 1946)
Michel Roux (Grand-Coquin - 1975)

Le portrait

rédigé par
Publié le 05 novembre 2016

Lorsqu’il se lance dans la réalisation de Pinocchio, son second long-métrage, Walt Disney a à sa disposition une belle brochette de méchants représentant chacun un danger palpable pour le pauvre petit pantin candide. Monstro la baleine symbolise la fureur de ces animaux sauvages qui font régner la terreur sur leur territoire. Stromboli et le Cocher figurent quant à eux la terrifiante menace que peuvent faire peser les hommes cupides capables de toutes les vilénies pour s’enrichir. Mais l’origine des maux qui pèsent sur Pinocchio émane en réalité des deux autres antagonistes du film, le renard Grand-Coquin et son stupide compagnon, le chat Gédéon.

Au moment où commence l’écriture de Pinocchio au début des années 1880, Carlo Collodi souhaite créer une histoire dont la vocation est de prévenir les enfants des comportements subversifs auxquels ils pourraient succomber. Deuxième livre le plus vendu en Italie derrière La Divine Comédie de Dante, le conte rassemble ainsi autour du héros une palette de méchants symbolisant les vices de la société et les plus bas instincts. Parmi eux, un renard « clopinant sur trois pieds » et un chat « aveugle » qui apparaissent ensemble dans les pages du chapitre 12. Tous les deux anonymes, les escrocs rencontrent le jeune pantin et, trahissant leurs faux handicaps, commencent à l’embobiner afin de lui voler les cinq pièces que le marionnettiste Mangiafoco lui a confiées pour son père, Geppetto. N’écoutant pas les conseils du merle blanc bientôt dévoré par le chat, le naïf Pinocchio se laisse convaincre de suivre les deux voyous. Ces derniers le conduisent à l’auberge de l’Ecrevisse rouge où le pantin est contraint de payer la note du repas et de la chambre des deux acolytes qui ont pris la fuite pendant la nuit.

Le renard et le chat réapparaissent ensuite dans le chapitre 18 où ils parviennent à convaincre Pinocchio de se rendre dans la ville d’«Attrapenigauds » puis dans le « Champs des miracles » pour y semer les pièces qui, selon leurs dires, ne manqueront pas de se multiplier. Crédule, la marionnette s’exécute naïvement puis part chercher de l’eau. A son retour, les deux voleurs ont disparu avec les écus, abandonnant Pinocchio, bientôt conduit en prison, à son triste sort…

Au travail sur Pinocchio avant même la sortie de Blanche Neige et les Sept Nains, les scénaristes de Disney décident de s’éloigner de l’œuvre originale et d’altérer les protagonistes, en particulier les méchants, afin de mieux servir leur histoire et dans l'idée de leur donner davantage de consistance. Après avoir hésité avec Bertram et Mortimer, le chat anonyme est en décembre 1938 nommé Gédéon par Ed Penner, l’un des scénaristes, et T. Hee, en charge des séquences avec les deux lascars. Le renard, quant à lui, est appelé J. Willowby Fox, puis S. Ashbowl Smith, J. Overly Foulfellow et enfin J. Worthington Foulfellow, un patronyme qui n’est pas prononcé dans le film mais remplacé par le surnom Honest John. Les auteurs abandonnent en outre les faux handicaps des personnages et leur apparence animale. Grand Coquin est ainsi un renard anthropomorphe vêtu de guenilles et marchant sur deux pattes tout comme Gédéon qui, de fait, s’éloigne de l’autre chat de Pinocchio, Figaro, qui lui est représenté comme un vrai matou.

Grand Coquin est certainement le personnage de Pinocchio qui intrigue le plus Walt Disney. En réunion, le créateur de Mickey adore se lever pour mimer l’attitude du renard, qu’il imagine marcher avec dignité malgré son costume rapiécé et son caractère de mendiant. Grand Coquin est le cerveau de la bande, celui qui, malgré des faiblesses intellectuelles évidentes, est capable de réfléchir pour deux et produire de beaux discours pour persuader Pinocchio de les suivre. Gédéon, lui, n’a pas ce talent. Aussi analphabète que son comparse, il est complètement stupide et tout bonnement incapable de réfléchir, préférant user de violence et agir dans la précipitation alors même que Grand-Coquin tente une approche plus rusée pour arriver à ses fins.

Les deux compagnons apparaissent au détour de l’une des rues du petit village dans lequel Geppetto et Pinocchio vivent. Observant les enfants se rendant à l’école, ils se remémorent avec malice la fois où le chat s’est fait passé pour une marionnette afin d’abuser Stromboli et lui soutirer quelque argent. Et Pinocchio, qu’ils croisent par hasard sur leur chemin, semble être une nouvelle occasion formidable de s’enrichir. Gédéon, dans la précipitation, se met alors en tête d’assommer le pantin et sort un énorme maillet sans même attendre les ordres de son compagnon qui l’arrête in extremis. L’arme refait rapidement son apparition lorsque le chat cherche à écraser Jiminy qui, perché sur le haut-de-forme de Grand-Coquin, tente de dissuader Pinocchio de suivre les deux malfaisants.

Parvenant finalement à vendre Pinocchio à Stromboli, les deux crapules disparaissent un temps de l’histoire avant de réapparaître assis à l’une des tables du Red Lobster Inn, une auberge mal famée. Sirotant des bières et fumant des cigares, ils s’entretiennent avec l’inquiétant cocher à qui ils racontent leur dernière escroquerie, riant de la naïveté du pantin et se félicitant d’avoir empoché l’argent du marionnettiste. Mais bientôt, ils se retrouvent au cœur d’un autre complot. Le cocher se sert, en effet, de leur cupidité pour les associer à son sombre plan, à savoir rassembler autant de petits garnements que possible pour les emmener sur l’Île enchantée et les réduire en esclavage. Si le chat et le renard émettent des réserves, ils acceptent néanmoins d’obéir au terrible homme dont le simple rire démoniaque suffit à les terrifier. Et une fois encore, Pinocchio se retrouve malgré lui embarqué dans cette nouvelle galère…

L’animation de Grand Coquin et Gédéon est confiée à John Lounsbery, Hugh Fraser, Sam Cobean, C. F. Otterstrom, Jack Bradbury, Norm Tate, Preston Blair, Nick Nichols, Howard Swift et Mike Arens. Tous travaillent sous la direction de Norm Ferguson, l’un des principaux animateurs des studios Disney qui a donné naissance à des personnages comme Pluto, le Grand Méchant Loup et la Sorcière. Il est en outre le superviseur de La Danse des Heures dans Fantasia, de la parade des éléphants roses dans Dumbo et surtout, au début de sa carrière, d’une séquence du cartoon Pluto Jongleur devenue une véritable référence et dans laquelle Pluto se retrouve aux prises avec une feuille de papier tue-mouche. Ferguson était par ailleurs censé superviser une troisième séquence finalement supprimée avec le renard et le chat au cours de laquelle les deux larrons étaient arrêtés.

Norm Ferguson
John Lounsbery
Walter Catlett
Mel Blanc
Michel Roux

Le bonimenteur Grand Coquin, dont l’élocution rapide permet de tromper le naïf Pinocchio, est interprété par Walter Catlett, qui tourne aussi quelques images de référence pour aider les animateurs. Acteur et scénariste, ce dernier est apparu dans des dizaines de productions entre 1924 et 1957, dont La Blonde Platine et L’Extravagant Mr. Deeds de Frank Capra, Le Capitaine Déteste la Mer de Lewis Milestone, Aventure en Espagne de George Marshall, L’Impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks, Eve a commencé d’Henry Koster, ou encore Davy Crockett et les Pirates de la Rivière, l’un de ses derniers films. En Français, Grand Coquin est joué par Jean Davy en 1946 puis lors du redoublage de 1975 par Michel Roux, la voix française de Tony Curtis, Peter Sellers, Elvis Presley, Jack Lemmon ou encore de Dick Van Dyke dans Mary Poppins

Gédéon, quant à lui, est doublé par Mel Blanc, engagé au printemps 1938. A l’origine, le script prévoit en effet que le chat ponctue les phrases de son comparse avec la même réplique, « Mee too » (« Moi aussi »). Mais finalement, il est décidé que le personnage, à l’image de Simplet, devienne muet et que Grand Coquin parle pour deux. Toutes les lignes enregistrées par Blanc sont supprimées, à l’exception de son imitation de hoquet, conservée dans le montage final. Si chez Disney, la participation de Mel Blanc se limite donc à des spasmes, la carrière du comédien ne fait que commencer. Ce dernier prête en effet pendant des décennies sa voix aux vedettes de la Warner, en particulier Porky Pig, Daffy Duck, Bugs Bunny, Woody Woodpecker, Titi et Grosminet, Sam le pirate, Pépé le putois, Marvin le martien, Bip Bip et le Coyote, Speedy Gonzales, le Diable de Tasmanie…

Gai… Gai… Baignons-Nous
Bonkers
Disney’s Tous en Boîte

La carrière de Grand Coquin et Gédéon ne s’arrête pas à Pinocchio. Tous les deux devaient apparaître dans Mickey et le Haricot Magique, l'une des séquences de Coquin de Printemps, dans le rôle des escrocs échangeant la vache de Mickey contre les pois magiques. La scène, finalement, est coupée du script. Un chat nigaud ressemblant étrangement à Gédéon est présent dans le court-métrage de Figaro Gai… Gai… Baignons-Nous. Les deux compères sont également choisis pour camper les deux quêteurs qui viennent sonner à la porte de Scrooge dans l’adaptation en livre-disque du (Le) Noël de Mickey, sortie chez Walt Disney Records en 1974. Dans le film réalisé en 1983, ils sont finalement remplacés par Le Rat et La Taupe de La Mare aux Grenouilles. Grand Coquin fait pour sa part une apparition dans la série Bonkers, où son visage apparaît sur un ordinateur dans lequel sont fichés les criminels. Les deux voleurs font également un caméo dans Myster Mask et dans quelques épisodes de Disney’s Tous en Boîte, Jiminy Cricket, Soirée Pat et Mickey contre Shelby, ainsi que dans Mickey, le Club des Méchants. Absents dans Once Upon a Time – Il Etait une Fois, les personnages se rapprochent cependant du couple de voleurs Martin et Myrna joués par Harry Groener et Carolyn Hennesy.

Grand Coquin et Gédéon apparaissent aussi dans de nombreuses bandes dessinées, à commencer par l'adaptation du film notamment publiée dans Le Journal de Mickey, mais aussi de nouvelles histoires où ils affrontent Mickey, Donald ou encore Blanche Neige. Ils sont également présents aux côtés du Prince Jean dans l’adaptation des (Les) Habits Neufs de l’Empereur publiée dans la collection Disney’s Wonderful World of Reading en 1975. Les deux méchants sont enfin les antagonistes dans différents jeux vidéo dont l’adaptation de Pinocchio, et font partie des personnages présents dans les Parcs Disney du monde entier au sein de l’attraction Les Voyages de Pinocchio ainsi que dans diverses parades dont Mickey’s Boo-to-You Halloween Parade et Dreams Come True.

S’ils ne semblent pas représenter une menace de premier ordre pour Pinocchio, Grand Coquin et Gédéon sont en réalité les pièces centrales du classique de 1940 car ce sont eux qui font avancer l’histoire en étant, finalement, à l’origine de tous les problèmes auxquels le jeune pantin doit faire face.

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