John Ratcliffe
Date de création :
Le 23 juin 1995
Nom Original :
John Ratcliffe
Créateur(s) :
Duncan Marjoribanks
Doug Frankel
Mark Koetsier
Richard Hoppe
Eric Pigors
Apparition :
Cinéma
Vidéo
Télévision
Jeux Vidéo
Parcs
Voix Originale(s) :
David Ogden Stiers
Voix Française(s) :
Raymond Gérôme (voix parlée)
Patrick Rocca (voix chantée)

Le portrait

rédigé par
Publié le 02 février 2015

Souvent, les studios Disney ont adapté sur grand écran l'histoire des Etats-Unis. Walt lui-même s'est livré, durant toute sa carrière, à mettre en lumière les grands moments fondateurs du pays, de la Guerre d'indépendance (Johnny Tremain) à la conquête de l'espace (À la Conquête de l'Espace), en passant par la Guerre de Sécession (L'Infernale Poursuite), la guerre contre le Mexique (Davy Crockett), ou encore la ruée vers l'or (Sur la Piste de l'Oregon). En 1995, avec Pocahontas, une Légende Indienne, c'est la branche animation des studios qui s'empare de l'histoire américaine en portant à l'écran la découverte de l'Amérique du Nord par les Anglais et leur premier contact avec les peuples indiens de la région. Basée sur l'histoire de Pocahontas, la fille du chef Powhatan, les scénaristes dénaturent cependant la légende en mettant en scène un méchant lui-aussi inspiré d'un personnage réel, le gouverneur John Ratcliffe, qu'ils souhaitent à la hauteur des enjeux soulevés par le film.

Né en 1549 dans le Lancashire, John Ratcliffe débute sa carrière comme simple marin au sein de la marine britannique. En décembre 1606, devenu capitaine, il commande le Discovery, le plus petit des trois navires partis de Londres pour prendre la route de la Virginie, découverte par Sir Walter Raleigh en 1584. Il s'agit alors pour l'ensemble de cette flotte, dirigée par Christopher Newport et également constituée du Susan Constant et du Godspeed, de coloniser ce Nouveau Monde. A la tête d'un équipage de seulement 21 hommes, Ratcliffe est donc l'un des premiers Anglais à fouler le sol américain. Le 10 septembre 1607, John Smith et lui complotent contre le gouverneur en place, Edward Maria Wingfield, déposé après avoir été accusé de cacher de la nourriture à ses hommes affamés et d'être incapable de gérer les attaques des populations locales. Ratcliffe devient alors le nouveau président de la colonie dans laquelle seuls 40 colons sont encore en vie. Prévoyant dès janvier 1608 de rentrer en Angleterre à bord du Discovery, l'homme tente d'établir des relations solides avec les populations locales. Initialement réputé pour sa sagesse, il perd cependant lui-aussi la confiance de ses hommes, réquisitionnés pour lui construire une demeure et irrités par sa manière de négocier avec les autochtones. A peine un an après sa nomination, John Ratcliffe perd donc son commandement en juillet 1608, deux mois avant la fin de son mandat. Remplacé par Matthew Scrivener puis par George Percy, Ratcliffe devient le capitaine du Diamond, l'un des navires de la flotte de Sir Thomas Gates, cinquième gouverneur de Virginie. En décembre 1609, il entre en contact avec la tribu des Powhatans, mais piégé par les autochtones, il disparaît dans d'atroces souffrances, attaché à un pieu porté au feu, la peau du visage arraché par des indiennes...

 

Lorsque les scénaristes de Disney s'emparent de l'histoire de Pocahontas, ils reprennent un à un les personnages réels qui y sont liés. La jeune fille indienne, évidemment, tient le premier rôle. Côté anglais, Christopher Newport, George Percy (dont le nom est cependant donné au chien Percy) et Thomas Gates sont éliminés au profit de John Smith, qui endosse le costume du héros flamboyant amouraché avec la princesse autochtone, et de John Ratcliffe à qui incombe le rôle du grand méchant. Réputé pour être un homme de paix cherchant à établir des liens commerciaux avec les indiens de la tribu Powhatan, le Ratcliffe de la réalité devient alors injustement le principal antagoniste, un gros bonhomme rustre et raciste, bien décidé à exterminer les indiens qu'il considère comme des barbares.

Le John Ratcliffe de Disney fait partie de la longue liste des méchants associés à quelques compagnons. Ici, le gouverneur traverse l'océan avec son chien acariâtre Percy, alter-égo canin du méchant qui partage le même mépris pour le petit peuple et les indiens et qui profite de privilèges outranciers auxquels il tient particulièrement. Ratcliffe est également suivi par son fidèle valet Wiggins, son exact opposé. Car si le gouverneur est imposant, le domestique est un gringalet qui, contrairement à son maître, voit cette aventure avec optimisme et enthousiasme. Jamais à l'abri d'une petite blague, il attire malgré lui l'attention de Ratcliffe sur les indiens au moment où celui-ci désespère de trouver son or.

Ratcliffe fait également partie de ces méchants dépourvus de pouvoirs magiques, dont la seule motivation est cette soif de richesses, à l'image de Stromboli, d'Edgar, de Madame Médusa, de Clayton ou encore d'Alameda Slim. A la tête d'un unique navire, le Susan Constant, et non de trois, le Discovery et le Godspeed passant à la trappe, Ratcliffe part avec l'idée que ce Nouveau Monde qui regorge d'or n'attend que lui. Son unique but est clairement de mettre la main sur des montagnes d'or censées égaler les trésors découverts par les Espagnols depuis leur découverte de l'Amérique. Missionné par le Roi Jacques 1er pour fonder la colonie de Jamestown, les ambitions du gouverneur dépassent cependant de loin cette seule quête. Car Ratcliffe compte bien profiter de la situation pour asseoir encore davantage son pouvoir. S'imaginant déjà de retour à la cour de Londres, couvert d'or et adulé par toutes et tous, il va jusqu'à rêver de prendre la place du souverain et de porter à son tour « le sceptre et l'hermine » ! Pour lui, rien ne pourra jamais anéantir ses espoirs : il n'y aura qu'à se baisser pour ramasser l'or. Ou plutôt ses hommes n'auront qu'à creuser pour trouver l'or. Le plan parfait... Ou presque.

Car contrairement au Brésil, au Mexique ou même à la Floride, la Virginie est une terre hostile, dont les forêts et les sols ne regorgent d'aucune richesse. Malgré toute la bonne volonté des colons, qui creusent, encore et encore, et dévastent au passage la région, rien de ce qui sort du sol ne brille sous le soleil. La colonie nouvellement établie ne dispose d'aucune ressource métallique. Il n'y a pas d'or... Pourtant, la motivation est grande lorsque le Susan Constant accoste sur les plages du Nouveau Monde. La traversée, éprouvante, est terminée. L'endroit semble idéal, Ratcliffe se félicitant déjà d'avoir choisi un endroit sans aucun sauvage. Surtout, les cartes mentionnent des tas de pièces d'or et de joyaux. Et quelques pierreries incrustées sur son épée et un numéro musical grandiloquent parviennent à convaincre rapidement les plus récalcitrants qu'il ne suffit que de creuser et de se pencher pour ramasser l'or. La déception est alors aussi profonde que l'enthousiasme était grand.

Mais pour John Ratcliffe, impossible de rentrer à Londres sans argent. Car sa compagnie a bien été affrétée par le Roi pour ramener de l'or et rivaliser avec les autres puissances européennes. Et le méchant joue ici son va-tout. Peu populaire à Londres, décrié, moqué et critiqué par ceux qu'il considère comme ces « vipères de la cour », il ne peut se permettre de rentrer bredouille. Sa réputation, déjà incroyablement mauvaise, en souffrirait. Ratcliffe passe déjà pour un arriviste et un parvenu. Sa disgrâce serait forcément au rendez-vous en cas d'échec. Ses rêves de célébrité et de puissance, lui qui s'estime si mal-aimé, s'envoleraient à jamais. L'or n'est pas là, c'est un problème. Et les indiens sont des boucs-émissaires tout désignés.

Car John Ratcliffe, cupide et vaniteux, est également raciste. Et il est bien décidé à recevoir les indiens « à l'anglaise ». Pour lui, les indigènes ne sont que des « moins que riens », des « sauvages ». Et convaincu que l'or existe bel et bien, il se met en tête que ce sont les indiens qui l'ont récupéré. Qu'à cela ne tienne. La fin justifiant les moyens, la tribu des Powhatans mourra. Ratcliffe les déteste d'autant plus que le premier contact a été conflictuel. Encourageant mollement ses hommes à creuser, celui qui déguste outrageusement une cuisse de poulet devant eux se laisse surprendre par les Indiens. Pris par surprise, il sonne immédiatement le branle-bas de combat, ordonnant à chacun de s'armer d'un fusil. Lui-même tire alors sur les guetteurs indiens, parvenant à en toucher un gravement. Méfiant, les autochtones deviennent immanquablement des ennemis. De visiteurs inconnus, les colons deviennent des meurtriers. La guerre est imminente. Et contrairement à la réalité historique, John Ratcliffe a tout fait pour la précipiter.

En cela, John Ratcliffe s'oppose parfaitement au caractère de John Smith. Absent lors de la première confrontation entre les visages pales et les peaux rouges, Smith a déjà compris qu'il fallait entrer pacifiquement en contact avec les indiens. Emprunt néanmoins de préjugés racistes, il se laisse convaincre par la belle Pocahontas que son peuple n'est pas si sauvage qu'il l'entend bien, et que la nature mérite d'être observée, comprise, préservée. John Smith ouvre son cœur à l'inconnu et devient l'allié des indiens et l'amant de l'héroïne. Situation inconcevable pour Ratcliffe qui n'entrevoit jamais l'hypothèse de pactiser avec les populations indigènes. Et quand Smith tente de raisonner le gouverneur, les deux hommes s'affrontent, le premier accusant l'autre d'être un voleur et un menteur, le second accusant le premier de traîtrise et promettant la potence à quiconque rencontrera un indien sans le tuer sur le champ.

John Ratcliffe devient une menace au fur et à mesure qu'il perd pied dans cette affaire. Car la confiance de ses hommes s'effrite dangereusement et l'attitude de Smith, que le méchant déteste dès le départ car il est plus populaire que lui, a tendance à aggraver la situation. Pour Ratcliffe, les indiens sont responsables de son malheur. Pour Ratcliffe, ils ont l'or. Le méchant attend alors patiemment le moment où il pourra user de ses talents d'orateur, de manipulateur, pour embarquer toute sa compagnie dans cette guerre ouverte qu'il n'a jamais tenté d'empêcher, pire, qu'il a toujours cherché à provoquer. Et l'occasion lui est donné par son propre rival, John Smith. Fait prisonnier par les indiens après la mort de Kocoum, il devient ce héros que l'affrontement permettra de délivrer. Tordant la réalité à son propre profit, Ratcliffe tient l'argument capable de galvaniser ses hommes, autrefois si réfractaires, derrière lui. La guerre est en marche. Une guerre raciale contre ceux que le gouverneur, dans un numéro musical d'une violence extrême pour un film de Disney, entend bien faire « crever » !

John Ratcliffe est d'autant plus dangereux à ce moment qu'il estime être dans son bon droit. Celui qui paraît en privé peu sûr de lui, qui souffre du peu d'estime que les autres ont pour lui, ne pense jamais agir à tort. Ses faits et gestes ne sont dictés que par ce qu'il pense être la justice. Il est juste, selon lui, que l'Amérique lui offre une chance de se refaire une réputation à la cour. Il est juste, pour lui, que ses hommes s'échinent au travail « pour le Roi et la patrie ». Il est juste que les indiens, jugés inférieurs, payent le prix de l'arrivée des Anglais. Il est juste que ses hommes prennent les armes pour délivrer leur compagnon John Smith. La guerre est pour lui impossible à éviter. Et pour lui, ce sont les indiens qui l'ont provoquée. Caricaturant sans cesse la réalité, en manipulant ses hommes, notamment le jeune Thomas, John Ratcliffe semble se laver les mains des évènements dès lors qu'il ne s'estime pas, à tort, en être le responsable. Comme Edgar, Gaston ou encore Frollo, il refuse de croire que c'est de sa faute si la situation dérape, alors même que la dévastation de la forêt, la lutte avec les indiens, et même par extension la mort de Kocoum, sont les conséquences directes de ses décisions.

A la fin du film, le patient et flegmatique gouverneur John Ratcliffe, qui s'est toujours retenu notamment devant les provocations de John Smith, devient une brute épaisse, un chasseur, un chef de guerre impitoyable, un tueur. La folie meurtrière le gagne lorsque Pocahontas parvient à convaincre son père, le vénérable Powhatans, de cesser le combat. Face à ses hommes, notamment Thomas, Lon et Ben, qui refusent également de se battre, il perd pied. Arrachant un fusil des mains de l'un de ses soldats, il tire sur le chef indien et blesse malgré lui John Smith qui s'est interposé. Une fois encore, Ratcliffe se dédouane. Ce qui vient de se passer n'est pas de sa faute. Smith n'aurait jamais été blessé s'il ne s'était pas précipité sur Powhatans. Mais les colons ne sont plus dupes. Ratcliffe ne parvient plus à convaincre. Chacun comprend que la situation a dégénéré par sa faute. Le gouverneur est immédiatement mis hors d'état de nuire. Enchaîné, il est embarqué à bord du Susan Constant sans aucun égard afin de rendre compte de ses faits et gestes devant la justice de Londres.

Pocahontas, une Légende Indienne se démarque par un style graphique très particulier, très anguleux, loin des rondeurs habituelles des films de Walt Disney. Et le méchant ne déroge pas à la règle. Le gouverneur Ratcliffe est un énorme bonhomme, obèse, très grand, massif, vêtu d'un costume violet et noir et d'une cape noire qui tranchent avec les décors bleus, verts et turquoises du Nouveau Monde. Les dentelles de ses poignées et de son col, ainsi que son énorme médaille en or, sont les signes ostensibles de sa position sociale. Ce violet et ce pourpre si caractéristique renvoient à la symbolique de la fourberie, de la jalousie et de la noblesse. Lorsque la guerre commence, le costume est recouvert d'une armure entièrement noire. Son visage, hautain, est marqué par un nez imposant, renforcé d'une petite moustache, une barbiche, ainsi qu'une chevelure à l'implantation haute qui se termine par deux queues tenues par un nœud rose.

Animé principalement par Duncan Marjoribanks, l'animateur de Sébastien, de Percival McLeach, d'Abu, de Mrs Calloway et de Big Daddy LeBoeuf, John Ratcliffe a cependant énormément évolué en cours de production. Le costume violet a longtemps été rouge. Et le personnage a changé de nombreuses fois d'apparences. Maigre, gros, grand, petit, il est passé par toutes les formes, l'une des recherches graphiques le représentant même sous les traits de l'acteur Charles Laughton. Souvent représenté bedonnant, Marjoribanks a cependant penché pour un centre de gravité plus haut, en remplaçant le ventre tombant du méchant par un coffre plus haut, plus menaçant. Celui qui a longtemps eu un corps en forme de poire dispose alors d'une large carrure le rendant plus imposant que n'importe quel autre personnage du film.

   

Dans la version originale, John Ratcliffe est interprété par David Ogden Stiers. A l'affiche de films comme L'Enfer Blanc, Un Indien à New York ou encore The Majestic, l'acteur est un habitué des productions Disney. Il prête en effet sa voix à Big Ben, l'Archidiacre de Notre-Dame, Monsieur Harcourt ainsi qu'à Jumba Jookiba. A noter que dans Pocahontas, une Légende Indienne, il double également le personnage de Wiggins, le domestique de Ratcliffe. En Français, le rôle est brillamment tenu par Raymond Gérôme, metteur en scène et comédien de théâtre, acteur de télévision et de cinéma notamment au générique du (Le) Masque de Fer, Le Cerveau, Le Magnifique, La Révolution Française et qui a déjà doublé Rex Harrison et Christopher Lee. Chantant à plusieurs reprises dans le film, Ratcliffe est alors interprété par Patrick Rocca.

Duncan Marjoribanks
David Ogden Stiers
Raymond Gérôme
Patrick Rocca

Comme Aladdin et La Belle et la Bête avant lui, Pocahontas, une Légende Indienne est l'un des premiers classiques de Disney à donner lieu à une suite. Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau débarque alors directement en vidéo en août 1998. Véritable supplice artistique, cette nouvelle aventure marque le retour de l'héroïne, de John Smith, des animaux et de John Ratcliffe. Parvenu à convaincre le roi Jacques 1er que Smith est un traître, le méchant retrouve les bonnes grâces du souverain qui accepte d'armer une flotte de guerre afin de repartir vers le Nouveau Monde. Croisant une nouvelle fois le chemin de Pocahontas, ramenée à Londres par John Rolfe, Ratcliffe tente alors de montrer à toute la cour que l'indienne est une sauvage et que son peuple ne mérite que d'être exterminé. Il perd finalement la confiance de Jacques 1er à la fin du film.

Pocahontas 2 :
Un Monde Nouveau
Disney's Tous en Boîte

John Ratcliffe fait en outre quelques apparitions très ponctuelles. Il est l'un des protagonistes de l'adaptation en jeu vidéo de l'histoire de Pocahontas, une Légende Indienne. A la télévision, il est en outre l'un des personnages secondaires de la série Disney's Tous en Boîte. Enfin, il apparaît dans les parcs Disney, prenant notamment part à quelques spectacles et parades dont Fantasmic!, Sorcerers of the Magic Kingdom et Unleash the Villains

Déformation humiliante de la réalité historique, John Ratcliffe n'en reste par moins un incroyable méchant. Monumental, raciste, dangereux, il dénote dans la galaxie Disney par sa cruauté et surtout pas ses propos d'une violence inégalée jusqu'alors. Une brute épaisse qui sert indéniablement le film, mais dessert de façon outrancière l'histoire...