Percy
Date de création :
Le 23 juin 1995
Nom Original :
Percy
Créateur(s) :
Chris Buck
Eric Goldberg
Broose Johnson
Larry White
Apparition :
Cinéma
Vidéo
Voix Originale(s) :
Danny Mann
Voix Française(s) :
Danny Mann

Le portrait

rédigé par
Publié le 28 décembre 2015

Il est rare que les grands méchants n’aient pas à leurs côtés quelques sbires animaliers et autres bêtes de compagnie. Les corbeaux, les alligators, les chiens féroces et autres perroquets peuplent ainsi la galaxie Disney aux côtés des femmes et des hommes les plus cruels. Certains sont de simples faire-valoir plus ou moins compétents ; plusieurs des gadgets utilisés par les scénaristes pour apporter une dose de comédie et d’autres de véritables atouts pour faire évoluer l’histoire. Percy, le petit carlin du gouverneur John Ratcliffe, est un savant mélange de ces trois aspects qui lui permet d’être, avec le raton-laveur Meiko, l’une des clés de Pocahontas, une Légende Indienne.

Chien sophistiqué mais irascible dans l’œuvre de Disney, Percy s’inspire d’un personnage réel. Pas un animal, bien entendu ! Son nom est en effet emprunté à un certain George Percy. Né en Angleterre en 1580, Percy est duc de Northumberland lorsqu’il entame des études à l’université d’Oxford, avant de participer aux révoltes anti-espagnoles des Provinces-Unies au tournant des XVIe et XVIIe siècles. En décembre 1606, il s’embarque pour le Nouveau Monde et arrive en Virginie aux côtés d’hommes comme John Ratcliffe, Gabriel Archer, Edward Wingfield et John Smith. Rencontrant les indiens de la tribu Powhatan, il collabore à l’expédition le long de la James River. Nommé gouverneur de la colonie en septembre 1609 au moment du départ de Smith, il entreprend la construction du Fort Algernon mais ne peut accomplir, faute d’une santé solide, son devoir et laisse sa place à Ratcliffe, Archer et John Martin. En juin 1610, il est nommé capitaine du Fort de Jamestown et avec ses hommes, part massacrer les indiens Paspahegh et Chickahomy. De nouveau gouverneur après le départ de Thomas West, il quitte l’Amérique le 22 avril 1612. De retour en Angleterre, il prépare une expédition vers la Guyane mais ne trouve aucun soutien. Il s’engage alors de nouveau dans la guerre entre Espagnols et Hollandais dans les Provinces-Unies. Il meurt en 1632.

Chez Disney, la leçon d’Histoire tourne court. Percy n’est ni gouverneur, ni capitaine, ni militaire, ni pionnier. Ces rôles sont déjà tenus par John Smith et John Ratcliffe. Inutile dès lors de peupler le Susan Constant d’autres figures historiques. De l’explorateur britannique, les scénaristes ne conservent que le nom qu’ils offrent au petit chien du gouverneur ! Et pas n’importe quel chien. Percy est un petit carlin aussi précieux et dédaigneux que son maître. Il entre dans l’histoire en même temps que Ratcliffe. Coiffé du même genre de chapeau et de cape que Ratcliffe, assis sur son coussin, il embarque à bord du Susan Constant en saluant la foule. Pendant la traversée tempétueuse, alors que le jeune Thomas vient d’être sauvé par John Smith, le chef de l’expédition tente de remonter le moral à ses troupes. Dans sa main gauche, le petit chien est assis. Lorsque Ratcliffe donne ses recommandations, Percy aboie comme s’il approuvait les encouragements de son maître. Détourné de ses hommes, le gouverneur avoue que son moralisateur n’est là que pour motiver ces « simples d’esprits » qui auront seuls la tache de déterrer son or. Riant à pleines dents, le chien approuve une fois encore les dires de son maître.

Alors que le navire arrive dans les eaux du Nouveau Monde, Percy est aux petits soins. Préparé par Wiggins, le domestique précieux de Ratcliffe, le chien est brossé et parfumé. Assis sur un coussin violet à pompons, l’animal ne manque de rien. L’assiette à ses côtés semble lui être réservée. Au menu, un jambon entier, du caviar et une fraise enrobée de chocolat, le tout orné d’une rose rouge dans son vase. Royal ! Mais la toilette et le festin sont interrompus par John Smith qui caresse la tête du carlin, énervé d’être « décoiffé » par ce rustre ! Ecoutant les recommandations de Ratcliffe, le chien est effleuré une nouvelle fois par le capitaine. Montrant les crocs, il manifeste à quel point il déteste cet homme. Quelques minutes plus tard, Percy se détend dans sa baignoire dorée à l’or fin. Bonnet bleu sur la tête, il savoure son bain moussant en grignotant des cerises. Mais cette oisiveté est brutalement interrompue lorsque Meiko tombe dans l’eau. Le chien, éclaboussé, est en rage. Cerise sur le gâteau (jeu de mot !), le raton-laveur dévore le saladier de fruits. Lancé à sa poursuite, Percy termine sa course la tête dans la boue !

Alors que Smith et Pocahontas tentent de ramener la paix entre leurs deux peuples, que les colons creusent jour et nuit et que Ratcliffe désespère de trouver son or, la vie de Percy suit son petit bonhomme de chemin. Celui qui refuse de manger la cuisse de poulet en partie mangée par son maître s’amuse avec son petit manège à biscuits. Au son d’une petite mélodie, il met en marche le jouet et mange les gâteaux qui arrivent un par un devant sa gueule. Mais une nouvelle fois, ce petit moment de grâce est ruiné par Meiko. Percy repart à la chasse, se lançant à l’aveugle dans la forêt inconnue. Il se perd rapidement et termine la tête coincée dans un tronc. Hurlant à la mort, il est loin, désormais, le temps de sa vie de pacha. Le petit chien esseulé parvient à retrouver John Smith, Pocahontas et Meiko au pied de Grand-Mère Feuillage. Cherchant à se venger du raton-laveur, il est arrêté net par l’arbre refusant cette effusion de violence. Les évènements tournent bientôt à la catastrophe. Kocoum est tué. Smith est capturé. La guerre est imminente. Percy ne trouve du réconfort qu’auprès de Meiko et Flit, ses anciens ennemis.

Réconcilié avec cette nature sauvage et ses habitants, Percy abandonne finalement sa vie luxueuse. Alors que le Susan Constant repart en Angleterre avec à son bord le capitaine Smith, sévèrement blessé, et le gouverneur Ratcliffe, neutralisé, il accepte, en effet, de rester en Amérique aux côtés de ses nouveaux amis. Coiffé d’une plume, il a même offert sa fraise à grelot à Meiko. Les deux animaux font désormais équipe. Ensemble, ils ont réparé le collier de Pocahontas, détruit au moment de la mort de Kocoum. Caressé par John Smith, le petit chien accepte alors sans broncher ce petit geste de douceur...

Percy est l’un des personnages les plus complexes de Pocahontas, une Légende Indienne. Car si pour certains, il ne s’agit que d’un faire-valoir comique uniquement là pour apporter un peu de rires à une intrigue dramatique, son rôle est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Bien entendu, la dimension comique est évidente. Les animaux du film, au premier rang desquels Percy et Meiko, sont indéniablement la caution amusante d’une histoire dépourvue de toute forme de comédie. Le carlin est caricatural à souhait et chacun de ses faits et gestes est l’occasion d’esquisser un sourire. Mais Percy est plus que cela.

Le chien est en premier lieu le miroir parfait de Ratcliffe. Toujours aux côtés de son maître, l’animal, qui tient dans sa main, partage avec lui les mêmes défauts. Le chien, autoritaire, souligne les ordres du gouverneur en aboyant. Comme Ratcliffe, Percy adore en outre le luxe à outrance. Assis sur son confortable coussin, il vit comme un roi alors même que les colons ne mangent que des gâteaux moisis et se tuent à la tâche. La tête haute, le regard dédaigneux, Percy déteste comme Ratcliffe cet équipage fait d’hommes rustres et faciles à manipuler. Surtout, il hait John Smith.

Mais la rencontre avec Meiko change la donne. Car si le raton-laveur fait perdre à plusieurs reprises son sang-froid au chien, il lui permet de prendre conscience de la situation. Percy et Meiko sont en effet les parfaits représentants de la guerre couvant entre les Anglais et les Indiens. En cela, ils sont des personnages plus complexes qu’ils n’y paraissent. Ils symbolisent à leur niveau ce choc des cultures et cette violence qui s’accroit de jour en jour. Mais contrairement aux humains, prêts à s’entretuer, les deux animaux parviennent à s’entendre au moment le plus tragique de l’histoire. En se liant d’amitié avec Meiko et en acceptant d’abandonner le luxe d’antan, Percy fait un pas vers la paix que les hommes ne semblent pas prêts à faire. Ils font preuve de l'humanisme dont les hommes se conduisant comme des bêtes semblent dépourvus. 

L’animation de Percy est supervisée par Chris Buck, également en charge des personnages de Grand-Mère Feuillage et Wiggins. Elève de CalArts, l’artiste entre chez Disney en 1978 et participe à la production de Rox et Rouky, La Petite Sirène, Bernard et Bianca au Pays des Kangourous, La Ferme se Rebelle. Nommé réalisateur, il met en scène Tarzan aux côtés de Kevin Lima, Les Rois de la Glisse avec Ash Brannon, et surtout La Reine des Neiges qui lui vaut de remporter, avec Jennifer Lee, l’Oscar du Meilleur film d’animation. Buck s’est en partie inspiré des recherches graphiques de Mike Gabriel, le réalisateur du film, et de Joe Grant, pionnier engagé par Disney dès les années 1930, dont le nom est au générique de chefs-d’œuvre comme Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Fantasia, Dumbo, Alice au Pays des Merveilles, La Belle et le Clochard, La Belle et la Bête, Le Roi Lion, Le Bossu de Notre-Dame, Mulan et Fantasia 2000. L’animateur s’est également servi de vidéos montrant de vrais carlin afin d’étudier les mouvements du petit chien. L’idée était, en effet, de donner au personnage le caractère d’un vrai petit chien et de ne pas caricaturer ses mouvements. Pour renforcer le côté comique de l’animal, Mike Gabriel lui a notamment ajouté un petit collier avec trois grelots ainsi qu’un gros nœud bleu. Pour simplifier l’animation, une fraise bleue et un grelot sont conservés.

Chris Buck
Joe Grant
Mike Gabriel
Danny Mann

Dans les premières moutures du scénario, Percy est censé parler. L’idée est finalement abandonnée lorsque les réalisateurs décident de supprimer les lignes de dialogue des animaux du film, désormais tous muets. Les aboiements et autres grognements sont interprétés par Danny Mann, acteur ayant déjà participé aux doublages des (Les) Jetson, de Super Baloo, de Mystermask, d’Aladdin, de Kuzco l’Empereur Mégalo et Monstres & Cie, et qui a prêté sa voix à Hector dans Les Entrechats, à Mozo dans Poucelina ou à Gorgious dans Les Zinzins de l’Espace.

Percy revient dans la suite de Pocahontas, une Légende Indienne, Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau. Le public le retrouve aux côtés de la princesse indienne. Désormais intégré à la tribu des Powhatans, il s’embarque clandestinement avec Meiko et Flit à bord du navire qui emporte l’héroïne à Londres. Là, le carlin retrouve son ancien maître, le gouverneur Ratcliffe, revenu en grâce à la cour du roi. Désormais mineur, le rôle du chien est insignifiant, uniquement cantonné à la comédie, sans aucun lien avec l’intrigue principale.

Percy est un beau personnage. Méchant repenti, il sert en effet parfaitement l’intrigue en insufflant une bonne dose de comédie au drame et en reflétant, aux côtés de Meiko, le conflit opposant Européens et Indiens.