Maestro Forte
Date de création :
Le 11 novembre 1997
Nom Original :
Maestro Forte
Créateur(s) :
Jason Ryan
Apparition :
Vidéo
Voix Originale(s) :
Tim Curry
Voix Française(s) :
Richard Darbois

Le portrait

rédigé par
Publié le 05 décembre 2014

Au milieu des années 1990, l'appel du tiroir-caisse résonne au sein des studios Disney. Bien décidée à profiter de la renommée de ses films d'animation passés et présents, l'entreprise se lance en effet dans la production de suites sans saveur, souvent de qualité douteuse et lancées directement sur le marché de la vidéo. La Belle et la Bête 2 : Le Noël Enchanté s'inscrit dans cette logique. Suite de La Belle et la Bête, le film présente le premier méchant Disney en images de synthèses, Maestro Forte.

Maestro Forte, comme son titre l'indique, est musicien, organiste pour être précis. Compositeur officiel de la cour, il met en musique les grands moments de la vie du prince, notamment les fêtes. Homme blafard, poudré à outrance et coiffé d'une très longue perruque, l'individu est lugubre et ne semble pas partager les joies des chatelains. Habillé noblement, son costume est strict et ses manches ornées de touches de piano rappellent son talent. Alors qu'un soir de Noël, il interprète sa dernière œuvre, il subit comme les autres domestiques le sortilège jeté par l'enchanteresse sur le prince acariâtre et tous les habitants de son château. Isolé, le bonhomme moribond est logiquement changé en orgue, comme s'il avait fusionné avec son instrument de prédilection.

Devenu un énorme orgue, Forte est désormais installé dans l'aile ouest des lieux, ou plutôt il a été installé là puisqu'au moment du sortilège, il est assis devant son instrument situé dans une partie du château plus majestueuse. Boulonné au mur, il devient un domestique privilégié dès lors qu'il vit au plus près de son maître. La Bête a en effet sa chambre dans la pièce voisine. Forte devient alors son confident, l'ami de celui qui était jadis un prince méprisant et sans considération pour son compositeur. L'orgue a par ailleurs sous les yeux la rose enchantée. Il est donc au final un observateur particulièrement bien placé. Et la malédiction est pour lui une véritable bénédiction. Complètement ignoré auparavant et considéré comme un simple domestique à qui le prince demandait de cesser de jouer, le musicien lugubre est désormais le confident, le meilleur ami de celui qui est devenu une Bête. Alors que sa musique était auparavant rejetée, elle est maintenant expressément demandée pour apaiser son maître et lui faire oublier son triste sort.

Même s'il est enchainé, Forte n'est pas seul. Alors que les domestiques principaux du premier film, Lumière, Big-Ben et Mrs. Samovar, semblent l'ignorer royalement, l'orgue a à ses côtés une flûte nommée Fifre. Espérant participer à la prochaine composition de celui qu'il considère comme son mentor, le petit instrument est aux ordres de Forte qui, pour se faire obéir, lui fait miroiter un solo en si bémol. Crédule, Fifre devient alors les bras et les jambes du méchant tout autant que son espion personnel. Incapable de bouger, l'orgue envoie donc la flûte observer ce qu'il se passe dans les autres pièces du château ainsi qu'à l'extérieur, écoutant avec intérêt les rapports qui lui sont ensuite innocemment livrés. S'il demeure immobile, Forte est donc très bien informé. C'est ainsi grâce à Fifre qu'il apprend que Belle entend bien fêter Noël alors même que la célébration est strictement interdite par la Bête.

D'aucun pourrait penser que Forte est un méchant de pacotille. Comment craindre un instrument énorme, incapable de se mouvoir, attacher au mur, ignoré de tous et dont la main armée est une simple petite flûte ? Pourtant, l'orgue est une menace. Car ses compositions résonnent fort et la puissance de ses notes est capable de produire d'énormes dégâts. Lorsqu'il joue, Forte parvient à faire trembler les murs du château, à émietter les plâtres des plafonds, à exploser les piliers soutenant sa chambre. Et la menace est d'autant plus grande que Forte n'a rien à perdre. Il n'était rien. Il est immobile. Il n'est pas apprécié. Et chacun joue contre lui en essayant de provoquer l'amour entre Belle et la Bête afin de briser le charme. Or, l'enchantement est la seule bonne chose qui lui soit arrivée. Il compose donc sans relâche son prochain opéra qui n'a pour unique but que de faire s'effondrer le château.

Maestro Forte est un mégalomane. Persuadé d'être un génie de la musique, celui qui se considère comme grandiose n'est jamais avare d'un compliment... pour lui-même ! Manipulateur, il déteste les fêtes, les rires, l'amour. Il démontre d'ailleurs dans sa dernière composition à quel point toute romance est synonyme de problèmes. Il s'engage dès lors à faire en sorte que la Bête ne tombe pas sous le charme de Belle. Beau parleur, Forte est capable d'envouter les esprits, d'insinuer sa musique hypnotique, de convaincre chacun avec des propos mielleux et une voix douce. Il parvient ainsi à embobiner la Bête, sa première victime, prête à détruire sa rose et à figer pour toujours la malédiction avant que celle-ci ne se ravise in-extremis. Il convainc par ailleurs Fifre à lui obéir aveuglément grâce à la promesse d'une partition composée spécialement pour lui et qui s'avère au final parfaitement fictive. Enfin, Forte réussit à envoyer Belle et Zip au cœur de la forêt afin de couper un sapin de Noël, lui faisant rompre sa promesse de rester au château et la mettant en danger de mort.

Certain de parvenir à ses fins, Forte voit la situation lui échapper lorsque la Bête lui demande de composer une chanson pour Belle. Dès lors, il n'hésite plus à détruire le château. Il se met à jouer, encore et encore, ses portées et autres notes pulvérisant les murs et les plafonds. Il s'oppose à la Bête qui parvient finalement à le faire taire en lui arrachant son clavier. Désarmé, sans souffle, l'instrument se déboulonne sous l'effet de ses convulsions et s'écroule lamentablement sous son propre poids.

Forte fait partie des premiers personnages entièrement animés par ordinateur. Après le tapis volant d'Aladdin, il est l'un des premiers protagonistes principaux créé en images de synthèses, bien avant B.E.N. et toute la galerie de personnages des films entièrement en 3D. Dès lors, le méchant souffre des balbutiements de cet art. Pourtant plutôt réussi visuellement, il ne s'intègre pas dans les décors et dans l'ambiance du film. Il n'en reste pas moins un beau personnage dès lors qu'ils est replacé dans son époque. Dans la version originale, il est interprété par Tim Curry, acteur britannique à l'affiche de films comme The Rocky Horror Picture Show, Legend, « Il » est Revenu, Maman, J'Ai Encore Raté l'Avion et Les Trois Mousquetaires. En France, Richard Darbois reprend le rôle. Spécialiste du doublage, Darbois est la voix de, entre autres, Harrison Ford, Danny Glover, Dustin Hoffman, Richard Gere, Dan Aykroyd, Jeff Goldblum, Bill Murray ainsi que du Génie, d'Oogie Boogie, de Bruce, d'Henri Waternousse, de Shan-Yu et de Buzz l'éclair.

 

Réussi ou pas ? Chacun se fera son avis. Mais Maestro Forte souffre néanmoins indéniablement d'un énorme handicap, le film auquel il appartient. Car le méchant est au final une incohérence à lui tout seul. Comment un instrument si gros et surtout si bruyant a-t-il pu passer inaperçu dans La Belle et la Bête, en tout cas au début du film puisqu'il est sensé être mort après Noël ? Comment les dégâts qu'il provoque dans la structure du château peuvent-ils être invisibles dans le film original ? Pourquoi la Bête ne semble-t-elle pas se soucier de celui qui, pourtant, est sensé être son confident ? Comment se fait-il que l'instrument ne se rende compte que maintenant qu'il est boulonné au mur alors que l'enchantement semble quand même assez ancien ? Etonnant et surtout incohérent...

Maestro Forte est visuellement un beau méchant. Mais sa présence dans une suite à moindre frais, irrespectueuse de l'œuvre originale, le range malgré tout dans la catégorie des maillons faibles. Dommage...  Et Tant pis !