Jeffrey Katzenberg
Date de naissance :
Le 21 décembre 1950
Lieu de Naissance :
New York dans l'Etat de New York aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Dirigeant
Producteur

Le portrait

rédigé par
Publié le 30 juillet 2014

Quand le nom de Jeffrey Katzenberg est prononcé par un fan de Disney, il provoque souvent le mépris, voire la colère. Pourtant, celui qui est attaché aujourd'hui à la concurrence est également à l'origine du renouveau des studios de Mickey.

Jeffrey Katzenberg est né le 21 décembre 1950 à New York City. Diplômé de l'Ethical Culture Fieldston School, un établissement privé de la Grosse Pomme, il débute dans l'industrie du cinéma en 1974 comme assistant de David Picker, alors producteur pour la Paramount, Lorimar et la Columbia, et dont le générique est au nom de films comme Terreur sur le Britannic et Lenny. Toujours en 1974, il devient l'assistant de Barry Diller, fraîchement nommé président de la Paramount. Katzenberg y intègre le Département publicité et se charge notamment de relancer la franchise Star Trek. Créée en 1964, la désormais mythique série télévisée est, en effet, annulée au bout de la troisième saison par la chaîne NBC, faute d'audience. Star Trek est donc rachetée par la Paramount puis reprogrammée à la fin de la décennie, heureuse période où elle rencontre finalement son public. Surfant sur le succès de La Guerre des Etoiles, Jeffrey Katzenberg, nommé producteur exécutif, met alors en chantier le premier long-métrage de la franchise, Star Trek - Le Film. Il parvient à convaincre Leonard Nimoy de reprendre le rôle de Spock et de rejoindre le casting composé en grande partie des acteurs de la série. Katzenberg remporte son premier grand succès au box-office, le long-métrage engendrant plus de 82 millions de dollars au box-office américain et près de 140 millions dans le monde, pour un budget initial de 35 millions.

Fort du succès de Star Trek - Le Film, Jeffrey Katzenberg est nommé Directeur de production de la Paramount. Il travaille alors sous les ordres de Michael D. Eisner, tout nouveau président de la firme. C'est ensemble que les deux hommes rejoignent la Walt Disney Company le 23 septembre 1984. En remplacement de Ron Miller, gendre de Walt Disney renvoyé après une fronde des actionnaires, Eisner devient, il est vrai, le PDG de la firme de Mickey. Jeffrey Katzenberg récupère alors le fauteuil de Président de Walt Disney Studios, la branche cinéma du label Disney. Les deux hommes collaborent avec Frank Wells, un ancien de la Warner, fraichement nommé Président et Directeur des Opérations.

Jeffrey Katzenberg
Michael Eisner
Frank Wells
Roy E. Disney

Sous l'administration Katzenberg, la division cinéma reprend des couleurs. Surtout, il réoriente la compagnie vers la production de films destinés à un public plus adulte avec le développement de la filiale Touchstone Pictures. Sous ce nouveau label, The Walt Disney Company enregistre d'énormes succès au box-office avec des films comme Splash, Le Clochard de Beverly Hills, Good Morning Vietnam, Cocktail, Le Cercle des Poètes Disparus et Pretty Woman. La branche télévision de Touchstone n'est pas en reste avec la mise en chantier de séries comme Papa Bricole et Les Craquantes.

Jeffrey Katzenberg collabore également avec Roy Edward Disney, neveu de Walt et fils de Roy, avec qui il participe au renouveau de la branche animation. Ignorant tout du genre, il prend ainsi malgré lui la tête de ce département dont Eisner lui annonce qu'il est dorénavant son problème. Avec Disney, il hérite notamment du projet Taram et le Chaudron magique et n'hésite pas à bousculer les équipes d'artistes en revoyant le montage du film. Plusieurs minutes totalement terminées finissent alors à la poubelle au grand dam des animateurs dont la première rencontre avec Katzenberg est au final assez houleuse. Cela ne sauve néanmoins pas l'opus, qui ne trouvera pas son public. Jeffrey Katzenberg bazarde au passage une grande quantité du travail préliminaire des projets suivants, notamment La Belle et la Bête et Aladdin.

La résurrection de la branche animation des studios Disney n'arrive qu'avec la remise à plat des projets de l'ère Eisner/Wells/Katzenberg. Basil, Détective Privé, Qui Veut la Peau de Roger Rabbit et Oliver & Compagnie maintiennent l'activité et permettent de retrouver le succès. Les triomphes de La Petite Sirène, de La Belle et la Bête, d'Aladdin et surtout du (Le) Roi Lion redonnent ensuite à l'animation Disney ses lettres de noblesse. Tous les quatre sont couronnés aux Oscars ; La Belle et la Bête devenant au passage le premier film d'animation nommé dans la catégorie Meilleur Film.

Jeffrey Katzenberg se rapproche également d'autres studios et signe des partenariats juteux. En mai 1991, Disney s'associe ainsi avec les studios Pixar et développe le premier long-métrage en images de synthèse, Toy Story. En 1993, Miramax Films entre également dans le giron de la firme de Mickey et offre à la compagnie les succès de Pulp Fiction, Le Patient anglais, Scream, Will Hunting, La Vie est Belle ou encore de Shakespeare in Love.

Mais le dimanche 3 avril 1994 change la donne au sein de The Walt Disney Company. Frank Wells s'est tué dans un accident d'avion et le triumvirat à l'origine du renouveau Disney vient de perdre l'une de ses têtes. Surtout, la compagnie vient de perdre celui qui se portait comme arbitre entre Eisner et Katzenberg. La guerre des chefs commence alors. Plus féroce que jamais. Michael Eisner refuse en effet de donner à Jeffrey Katzenberg le poste de Président de feu Frank Wells. L'exécutif se déchire faute d'accord entre les deux dirigeants à l'égo surdimensionné. La rupture est consommée lorsque Katzenberg quitte son poste en septembre 1994, dix ans précisément après son arrivée chez Disney. Un procès commence entre The Walt Disney Company et celui qui s'estime lésé. Contrat à l'appui, Jeffrey Katzenberg demande en effet 250 millions de dollars qui correspondent à 2% des profits générés par les films et émissions télévisées produits sous sa direction pendant la décennie précédente.

En 1994, après sa démission, Jeffrey Katzenberg s'associe avec le réalisateur Steven Spielberg et le producteur David Geffen. Ensemble, les trois hommes fondent la compagnie DreamWorks SKG, dont les trois dernières lettres reprennent leurs initiales. Spielberg se charge de la production de films, Geffen de la production de musique et Katzenberg de la direction du nouveau concurrent direct de Disney, DreamWorks Animation. En qualité de producteur exécutif, il inscrit son nom au générique du premier film d'animation des studios, Le Prince d'Egypte, qui sort le 18 décembre 1998. A la fin des années 1990, Dreamworks produit par ailleurs Deep Impact, La Route d'El Dorado et Fourmiz, dont les scénarios ont des points communs évidents, pour ne pas dire troublants, avec ceux d'Armageddon, Kuzco l'Empereur Mégalo et 1001 Pattes (a bug's life), respectivement produits par Touchstone, Disney et Pixar.

En 2001, après le succès de Shrek qui remporte le premier Oscar du Meilleur Film d'animation, Jeffrey Katzenberg enterre l'animation traditionnelle. Spirit, l'Étalon des Plaines et Sinbad, la Légende des Sept Mers seront les derniers du genre. Désormais, DreamWorks Animation ne produit plus que des films en images de synthèse, qualifiés par Katzenberg de plus grand progrès dans l'industrie du cinéma depuis l'arrivée de la couleur dans les années 30. S'enchaînent alors les productions : Gang de Requins, Nos Voisins les Hommes, Bee Movie : Drôle d'Abeille, Monstres contre Aliens, Les Cinq légendes, Les Croods, ainsi que les épisodes des franchises Shrek, Madagascar, Kung Fu Panda et Dragons. DreamWorks Animation devient vite la branche la plus rentable de DreamWorks SKG et conserve par ailleurs son indépendance quand la société est rachetée par la Paramount en 2005, puis par Reliance ADA Group en 2008.

Couronné d'un doctorat honorifique par le Ringling College of Art and Design, Jeffrey Katzenberg est un homme engagé. En 2006, il apporte ainsi son soutien idéologique et financier au futur candidat démocrate à la présidence, Barack Obama. Après l'élection, la presse le présente alors comme un lien informel entre Hollywood et la Maison blanche. En 2012, il s'engage à nouveau en politique en soutenant la réélection d'Obama aux côtés d'autres artistes comme George Clooney, Morgan Freeman, Robert De Niro, Scarlett Johansson, Anne Hathaway, Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Brad Pitt... 

Jeffrey Katzenberg défend les droits d'auteur et lutte contre le piratage en soutenant le Stop Online Piracy Act. En outre, il participe à plusieurs associations. Il a notamment financé le Katzenberg Center, créé au sein de l'Université de Boston, l'école dans laquelle ses enfants, Laura et David, ont fait leurs études. Il est également à l'origine du Marilyn and Jeffrey Katzenberg Center, une école d'animation et d'effets visuels qui porte son nom ainsi que celui de sa femme, inauguré à l'intérieur de l'Université de Californie du Sud en juin 2011 en présence de George Lucas et Steven Spielberg. Jeffrey Katzenberg est enfin membre du Conseil d'administration de la Motion Picture and Television Fund Foundation, une organisation destinée à aider les membres de l'industrie du cinéma et de la télévision souffrant de précarité. Il siège également à la direction du AIDS Project Los Angeles qui aide la recherche contre le SIDA, de l'American Museum of the Moving Image, de l'Institut des Art de Californie, de l'hôpital de Cedars-Sinai, de la Michael J. Fox Foundation pour la recherche contre la maladie de Parkinson, de l'Université de Californie du Sud et du Centre Simon-Wiesenthal chargé du maintien de la mémoire de l'Holocauste et de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Autant d'actions humanitaires qui lui valent de recevoir un Jean Hersholt Humanitarian Award en 2013.

En 2016, Dreamworks Animation est racheté par la firme Comcast pour la modique somme de 3,8 millions de dollars. Jeffrey Katzenberg devient alors le dirigeant de Dreamworks New Media, une nouvelle entité dans laquelle sont incluses les sociétés AwesomenessTV et DWA Nova. En poste pour les deux ans à venir, il se voit offrir au passage un rôle de consultant et surtout un juteux contrat lui promettant 7% des profits de l’entreprise jusqu’à la fin de ses jours, clause contestée par une partie des actionnaires qui entament rapidement une action en justice. A son nouveau poste, Katzenberg poursuit son travail de producteur exécutif et apparaît notamment aux côtés du réalisateur Guillermo Del Toro au Festival d’Annecy afin de présenter le nouveau projet d’animation de Dreamworks, la série Trollhunters, diffusée sur Netflix.

La vie de Jeffrey Katzenberg est une aventure cinématographique à elle toute seule. Un vrai film à rebondissements, avec la gloire, le pouvoir, la trahison, l'amitié, l'ambition… Une belle aventure qui laisse souvent les fans de Disney dans l'expectative. Car si beaucoup pensent que Katzenberg est le caillou dans la chaussure des studios Disney, il en est également l'un des sauveurs pendant la décennie où il y a officié… Un vrai dilemme !