Gaston
Date de création :
Le 22 novembre 1991
Nom Original :
Gaston
Créateur(s) :
Andreas Deja
John Haidar
Ron Husband
David Burgess
Alexander Kupershmidt
Tim Allen
Apparition :
Cinéma
Télévision
Parcs
Jeux Vidéo
Comédie musicale
Voix Originale(s) :
Richard White
Voix Française(s) :
François Le Roux (1991)
Boris Rehlinger (Disney's Tous en Boîte - 2001)
Interprète(s) :
Sage Brocklebanl (Once Upon a Time - Il Était une Fois - 2011)
Donny Osmond (Beauty and the Beast - The Musical)
Alexis Loison (La Belle et la Bête à Mogador)

Le portrait

rédigé par
Publié le 06 avril 2015

La décennie 1990 reste sans conteste l'une des plus réussies pour le département animation des studios Disney, avec des films ambitieux, des histoires remarquables et des personnages marquants. Et les méchants y sont en partie pour quelque chose. Alors que le tiède Percival McLeach ouvre la période, Gaston introduit une nouvelle génération d'antagonistes tous plus réussis les uns que les autres, de Jafar à Clayton, en passant par Scar, Ratcliffe, Frollo, Hadès et Shan-Yu. Bellâtre à la cervelle de moineau, il est l'ennemi des deux héros de La Belle et la Bête, le classique de 1991.

Un coup de feu dans le ciel. Une volée de canards qui se disperse. Un volatile qui tombe raide mort. Un tromblon encore fumant. Gaston fait une entrée fracassante dans La Belle et la Bête. Alors que l'héroïne, Belle, véritable curiosité pour le village tranquille dans lequel elle vit, chante son amour de l'évasion et du rêve, elle ne se rend pas compte que son charme vient de renverser le cœur du traqueur de retour d'une chasse, bien décidé à lui déclarer sa flamme. Et le beau gosse est sûr de lui. Il est beau. Les femmes se le disputent. Rien, pense-t-il, ne peut empêcher son alliance avec celle qu'il estime être « la plus belle fille du village ». Il entreprend alors de la suivre sur le chemin de la maison afin de lui mettre le grappin dessus. Prouvant son inculture et moquant son père, Gaston ne parvient cependant qu'à s'attirer les foudres de Belle. Première occasion de conclure manquée !

Mais le garçon n'est pas décidé à abandonner. Dès le lendemain, il revient à la charge. Et cette fois, il a sorti le grand jeu. Banderolles, banquet, orchestre, prêtre ! Il s'apprête à demander Belle en mariage. Investissant par surprise la demeure de la jeune fille, seule après le départ de son père pour la foire, il lui présente sa vision de l'avenir. Gaston s'imagine déjà marié avec Belle, femme au foyer dévouée, mère d'une tripotée de garçons. Otant ses chaussures, le fumé de ses pieds embaumant toute la maisonnée, il rêve de ces retours de chasse, dans ce chalet niché au cœur des arbres et des massages prodigués par son épouse. Le rêve ! Mais alors qu'il tente de coincer Belle contre la porte, il se retrouve dehors de la maison plus vite qu'il ne le pense. Un tour de poignée, et Gaston est déséquilibré, expulsé de la demeure et précipité dans la mare boueuse des cochons. Deuxième occasion manquée !

Rejeté et humilié, Gaston rumine sa colère dans sa taverne. Ne comprenant pas pour quelles raisons Belle se refuse encore à lui, alors même que tout le monde l'adore et que toutes les jeunes filles du village rêveraient de l'épouser, il désespère. Pourquoi la demoiselle refuse-t-elle de céder aux avances de celui qui, au cours d'un numéro musical, se présente comme étant juste parfait ? Et comment la faire succomber ? La réponse arrive de manière inopinée. Maurice, le père de Belle, investit les lieux. Pris de panique, il espère trouver de l'aide pour délivrer sa fille, prisonnière de la Bête. Passant pour un fou aux yeux de tous, le vieillard est chassé de la taverne. Mais sa venue donne des idées à Gaston. Et si le vieux père était la clé pour faire fléchir Belle ? L'idée fait son chemin dans l'esprit si vide du méchant qui entrevoit déjà de faire pression sur l'héroïne pour qu'elle cède à ses avances.

Gaston fait alors preuve d'une intelligence sournoise. Convoquant Monsieur D'Arque, le directeur de l'asile, il entend bien, un peu de corruption aidant, faire interner Maurice. Lorsque Belle cherchera à libérer son père, le méchant intercèdera en sa faveur. Devenu le héros du jour, il imagine que la jeune femme, reconnaissante, tombera dans ses bras. Et quand bien même cela le fonctionnerait pas, un chantage serait possible. La libération de Maurice contre un mariage. Le plan parfait. Enfin presque. Une fois encore, Gaston, sûr de son coup, n'a pas toutes les cartes en main. Non seulement Belle ne succombe pas, mais son aversion pour lui atteint son apogée. De plus, elle parvient à prouver au village que les allégations de Maurice sont avérées et que la Bête existe. Belle, de retour du château, vient de rendre l'internement nul et non avenu. Le plan de Gaston est une fois encore réduit à néants. Qu'à cela ne tienne. Le chasseur, à bout de patience, ira tuer celui qu'il découvre être, au final, son rival. Belle est amoureuse de la Bête que Gaston entend donc terrasser. La fin justifie les moyens et le bellâtre se met à haranguer la populace, terrifiant femmes et enfants et convaincant les hommes du bien fondé de cette chasse. Fou de rage, le jeune homme, crétin bodybuildé, devient un meurtrier en action.

Miroir magique en main, Gaston et les villageois se rendent, sous une pluie battante, vers le château, afin de déloger la Bête, de la tuer et de ramener sa tête. Une fois les portes enfoncées, les objets enchantés mènent la lutte contre les intrus. Profitant du tumulte, Gaston se glisse dans la demeure à la recherche de son némésis. Il parvient jusqu'à l'aile ouest et la chambre de la Bête, reclue après le départ de Belle. Armé de son arc, le méchant blesse son ennemi et le précipite à travers la fenêtre. La lutte commence sur les toits du château entre le chasseur et sa proie, rongée de désespoir et prête à mourir. Mais les forces se rééquilibrent lorsque la Bête, retrouvant enfin Belle, reprend le dessus, renonçant cependant à balancer Gaston dans le vide. Mais la clémence du monstre n'empêche pas Gaston de le poignarder à mort. Le traqueur provoque finalement sa propre perte lorsque, déséquilibré par la Bête rugissant de douleur, il est précipité du haut de la tour.

Dans La Belle et la Bête, Gaston est donc un beau jeune homme, bien fait, musclé, aimé des demoiselles et adulé par la population. Propriétaire d'une taverne dans laquelle chacun peut venir boire une bière et contempler ses trophées ainsi que son gigantesque portrait, sa popularité lui permet de régner sur le village. Pourtant, à l'origine du projet, le méchant était bien différent. Dans la première mouture du scénario, écrite à la fin des années 1980, Gaston n'est pas ce chasseur beau gosse que tout le monde adore. Au début de la production, il porte les habits d'un aristocrate français, vêtu richement, poudré et perruqué. Choisi comme prétendant de Belle par la perfide tante Marguerite, qui cherche à se venger de Maurice, commerçant disparu en mer, il se distingue par des manières polies et courtoises. Grand, svelte, distingué, il se rend finalement au château afin de tuer la Bête. Tirant sur le monstre avec son tromblon, le chasseur est assommé par Belle. Tombant du haut d'un piton rocheux, une jambe cassée, il est alors dévoré par les loups.

Mais l'histoire ne fonctionne pas. Jeffrey Katzenberg, nouveau chef du département animation, n'est pas convaincu par le travail fourni par les artistes installés à Londres, dans les studios de Richard Williams. Le film est confié à un nouveau duo de réalisateurs, Kirk Wise et Gary Trousdale, tandis qu'une scénariste, Linda Woolverton, est associée au projet. L'histoire est réécrite. La tante Marguerite disparaît. Les objets enchantés, eux, sont inclus dans le script. La relation entre Belle et la Bête est approfondie. Et le méchant, Gaston, change du tout au tout. De jeune homme élégant, il devient un chasseur musclé, le héros du village, très proche du personnage de Brom Bones dans La Légende de la Vallée Endormie. D'aristocrate, il devient un chasseur rustre. De protagoniste poli et distingué, il devient un crétin aux manières outrancières. Sa mort est elle aussi changée, sa chute du haut des toits du château la rendant invisible.

Dans la version finale du script, Gaston est donc un charmant jeune homme, athlétique et musclé. Visage carré, nez cassé, beaux yeux bleus, cheveux noirs corbeau attachés, il a tout du Don Juan auquel chacun succombe. Son costume contribue à le mettre en valeur, sa chemise de chasseur entrouverte laissant voir son torse, son pantalon moulant les muscles de ses jambes, ses bottes accroissant sa stature. Conçu comme le parfait opposé de la Bête, Gaston est beau et fort. Mais il y a un fruit dans le ver. Car si Gaston est charmant, il est aussi bourré de défauts. Mélange de vantardise, de machisme, de vulgarité, de stupidité, de colère, Gaston a le cœur noir.

Tout d'abord, Gaston est beau et il le sait. Complètement narcissique, il ne perd jamais une occasion de regarder son reflet dans un miroir ou un plat en argent. Arrogant, il est persuadé que toutes les filles peuvent lui tomber dans les bras, y compris Belle, qu'il prévoit d'épouser avant même d'avoir fait sa demande. En cela, il est complètement stupide et méprisant vis-à-vis de la gente féminine. Car Gaston est un crétin sans cervelle, incapable de réfléchir à long terme. Dès le début du film, sa rencontre avec Belle donne le ton. Traité d' « analphabète, basique et primaire » par la jeune fille, le beau-gosse, complètement idiot, la remercie du compliment ! Tournant le livre de l'héroïne dans tous les sens, il s'offusque qu'il n'y ait pas d'image. Balançant l'ouvrage dans la boue, lire lui semble bien superflu.  Pendant son numéro musical, il est tout autant circonspect devant un plateau d'échec qu'il envoie rapidement valdinguer dans la pièce. Gaston se surprend même à réfléchir après que Maurice, venu demander de l'aide dans la taverne, lui ait donné l'idée du chantage pour convaincre Belle de l'épouser.

Mais Gaston n'est pas que stupide. Il est aussi un goujat sexiste, égoïste et rustre, finalement assez proche des hommes du XVIIIe siècle durant lequel l'histoire prend place. Rempli de préjugés sur les femmes, il estime qu'elles ne sont pas faites pour lire et que dès qu'elles « ont des idées dans la tête, c'est l'horreur ». Pour lui, une bonne femme est une mère au foyer, une faiseuse d'enfants, chargée de bien accueillir son mari de retour de la chasse en lui massant les pieds. Pensant les demoiselles stupides, il  imagine que la simple vue de ses trophées peut les faire fondre. Il faut dire que cela fonctionne bien avec les trois bimbos du village, qui craquent littéralement sur lui. Mais c'est sans compter sur Belle, jeune femme indépendante et libre, qui refuse de se prêter à ce genre de mascarade, pour le plus grand malheur de Gaston, qui ne comprend pas comment elle peut résister au plus beau gosse de la région, pourvu d'un corps d'Apollon et de plomb dans la tête !

Bêtise et jalousie ne font pas bon ménage. Et Gaston nourrit les deux. Ne parvenant pas à ses fins, le jeune idiot devient un stratège dangereux, capable d'éclair de génie. Convoquant Monsieur d'Arque dans sa taverne, dans une scène qui rappelle la rencontre entre Grand Coquin, Gédéon et le Cocher dans Pinocchio, il échafaude son plan. Après l'usage, en vain, de son charme, Gaston usera de ses talents de manipulateur et de maitre-chanteur. Et lorsque ce plan ne fonctionne pas, celui qui savourait déjà sa victoire en voyant Maurice être embarqué, devient un fou-furieux. Accusé d'être un monstre par Belle, Gaston perd tout self-contrôle. Parti dans une colère sans nom, il quitte le village avec les hommes afin de tuer son rival. Sa folie meurtrière, comme c'est souvent le cas chez Disney, lui fait perdre ses moyens. Se pensant supérieur au monstre, il use d'une rare violence. Lâche, il provoque sa perte en tentant d'assassiner la Bête qui pourtant, quelques secondes plus tôt, avait fait preuve de pitié à son égard.

Pour mener à bien ses desseins, Gaston n'est pas seul. Il peut compter sur l'aide de son compagne, LeFou, tout aussi stupide que lui. Et dans ce duo, c'est bien Gaston qui commande. Car si LeFou est un soutien précieux, il sert aussi de bouc-émissaire. Exact opposé du méchant, le petit bonhomme, laid et grassouillet, est régulièrement insulté et battu, un bon point dans la figure servant souvent à faire taire celui qui, bêtement, a tendance à beaucoup la ramener. Gaston peut aussi compter sur le village tout entier, qui le considère comme un véritable héros. Les femmes sont sous son charme, notamment les trois bimbettes qui lui font les yeux doux. Et dans la taverne, tout le monde voit en Gaston la vedette locale. Les hommes sont sous son contrôle et lorsqu'il s'agit d'aller traquer la Bête, tous acceptent de l'accompagner. Bête à manger du foin, Gaston est pourtant capable de soulever cette populace finalement aussi simplette que lui et à côté de laquelle Belle et Maurice paraissent si différents.

   

La supervision de Gaston incombe à un poids lourd des studios Disney, Andreas Deja. L'artiste a déjà à son actif les personnages de Taram, de la Reine Mousetoria, de Roger Rabbit et du Roi Triton, et se prépare dans les années suivantes à animer Jafar, Scar, Hercule, Lilo, Mama Odie ou encore Tigrou. L'apparence du méchant a considérablement changé durant la production, le changement d'histoire ayant largement contribué à sa transformation. Car Gaston est passé par toutes les formes et toutes les tailles. Gentleman poudré et perruqué du XVIIIe siècle, caricature d'aristocrate, beau blond, il devient finalement le gros balaise aux cheveux noirs, assez proche de Brom Bones, et dont la petite moustache taillée disparaît en cours de réalisation.

Andreas Deja
Richard White
François Le Roux

Dans la version originale, le méchant est interprété par Richard White. Acteur choisi pour ses talents de chanteur d'opéra, il est apparu dans plusieurs spectacles dont Jekyll and Hyde, monté à Broadway, ou encore Show Boat, The Merry Widow, Oklahoma !, ou encore A Christmas Carol, où il endosse le costume de Scrooge. En France, Gaston est doublé par François Le Roux, également chanteur d'opéra.

Disney's Tous en Boîte
Sing Me a Story with Belle
Once Upon a Time
Il Était une Fois

La carrière de Gaston se poursuit après La Belle et la Bête. Le personnage apparaît tout d'abord régulièrement dans la série Disney's Tous en Boîte, ainsi que dans Mickey, le Club des Méchants. Il est également au générique de la série Sing Me a Story with Belle, dans laquelle il tente toujours d'épouser Belle, devenue libraire. Dans Once Upon a Time - Il Était une Fois, il est interprété par Sage Brocklebank.

 

Gaston devient par ailleurs un personnage de bande dessinée. Il apparaît dans l'adaptation du classique animé, ainsi que dans d'autres publications Marvel. Il est également le méchant des adaptations du film en jeux vidéos, et apparaît furtivement dans Disney INFINITY et Epic Mickey : Power of Illusion, où la sorcière Mizrabel revêt son apparence.

   

Enfin, Gaston apparaît en cher et en os dans l'adaptation de La Belle et la Bête en comédie musicale. A Broadway, il est interprété par Donny Osmond. En France, sur la scène de Mogador, Alexis Loison endosse son costume. Gaston apparaît également dans les parcs Disney du monde entier, notamment dans les spectacles Beauty and the Beast : Live ! à Walt Disney World, Mickey's Not So Scary Halloween Party, ou encore La Cour de Maléfique à Disneyland Paris. Le méchant possède en outre son propre restaurant, Gaston's Tavern, dans la nouvelle extension de Fantasyland, au Magic Kingdom.

Personnage complexe s'il en est, Gaston fait partie des plus beaux méchants de Disney. Garçon beau et charmeur au début du film, il devient une brute sanguinaire, capable de tuer par pure jalousie. Une pure réussite.