Tim Burton
Date de naissance :
Le 25 août 1958
Lieu de Naissance :
Burbank, en Californie, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Réalisateur
Producteur
Scénariste

Le portrait

rédigé par
Publié le 07 mars 2015

Un bicyclette volée. Un esprit vengeur revenu d'entre les morts. Un justicier en costume de chauve-souris. Une créature aux mains faites de ciseaux. Un réalisateur raté excentrique. Des martiens au crâne surdimensionné. Un redoutable cavalier sans-tête. Des singes humanisés. Un père racontant des histoires folles. Un gamin plongé dans une chocolaterie magique. Une mariée défunte. Un barbier égorgeant ses clients. Un jeune fille attirée par un lapin blanc. Un vampire dans les années 70. Un chien ressuscité. Des portraits aux grands yeux. Difficile de trouver un lien entre tous ces éléments plus hétéroclites les uns que les autres. Pourtant, tous se rassemblent autour d'un nom, Tim Burton, réalisateur de génie dont l'univers si particulier s'affiche sur les écrans depuis plus de tente ans.

Timothy William Burton est né le 25 août 1958 à Burbank, dans la banlieue de Los Angeles. Fils de Bill, ancien joueur de baseball devenu employé dans le parc d'attractions de la ville, et de Jean, tenancière d'une boutique d'objets à l'effigie des chats, il est élevé avec son frère Daniel dans une banlieue pavillonnaire où les classes moyennes vivent dans ces petites maisons alignées le long de rues rectilignes étirées sur des kilomètres. Souvent solitaire au cœur de ce qui est devenu la « Capitale mondiale des médias », près des studios NBC, Nickelodeon, Warner Bros. et Disney, le garçon nourrit dès le plus jeune âge sa passion pour le cinéma et le dessin. Souvent solitaire, celui qui aime autant se balader sur Hollywood Boulevard que dans le cimetière du coin quitte la maison familiale à 12 ans pour emménager chez sa grand-mère. Timide, il s'évade grâce à tous ces films fantastiques qu'il aime tant. L'acteur Vincent Price, l'un des maîtres de l'épouvante, et le spécialiste des effets spéciaux Ray Harryhausen deviennent ainsi ses héros ; King Kong, Frankenstein, Godzilla, et Jason et les Argonautes, ses classiques.

Très tôt, Tim Burton tourne ses propres productions avec les moyens du bord et une caméra Super 8. Rendant hommage à ses maîtres, il met en scène ses amis dans des histoires de monstres, de loups-garous et de savants fous, comme dans The Island of Doctor Agor, d'après le roman L'Ile du Docteur Moreau d'H.G. Wells adapté au cinéma en 1977 par Don Taylor avec Burt Lancaster dans le rôle-titre. Il tourne également des films en stop-motion grâce à ses jouets. Adorant les cartoons de la Warner, en particulier ceux de Bugs Bunny, Burton entretient également son goût pour le dessin, produisant notamment le logo de la voirie de Burbank à 14 ans et décorant les maisons à l'occasion des fêtes d'Halloween et de Noël. Louant son premier appartement dès 16 ans, le jeune homme obtient deux ans plus tard une bourse pour l'institut Cal Arts. Il intègre alors le programme de formation de Disney, à la recherche de nouvelles recrues. Repéré par ses enseignants, à qui il livre son film de 3ème année, Stalk of the Celery Monster, Burton décroche un emploi eu sein des studios de Mickey à l'automne 1979.

Agé de 21 ans, Tim Burton devient animateur auprès de Glen Keane sur Rox et Rouky, en chantier à l'époque. L'expérience « disneyenne » est traumatisante pour celui qui se rappelle avoir dû animer des « gentils renards » pendant « trois ans de supplice » ! Le documentaire Waking Sleeping Beauty, qui montre les coulisses des studios Disney dans les années 1980 et 1990, révèle à quel point Burton est blafard devant sa table de dessin. Un zombie diront certains de ses collègues. Le projet suivant est cependant prometteur. Taram et le Chaudron Magique semble, en effet, contenir des éléments propres à l'univers de l'artiste qui livre des dizaines de recherches graphiques représentant des monstres de toutes tailles et de toutes formes. Mais tous ses concepts sont rejetés. Rien de son travail n'apparaît à l'écran. Œuvrant un temps sur le projet Toys de Barry Levinson et le cartoon Trick or Treat, il réalise le court-métrage Doctor of Doom où il interprète un scientifique, ainsi que le film Luau, où ses amis de CalArts et de Disney jouent différents rôles. Soutenu par Julie Hickson et Tom Wilhite, deux exécutifs des studios, Tim Burton se voit allouer en 1982 une enveloppe de 60 000 dollars pour réaliser un projet personnel, Vincent, inspiré d'un de ses poèmes. Animé image par image, le court-métrage, qui sort en avant-programme de Tex, porte le nom de l'idole de Burton, Vincent Price qui, consécration, récite le texte ! Couronné au Festival de Chicago et d'Annecy, le jeune réalisateur reçoit 160 000 dollars de budget et rempile en créant Hansel et Gretel pour Disney Channel. Mais le film, surprenant, est diffusé à 22h30, un horaire empêchant tout succès.

Tim Burton a néanmoins toujours le soutien de Julie Hickson. Préparant un projet intitulé The Nightmare Before Christmas, le jeune réalisateur se voit confier le tournage de Frankenweenie, une version moderne en noir-et-blanc de Frankenstein dans laquelle un jeune garçon ressuscite son chien adoré. L'actrice Shelley Duvall, qui interprète la maman du jeune Victor Frankenstein, est charmée par le garçon à qui elle offre de diriger Robert Carradine, James Earl Jones et Leonard Nimoy dans l'épisode Aladdin and his Wonderful Lamp pour l'émission Shelley Duvall's Faerie Tale Theatre. Mais l'expérience Frankenweenie tourne mal. Le court-métrage est interdit aux moins de 12 ans ce qui compromet sa sortie en avant-programme de Pinocchio. Le film n'est projeté en salle qu'en Angleterre. Frustré, Tim Burton claque la porte des studios Disney. Fort de son expérience, le jeune réalisateur intègre alors les équipes de la Warner qui lui confient, sur les conseils du comédien Paul Reubens, les rênes d'un nouveau film, Pee Wee's Big Adventure dont le héros, Pee Wee Herman, interprété par Reubens, est une icône de la télévision. Burton mélange alors l'univers déjà bien connu du héros avec le sien, ajoutant aux prises de vues réelles quelques plans en animation image par image. Il fait en outre l'une des rencontres de sa vie, s'associant avec Danny Elfman, chargé de la bande originale. Pee Wee's Big Adventure sort en salle le 9 août 1985 et le succès, malgré une critique assassine, est au rendez-vous, surtout que le budget de 7 millions de dollars est dérisoire.

Tim Burton enchaîne avec l'épisode The Jar de l'émission Alfred Hitchcock Présente, tourné pour le compte de NBC. La série est l'occasion de rencontrer le scénariste Michael McDowell, l'auteur de Beetlejuice, dont Burton prend la direction en 1986, toujours pour la Warner. L'histoire est celle du couple Adam et Barbara Maitland, morts brutalement dans un accident de voiture mais coincés chez les vivants qu'ils souhaitent faire partir de chez eux en convoquant l'esprit de Beetlejuice. L'ambiance du long-métrage, assez macabre, correspond à l'univers du réalisateur. Pendant deux ans, Burton développe ce qu'il estime être une « version burlesque de L'Exorciste » avec cette liberté que Disney ne lui a jamais donnée. La seule limite est le choix de l'acteur principal. Misant sur Sammy Davis Jr., le réalisateur essuie un refus tout net des exécutifs de la Warner. Il rencontre alors Michael Keaton qui devient Beetlejuice. Le jeu est brillant. La rencontre est belle. Egalement à l'affiche, Genna Davis dans le rôle de Barbara Maitland et Alex Baldwin dans celui de son mari Adam. La collaboration avec Davis est bon enfant. Celle avec Baldwin est compliquée, l'acteur mettant peu de cœur à l'ouvrage. Beetlejuice sort en salle le 1er avril 1988. Les pré-projections ont été catastrophiques et les exécutifs de la Warner, qui ont tenté de changé le titre et la fin, sont sur la réserve. Couronné par l'Oscar des meilleurs maquillages, le film est pourtant un autre succès qui, contrairement à Pee Wee's Big Adventure, est salué par la critique. Le film donne naissance à une série d'animation produite par le cinéaste entre 1989 et 1992.

Rapportant six fois sa mise, Beetlejuice conforte Tim Burton dans ses fonctions. La Warner, rassurée, lui confie son prochain blockbuster, Batman, l'adaptation sur grand écran des aventures de héros DC Comics créé par Bob Kane. Le projet est vieux d'une décennie. Burton, qui tourne dans les mythiques studios de Pinewood, près de Londres, collabore avec Sam Hamm, le scénariste d'Un Homme Parmi les Loups et Warren Skaaren avec qui il a déjà écrit Beetlejuice. Batman présente le héros légendaire au cœur d'un univers gothique, très sombre, proche des premières aventures de Bob Kane et de l'œuvre de Frank Miller, et très éloigné des couleurs vives de la série télévisée et des dernières planches de la bande dessinée. Dans le rôle-titre, Burton retrouve son ami Michael Keaton. Et dans le rôle du Joker, Jack Nicholson, juste parfait, semble voler la vedette au justicier. Mais bien avant la sortie, organisée le 21 juin 1989, la critique et les fans de comics sont furieux du choix de Keaton. Le cours de l'action Warner à Wall Street s'effondre littéralement ! Les studios demandent une réécriture du scénario, livrant au dernier moment les changements, un rôle plus comique pour le Joker, des apparitions plus longues pour le personnage de Vicky Vale joué par Kim Bassinger, et un autre acteur pour incarner Batman. Burton refuse net le changement de comédien. Au final, le succès est une nouvelle fois là. Batman est le film le plus vu de l'année 1989. Et comme Beetlejuice, il accouche d'une série télévisée. Mais Tim Burton est marqué par ce manque de confiance de la part de ses chefs qui ont fait passé son film de création artistique à simple commande des studios. Il refuse de tourner la suite de Batman et met entre parenthèse sa collaboration avec la Warner.

Tim Burton se tourne alors vers la 20th Century Fox pour son projet suivant, plus intimiste et qui n'intéressait pas la Warner, Edward aux Mains d'Argent, que le réalisateur produit avec son amie Denise DiNovi, son associée au seins des Tim Burton Productions. L'idée est celle d'un inventeur qui, années après années, construit un robot humanisé. Mais au moment d'assembler ses mains, le vieil homme meurt, laissant sa création avec des ciseaux et autres lames en guise de doigts. Reclu dans son château, le héros se  retrouve malgré lui dans le monde réel, au cœur d'un lotissement bien rangé comme celui que Burton a connu dans son enfance. Mais au départ adorée, la créature passe bientôt pour un monstre et est rejetée par les habitants, à l'image du monstre de Frankenstein que le réalisateur a découvert dans sa jeunesse. A l'affiche de ce nouveau film, le metteur en scène retrouve son idole, Vincent Price, dans le rôle du vieil inventeur. Price fait là sa dernière apparition à l'écran. Pour Edward, Tim Burton fait l'un des choix majeurs de sa carrière, l'acteur Johnny Depp. Winona Ryder, qui joue Lydia dans Beetlejuice, interprète Kim Boggs, jeune femme aimée d'Edward. Véritable poésie visuelle, Edward aux Mains d'Argent sort le 14 décembre 1990. Interdit aux moins de 13 ans, le film est une nouvelle machine à cash. Un succès... Encore !

A l'automne 1991, Tim Burton retourne à la Warner et retrouve Batman. Cette fois, pas question cependant de se laisser dicter ses choix par les exécutifs. Burton est le réalisateur et le producteur du film, intitulé Batman, Le Défi. Michael Keaton retrouve le costume du héros. Et le Joker est remplacé non par un mais par deux méchants légendaires. Danny DeVito incarne un superbe Pingouin. Michelle Pfeiffer, qui remplace Annette Bening, le premier choix du réalisateur, est une séduisante Catwoman, personnage qui a convaincu Burton de faire cette suite. Autre antagoniste, Max Shreck, joué par Christopher Walken, et dont le nom s'inspire de l'interprète de Nosferatu, chef-d'œuvre allemand découvert par le metteur en scène dans sa jeunesse. Paul Reubens fait une apparition dans le rôle du père indigne du Pingouin. Plus qu'une suite, Batman, le Défi est un film à part entière, déconnecté de son prédécesseur, plus noir et mieux écrit, malgré les critiques qui lui reprochent son côté sombre et triste, et les scènes parfois explicites avec Catwoman. Dans les salles le 19 juin 1992, c'est l'un des films les plus rentables de l'année et l'un des plus beaux succès du réalisateur.

Le projet suivant marque une étape chez Burton, celle de son retour chez Disney. Le réalisateur mis au placard 15 ans plus tôt est désormais banquable. Et les studios de Mickey retrouvent celui qui, pourtant, avait été tant stigmatisé. Burton revient avec ce projet qu'il développait déjà avant de démissionner, L'Etrange Noël de Monsieur Jack. Ce retour est notamment conditionné par le fait que Disney possède les droits sur l'œuvre. Mais au moment de le remettre en chantier, Burton est déjà engagé sur Batman, le Défi. Aussi, la réalisation est confiée à son ami Henry Selick, Burton se chargeant de la production et de la direction artistique. Utilisant la technique de la stop-motion, il s'agit d'une autre adaptation d'une histoire du metteur en scène. Au cœur de la ville d'Halloween, Jack Skelington, le roi des citrouilles, s'ennuie de cette routine qui consiste à préparer, encore et encore, la même fête. Désireux d'explorer d'autres horizons, il se met en tête de célébrer Noël. Mais le film est jugé effrayant par les exécutifs de Disney qui décident de le sortir sous la bannière Touchstone Pictures. Dans les salles dès le 29 octobre 1993, L'Etrange Noël de Monsieur Jack devient rapidement un conte mythique qui, passé sous la bannière Walt Disney Pictures, ressort désormais chaque année pour Halloween.

De retour chez Disney, Tim Burton, qui refuse de tourner Mary Reilly, prépare le projet suivant via la filiale Touchstone après que la Columbia se soit retirée quelques semaines avant le début du tournage. Et ce projet lui tient à cœur tant il rend hommage aux héros et au cinéma de son enfance. Ed Wood retrace une partie de la carrière d'Edward Wood, Jr., réalisateur travesti de films bricolés de série Z à petit budget et réputé pour être le pire metteur en scène de tous les temps. Découvrant ces longs-métrages qu'il adore dans son enfance, Burton souhaite également rendre hommage à un autre héros de son Panthéon, l'acteur Béla Lugosi, le légendaire interprète de Dracula. Ed Wood est donc centré sur la rencontre des deux hommes et leur collaboration lors du tournage de Glen or Glenda ?, de La Fiancée du Monstre et de Plan 9 From Outer Space, le dernier film de Lugosi, désormais toxicomane abandonné de tous. Cette relation entre Wood et Lugosi rappelle en de nombreux points celle entre Burton et Vincent Price. Tim Burton retrouve Johnny Depp et lui confie le rôle-titre. Martin Landau prend les traits de Béla Lugosi et reçoit pour sa composition l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Poésie en noir-et-blanc dépeignant la médiocrité d'un réalisateur et la descente aux Enfers de son acteur, le tournage est rapide et reposant pour Tim Burton, usé par ses deux films précédents. Mettant également en scène Bill Murray, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette, Jeffrey Jones et Lisa Marie, la compagne de Burton, le film marque cependant un temps d'arrêt entre le réalisateur et son compositeur Danny Elfman, remplacé par Howard Shore. En salles le 7 octobre 1994, Ed Wood aborde avec brio les thèmes de la déchéance, de l'échec, de l'homosexualité, du travestissement. Projet intimiste, il rapporte des recettes tout aussi intimistes, devenant le plus gros échec de Burton. Néanmoins, le long-métrage, de belle facture et apprécié par la critique, est devenu un film culte pour les cinéphiles.

En 1995 et 1996, Tim Burton fait une petite pause et se consacre à la production d'un documentaire sur Vincent Price, de Batman Forever de Joel Schumacher, et de James et la Pêche Géante d'Henry Selick. Le premier projet, finalement avorté, est basé sur des entretiens avec l'acteur de légende. Le deuxième est un troisième opus des aventures du héros de Gotham City qui dénature complètement la vision de Burton. Le dernier film est une fable inspirée de l'œuvre de Roald Dahl produite pour Disney. Tim Burton revient finalement derrière la caméra pour Mars Attacks !, adapté d'un jeu de cartes édité par Bubbles Inc en 1962. Et le long-métrage marque un virage à 180 degrés. De la biographie en noir-et-blanc, le réalisateur passe au film de science-fiction haut en couleur ! Produit pour le compte de la Warner, Mars Attacks ! est une comédie loufoque qui répond à l'un des plus gros succès de la période, Independence Day de Roland Emerich. Le pitch est le même. Les martiens envahissent la Terre. Mais là où le film d'Emerich est sérieux, celui de Burton est totalement déjanté. Gamine gothique, Présidence hystérique, macro de Las Vegas, idiots du village, militaires braillards, musique country salvatrice... Tous les clichés sont là. Et tout le monde (ou presque) est réduit en cendres par les martiens à la cervelle démesurée. Au passage, malgré un budget de quelques 80 millions de dollars, le film se veut aussi un bel hommage aux films de SF ringards des années 50, en particulier Plan 9 From Outer Space d'Ed Wood, avec leurs effets spéciaux bricolés. Enfin, Mars Attacks ! est presque une réunion de famille au cours de laquelle Burton retrouve devant sa caméra Jack Nicholson, Danny DeVito, Sarah Jessica Parker, Lisa Marie, Sylvia Sydney, associés à de nouveaux partenaires, de Glenn Close à Martin Short en passant par Tom Jones, Annette Bening, Pierce Brosnan, Natalie Portman, Rod Steiger et Michael J. Fox. La farce Mars Attacks ! sort aux Etats-Unis le 13 décembre 1996 et fait un vrai four, ne remboursant que la moitié de son budget sur le sol américain. Seule l'Europe tire son épingle du jeu et redore un peu l'image d'un film boudé outre-Atlantique.

Mars Attacks !, film à gros budget et beau ratage au box-office, ainsi qu'une adaptation poussive et avortée de Superman avec Nicolas Cage, poussent Tim Burton à revenir aux fondamentaux. Il publie son recueil La Triste Fin du Petit Enfant Huître et Autres Histoires qui rassemble plusieurs histoires courtes associées à des dessins dans le plus pur style Burtonien. Il réalise également sa première publicité pour Hollywood Chewing-gum, mettant en scène un nain de jardin s'évadant pour rejoindre une Blanche Neige nue dans un lac. Côté cinéma, il revient à son amour pour les anciens films d'horreur avec l'adaptation de La Légende de la Vallée Endormie de Washington Irving, que Disney avait déjà utilisée en 1949 dans Le Crapaud et le Maître d'Ecole. Sleepy Hollow : la Légende du Cavalier sans Tête marque ses retrouvailles avec Johnny Depp qui joue Ichabod Crane. A ses côtés, un casting de gueules dans le rôle des notables de la bourgade : Michael Gambon, Richard Griffiths, Jeffrey Jones, Ian McDiarmid et Michael Gough. Egalement à l'affiche, Christina Ricci, Miranda Richardson, Lisa Marie, Martin Landau, Christopher Walken dans le rôle du cavalier, et la légende Christopher Lee, idole de Burton et second interprète de Dracula dont la carrière, en berne, reprend des couleurs. Mais plus qu'une adaptation, c'est une véritable revisite à laquelle Tim Burton se livre. Insufflant de la profondeur à la nouvelle qui ne fait que quelques pages, il donne à son film ce côté kitch des films de la Hammer et des notes mêlées d'épouvante et de comédie remarquables. Tourné à Leavesden et aux studios de Shepperton, en Angleterre, le film, qui décroche l'Oscar des meilleurs décors, sort en salles le 19 novembre 1999 et rencontre son public. Beau succès, il reste l'un des films les plus réussis du réalisateur.

Tim Burton entre dans le XXIe siècle avec deux projets. Le premier est intimiste et s'inspire des aventures de son petit enfant huître dont les aventures sont adaptées en mini-série sur le web. Surtout, il s'engage dans un projet titanesque : le remake de La Planète des Singes, classique de science-fiction à qui la 20th Century Fox et Richard Zanuck veulent donner un coup de jeune. Au départ effrayé, Burton se lance dans ce qui demeure clairement une commande des studios déjà proposée et abandonnée par Oliver Stone, Chris Columbus, Roland Emmerich, Peter Jackson, Michael Bay et James Cameron. Burton l'accepte à la condition d'obtenir le dernier mot sur le montage final. Il réécrit l'histoire et lui donne une autre dimension. Il s'entoure en outre d'un casting assez audacieux : Mark Wahlberg, Tim Roth, Helena Bonham Carter (sa nouvelle compagne), Michael Clarke Duncan, Paul Giamatti, David Warner et Charlton Heston, le héros du film original. Mais les humains sont fades. Seuls les singes tirent leur épingle du jeu, notamment le général Wade (Tim Roth), avec des maquillages remarquables de Rick Baker. Surtout, le tournage semble ne donner aucun plaisir au réalisateur qui, après la mort de son père à l'automne 2000, fait le job. Sans saveur, La Planète des Singes sort le 27 juillet 2001 et rapporte un beau pactole. Mais le film souffre de son aspect plat. Rien de l'univers de Tim Burton ne semble s'élever dans ce blockbuster commandé par la Fox... Le projet de suite est annulé. Fin de l'épisode.

A nouveau, Tim Burton a été dévoré par un projet de studio de trop grande ampleur. Son film suivant sera plus intimiste. Encore. Marqué par la mort de son paternel, Burton se tourne vers l'histoire d'un père et de son fils. Ecrit par John August d'après l'œuvre de Daniel Wallace et prévu pour Steven Spielberg, Big Fish met en scène Ed Bloom, père farfelu jamais avare d'une bonne histoire mais brouillé avec son fils, Will, désormais lassé de ses élucubrations. Nouvelle poésie visuelle avec Albert Finney, Ewan McGregor, Billy Crudup, Jessica Lange, Danny DeVito, Helena Bonham Carter, Steve Buscemi, Robert Guillaume et Marion Cotillard, le film est visuellement ancré dans l'univers du metteur en scène. Tourné en Alabama, Big Fish sort le 9 janvier 2004 dans tous les Etats-Unis. Plutôt apprécié par la critique, il fait cependant un score moyen au box-office.

L'année 2005, Tim Burton s'engage dans deux projets coup sur coup. Adapté de l'œuvre de Roald Dahl, Charlie et la Chocolaterie est une nouvelle collaboration entre Burton et le scénariste John August. Et le projet est un monstre de quelques 150 millions de dollars. Le metteur en scène offre le rôle-titre à son acteur vedette, Johnny Depp, qui revêt le costume de Willy Wonka. A ses côtés, le jeune Freddie Highmore dans le rôle de Charlie, ainsi que David Kelly, Helena Bonham Carter, Missi Pyle, James Fox, Deep Roy et Christopher Lee. L'idée d'adapter l'œuvre de Roald Dahl remonte aux années 1980, mais elle avait rencontré l'opposition de l'auteur. Véritable réquisitoire contre les gamins pourris-gâtés, Charlie et la Chocolaterie est, comme Big Fish, une véritable peinture dans le plus pur style burtonien. Haut en couleur, le long-métrage est diffusé à partir du 10 juillet 2005. Enorme succès, il rapporte plus de trois fois la mise de départ. Tim Burton retrouve le succès.

En parallèle de Charlie et la Chocolaterie, Tim Burton œuvre sur un nouveau film d'animation avec la technique image par image aux côtés de Mike Johnson. Les Noces Funèbres, écrit par Caroline Thompson, la scénariste d'Edward aux Mains d'Argent et de L'Étrange Noël de Monsieur Jack, raconte l'histoire de Victor Van Dort, jeune homme du XIXe siècle enfermé dans les normes et coutumes de l'époque et qui doit malgré lui épouser Victoria Everglot. Mais alors qu'il fuit son mariage, il passe sans le vouloir la bague au doigt de la défunte mariée Emily. Uni à ce cadavre, il se retrouve précipité dans le monde coloré des morts. Une fois encore, le film est une réunion de famille entre Burton, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Christopher Lee, Albert Finney, Michael Gough. Une fois encore, le réalisateur témoigne de son amour pour le glauque et le morbide, même si son monde des morts semble bien plus amusant et festif que le monde bien terne des vivants. Et une fois encore, Burton apporte au public son univers si graphique et si particulier. Une formidable réussite, en somme, qui sort le 23 septembre 2005 et rapporte presque quatre fois son budget initial.

Trois années passent avant le long-métrage suivant. Entre temps, le metteur en scène a reçu un prix spécial à Annecy, un Lion d'or d'honneur à la Mostra de Venise et un prix spécial au Festival du film fantastique d'Amsterdam pour l'ensemble de son œuvre. En 2008, Tim Burton revient donc sur les écrans avec Sweeney Todd : le Diabolique Barbier de Fleet Street, d'après la comédie musicale de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler que le réalisateur découvre à 21 ans lors de représentations à Londres et qu'il souhaite adapter dès les années 1980. Johnny Depp et Helena Bonham Carter sont encore de la partie dans les rôles de Sweeney Todd et Mrs. Lovett. A leurs côtés, Alan Rickman joue le terrifiant juge Turpin, Timothy Spall le bailli Bamford et Sacha Baron Cohen le barbier Adolfo Pirelli. Fable gothique dans l'Angleterre victorienne, le film raconte la vengeance de Sweeney Todd, séparé de son épouse et enfermé par le juge Turpin et bien décidé à trancher la gorge de ses ennemis. Film d'horreur musical, Burton souhaite une nouvelle fois rendre hommage aux classiques de l'épouvante avec des giclées de sang factices et des décors aux couleurs saturées dignes des films de la Hammer. Sweeney Todd : le Diabolique Barbier de Fleet Street est tourné comme Batman, aux studios de Pinewood. Sorti en salles le 21 décembre 2008, le succès est au rendez-vous pour un film plutôt encensé par la critique. Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo gagnent au passage l'Oscar de la meilleure direction artistique et Johnny Depp est couronné aux Golden Globes. Tim Burton lui-même est nommé au Golden Globe du meilleur réalisateur.

Producteur du poétique Numéro 9, Tim Burton marque son retour chez Disney en 2010 et s'atèle à l'adaptation live de l'œuvre de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles, presque 60 ans après la version animée. Mais la Alice de Burton a grandi. Devenue une jeune femme, elle suit à nouveau le lapin blanc et se retrouve une fois encore précipitée dans le Pays des Merveilles. Incapable de se souvenir de son précédent passage, elle redécouvre les lieux et chacun de ses habitants et apprend que la guerre couve entre la Reine Blanche, détrônée, et sa sœur, la Reine Rouge, montée sur le trône. Avec l'aide du Chapelier Toqué, elle est celle qui permettra de rétablir la justice. Conte fantastique avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Christopher Lee, Anne Hathaway ou encore Alan Rickman, Alice au Pays des Merveilles prend des airs de film d'Heroïc Fantasy avec sa bataille finale dans la veine de celles du Seigneur des Anneaux ou du (Le) Monde de Narnia. Couronné par les Oscars de la meilleure direction artistique et des meilleurs costumes, les Golden Globes des meilleurs acteur, musique et film, le long-métrage sort le 5 mars 2010. Pour un budget de 200 millions de dollars, il en rapporte plus d'un milliard, devenant l'un des plus beaux succès de Tim Burton et des studios Disney en général. Le réalisateur est couronné cette année-là un Windsor McCay Award pour son travail dans l'animation et reçoit les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres des mains du ministre de la culture Frédéric Mitterrand.

Le projet suivant ne fait pas les mêmes recettes. Produisant en parallèle le film Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires, Tim Burton retourne à ses amours de jeunesse en adaptant la série télévisée Dark Shadows. L'histoire est celle de la famille Collins, émigrée en Amérique au XVIIIe siècle et à l'origine d'une fortune dans la pêche. Mais Barnabas Collins est maudit par Angélique Bouchard, la servante, qui le change en vampire et l'enterre vivant. Sorti de son cercueil en 1972, le monstre doit apprendre à vivre dans cette nouvelle époque où il retrouve ses descendants ainsi qu'Angélique, dont l'existence s'est résumée à la ruine des Collins. L'idée de Dark Shadows arrive sur le bureau du réalisateur en 2008. John August, l'auteur de Charlie et la Chocolaterie, Big Fish et Les Noces Funèbres est mis au travail sur le script avant d'être remplacé par Seth Grahame-Smith. Le casting accompli, Johnny Depp prenant le rôle principal aux côtés de Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green, et Christopher Lee, le tournage commence aux studios de Pinewood. Dark Shadows sort sur les écrans américains le 11 mai 2012 et reçoit l'accueil presque glacial de la critique et assez timide du public.

Mais 2012 place sur les écrans un autre film de Tim Burton, comme ce fut déjà le cas en 2005. Pour Disney, le metteur en scène est revenu à l'un de ses premiers courts-métrages, Frankenweenie, afin de l'adapter à nouveau dans un format plus long et avec la technique de la stop-motion. Les habitués du réalisateur sont là : Martin Landau, Martin Short, Catherine O'Hara, Winona Ryder. Nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation, finalement gagné par Rebelle, Frankenweenie sort en salles le 5 octobre 2012. Cette année-là, Tim Burton a par ailleurs présidé le 63ème Festival de Cannes. Il a aussi reçu l'hommage de la Cinémathèque française lors d'une exposition organisée du 7 mars au 5 août, ainsi qu'un prix spécial au Festival du film de Moscou. Intégré au Bristish Film Institute, le réalisateur tourne enfin le clip de Here With Me de The Killers.

Honoré à travers le monde, Tim Burton marque une nouvelle pause dans sa carrière. Son prochain film, Big Eyes, sort en salles le 25 décembre 2014. Il s'agit d'un nouveau film biographique après Ed Wood, également signé par les scénaristes Scott Alexander et Larry Karaszewski. Il traite de l'histoire de Margaret et Walter  Keane, artistes américains dont les portraits se caractérisent par des personnages aux grands yeux. Racontant comment Walter s'est approprié la paternité des œuvres de Margaret, le réalisateur met notamment en scène les démêlés conjugaux du couple. Tourné à Vancouver, San Francisco et Bristol, le film a reçu un accueil très tiède de la part du public mais a valu à l'actrice Amy Adams le Golden Globe de la meilleure actrice.

Annoncé pour réaliser l’adaptation live de Dumbo, Tim Burton reste absent des écrans pendant presque deux ans. Durant cette période, il produit la suite d’Alice au pays des Merveilles, Alice de l’Autre Côté du Miroir et réalise le film Miss Peregrine et les Enfants particuliers, l’adaptation du livre éponyme de Ransom Riggs publié en 2011. Sur les écrans en septembre 2016, le long-métrage met en scène Eva Green dans le rôle-titre ainsi que Asa Butterfield, Samuel L. Jackson, Ella Purnell ou encore Terence Stamp et Judy Dench dans une histoire fantastique se déroulant dans l’orphelinat de Miss Peregrine, un endroit mystérieux dans lequel sont élevés en secret des enfants aux dons extraordinaires.

Tim Burton est incontestablement devenu, années après années, l'un des plus grands réalisateurs d'Hollywood. Passant sans mal du film personnel au blockbuster, de la comédie à l'horreur, de la science fiction à la comédie musicale, de l'animation aux programmes télévisés, il a marqué de son empreinte si particulière le 7ème Art au cours d'une carrière loin d'être terminée et indéniablement prometteuse. Un génie !

La filmographie

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001
Les Muppets, Ça C'est du Cinéma !
Marionnettiste • Marionnettes
1979
Cinéma
1979
Cinéma
002
Rox et Rouky
Animateur • Animation 2D
1981
Cinéma
1981
Cinéma
003
Tron
Animateur • Science-fiction
1982
Cinéma
1982
Cinéma
004
Vincent
Réalisateur • Animation Image par Image
1982
Cinéma
1982
Cinéma
005
Hansel et Gretel | Vincent
Réalisateur / Scénariste • Compilation • Animation Image par Image / "Live" • Cartoon
1983
Télévision
1983
Télévision
006
Frankenweenie
Réalisateur / Scénariste • Fantastique
1984
Cinéma
1984
Cinéma
007
Taram et le Chaudron Magique
Artiste • Animation 2D
1985
Cinéma
1985
Cinéma
008
Réalisateur • Comédie • Warner Bros.
1985
Cinéma
1985
Cinéma
009
Réalisateur • Fantastique • Warner Bros.
1988
Cinéma
1988
Cinéma
010
L'Étrange Noël de Monsieur Jack
Producteur / Scénariste • Animation Image par Image • Disney Digital 3-D
1993
Cinéma
1993
Cinéma
011
Ed Wood
Réalisateur / Producteur • Drame
1994
Cinéma
1994
Cinéma
012
James et la Pêche Géante
Producteur • Animation Image par Image / Film "Live"
1996
Cinéma
1996
Cinéma
013
Réalisateur / Producteur • Science-fiction • Warner Bros.
1996
Cinéma
1996
Cinéma
014
Réalisateur • Drame • Paramount Pictures
1999
Cinéma
1999
Cinéma
015
Réalisateur • Science-fiction • 20th Century Fox
2001
Cinéma
2001
Cinéma
016
Alice au Pays des Merveilles
Réalisateur • Fantastique • IMAX • Disney Digital 3-D
2010
Cinéma
2010
Cinéma
017
Waking Sleeping Beauty
Caméo • Documentaire
2010
Cinéma
2010
Cinéma
018
Frankenweenie
Réalisateur / Scénariste • Animation Image par Image • Disney Digital 3-D
2012
Cinéma
2012
Cinéma
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